‹ Le sang françaisChapitre 21 sur 47 · UN TRAITE VIOLÉ · texte numérisé non relu

UN TRAITE VIOLÉ

Mesdames, Messieurs. - | Le 19 août 1629, Champlain, dont la petite garnison à Québec était à la dernièré extrémité, s’était rendu, sans coup férir, aux frères Kirke, qui étaient venus attaquer sa colonie, sans provocation aucune, “et alors même que la paix existait entre'les rois d'Angleterre et de France. - | . : ‘ | Se rendant aux conseils de Champlain, le petit établissement :

“était demeuré, et l’on peut dire que c'est grâce à cette détermination de maintenir<ee noyau au Canada, malgré tout, que les Français finirent par s'implanter fermement sur le continent Nord Américain.

En effet, si Champlain avait fait rentrer tous les habitants en France comme les. Kirke lé lui avaient proposé, il n’est pas probable que le roi de France, malgré la noble conduite de Charles de La Tour à Port

Royal, préféränt la fidélité à son roi aux honneurs et même aux liens

de famille, eût fait beaucoup d'efforts pour se faire restorer la Nou-

velle-France, comme il arriva trois ans après la capitulation, grâce’ aux efforts persistants de Champlain lui-même, qui n’avait cessé de

s'intéresser à ceux qu'il avait laissés derrière lui sur les rives de son

cher Saint-Laurent. ° : : ue

°: Par le traité de St-Germain-en-Laye, signé en 1632, le roi Charles I

“d'Angleterre rendait au roi Louis XIJI de France tout le pays qui, d’après Van Linschoten, l’un des plus grands voyageurs de ce temps,

. se décrivait comme suit: ‘‘Cette partie de l'Amérique qui s'étend.

vers le nord jusqu’au pôle arctique, s'appelle la Nouvelle France, parce que Jean Verrazäno, un Florentin, envoyé par le roi François

. Ter dans ces parages, découvrit à peu près toute la côte, à commencer

‘au tropique du Cancér jusqu’au 50ème degré et plus au nord encore, arborant les armes et le drapeau de la France; pour cette raison ce’ pays s'appelle la Nouvelle-France.” …, .

… D’après la commission royale émise au Sieur de Roberval en 1540, . il est évident que la région aux environs de la Baie, bien qu'elle ne ‘soit pas décrite, est-comprise dans le terme Nouvelle-France, D'autre . - part, en 1598 Lescarbot, le grand historien français de cette époque, . écrivait que la commission remise au Sieur de la Roche comportait ce qui suit: ‘La Nouvelle-France a pour limites à l'Ouest l'Océan

- . Pacifique en de ça du tropique du Cancer; au sud les îles .de l'Océan

Atlantique entre Cuba et Hispanolia; à l’est, la Mer du Nord, qui

= baigne ses rivages, embrassant au nord ce que l’on nomme la Terre

© Inconnue vers la Mer Glacialé, jusqu'au Pôle Arctique”, Ces deux

e Causerie donné au Club “Le Canada” le 3 décembre 1916. ‘ 95

commissions eurent dans la suite (beaucoup de poids dans les négocià-

tions qui eurent lieu de temps à autre entre les gouvernements de .

France et d'Angleterre.

Quelles qu’aient pu être à une époque ; précédente à à cette date Les difficultés entre la éompagnie anglaise des aventuriers dont faisaient ” partie les frères Kirke et la Compagnie de la Nouvelle-France dont Champlain était l'âme, le$ termes du traité de. St-Germain- en-Laye établissaient de façon bien claire que dorénavant le pays jusqu'au pôle nord était la propriété de la France. Pour nous il importe. peu quelles querelles s ’élevèrent ensuite entre les deux pays pour la possession des Virginies et de la eôte américaine jusqu’en Floride. Ce qui nous intéresse surtout c’est de savoir comment ce traité affecta le pays que nous habitons aujourd’hui.

Or, malgré .la définition bien claire des limites de la Nouvelle- France que je viens de donner, l’époque devait venir où l’on oublierait apparamment en Angleterre les termes du traité de St-Germainen-Laye et, où par un acte de générosité plutôt étrange, à force de manque de foi, Charles Il d’Angleterre respecterait assez .peu la parole de son prédécesseur Charles Ier pour prétendre < donner. à à quelques uns de ses favoris des domaines dont ce prince, son père, avait: déjà disposé. Li

En 1720, l’abbé Bobé, prêtre de la Congrégatiof de la Mission, à. Versailles, préparait un long mémoire pour la cour de France, ‘dans lequel it était dit entre autres choses : ‘‘ La France s’est encore opposée aux usurpations des Anglais les ayant obligés par le traité de St- Ger- ‘: main en 1632, de restituer à la France tout ce qu’ils avaient jusqu’alors occupé dans la Nouvelle-France ; ils n’ont pas cependant encore fait cette restitution, mais ‘on leur demande présentement qu'ils la fassent incessamment, n'étant pas juste qu'ils retiennent plus longtemps ce qui ne leur appartient pas, et qu’ “ils ont promis . solennellement de restituer à la France.” Et dans-un autre mémoire sur. le même sujet en 1723 il ajoute: | :

“Mais disent les Anglais nous. sommes établis dans la Nouvelle- France depuis la Caroline: inclusivément jusqu ‘à. Quinébequi depuis 1585 jusqu'à présent 1723. Nous y avons mis quantité d’habitants et . bâti plusieurs grandes villes. N'’avons-nous pas preserit contre la France par une si longue procession ?—Non, parce que la France s y est toujours opposée par les lettres patentes qu elle a données aux concessionnaires généraux, aux lieutenants généraux et aux vicerois - de la Nouvelle-France. Non, parce que la France obligea en 1632, par

le traité de St-Germain, l'Angleterre de :lui restituer tous:les lieux : occupés dans la Nouvelle-France par les Anglais, ét que le traité de Breda en 1667, celui de Neutralité en 1686 et celui d’Utrecht en 1713, . ne disent rien 4’ où on puisse inférer que la France ait cédé à l’Angleterre aucune partie de la Nouvelle-France, sinon la province de. l’Acadie selon ses anciennes limites, et la seule ville de Port Royal avec ses dépendances ou banlieue.”

Ce savant mémoire fut envôyé à Paris par l’intendant Bigot en . 1750 pour appuyer les demandes de restitution faites par la France . dans les pourparlers qu’elle avait alors avec l'Angleterre.

L'’attention des autorités de la Nouvelle-France, cependant, avait

été tournée surtout vers le sud et l’est, dans la direction de la Caroline et des Virginies. Ce ne fut que vers 1656 qu’on songea à s’oceuper aussi du Nord: Au printemps de cette année-là le gouverneur de la’ colonie, M. de Lauson, pensa qu'il serait bon de prendre possession, par un établissement authentique, des territoires bordant la Baie , d'Hudson, et lorsque dans l’été il rentra en France, son fils, M. de . Charny-Lauson, qui lui succéda, reprit le projet. Le résultat de ces “efforts fut qu’en compagnie de l’abbé Le Sueur. de St-Sauveur, Jean

: . Bourdon, qui devait devenir procureur général du. Canada, entreprit

‘un voyage vers les eaux septentrionales du nouveau continent.

.. Ces deux hommes étaient arrivés à-Québec en 1634. Ils faisaient - partie du fameux groupe d'émigrants picards et normands qui étaient venus au Canada à leurs frais à la suite du contingent, qu'avait envoyé en 1633 la société de colonisation organisée par le chirurgien Robert Giffard. . : : ‘

L'abbé Jean Le Sueur de St-Sauveur était curé de St-Sauveur de Thury, le Thury-Haucourt du département de Calvados de nos jours: C'était un prêtre actif et dévoué; l’un des faubourgs de Québec porte son nom. ‘ : TT

. Quant à son ami inséparable Jean Bourdon, Sieur de Saint- François, il était natif de Rouen et appartenait à une famille d’origine très modeste. Il s’établit sur les déclivités du côteau de Ste-Gene-

. viève, où il bâtit une maison et un moulin ainsi qu’une chapelle, qu'il

” ‘plaça sous le vocable de St-Jean. Les autres colons qui s’établirent

autour de Jean Bourdon finirent par former la faubourg St-Jean de OS JOUrS. ‘ ‘ - ‘ ——- - | Jean Bourdon était un homme de grandes connaissances qui

s’adaptait avec une facilité étonnante aux circonstances dans lesquelles il:se trouvait, pour en tirer tout le profit possible : il fut tour à tour arpenteur, ingénieur; cartographe, dessinateur, cultivateur, can- : nonier, peintre, diplomate et avocat: on lui doit l’arpentage de quelques terres près de Trois-Rivières, un plan du bas du St-Laurent ét une carte de Québec. Le gouverneur de Trois-Rivières, La Vallière, ayant eu à s’absenter en 1645, Jean Bourdon remplit la .charge par : intérim avec beaucoup Ge crédit. Au cours des deux années suivantes, il guerroya contre les Iroquois et protégea les rives du fleuve contre

. leurs incursions. En 1650 il fut chargé d’une mission pour la France … .

et, quelques années après, devint tour à tour ingénieur'en chef, collecteur des douanes, puis, sous Mgr. de Laval, procureur général de la-Nouvelle-France. Venu sous Champlain, il connut sept des gouver--

‘." neurs qui suecédèrent aù grand découvreur. Il eut des rapports:in-

. times avec Mgr. de Laval, la Vénérable Mère Marie Guyart de l’In-

carnation, et fut'en ‘très bons termes avec les Pères Jésuites et les : .:

Soeurs de l'Hôtel Dieu: et du Couvent des Ursulines.’ Il fut présent à la fondation du Collège des Jésuites, du Petit Séminaire de Québec et du Conseil Souverain, dont il fut procureur fiscal.

Des qualités personnelles. de Jean Bourdon, la Vénérable Mère

.Marie de l'Incarnation a écrit qu'il était ‘‘le père des pauvres, la

consolation des veuves et des orphelins, un bon exemple. ‘pose tout le monde.”

Tel était l’homme. qui, selon Bacqneville ‘de la Potherie, fut chargé d'affirmer la possession au roi de France du district de la Baie ‘a "Hudson, en y fondant un établissement. Tout semble indiquer qu’il réussit quoi qu'aient pû en dire dans la suite les partisans de la

- Compagnie de la Baie d'Hudson, afin de donner à à la charte de celle- '

ci une valeur qui n'existait réellement pas.

“Rien de plus amusant; à mon avis, que les arguments que certains historiens anglais de nos jours avancent pour. prouver que le voyage de Jean Bourdon et de l’abbé Le Sueur n’eut jamais lieu, .ou s'il eut lieu, qu il n'eut jamais de résultat pratique ; qu ils ne se rendirent pas jusqu ‘où, La Potherie le prétend.

C’est ainsi que nous lisons däns ‘‘La remarquable histoire de la, Compagnie de la Baie d’Hudson,’’ paï le Révérend George Bryce, professeur au Collège Manitoba, que les assertions faites par La Potherie ne peuvent être fondées parce que la fametse compagnie dont ce monsieur s'est fait le champion -les a niées, ‘et que Jérémie, qui fut gouverneur des forts français sur la Baie en 1713, ne parle pas du voyage et de l'établissement en question! Et le grave professeur conclut doctoralement: ‘Cette contradiction de ee qu ’affirme La Potherie est sûrement une preuve suffisante qu'il n'y a pas de base

“solide à ces histoires et qu’elles sont par conséquent purement apo-

cryphes.”?

Autrement dit: des gens intéressés comme l’étaient les action: naires de la fameuse compagnie nient un fait qu’affirme un historien. : véridique, et un certain Monsieur qui a habité un certain pays, plus d’un demi siècle plus tard, néglige ou oublie de faire mention de ce fait: ergo, ce fait ne saurait être exact .C est une façon qui paraît plutôt cavalière de se débärasser de certaines difficultés ; pour ma part je ne vois pas qu’il'soit nécessaire d'arriver forcément à la conclusion que ces personnes voudraient nous imposer. ‘

Pour prouver son.point que la. compagnie de la Baie d'Hudson avait bien les premiers droits sur les domaines que lui avait gracieusement octroyés Charles II, le Révérend. M. Bryce fait remarquer aussi que dans la description donnée par Lescarbot il est fait mention d’une terre inconnue, comme faisant partie du Canada d'alors, et il s’écrie: ‘‘Le bon sens solide de J’Angleterre anglo-saxonne refusa d’être lié: par la prétention: qu'une région admise comme étant ‘inconnue’? pouvait être retenue par un titre simplement formel !””

: Or quels sont les faits? La Baie d'Hudson, la Baie James ‘et. leurs rivages avaient été "visités et explorés par Hudson et ses successeurs de 1610 jusqu'e ’en 1631: le monde était au coufant en 1632,

lors du traité de St-Germain-en-Layé; du'fait. qu'il y avait un détroit, une mer et des territoires au delà ‘du ‘Labrâdor; c'était par consé: quent bien en connaissance de cause que Charles [er avait reconnu à Louis XIII la propriété de tout ce qui se trouvait de ce côté.

Sans doute il y a le fait que d’autres historiens, Beckles-Wilson. par. exemple, parent de l’épithète “honteux,” ce famenx traité dont le principal prétexte semble avoir été.le recouvrement d'une dette’ de £100,000 que devait Louis XIIT à l'épouse de Charles II, mais ce n’est pas là une raison pour justifier ce qui advint ensuite, par quoi une, partie essaya de se ‘relever seule des obligations qu’elle avait prises à l'égard de l’autre. US vo -

° À mon avis, et c’est aussi, je crois, l'avis de bien des historiens, e traité de St-Germain-en-Laye est peut-être la maille la plus solide ui.soit dans la chaîne des prenves à l'appui des droits du français

dans 1’Ouest canadien, et cela parce que s’il est une fois bien prouvé que ce traité était basé sur quelque chose de défini, il est impossible que les droïts de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont nous nous Occuperons en temps voulu, aient. aussi été valables ; mais si l'abandon par Charles Ter de territoires décrits comme inconnus, —bien qu'ils eussent été explorés et que les relations des explorations eussent été pulliées en Angleterre,—ne saurait être considéré comme suffisant, ‘je de vois pour ma part nulle raison pour douter de la narration de à Potherie, qui vaut bien il me semble les dénégations .de la -Compaghie de la Baie d'Hudson, intéressée qu'était cette compagnie: à ce que tout -affirmât la.valeur des droits et privilèges qu'elle prétendait avoir. CUS ee te. .. 0 | | * Îlne faut-donc pas s'étonner de voir l'honorable J oseph Cauchon, . qui devait être plus tard lieutenant ‘gouverneur dùu Manitoba, réitérer en 1857 les affirmations faitès par La Potherie, dans’ le procès du ‘Canada contre la Compagnie de la Baie d'Hudson, au cours duquel. Je Canada s’efforçca de montrer que la fameuse compagnie jouissait. de privilèges auxquels ‘elle n’ävait aucun droit, et occupait des terri- : toires qui ne lui avaient jamais appartenus, mais qu’au contraire ils appartenaient au Canada, : ayant été cédés én-1763 par la France à l’Angleterre dans le traité: de Paris en même temps que le reste de

“— la Nouvelle-France. - . Lee et Cie ce

1] ne faut pas-non plus s'étonner de’‘lire dans la presse de ces. jours derniers que Sir Wilfrid Laurier disait tout récemment à l’Université de Toronto, en citant la charte accordée par Charles IT, que’ ‘comme La Vérendrye et les Métis occupaient, des terres däns le: domaine déerit dans la charte avant la Compagnie de la Baie d'Hud- : son, Lord Selkirk eut tort.d’ordonner qu’on en chassât les détenteurs,

car sa charte, qu'il fenait dela compagnie, était limitée. . Et'il'est facile de compreñdre pourquoi Gladstone- levait les - épaules quand on Jüi parlait. de la charte'de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et ce qu'entendait Lord Granville lorsqué le 9 avril 1869.

QI

non . m. ee . , . ..

"* venuûs à la Baie et aient pris. possession du pays avant eux. % » Les relations des Jésuites spécifient bien clairement que Guil-

il faisait tenir l’ultimatum du gouvernement anglais à la compagnie

‘de règler à £300,000 ou de ne rien avoir. +. . , * + * | ‘

Le grand”argument < de Ia, . Compagnie de la Baie d'Hudson, à l'appuï de $es prétentions: à Ja priorité dans ces parages, c'est qu en tout cas elle fut la preïfnière à y construire un établissement à demeure, qui fut le Fort Charles sur la rivière Rupert ou\ ‘Albany. Or s’il semble douteux que Bourdon fit autre chose que de prendre possession du pays en destendant sur la côte est de la baie, il semble bien prouvé que deux autres Français de l’époque se rendirent jusqu’à la baie de 1661 à 1668, et s’y établirent suffisamment pour faire la traite avec les aborigènes : je veux parler de Radissoù et Groseillers, dont les aventures considérables, toutes plus extraordinaires les ünes que les autres, formeront le sujet de plusieurs causeries.

Un autre voyageur qui semble s'être rendu par terre aussi jusqu’ ‘à la Baïe c'est Guillaume Couture, interprète au service-des missionnaires, qui recut permission du gouverneur, le baron Dubois d’Avaugour, de se.rendre jusqu'à cette mer intérieure avec un parti d'Indiens venus demander aux Français d'aller faire la traite avec les gens de, leurs nations. -Bïen que nous semblons avoir, par les relations des-Jésuites, qui sont considérées comme d’une très grande ‘valeur au point de vue historique, des détails très précis sur ce qu’il fit en arrivant-au but de son voyage, le Révérend M. Bryce n‘hésite pas à le mettre au rang des personnages aux paroles desquels, d’après Ini,‘il n'est pas nécessaire d’ajouter foi, parce que ses amis de Ja Compagnie de la Baie d'Hudson ont daigné nier qu'ils soient par-

-laume Couture; un Normand de. Rouen comme Bourdon; avait avec ‘lui éinq compagnons dont Jacques de la: Chenaye et Denis Duqnet. Leur ‘voyage semble avoir été le résultat de la visite faite par les souvages de la Baie venus en 1661 pour demander: 1° que les Français allassent faire la traite chez eux; 2° qu'ils fussent admis à vivre sous la domination des Français; 8° qu'’on-leur envoyât un missionnaire. .Ce fut aussi sans doute pour apporter un complément au

voyage.éntrepris.en 1661 par Michel Leneuf de La Vallière, accompagné par les PP. Dablon, ,Druilletes,. de Quen, Cripieul et Denis:

Guyon, qui d’ailleurs n'aboutit à rién puisque les Iroquois les forcè-

rent à rebrotisser chemin, que Couture entréprit son voyage de la Baie de 1668.

Ce voyage fut fait par terre. Ceux parmi nous qui n’ont jamais voyagé comme on voyageait dans ce temps-là et comme l’on voyage encore dans les parties du Canada où les chemins de fer ne sont pas rendus, ont du mal à s’imagiuer ce qu’est une pareille entreprise En été, on se sert du canot d’écorce. Si nous ne nous en sommes pas servis, par contre nous avons tous, plus ou moins, lu des histoires de . chaier ou de chasse. où il en est fait mention. Sans doute ces voya- ‘ ges en canots devaient être bien intéressants, quand les rivières et

i ce . 4 e

les lacs étaient dénués de récifs, quand les portages n'étaient pas trop nombreux et pas trap longs. Par une belle journée d'été, alors que la nature a revêtu sà’ parure veloutée de verdure et de fleurs; alors que dans les bocages les oiseaux.s'appellent par des cris joyeux et font bruire les feuilles des érables, des chênes et des ormeaux au contact de.leurs aïles rapides; alors que les parfums des floraisons d'herbes et d’arbrisseaux embaument l’air échauffé par un ‘soleil ardent que réussissent à peine à tamiser les rameaux qui surplombent; alors que les insectes, les papillons et les libellules volètent de tous .côtés, éparpillant rapidement la mérveilleuse palette de leurs vives couleurs ; alors que tout chante le renouveau, que tout invite à célébrer la grandeur du créateur de cés innombrables belles et bonnes choses, que tout invite à jouir de la vie dans la plénitude de tout ce

qu’elle offre de doux et de pur, qu'il fait bon se laisser glisser au

fil de l’eau à travers les nénuphars immenses, à l’ombre des bran- ‘ chages de saules allongeant leurs bras tendus en un geste bénin de protection très tendre! Quel plaisir l’on à à manier la pagaie ou la rame qui se brisewau .regard dans l’eau transparente ou ruisselle de perles diamantées en se-relevant! Et iorsqu’au milieu des rapides la légère embarcation s’enfuit en effleurant de bord et d’autre les roches pointant dans l’ande perverse, qu’à chaque instant on pense qu’elle va se briser contre cette, pierre qui s’avance ou s’engouffrer dans ce tourbillon .qui rugit et fume; lorsqu’enfin arrivé au bas de la pente couverte d’écumes on se retourne et l’on se demande par quel miracle on l’a descendue sans y périr, quelles émotions où à - la terreur se mêle un sentiment de respect et d’admiration pour les grandeurs et les beautés de là nature!

D'un autre côté on oublie bien un peu ces bons moments passés ‘

à jouir des spectacles graridioses étalés aux regards, à humer les

senteurs enñivrantes de parfums épandus à profusion, à sentir la

brise printanière caresser de son souffle tiède le visage hâlé, à sentir le frisson d’une crainte, où se mêle de la curiosité, en passant des

précipices sans fond ou des rocs sourcilleux, on oublie bien un peu”

tout cela lorsqu'il s’agit ‘de transporter à dos Île paquet de nourri-

ture ou d'équipement attaché à la courroie qui ceint le front et sur

lés épaules le canot dans lequel on aura à continner son voyage une

fois passé le portage de la rivière au lac, long de plusieurs milles, peut-être, sur lequel on marche maïntenant péniblement, iei enfon-

çant jusqu’à la ceinture lorsque la eroûte de mousse vient à manquer sous le poids, là buttant contre les branches qu’un vent sans

pitié a abattues, semble-t-il, à dessein’ au travers, du sentier, sans

cesse poursuivi parles moustiques et les mouches qui aveuglent et

qui saignent, sans parler d’un soleïl de plomb dardant ses rayons

-au travers des vêtements, ou de la pluie torrentielle perçant de part

en part. ‘

Mais aussi quel soulagement, le ‘soir arrivé, de pouvoir s’arrêter

au bord d’un ruisseau limpide, de déposer son fardeaü, de dresser la

tente ; à la facon des Indiens, entre le trépied de pendre la marmite,

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