‹ Le sang des racesChapitre 2 sur 10 · RAFAËL · texte numérisé non relu

RAFAËL

Quand Rafaël vint au monde, les femmes qui entouraient sa mère poussèrent un cri de joie : une membrane très fine enveloppait tout son petit corps : u II est né en chemise, crièrent les femmes, il ne lui manquera jamais rien ! » Pour les paysans de Valence, naître en chemise, c'est être prédestiné à la richesse et au bonheur ! Aussi la sage-femme enleva-t-elle avec soin la membrane, qu'elle remit à la mère pour être portée en amulette parle nouveau-né. Rafaël l'eut toujours à son cou et, quand il en conimt la puissance, il la garda jalou- .scment.

Si loin qu'il remontât dans le passé, il ne se souve nait point d'autre chose que d'avoir bercé dans ses bras ses frères et ses sœurs. Se balançant sur un pied, il imitait le rythme des berceaux et, tout petit lui-même, ployant sous la charge trop lourde, il s'arrêtait souvent de chanter sa berceuse pour raffermir son fardeau entre ses bras.

Peut-être se serait-il complu à ces soins, si sa mère n'eût interrompu trop souvent ses jeux pour l'en charger. Il se les rappelait comme une chose maussade, qu'il associait au souvenir de sa grand'mère, la tia Pepa. Celle-ci, avec sa petite figure de chouette, son fichu noir sur la tête et son châle de laine noir, avait été la terreur de son enfance. Elle le battait fréquemment et,

le dimanche, elle le poussait à la messe, en lui donnant des coups du gros rosaire qu'elle portait enroulé à son poignet.

De là, sans doute, la répulsion instinctive de Rafaël pour les vieilles gens. Il avait une véritable peur des vieux qui faisaient la partie avec son grand-père dans un petit cabaret borgne, tout proche de la maison : ces visages ridés, penchés sur les cartes, ces oreilles moussues, ces bouches noires trouées par la brèche des dents, lui donnaient la même horreur que les cadavres.

Mais Rafaël ne connut pas longtemps ses grandsparents. Un beau jour, se trouvant assez riches, ils retournèrent en Espagne, après avoir inutilement essayé d'emmener avec eux Ramôn et son frère cadet. Ce jourlà il y eut à la maison un«^ terrible scène, oui ne sortit jamais de la mémoire de Rafaël.

Le vieux rendait Ramôn responsable de la désertion de son second fds, Pascual, qui, lui non plus, ne voulait pas quitter l'Afrique. Mais ce qui l'indignait surtout, c'est que Ramôn eût formé la résolution de ne jamais revenir au pays natal. Ils échangèrent de dures paroles dans leur dialecte valencien aux intonations sauvages :

— Qu'est-ce que vous voulez que j'aille faire dans votre pays de misère? disait Ramôn... Si vous êtes riches, moi, j'ai ma femme et mes enfants à nourrir...

— Ecoute! Ramôn, — disait le vieux, en adoucissant sa voix, — qui abandonne son pays renie son sang. Et le sang ne se renie pas, vois-tu, c'est plus fort que tout !..,

Puis, s'exaltant soudain, les yeux farouches :

— Qui renie son sang renie le Christ, et le Christ le maudira au jour du Jugement... Entends-tu, Ramôn?

Celui-ci, sans lever les yeux vers son père, répondit simplement :

— Non!

Toute la force d'inertie de la race apparut dans ce seul mot : c'était la volonté indéracinable comme un roc.

Alors le vieux lui sauta au visage et, lui prenant les moustaches, il les secoua avec fureur :

— On ne porte pias de moustaches quand on n'est pas un homme! Non, tu n'es pas un homme, tu n'es pas un homme...

Un éclair de haine passa dans les yeux de Ramôn ; mais il se borna à croiser les bras :

— Vous pouvez me battre si vous voulez, puisque vous êtes mon père, dit-il; mais, si c'était un autre, la main lui aurait tombé avant de toucher un poil de nia figure !

Il tendit la joue avec un air de défi. Le vieux lui détacha immédiatement un soufflet, puis, comme Ramôn ne bougeait pas, il fondit en larmes. Son fils le laissa pleurer. Le vieux rentra ses pleurs avec effort :

— Que Dieu te le paie ! dit-il, et il s'en alla.

Après le départ de son père, Ramôn se sentit délivré d'un grand poids. Il entraîna son frère Pascual sur la route de Blida et se mit à faire le plus de fourbi qu'il put, avec cette âpreté au gain, cette endurance à la peine des peuples et des races, dont les énergies ont longtemps sommeillé. Cette Afrique à demi sauvage, tous ces Espagnols la considéraient comme leur conquête : ceux de Mahon défrichaient les champs incultes, forçaient le sol aride à produire, tondaient les plaines d'alfa. Ceux de Valence et d'Alicante, avec des efforts surhumains, entraînaient de lourds chariots chargés de vivres et de matériaux à travers les sables mouvants du Sud. Tous rançonnaient l'Arabe et TEuronéen, tous se volaient

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entre eux, comme ceux qui, jadis, partaient par bandes 4les ports de San-Lucar et dePalos, pour aller conquérir l'or du Mexique et du Pérou.

Vint l'insurrection de Kabylie : Ramôn y gagna beaucoup d'argent. Au risque de se faire prendre et fusiller cent fois, il fit passer de la poudre aux Arabes. H est vrai que la plupart du temps il leur vendait du charbon pilé, que des amis du Faubourg lui scellaient dans des boîtes de fer-blanc. Avec le bénéfice il se monta deux équipages pour le service des Carrières, ce qui était son rêve depuis longtemps. Son frère Pascual, qui avait pris part au gain, se maria aussi et fut s'établir dans une guinguette aux environs de Chercliell.

Comme les bénéfices augmentaient, Ramôn s'associa à un Français de Perpignan, et bientôt il eut quatre équipages. Puis sa femme l'excita à reprendre l'auberge de M""* Charles, que celle-ci voulait quitter, ayant fait fortune ; lui continua à s'occuper de ses galères et de ses bêtes, tandis que Rosa dirigeait l'auberge et le café.

Ramôn était au comble de ses vœux; jamais il n'avait tant manié d'argent. Il lui sembla qu'il gagnerait tout ce qu'il voulait, qu'il était riche pour toujours. Alors un changement complet se fit dans ses habitudes. Entraîné par son ami Pascualete le Borrego, qui était assidu à la maison, il se mit à boire avec la frénésie des Espagnols buveurs d'eau depuis des générations. Il porta une blouse à la française, il commença à rouler les cafés-concerts et à fréquenter les filles. Son caractère batailleur reprit le dessus ; souvent on le ramena à la maison ivre-mort et couvert de blessures.

Quelquefois même il ne rentrait qu'après deux jours d'absence, et c'étaient des scènes avec la Rosa :

— Tu n'as pas honte, disait-elle, toi, un homme marié !... avec des enfants?

— Qu'est-ce que tu as à te plaindre? ripostait Ramôn... Est-ce que je ne te donne pas tout ce qu'il 4,e faut?... Dieu merci, tu n'as jamais manqué de rien, toi, ni les enfants : ils ont à boire et à manger, du linge blanc sur eux et des souliers aux pieds.

Et quand Rosa lui reprochait de gaspiller tout l'argent de la maison et de ne pas songer aux enfants :

— Est-ce qu'ils n'ont pas des bras comme moi? disait Ramôn. Ils travailleront comme leur père. Moi, mon père ne m'a rien laissé !...

Plus souvent ces querelles se terminaient par des batailles où Ramôn n'était pas toujours le plus fort. Une fois qu'il était revenu ivre au logis, il avait envoyé un tel soufflet à Rafaël que le visage du petit en fut inondé de sang. A cette vue, Rosa indignée avait pris un couteau de cuisine et s'était précipitée sur lui en criant à l'assassin. Ramôn, soudainement dégrisé, s'était mis à pleurer.

Plus d'une fois Rosa avait dû se rappeler les remontrances de sa mère : « Comment peux-tu l'épouser, lui qui est si méchant?»... Mais elle était restée fidèle à son serment de l'aimer quand même. Ses tristesses s'oubliaient sur le seuil du lit. Elle et Ramôn s'aimaient dans la force de leur chair et la beauté de leur sang. Elle enfantait avec une sorte de fureur, et comme les grandes mères antiques, elle était fière de sa fécondité : des dix enfants qu'elle eut, plusieurs étaient morts au berceau; mais les petits cercueils blancs, qui franchissaient si souvent la porte de la maison, n'avaient point apaisé son ardeur.

Rafaël avait grandi au milieu de ces événements

domestiques sans presque les remarquer; comme son père, il fuyait le logis. Mais ce n'étaient pas tant les jeux qui l'attiraient que la vie des carrières, la beauté des équipages et l'incessant va-et-vient des chariots et des bêles.

Après sa première communion, Rosa parla tout de suite de lui faire apprendre un métier, tandis que Ramon aurait désiré qu'il continuât encore quelque temps à fréquenter l'école :

— Qu'est-ce que tu veux qu'il aille à l'école? disait la mère. Tu sais bien qu'il a la tête dure comme un caillou ; c'est une race d'Espagnol comme nous autres ; il n'apprendra jamais rien...

Rafaël, enchanté de ces propos, flattait sa mère pour qu'elle obtînt de Ramôn sa liberté. Celui-ci, obsédé par Rosa, finit par se rendre. Un soir, pendant le souper, il interrogea solennellement son fils :

— Voyons ! quel métier est-ce que tu veux faire?

— Charretier ! dit fermement Rafaël.

La mère se récria : « un métier de galérien ! H ne savait pas la misère que c'était! Jamais ! Jamais !» — Et Rosa déclara qu'elle lui couperait plutôt les mains que de lui voir prendre un fouet.

Elle venait de deviner que Rafaël serait le même homme que son père, le vrai fils de son sang; et, dans ce cri d'alarme, éclataient toutes les désillusions, toutes les souffrances et toutes les rancunes de son mariage.

Ramôn, au contraire, était flatté de cette préférence de son fils pour son métier à lui. Mais Rosa ajouta tout de suite :

— Sois plutôt bourrelier ou charron... En voilà dt jolis métiers ! Tu gagneras de l'argent et tu pourras t( reposer tous les dimanches...

L'idée que Rafaël pourrait être patron, qu'il aurait un magasin et deviendrait presque un monsieur finit par séduire Ramôn ; il décida que l'enfant serait bourrelier. On le confia donc, pour son apprentissage, à un ami de la famille, qui avait un atelier au Faubourg, à côté des écuries de la Compagnie.

Rafaël prit le tablier de lustrine des apprentis et, selon la coutume, on l'employa tout de suite à cirer du fil et faire les commissions. Le changement de régime lui plut d'abord. Puis sa vocation contrariée se tourna en une espèce de culte pour les harnais; il maniait les brides et les colliers avec dévotion. Pendant les premiers jours, il sarrêta cent fois dans son travail pour regarder le premier ouvrier achever une bride merveilleuse, destinée à un attelage de mules espagnoles et qui devait être un chef-d'œuvre. Elle était cousue de cuirs multicolores qui formaient des dessins éclatants et bizarres d'un travail compliqué et dont la bordure s'incrustait d'étoiles de nickel et de verroterie. Quand le harnachement complet fut exposé à la vitrine, Rafaël se montra un des plus assidus à l'admirer. Il s'extasiait surtout sur les colliers, que des pompons de soie, des guirlandes de fleurs en papier et de petits miroirs plantés entre les attelles décoraient d'un luxe puéril et précieux.

Mais ces admirations cessèrent vite d'amuser Rafaël; tandis qu'il cirait son fil ou cardait son crin, son imagination voyageait derrière les chariots, parmi les chemins poudreux des carrières, les claquements des fouets, les jurons et les cris. Il reconnaissait les beaux équipages au son des grelots et même au pas des bêles. L'oreille sans cesse dressée, — dès que l'un d'eux s'annonçait sur la route, — il courait à la porte pour le voir passer, surtout quand c'était celui de Pascualete le Bor-

rep^o. l'ami de son père, qui avait quitté la roule de Laghouat pour entrer dans une minoterie.

Au premier grincement des essieux , Rafaël se levai t précipitamment de son tabouret. Dans le flamboiement de la route, au milieu du tapage des roues, du tintement des grelots et du cliquetis des traits, la petite mule de volée apparaissait, balançant ses hanches, avec son époussette qui balayait le sol suivant le rythme de la marche et dont les clous de cuivre et les passementeries resplendissaient Derrière elle, en file profonde, d'autres flamm.es s'allu maient dans les miroirs, à la cime dés colliers, dont les liantes cornes recourbées oscillaient comme les piques d'une armée. Les huit bêtes de l'équipage se déployaient avec lenteur devant le chariot où des piles de sacs trem blants sous les câbles montaient presque aussi haut qu<j les maisons du Faubourg.

Cette masse puissante qui s'avançait en ordre, ce gémissement des essieux, ce tapage guerrier des sonnailles et des claquements de fouet faisaient bondir le cœur de Rafaël. 11 nourrissait ses yeux de ce spectacle. Il contemplait surtout le Borrego,qui passait superbe, le fcuet levé et le feutre en arrière ; celui-ci envoyait un salut joyeux au bourrelier; la petite mule se balançait en avant, puis les huit bêtes défilaient avec leurs hauts colliers, puis c'était l'énorme masse oscillante qui faisait gémir les essieux et craquer les cailloux ; et peu à peu "i uut se confondait dans la poussière et la cohue des attelages. Le grand char avait disparu, continuant sa marche tranquille et indifférente vers la ville et la mer, vers les lointains horizons des montagnes et des plaines; et comme ses yeux le cherchaient encore, Rafaël sentait les larmes lui gonfler le cœur. Il restait sur le seuil tristeuicnl, regardant f3a vie tout entière qui s'écroulail.

Ces allures déplaisaient fort à son patron, qui dès le premier jour, le jugea un déplorable apprenti. De même que l'instituteur, il déclarait que Rafaël avait la tête dure comme un caillou et qu'il n'était bon qu'à faire un charretier. De tels propos humiliaient Ramôn et surtout sa femme ; mais ni leurs remontrances ni leurs coups n'y pouvaient rien : il fallut retirer Rafaël.

Alors commença pour lui un rude apprentissage :

■ — Puisque tu veux être charretier, lui dit son père, on va te montrer ce que c'est, mon ami ! Seulement ne t'avise pas de changer d'idée, autrement je cale la roue avec ta tête !

Pendant les premiers jours, Rafaël ne souffrit pas trop des rigueurs du métier. En plein épanouissement d'adolescence, le sang frais dans les veines, toute l'ivresse de sa jeune force au cerveau, il acceptait avec enthousiasme les dures corvées.

Ramôn, dévoré par sa rage de travail, se levait avant tous les autres. Dès une heure du matin, il était debout, il allait faire un tour à l'écurie, donnait des rations fraîches aux bêtes, et, vers deux heures, il tirait Rafaël de son lit. Méticuleux à l'excès, il l'obligeait à panser soigneusement toute une moitié de l'écurie, tandis que luimême jouait de l'étrille à l'autre bout. Puis on partait pour les carrières. Rafaël conduisait; et de s'enfoncer ainsi dans la nuit, de cheminer par les rues désertes et les routes silencieuses, avait pour lui tout le mystère d'une initiation. On pénétrait au milieu des hautes roches encore chaudes de soleil et, à de certains détours, des bouffées fraîches arrivaient avec le petit bruit des sources. On dételait après avoir mis en place les galères vides, et onrattelait aussitôt les galères remplies la veille par les chargeurs. Rafaël prenait plaisir à détacher les

traits, à faire tourner les bêtes, à crier les commandements : toutes ces besognes viriles le grandissaient à ses propres yeux.

On redescendait ensuite vers le Faubourg endormi. Ramôn s'arrêtait chez le tio Chimo, un cabaretier du pays de son père, pour prendre un verre de café. La plupart du temps, celui-ci n'était pas encore levé, llamôn faisait un vacarme, tapant aux volets avec le manche de son fouet, criant des quolibets et des gaillardises.

— Oh! tio Chimo, laissez la vieille tranquille !...

Le vieux, un mouchoir roulé autour de la tête, entrebâillait la porte, et Ton entrait dans la salle obscure chauffée comme un four, où les mouches réveillées par la petite lampe à pétrole s'envolaient soudain en se cognant contre les visages. Le tio Chimo allumait les réchauds pour le café, d'un air las, les yeux brouillés et répondait d'une voix molle aux taquineries de Ramôn. Les paroles résonnaient étrangement dans la salle vide et le silence de la nuit. Puis des charretiers passaient, montant aux carrières. Ramôn les appelait sur le pas de la porte. On trinquait ensemble devant le comptoir et, ravi d'avoir quelqu'un pour l'écouter, il recommençait d'éternelles plaisanteries sur le tio Chimo et les gens de Callosa, d'où il était ; car ceux d'Alicante les tournent volontiers en ridicule.

— En voilà du café de Callosa! disait Ramôn... Ah ! le vieux voleur ! il nous donne du jus de chapeau, et de chapeau d'Auvergnat encore!...

Les rires étaient faciles et, bien que la plaisanterie fût toujours la même, le tio Chimo ne manquait jamais de s'en fâcher. Alors Ramôn, mis en éloquence, redoublait ses facéties, à la grande joie de l'auditoire. Rafaël admi-

rait son père ainsi écouté par les hommes, et c'est avec un véritable orgueil qu'il obéissait, quand celui-ci prenant son fouet lui disait :

— Allez, Rafaelete, en route maintenant!

L'aube montait alors. Soudain le grand lys du matin jaillissait à travers le ciel pâle et la coupole de Notre- Dame d'Afrique, les toits roses du Faubourg, les maisons delà Casba, la ville tout entière s'épanouissait dans la. clarté. C'était pour Rafaël un moment unique. Son sang coulait plus vif, ses membres s'allégeaient dans l'allégresse de l'heure. Après les fatigues de la nuit, il renaissait avec l'aurore.

Puis c'était le déjeuner de sept heures, le pain et les poissons frits sortis du couffin et mangés sur le timon de la galère en marche ; et, quand on ne pouvait pas rentrer pour midi, le dîner dans les auberges et la sieste jusqu'à deux heures, à l'ombre du chariot.

Ces plaisirs nouveaux trompèrent d'abord pour lui la lassitude des longues journées de travail. Mais, surmené par l'activité fébrile de son père, il fut bientôt excédé. Ce lever quotidien en pleine nuit était épuisant ; et quand il remontait vers les carrières, le soleil de neuf heures tombait comme un plomb liquide sur ses épaules. La poussière enflammait ses paupières et troublait ses yeux. Il croyait voir vaciller et tournoyer autour de lui les collines et les pins. Défaillant aux côtés du chariot, il aurait voulu s'étendre, se coucher au milieu des ornières de la route ; mais le sol brûlait sous ses pas, tout semblait dévasté, et il n'avait pour rafraîchir ses yeux dans ces montées accablantes que les maigres verdures du petit cimetière d'El-Kettar, dont les tombe brillaient en face parmi les f^#?'iiers et les eucalyptus.

Peu à peu sa paresse reprit le dessus ; pendant le pansage, tandis que son père sommeillait sur le coffre à orge, il lui arrivait fréquemment de jeter l'étrille et d'aller se coucher dans la paille, où il ne^ tardait pas à s'endormir. Ramôn n'entendant plus racler l'étrille se réveillait bientôt. Il entrait dans des colères furieuses contre Rafaël, et quand l'enfant, rompu de fatigue, tardait à se lever, il prenait un bois-de-trait et lui frappait les côtes à les briser. Ces durs traitements n'excitaient aucune haine chez Rafaël : c'était son père, il obéissait. En revanche, quand c'était sa mère qui essayait de le tirer du lit, elle l'aurait plutôt tué de coups que de le faire bouger. Son entêtement était invincible. Plus tard, se remémorant ces lointaines années, il ne se sentait plus qu'une grande reconnaissance pour son père, qui avait vaincu sa paresse.

Ce qui d'ailleurs étouffait en lui toute velléité de révolte, c'était l'admiration qu'il éprouvait pour Ramôn. Son endurance et sa force, ses veilles et ses fatigues, la crainte qu'il inspirait aux autres, tout cela donnait à Rafaël l'idée d'un être héroïque et extraordinaire.

Un jour que celui-ci avait eu le pouce écrasé par une pierre tombée du chariot, il fallut lui extraire l'ongle, qui s'était fendu et décollé. Ramôn s'adressa au perruquier du Faubourg, qui était un peu chirurgien. Le perruquier, — un petit homme maigre et pâle, — n'avait pas l'habitude de ces opérations. Quand il vit Ramôn assis tranquillement sur une chaise lui présenter son pouce et quand il sentit le fil du rasoir entrer dans la chair et qu'il vit le sang couler, il devint livide :

— Pique, va! dit Ramôn. c'est du bon sang espagnol!

Mais l'homme, s'appuyant sur la table, avait posé le rasoir :

— Ramôn, dit-il, je ne peux pas, va voir le médecin !

Alors Ramôn, haussant les épaules, prit lui-même l'instrument et, levant son pouce bien au jour, il se mit à dégager l'ongle, tranchant dans la chair et rabattant la peau, d'un air aussi calme que s'il eût dégrossi une cheville avec son couteau. Quand ce fut fini, il se fit laver et bander le pouce par le perruquier, et il rentra à la maison, fort content de lui. Rafaël, qui avait assisté à la scène, la raconta à sa mère, qui le redit aux voisines, et ainsi l'histoire fit bientôt le tour des carrières : on en parla longtemps dans les cafés et dans les écuries.

De tels exemples stimulaient la paresse de Rafaël et le rendaient plus docile aux corrections de son père. Ijientôt réveil de la puberté l'emplit d'une sorte d'enivrement et d'un besoin d'activité, de déploiement de force et de prouesses qui émerveilla Ramôn. C'est vers ce temps-là qu'il se mit à courir avec son ami Pepico, un garçon de son âge qui était casseur de pierres aux carrières. Ils s'étaient connus presque dès le berceau et, à mesure qu'ils avaient grandi, l'amitié de Rafaël et de Pepico était devenue plus étroite, celui-ci se laissant conduire aveuglément par l'autre, quand son entêtement de petit Mahonnais à la dure cervelle ne le poussait pas à d'inexplicables révoltes contre l'autorité de Rafaël.

Le goût des cartes les prit d'abord, et ils y apportèrent toute la passion des Arabes et des Espagnols. Le soir, après le souper, Ramôn permettait à Rafaël d'aller faire sa manille avec Pepico, dans un petit cabaret où se réunissaient tous les jeunes gens de leur âge. Mais il

n'entendait pas que son fils se débauchât. Quand Rafaël se levait de table, il tirait sa grosse montre d'argent :

— Tu entends ? disait Ramôn, tu as tout le temps pour t'amuser! Mais, si tu n'es pas rentré pour neuf heures, je vais te chercher au café et je te ramène à coups de trique!

Rafaël imaginait mille mensonges pour prolonger sa partie. C'était un tour à faire à l'écurie, un collier ou une bride à porter chez le bourrelier ; et, comme ces défaites réussissaient souvent, son penchant à mentir s'en fortifiait.

Ce fut bien pis, quand Pepico l'eut emmené dans les ruelles arabes qui montent à la Casba. Tout fiers de l'appel des filles fumant des cigarettes sur le pas de leurs portes, ils rôdaient anxieusement; mais ils n'osaient pas entrer.

Cependant un soir que Rafaël ramenait sa galère d'Hussein-Dey, en compagnie de son ami, une vieille Mauresque, surgie tout à coup des roseaux qui bordent la route, les convia à l'amour avec des gestes obscènes. Comme la galère de Ramôn était très loin en avant, ii ne résista plus. Il jeta son fouet à Pepico et, tandis que l'attelage ralentissait encore son pas, il se laissa attirer par la vieille.

Depuis cette aventure, Pepico et lui abandonnaient souvent la manille pour monter à la Casba. Quand ils n'avaient pas d'argent, ils volaient un pain à la maison. Ce pain, avec la jeunesse de leur sang et la joie orgueil leuse qu'elles allumaient dans leurs prunelles, payait les caresses misérables des pauvresses.

Avec Pepico pour complice, Rafaël se serait certainement perdu, sans la terreur que lui mspirait son père.

Ramôn le surveillait, le retenait à la maison, comme

s'il se repentait maintenant d'avoir fui lé logis et abandonné les siens. Mais Ramôn mourut au moment où Rafaël aurait eu le plus besoin de ses conseils.

Ce fut au comn.encement de' l'hiver et de la saison des pluies. Un matin, il s'obstina à se laisser tremper jusqu'à midi plutôt que d'envoyer Rafaël chercher son caban. Comme il était épuisé de travail et de plaisir, la phtisie marcha très vite ; au bout de quinze jours de lit, il était méconnaissable; mais il gardait toujours l'énergie de sa volonté et sa fureur de vivre, s'occupant des comptes avec les entrepreneurs, donnant des ordres à son fils, s'impatientant à l'idée des écuries au pillage et des équipages en mauvaises mains. Le dernier soir, il s'assoupit malgré le terrible râle qui soulevait sa poitrine. Sa femme le veillait, faisant réchauffer les tisanes et préparant la soupe de Rafaël, qui n'était pas encore rentré. Tout à coup un bruit de grelots se fît entendre, puis une rumeur sourde d'essieux. Ramôn, réveillé en sursaut, se dressa sur son séant :

— L'équipage de Pascualete !...

Ce cri parut jaillir du plus profond de son être avec une déchirante expression d'agonie et de désespoir. Ses yeux fixes s'éteignaient. Rosa, croyant qu'il voulait voir une dernière fois Pascualete, courut à la fenêtre qu'elle ouvrit précipitamment et cria vers le charretier. Mais, quand elle se retcurna vers le lit, Ramôn était retombé. Elle lui prit ses mains en sueur, tandis que le pas lourd de Pascualete retentissait dans l'escalier. Ensemble ils feoulevèrent le corps; mais déjà le corps se raidissait. Il ►tait mort.

« Que Dieu te le paie ! » avait dit le père en s'en allant. La malédiction avait été entendue, pensait Rosa^ puisque Ramôn mourait ainsi dans toute sa force et

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quand la forUine commençait à lui venir. Celle pensée la lit sangloter plus fort. Elle eut peur pour elle-même, pour ses enfants, pour Rafaël surtout.

Quand celui-ci rentra de Fécurie, il vit le cadavre de son père. Jamais il n'avait éprouvé, une émotion pareille. Depuis, cette image resta vivante dans sa mémoire, et il en garda longtemps une affreuse angoisse de la mort. A genoux au pied du lit, parmi les voisines qui récitaient des rosaires, il se mit à pleurer; mais, dans son cœur humilié, naissait pour la première fois une tendresse qui redoublait ses larmes, et ce fut à partir de ce jour qu'il aima son père.

Dès lors une vie nouvelle commençait pour la maison, llusa était veuve, à trente-cinq ans et, des dix cnfauts quelle avait eus, il ne lui restait plus que trois garçons et une fdle. Rafaël, l'aîné, devenait, à seize ans, le chef de la famille.

11 était aussi peu préparé que possible pour ce rôle. Ce qu'il vit tout d'abord dans ce changement de fortuiu', ce l'ut la liberté de s'abandonner à sa paresse et à son appétit grandissant de plaisir. Pascualete le Borrego fut invité par Rosa à reprendre l'équipage de Ramôn. Il s'inlrônisa dans la maison, se vit écouté comme homme d'expérience et devint patron en fait; car Rafaël, qui l'aimait beaucoup, se laissait entièrement diriger par lui.

D'ailleurs Pascualete lui témoignait une affection toute paternelle. Le jour où il consentait à se mettre au travail, '. comme il y apportait toute sa belle humeur de jeunesse et toute la fougue de son père, l'autre prenait plaisir à le former au métier. Il lui apprit à ferrer un mulet, à suigiier une bête malade, à raccommoder les harnais et, pour qu'il n'eût peur de personne, il lui apprit aussi à se battre. C'est le malin à l'écurie, tandis que les hètes

garnies achevaient l'orge au fond des mangeoires, qu'il lui donnait ses leçons. Il lui enseigna ce fameux coup de tète qui lui avait valu le surnom de Borrego^ et qui le rendait si redoutable dans les batailles.

En même temps il excitait chez Rafaël ce goût de la parure et du costume qu'ont naturellement tous les Espagnols. Il faisait son admiration avec les belles draperies de ses blouses provençales, amples, étoffées et luisantes comme des bliauts de satin. Quand il marchait, le rythme des plis enchantait les yeux de Rafaël. Le sons et la beauté des gestes grandissaient par l'ampleur des étoffes. Le frémissement du corps animait les lignes onduleuses de la toile.- Soulevées par le labeur des muscles, ou frémissantes dans le vent de la marche, ces belles blouses émerveillaient l'adolescent.

Rafaël s'empressa d'imiter le Borrego. Sa prestance avec la grâce de son costume lui valut des succès. Mais sa grande folie en ce temps-là, ce fut une jeune femme de Malaga, qui était cigarière dans une fabrique du Faubourg.

Cette Malaguena était très experte en caresses et encore plus avide de la jeunesse de Rafaël. Elle l'initia véritablement à tous les jeux de l'amour. L'un et l'autre y mirent un superbe emportement. Ils passaient ensemble des nuits et des journées entières et, quand le jeune homme se décidait à rentrer au logis, sa mère s'indignait de le voir ainsi pâle et défait, les paupières bleuies et Se traînant à peine. Cette Malaguena devint le cauchc mar de la tia Rosa. Elle l'invectiva même un jour à la fontaine devant ses voisines Mais rien n'y faisait. Rafaël était pris, et la mère, qui n'avait jamais eu beaucoup de

• Borrego, mouton, bélier, en espagnol.

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tendresse pour son aîné, sentait son aversion s'accroître et se préciser tous les jours.

Etait-ce le mauvais exemple donné par Rafaël, ou le seul emportement de son ardente nature, toujours est-il * qu'elle finit par s'éprendre du Borrego, qui d'ailleurs ne quittait pas la maison. Elle commença par lui ôter tout espoir de mariage par égard pour ses enfants, puis très franchement elle se consola avec lui de son veuvage.

A mesure que l'intimilé s'établissait entre elle et Pascualete, elle se prenait à détester la mémoire de Ramôn que cependant elle avait tant aimé. La haine qu'elle en éprouvait réjaillissait sur son fils, en qui elle reconnaissait de plus en plus le portrait de son père. Ainsi Rafaël, qui sentait l'hostilité sourde de sa mè^e, se désintéressait davantage des choses de la maison. 11 continuait ses folies avec son ami Pepico et ne quittait pas la Malaguena. De cette façon, Pascualete restait le maître du café et des équipages. Comme il n'espérait plus épouser Rosa, il se mit à tirer de son côté, à voler sur les transports et sur les comptes du bourrelier et du charron. Rafaël en faisait tout autant pour ses noces ; et ainsi tout allait de mal en pis.

Au bout d'un an, ils vinrent à bout du crédit de Ramôn, qui, d'ailleurs, n'avait pas laissé d'économies. II faHut d'abord vendre le café, puis les équipages partirent l'un après l'autre. Rafaël se vit obligé de gagner son paiaet de nourrir sa mère, sa sœur et ses frères.

A la fin, il prit une grande résolution. II partit pour la province de Constantine, où l'on construisait à cetf,e époque le chemin de fer de Biskra.

A peine arrivé, il regretta d'avoir quitté le Faubourg. Tout lui déplaisait là-bas, les choses et les gens. Le plus grand nombre étaient des Piémontais et des Napolitains,

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et leur langue, qu'il comprenait mal et qu'il entendait sans cesse l'irritait et lui rappelait cruellement son exil. Alors il se laissa aller. Machinalement, comme les bètcs qu'il attelait, il conduisait sa galère du matin au soir, et, la journée finie, quand il rentrait à la cantine, une cambuse perdue dans les sables, il s'accoudait sur la table, la tète entre ses mains, tandis que les autres riaient et chantaient ; et il lui arrivait fréquemment de ne pas dire un mot de tout le repas. Il ne connaissait plus ses enthousiasmes d'autrefois, quand il accompagnait son père sur les routes des carrières. T^a fierté mèm>' de sa'jeunesse s'en était allée. Il souffrait les caresses hideuses de la patronne, une vieille Alsacienne édenlée, dont il acceptait l'argent. Quelquefois il prenait la diligence de Batna, où il allait faire la débauche avec des Piémontais, et ce furent les seuls moments où il goùla un peu de joie.

Rafaël s'enlisait dans cette vie stagnante. Sa paresse mùme reprenait le dessus, et il aurait continué ainsi peutêtre bien longtemps, lorsqu'un jour il lui arriva une lettre de sa mère, qui lui apprenait la mort de son frère cadet et qui le suppliait de revenir.

11 revit donc le Faubourg. Il visita la tombe de son frère, où il pleura ; puis il chercha une place au plus vite, car sa mère était dans un grand besoin, bien quelle se fût mise à faire des lessives et que sa sœur fût entrée comme cigarière dans une manufacture de tabacs, lîafael vit alors combien sa réputation était détestable, l'ersonne ne voulait de lui. On lui disait partout : « Tu es mauvaise tête, comme ton père... Si seulement tu travaillais comme lui!... »

Ce reproche qu'on lui jetait au nom de son père devenait pour lui le plus cuisant des remords. Il com-

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mença à avoir honte de liii-mènie cl à sentir que le temps de son adolescence où Ramôn avait été pour lui un maître si dur, où il se levait à deux heures pour étriller ses bêtes, était celui où, il avait vraiment vécu, où il fallait puiser le courage et l'exemple. Il avait iîni pat obtenir un tombereau d'un entrepreneur qui l'avait connu tout enfant. Alors, avec un grand élan de volonté, il se mit à l'œuvre, se rappelant les leçons de son père et celles de Pascualete. La fougue de son sang hii fit faire des prodiges, comme aulrefois à Ramôn. 11 s'imposa à ses camarades et aux anciens du métier, et maintenant les vieux charretiers disaient en le regardant : « Il a ça dans le sang, Rafaelete !... ce sera un meneur de bêtes^ pour sûr !... »

Cependant il n'était, pas heureux. L'inquiélude de son humeur, son grand besoin de vie errante, le tourmentaient et le poussaient vers l'inconnu.

Des rouliers qui revenaient du Sud lui faisaient des récits dont s'éprenait son imagination. Ce n'était plus, à Blida qu'ils s'arrêtaient. Ils allaient jusqu'à Laghoat, quelquefois môme jusqu'à Ghardaïa, Des forts et des lignes télégraphiques se construisaient dans ces parages. Des chariots montaient et descendaient sans cesse, portant les vivres et les matériaux. Les patrons gagnaient tout ce qu'ils voulaient, et les garçons, largement payés, faisaientencore du trafic pour leur compte. Ils revenaient bien vêtus, les visages épanouis, étalant les emplettes et les curiosités qu'ils rapportaient de leurs voyages. Ils dépensaient sans compter, ne se refusant rien pour leurs plaisirs ou leur parure. Les cafés sef disputaient leur clientèle, et jamais les marchands juifs de la rue Bab-Azoun n'avaient vendu tant de blouses de luxe ni de complets de velours.

Rafaël, en voyant leur démarche conquérante, brûlait d'envie de s'en aller avec eux. Mais les craintes de sa mère, qui avait peur de perdre son aîné après les autres, le retenaient au Faubourg. Il avait ainsi des élans bientôt combattus par les paroles de sa mère. Son exaltation tombait quand les charretiers étaient partis.

Souvent, le dimanche matin, quand il allait, avec son ami Pepico, pécher des oursins parmi les rochers de Saint-Eugène, ils causaient de cette route de Laghouat, si belle dans les récits des aînés et si émouvante pour leurs ardeurs de vingt ans. Assis sur un écueil, ils se redisaient les exploits de Juan le Mahonnais, qui, dans le Sud, s'était fait une légende. Ils s'enflammaient tous deux par leurs paroles, et ils formaient des projets, en regardant la mer frissonnante et les grands navires qui passaient au large.

Un jour, un garçon d'écurie de l'hôtel du roulage apprit a Rafaël que Pierangelo, un Piémontais qui possédait des équipages, cherchait un charretier pour la route de Laghouat : Pep'Andrès, un de ses hommes, venait d'avoir le bras cassé par un transport.

Il n'en demanda pas davantage. Sans même prévenir sa mère, il courut s'embaucher et, comme il fallait partir le soir même, il revint à la maison chercher du linge que la tîa Rosa lui arrangea dans un sac en poussant des lamentations! sans fm. Il s'acheta une paire d'espadrilles et un couteau neuf, puis, après avoir soupe une dernière fois au logis, il embrassa sa mère et, impatient de voir son équip'age, il alla rejoindre Pierangelo.

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