‹ Le sang françaisChapitre 16 sur 47 · LES : PIONNIERS · texte numérisé non relu

LES : PIONNIERS

M. le Président.,f, Mesdames, Messieurs.

Par vos pères, mes chers amis, vous êtes Français; vous -appartenez à cette noble et vaillante race qui, de tout temps, s’est constamment trouvée à la tête des mouvements où il s'agissait de dévouement . et de générosité, que ce fût dans les missions les plus lointaines, exposée aux dangers les plus terribles, ou qu'il s’agît, comme à l’heure actuelle, d’opposer.une résistance opiniâtre à l’envahissement des pires barbares dont l’histoire ait jamaïs parlé, désireux qu'ils sont de fouler sous leurs bottes sanglañtes, les derniers vestiges de tout ce que la civilisation et le progrès ont pu produire de beau et de bon. Par vos mères, vous êtes de cette fière race indienne à laquelle, avant la venue des découvreurs de ce pays, les immensités de deux continents appartenaient en toute propriété, avec leurs multiples richesses et leurs sublimes paysages.

Lorsque j'étais enfant, il n’y avait pas de récits qui intéressassent davantagé ma jeune âme curieuse que ceux de Fenimore Cooper, de Gustave “Aymard, du Capitaine Mayne-Reid, et des ces autres auteurs qui, dans leurs. ouvrages pleins de détails typiques et émouvants, initient le lecteur à ce qu’a dû être l'existence de vos ancêtres maternels, à l'époque, où dans uñe liberté absolue, ils parcouraient les immenses domaines indivis que ‘leur avaient laissés leurs ascendants depuis les temps les plus reculés.

Ce qui me plaisait dans ces récits, c'était cette vie libre de toute

. contrainte que menaient ces peuplades parcourant les plaines fleuries où bondissaient le buffle et le cerf, mis par la main de Dieu pour sub: venir aux besoins de nourriture, d’habillement et d’abri des hommes, s’enfonçant dans les sentiers tortueux des forêts vierges, où, sans culture, se récoltaient les fruits les plus exquis, ‘se laissant glisser dans leurs frêles nacelles sur les cours d’eau où nageaït et bondissait un poisson abondant, cette autre nourriture, tandis qu'au dessus des têtes des rameurs les branches des arbres, se réunissant des deux rives, formaient de riches arceaux de verdure auxquels se mêlaient, pour en rehausser l’effet, les fleurs aux couleurs les plus fraîches, et . que dans l° atmosphère se répandaient les parfums les plus troublants, Oh! comme je conçois que les pères de vos mères se trouvaient Kéureux de la vie simple et large en même temps qu’ils menaient !

Mais laissez-moi céder la parole, à celui, parmi nos grands écrivains

* Causerie «prononcée devant Y'Union Métisse de Thibautville, Manitoba, le 20 juillet 1916.

$ M. 16 are : Nault.

français, qui semble avoir ‘le mieux saisi et” décrit tout l'enchante. -

ment des magnifiques régions “qu’habitaient vos fortunés ancêtrés avant la venue des Européens; je veux parler. de Chateaubriand. Je sais. qu’on l’aceuse de n’avoir jamais visité l'Amérique, d’avoir ima-" giné tout ce qu'il a écrit > 5çan ’en-est que plus extraordinaire et plus parfait : : te

‘Les deux rives du Meschacébé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue; leurs flots de verdure, en s’éloignant, -semblent monter dans l’azur du ciel où ils s’évanouissent. On voit dans-ces prairies sans bornes, errer à l’aventure des troupeaux de trois ou quatre cent buffles sauvages. Quelquefois un bison chargé d'années, fendant les flots à la nage, se vient coucher, parmi les hautes herbes, dans une île du Meschacébé. A son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dien du fleuve, qui jette un oeil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance

de ses rivés. 4

‘{Telle est la scène sur le bord occidental; mais elle change sur le bord apposé, et forme avec. la première: un admirable contraste, Suspendus sur le cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent, ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s'entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l’extrémité des branches, s ’élancent de l’érable au tulipier, du tulipier à l’alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent, égarées d’arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de. rivières sur lesquelles elles jettent des ponts de fieurs. Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n'a d'autre rival que Le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure.

‘Une multitude d'animaux placés dans ces retraites par la main ‘iu Créateur y répandent l’enchantement et la vie. De l’extrémité des avenues on aperçoit des ours, enivrés de raisins, qui chancellent sur les branches des ormeaux ; des cariboux se baignent dans un lac; des écureuils noirs se jouent dans l’épaisseur des feuillages ; des oiseaux moqueurs, des colombes de Virginie, de la grosseur d’un passereau, descendent sur les gazons rougis par les fraises; des perroquets verts à têtes jaunes, des piverts empourprés, des cardinaux de feu, grimpent en cireulant au haut des cyprès; des colibris étincellent sur le jasmin des Florides, et des serpents-oiselenrs sifflent suspendus au dôme des bois en s’y balançant comme des liannes.

‘Qi tout est silence et repos dans les savanes de l’autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure: les coups de bec contre le trone des chênes, des froissements d'animaux qui’ marchent, broutent où broient entre leurs dents les noyaux des fruits ;

des bruissements d'ondes, de’ ‘faibles gémissements, de sourds meuglements, dé doux roucoulements, remplissent ces déserts d’une tendre et,

sauvage harmonie. Mais quand une brise’vient à animer ces soli- . tudes, à balancer ces corps flottants, à confondre ces masses de blanc, . d'azur, -de vert, de rose, à mêler toutes les couleurs, à réunir tous les murmures, alors il sort de tels bruits du fond des ‘forêts, il se passe "de telles choses aux yeux, que j’essayerais en vain de les décrire à ceux qui n’ont pas parcouru ces champs primitifs de la nature.”’$

Au sein de ce paysage enchanteur, je m'imagine voir un groupe de tentes dressées d'où s'échappe, au coucher du soleil, une fumée paisible; ça et là, des: groupes de guerriers devisant calmement des événements passés ou futurs, des femmes” parées de perles et de plumes, vaquant aux travaux que nécessite la préparation des repas, tandis que les enfants, tout comme nos enfants à. nous, s'ébattent et se poussaillént. Le jour faiblit de plus en plus; c’est le crépuscule : là-bas, au-dessus de la colline qui se dessine en lignes indistinetes à ] ‘horizon, le disque énorme de la lune s’élève lentement dans:le ciel pur, allongeant de facon fantastique les. ombres des rochers, des arbres, des tentes et de la fumée qui continué à s'échapper de cellesci et monte fout droit jusqu ’à ce que, rencontrant la couche humide de l’air, elle s’étende en ‘un léger nuage au- -dessus des êtres et des choses.

Quel est ce couple qui frôlant le bord de cette eldirière, semble chercher le calme de la solitude en se chuchotant des choses qu'on n’entend pas, mais qu’on devine? . Ce sont deux amoureux, car chez -les Indiens d'Amérique on aime tout comme on aime sur les. rives de la Seine ou au milieu des bosquets de la douce France. ‘La main dans la main, ce sont deux êtres qui se sont compris et qui pour se dire plus librement les douces choses qui leur montent aux lèvres, par - ce beau soir d'été embaumé par les milliers de parfums que dégage une nature encore vierge, cherchent une douce solitude, tout comme ‘par-delà l'immense océan, des couples errent avec la même pensée dans les allées des jardins que la main de l’homme a taillé en quinconces et ‘où elle a semé des fleurs aux arômes irritants.. Et que se disent nos deux jeunes Indiens, tandis que leurs têtes se rapprochent et que le bras nerveux du guerrier enlace la taille souple de la vierge? Ecoutez, le jeune homme chante à demi-voix-de douces paroles:

‘Je devancerai les pas du jour sur le sommet des montagnes pour-chercher ma colombe solitaire parmi les chênes de la forêt.

‘{J’ai attaché à son cou un collier de porcelaines ; on y voit trois grains rouges pour mon amour, trois violets pour mes craintes, trois bleus pour mes espérances. =

‘Mila a les yeux d’une hermine et la chevelure d’un champ de riz; sa bouche est un coquillage rose garni de perles. Mila est belle. Mila est bonne, Mila deviendra mon épouse. Tous les jours sa houche me dira des mots enchanteurs, et ses mains, Ses. douces mains, par leurs caresses si bonnes, raffraîchiront. mon corps comme fait 1 ’eau

$ Atala.

or ES

- tiède des ruisseaux. L ensoleillés. Le jour. viendra enfin où l’ espoir de . + , da patrie pendra à-sa mamelle.féconde, et où'.je fumerai mon calumet de paix sur-le berceau de. mon fils.

‘Je devañcerai - les pas du jour sur. le sommet des montagnes pour chercher ma colombe solitaire-parmi les chênes de la forêt.”’+

Et la jeune fille, levant ses yeux de perv. nche où brille l'éclat. d’un chaste amour, et pressant la main de œæltb qui doit devenir son époux, lui murmure aussi de douces paroles ; ellghante : or

‘A la prochaine lüne des fleurs, il y aura deux fois dix neiges : que ma mère me mit au monde. Je te mènerai à mon père et tu ui ,

r diras que son enfant. doit devenir ta compagne pdur la vie, car les

- brises de la vallée secrète m'ont conseillé de répondre à ta tendresse,

- et une biche blanche. qui.m’est appärue ‘dans mes songes m'a dit que

. ton amour ‘me serait. toujours fidèle. Ta voix est douce, ton haleine

- est parfumée, tu sais les paroles magiques qui endorment toutes les,

- douleurs; ton pas est fort, ton jarrèt-est ferme, ton.refard-est per-

cant; tu sauras me protéger contre les ennemis de notre tribu et rem-

plir” notre tipi d’une-nourriture abondante et de vêtements légers ou

* chatids selon que la chaleur ou le froid demande les uns ou les autres.

Qu'un lông et chaste embrassement, en attendant le jour heureux de notre douce union, attache pour un instant la’ liaie et le chêne. ”’#

Mais laissons l'heureux couple à sa douce promenade et revenons aux tentes, autour desquelles les guerriers, ‘vieux et jeunes, sont assis, fumant sans hâte les longs calumets où se consument le tabac et la hart rouge. Comme on est au plus “haut soleil peut-être demain il y aura chasse au bison: il s’agit d’en règler Îés diverses’ phases. Un grand troupeau a été aperçu : il faudra le cerner : les chasseurs devront: . se diviser en ‘quatre groupes, enfermer dañs un triangle la bande choisie, la pousser dans le corail de trones d'arbres construit à cet effet où elle.sera impitoyablement massacrée ou la forcer à se préecipiter tête première sur les rochers du fond de la vallée, ou ehcore

, faire tout simplement le cercle et abaïttre la quantité voulue. à coups de flèches. Maïs ce n'est pas à moi à vous dire ce qu'est cette chasse : ; peut- être y en a-t-il parmi vous qui, dans leurs jeunes années, y ont - pris part. Voici. comment Louis Riel la décrit dans son merveilleux " mémoire sur les Métis, que chacun de vous devrait poéséder et préserver comme un trésor très précieux, car il a aimé sa nation: tout son coeur ‘s’épand dans les belles pages qu'il lui consacre:

‘La chasse au bison se faisait à cheval. C'était beau de voir des centaines de’eoursiers.se cabrer, hennir, danser, piocher le sol de leurs pieds ambitieux; demander la bride du désir de leurs regards, à

. grands coups de tête, en faisant toutes sortes de-gestes ; et ces cavàlièrs de premier ordre, assis avec as$urance comme dans des chaises, sur les petites selles de cuir mou, au milieu des fleurs en rassade dont elles étaient garnies ; ayant aux poignets les poignées élégantes de leurs fouets à plusieurs branches, le fusil d’une main, les rênes de

14 N + Chateaubriand: Atala, avec quelques légers changements.

se. 67

l’autre, rétenant ja fougue de jeurs chevaux, les” ménégeant jusqu à cé qu il fussent rendus à portée du buffle . s

‘Les capitaines présidaient à la course et veillaient à ce ee a

‘personne ne se lançât avant le mot d”’ ordre du capitaine en charge. Le-mot donné, la cavalcade bondissait. Un tourbillon de poussière" ‘obéissant au cominandement partait avec elle. Le buffie en dévorant

la prairie prenait l’épouvante, pour être ‘bientôt rejoint par les cour-

siers alertes. Lies cavaliers entraient pêle-mêle dans la bande de béeufs, et, choisissant à qui mieux les animaux les plus gras, chacun

tirait, tous tiraient, en tâchant de ne point se frapper les uns les autres, en prenant garde aux hommes et aux chévaux..

‘J'ai vu.ces courses. J’ y ai.pris part. ŒEllès sont terribles. L'adresse des chasseurs, leur extrême attention, ét surtout la Provi-

dence pouvaient- seuls. prévenir ‘tes malheurs au risque “desquels ces courses avaient lieu. -

“De loin .c'était, le. grand” spectacle d’une fusillade dans un

. nuage.’

Peut-être aussi ces hommes parlent-ils de combats. Lorsque la

tribu a atteint, avant le coucher du soleil, le lieu du campement où

s'élèvent les tentes, les éclaireurs. ont parlé 4’ ‘empreintes de pas toutes fraiches : il n’y a pour se trouver dans ces parages, à cette époque, qu’une tribu ennemie. -Il faudra qu’il y ait combat, car la lutte pour l'existence, de tout temps et chez tous les peuples, a eu sa place bien naturellèment marquée. . La vie du monde n’est qu’une bataille continuelle et bien utopistes sont ceux qui s ’imaginent que la guerre sera bientôt. une chose du passé: il suffit dé. voir avec quel acharnement on 5 ’entrégorge ‘ en Europe pour comprendre combien, semble-t-il, pour vivre il faut tuer, et combièn pour que la .vie des siens se prolonge il est nécessaire que l’on se défasse de‘celle des autres. Mais ce sont là de ces choses où ma plume est si peu experte que je ne prétends pas m'y arrêter. Seulement.pour vous montrer que le courage et la détermination ont de tout temps été parmi les ‘caractéristiques des ancêtres maternels des Métis, laissez-moi vous lire le récit de la mort d’un brave que je trouve dans un petit livre ayant pour titre “Six ans dans le Nord-Ouest Canadien’” et qu'écrivait un certain Jean d’Artigue il y a trente- -ciñq ans: .

‘Le guerrier dont vous apercevez la tombe n’était alors.qu’un enfant. Il avait pris la résolution de mourir ; il ne pouvait se faire à l’idée de survivre à la ruine de sa famille. Le suicide était à sa portée, mais cette ‘particularité si peu naturelle de la civilisation était inconnue parmi les Indiens. .Il se détermina à périr en combat. tant, mais comme ses tendres ânnées ne lui permettaient pas de porter les armes, sur les cendres de ses ancêtres il jura haine éternelle aux troupes américaines et qu’il les combattrait aussitôt qu'il serait assez âgé pour le faire. Cette époque vint enfin. Ïl convoqua une assemblée des quelques survivants de sa tribu, et, dans une vaillante harangue, il rappela à leur mémoire les maux qu’on avait infligés à

68. - LE SANG FRANÇAIS «7 leurs ancêtres et leur glorieuse résistance. ‘Pour ma part, dit-il, à ” la fin de son discours, je suis résolu à mourir, mais à mourir en vengéant notre tribu et ma ‘famille. ” Cette adresse patriotique reçut -l’approbation unanime de ceux qui étaient présents ; ils s’engagèrent : à partager la bonne et lä mauvaise fortune de l’orateur: et l’élirentleur chef. Ils n’eurent pas longtemps à attendre: ils rencontrèrent bientôt une compagnie de soldats américains qu’ils attaquèrent avec impétuosité. Leur attaque imprévue déconcerta d’abord les soldats, mais voyant bientôt le-petit nombre.de ceux auxquels ils avaient ‘ affaire, ils se ressaisirent et leur discipline leur ‘donna bientôt l’avantage.. Enfin; tous les Indiens avaient succombé sauf le chef, qui se tenait à l’entrée d’une forêt, le dos appuyé à un arbre, luttant avec cette énergie que seul le désespoir peut donner. Un cercle d’acier.se resserre autour de lui; il. voit maïintenant-qu’il va être fait prison- * nier, et lui que la mort ne saurait effrayer, se prend à avoir peur. La fuite lui est encore possiblé ; ramassant rapidement les flèches des guerriers-morts couchés autour de lui, il retraite .dans la forêt, résolu à prolonger le combat inégal. Il lance ses flèches ‘qui ne manquent £ jamais leur but, mais enfin, il est forcé de sortir du bois, et n’a d'autre refuge que la plaine découverte. Lés soldats sont réduits à :, deux, mais ceux-ci le poursuivent avec acharnement, décidés. à venger la mort de leurs camarades. . Après une poursuite de deux jours, l'Indien se cache dans un petit buisson; de son are tendu, il est. prêt à laisser voler les deux’ flèches qui doivent lui donner la victoire. Mais les soldats devinent son stratagème; ils ont appris à prendre des précautions; glissant dans le gazon, l’un d’eux arrive à portée de fusil, et décharge sa carabine. : La balle perce la poitrine du sauvage qui, brandissant son tomahawk, s’élance sur son ennemi. Mais sa blessure est mortelle, et avant de latteindre il tombe pour ne plus se relever. Tant de courage a désarmé la-rage des soldats. Ils prodiguent leurs soins les plus dévoués au brave Sioux; c’est en vain, son âme est partie rejoindre ses ancêtres dans les pays de chasse bienheureux.”” ‘

Pourquoi vous ai-je rapporté éette petite histoire? Seulement pour vous rappeler un instant que la race à laquelle vous appartenez L par vos mères a de tout temps été une race de braves. Dans ces jours

où, pour des raisons diverses on montre tant de mépris à l’égard des minorités, la nation métisse n’hésitera pas, s’il lui faut, elle aussi, mourir ou s’assimiler, ce qui est la même chose, à lutter jusqu’au bout comme l’a fait ce brave : avant de disparaître, si ce sort lui est réservé, ce qu'à Dieu ne plaise, elle montrera qu’il lui reste assez de ce courage qui animaït les fiers Indiens dont le sang coule dans ses veines . pour, au besoin, attaquer l’adversaire à visage découvert, sinon avec les armes qu’on s’est accoutumé à abandonner pour des moyens plus paisibles, du moins avec des argüments basés sur les traités dont ils ont le droit et le devoir de réclamer le respect à la lettre.

-__ . Car les chaÿses, les combats. ne sont pas, les seuls titres de gloire de vos grands ancêtres indiens, Messieurs les: Métis-français: du :

- - - . . > . 2 LE SANG FRANÇAIS à

momient surtout.où ils commencent à être en contact avec les blancs, =, . donnant. naissance à cette race nouvelle à laquelle vous êtes fiers. d'appartenir, ils. laissent- une marque assez belle dans l'histoire qu’il -est juste de la noter. Trop d'écrivains n’ont voulu voir et ne peindre ‘ ‘que les traits cruels .des nombreuses tribus sauvages -qui peuplaïent. les vastes étendues de ce continent : pour ma part, je.préfère ne voir ‘que les côtés aimables, que l'adaptibilité à se laisser civiliser dont. elles ont fait preuve dès les débuts; je préfère conserver l'opinion que bon nombré des horribles choses. que l’on se plaît à mettre sur le compte des” Indiens, quand on ne va pas jusqu’à en accuser les Métis eux-mêmes, n ont souvent été’autre, chose que le résultat des provocations des ‘blanes et de leurs mauvais exemples: témoin (pour | ne nous occuper que .des Métis) l’affairé de la, Grenouillère en 1816. iles rigueurs du Gouvernement Provisoireé én 1870, le soulèvement en Saskatchewan au printèmps de 1885. Sans les bruits répandus à dessein par les ‘‘Bourgeois”*.de la Compagnie du Nord-Ouest et l’imprudence vraiment inconcevable du. Gouverneur Semple dans le pre- .mmier cas, sans les révoltes répétées des Canadiens-anglais contre les autorités reconnues et acceptées dans le deuxième cas, sans les paroles = vraiment odieuses de Éawrence Clarke, ne faisant prévoir rien autre que des balles en réponse à leurs justes demandes, dans le troisième & cas, est-ce que les horreurs de ces époques que l’on s'obstine à vouloir mettre tout “entières sur le compte des Métis auraient eu lieu? Il suffit de’ disséquer les données de l’histoire, de comprendre à sa juste. mesure le caractère naturellement paisible et inoffensif des# gens de votre-nation, pour immédiatement reconnaître que seules des raisons sérieuses pouvaient et peuvent encore soulever chez vous les. passions que vous ont transmises non seulement les Indiens mais, aussi, et plus encoré, les descendants des Francs.

En tous cas en regard de ces traits exceptionnels de l’histoire métisse, il est bon, il est juste, de mettre ces autres” traits sous lesquels ils seront toujours le mieux connus et à'cause desquels ils garderont, . .un.nom trés. particulièrement remarquable dans l’histoire du contii ‘nent américain. A vos frères de St. Vital, l’autre jour,-je parlais de ce qu'’avaient fait vos ancêtres comme guides, comme interprètes, . comme Jégislateurs. J'essayais de leur montrer combien ils avaient : oo lieu d'être fiers de l'oeuvre de grande civilisation qu'ils avaient . accomplie dans ce sens, quel superbe rôle de précurseurs ils-avaient | rempli en conduisant et interprétant les missionnaires, les explorateurs, les arpenteurs et les autres pionniers du progrès dans leur marche de désintéressement ou d’intérêt, de quelle énergie ils avaient fait preuve en supportant plus que ceux ‘qu’ils condüisaient les rigueurs du climat et les fatignes du'voyage, quelle prévoyance vraiment remarquable ils avaient eue en organisant en temps et lieu une . sage et ferme résistance lorsqu'on avait voulu les traiter comme un vil bétail que l’on vend sans prendre son avis, ‘en un mot quel magnifique rôle de précurseurs ils avaient de tout tem) S et en toute occasion É joué. Il est un. point s sur lequel . je n'ai pas touché é'alors, et cela parce:

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