‹ Le sang françaisChapitre 22 sur 47 · MES · texte numérisé non relu

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a où s “eshalerà tout à à l'heure 1 ‘odorant fumet d’une cuisson de gibier ! Quel plaisir de s'asseoir en rond autour de la flamme qui pétille et s'élance en étincelles vers le frmament où percent l’une après l’autre les veilleuses des immensités infinies! Avec quelle jouissance on allume alors $a pipe, et accoudé en penseur sur ses génoux, on surveille la fumée du foyer qui s'élève comme autrefois celle des encens dans les cassolettes devant les statues des héros ou des dieux. Comme l'on dort bien à l'abri de la toile légère, enroulé tout botté dans une couverture étendue à la diable, pendant que par l’entrebaîllement de la bande mal jointe formant porte un rayon de lune vient, comme ferait le fanal d'un gardien, s'assurer qu'on est bien aux bras de Morphée.

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Et maintenant il faut nons réveiller et revenir à Guillaume Couture qui, parti de-Québec, monte au milieu de circonstances telles que je viens de décrire, vers cette fameuse Baie d'Hudson dont le nom devait être constamment mêlé à toutes les revendications de’ droits que devaient énoncer nos ancêtres et que nous. continuons nous-

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mêmes chaque jour à à énoncer. à

Malheureusement les détails du -voyage de ce brave et de ses compagnons nous manquent, mais ceux qui se sont parfois inquiétés d'étudier la géographie du nouveau territoire de Québec dans l’Ungava se feront sans peine üne idée des difficultés ‘incroyables que ces gens eurent à supporter avant d'arriver sur la côte occidentale de cette péninsule : les relations parlent de 200 portages et de 400 rapides!

Couture, ignorant que Radisson et Groseillers avaient quelques semaines auparavant atteint les côtes de la Baie James, s’empressa, au moyen de deux arbres que lui offrait la forêt, de faire ne im

mense croix qu'il fixa en terre, en même temps prenant possession,

non seulement du littoral, mais-du pays tôut entier au nom de son souverain, .le roi de France. Puis, prévoyant que tôt ou tard des difficultés surgiraient ‘entre son Roi et quelque prince étranger, il attesta ce grand événement en enfouissant ‘au pied d’un gros arbre, près du rivage de la mer, suivant l'exemple dé tous les explorateurs de son temps, les armes de son souverain, gravées sur une plaque de

cuivre enveloppée entre deux morceaux de plomb. Le’tout ut cou-

vert de branches et d’écorces,

Ces preuves de prise de possession furent-elles si bien cachées qu'ensuite il fut impossible de les trouver? Les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson les découvrirent-ils et s’empressèrentils de les détruire, afin qu'il ne restât nulle trace que d’autres avant eux, depuis le traité de St-Germain-en-Laye, s'étaient établis sur la Baie? On ne sait. Toujours est-il'que, très malheureusement pour notre cause dans l'Ouest, on ne retrouva plus ces témoignages irrécusables de l'établissement des Français sur la ee d'Hudson, et que les amis de la Compagnie de la Baie d'Hudson s ’empressèrent, comme dans le cas de Jean Bourdon, de nier, de façon toute gratuite

sans doute, mais qui ne manqua pas de faire son imipréssion, que les

LE SANG FRANÇAIS 108 Français se fussent rendus avant ses employés sur ce ‘qu'elle avait fini par considérer comme son absolu domaine.

Maïs nous qui ne sommes mûs par rien autre que l'amour de la justice et le respect de la vérité, nous qui n’avons aucune raison de douter des faits rapportés. par nos historiens, jusqu ‘à ce qu’on nous” prouve le contraire autrement que par des affirmations. basées sur des suppositions élastiques et des <xplicatiois# ncohérentes, nous croyons que nos ancêtres ont pris possession de là Baie d'Hudson et des territoires attenants avant les employés de la Compagnie de la Baie ‘d'Hudson; nous qui savons de quelles choses étonnantes étaient capables -les” ‘fondateurs de la Nouvelle-France, nous trouvons tout nâturel qu'ils aient accompli-en un temps, même restreint, les découvertes et les prises de possession dans ces parages que rapportent les fastes de l’histoire de notre pays; nous qui sommes habitués à lire, au sujet dé nos grands voyageurs, ces récits d'événements qui touchent au merveilleux et même au miracle—témoin les martyres de nos grands missionnaires,—nous ne trouvons pas du tout. étrange que les Bourdon, les Le Sueur, les La Vallière, les Couture et les autres aient planté le signe de la rédemption, fait flotter le drapeau de la France et crié aux échos des rivages de la Méditerranée américaine les syllabes de la langue par excellence de la civilisation, à temps pour assurer la souveraineté de ce pays à leur prince.

. Sans hésiter, nous disons aux champions de la Compagnie de la Baie d'Hudson, ceci: ‘Pendant plus de deux siècles ceux dont vous

.prétendez vanter les hauts faits, par pur-égoïsme et par crainte que

leur commerce de -fourrures ne s'anéantif, ont été cause que ces immenses plaines de' l'Ouest sont demeurées incultes et inhabitées, tandis que nos pères, eux, se dévouaient sans compter. aux décou. vertes dont bénéficie la génération actuelle; et vous voudriez opposer

l’égoïste conduite des uns au sublime sacrifice des autres? Vous vou-

driez que nous effacions des pages de nos annales ce que les nôtres ont accompli de grand et de désintéressé pour les remplacer par les mercantiles rodomontades d'individus qui, lorsque l’occasion s'en est présentée, n'ont pû défendre le drapeau dont ils se réclamaient, comme cela s’est passé à Churchill et à Nelson, alors que Samuel Hearne et Humphrey Martin en 1782 rendirent ces forts à notre La Pérouse, sans tirer un coup de canon?” =

"Et puis en admettant que tous ces arguments au sujet de première occupation soient bien fondés, que nas historiens se soient mépris sur l'exactitude des faits, que la Compagnie de la Baie d'Hudson ait une charte qui vaille, pour les droits de territoire dont il y'est fait mention, “un peu plus que le. parchemin sur lequel elle est écrite, ne : demeure-t-il pas acquis que par le traité de St-Germain-en-Laye de 1632, l'Angleterre reconnaissait à la France la suzeraineté sur toute la Nouvelle- France jusqu au Pôle Nord, y compris les terres inconnues et à plus. forte raison les terres connues, et au nombre de celles-

ci les territoires confinant à la Baie d'Hudson? Et parce que l’Angle.

terre ne jugea pas à propos de faire honneur à sa signature, s’ensuitil que les établissements d’une compagnie, usurpatrice à son instigation, aient jamais été autre chose qu'une violation du droit des gens? Depuis 1632 bien des événements sont survenus qui ont remis les choses au point et régularisé une situation évidemment fausse au point de vue britannique, mais les droits à notre langue qui nous ont été acquis lors de la prise de possession, par le pays auquel nos ancêtres appartenaient, des territoires que nous habitons aujourd’hui, ne sauraient être affectés par l’abus qu'on a cru pouvoir faire plus. tard de cette situation extraordinaire où un prince a donné ce qui ne . lui appartenait pas. Par oceupation, notre langue a été la première langue européenne de l'Ouest: sa conservation nous a été implicitement garantie par divers traités. Nous réclamons le. droit de l’enseigner à nos enfants, autant qu'il nous fait plaisir, et sur le même pied que l'anglais, dès les basses classes dans les écoles que nous maïntenons de nos deniers. ; °

Mais que dis-je? Il est évident que nous sommes enfin à la veille d'obtenir ce droit d’un océan à l’autre, et cela pour deux raisons: d'abord, parce que le plus haut tribunal de l’Empire vient de donner raison à nos compatriotes de langue anglaise qui réclament pour chaque province le ‘droit, aux fermes de la constitution de 1867, d'établir son propre programme d'études, et par conséquent de dire. quelle langue sera ou ne Sera pas enseignée dans ses écoles. Je sais qu'il peut paraître bizarre de considérer ceci comme un premier échelon vérs la reconnaissance de nos droits: n'est-ce pas cependant bien

-naturel® Après la victoire, ne se sént-on pas généralement tout disposé à accorderge qu’on refusait au milieu de la lutte? La générosité n'a-t-elle pas toujours été la principale qualité des nations nobles? Et nos frères de langue anglaise ne sont-ils pas de notre avis lorsque nous disons que la légalité n’est pas la justice, et que la force ne crée pas le droit?

D'autre part, sur les champs de bataille des Flandres, de France et de l’Orient, sur ‘toute l’étendue des mers, les races française et anglaise ne luttent-elles pas côte à côte pour la préservation de la. civilisation au monde? N'’achèvent-elles pas, “dans une communion sacrée, l’oeuvre de libérer l’univers du joug odieux et brutal qui : pesait sur lui? Dans cette humanité. qui, depuis un demi-siècle, ne connaissait que le règne de la force, des hommes parlant français et des hommes parlant anglais ne s’efforcent-ils pas en commun, suivant la tradition séculaire de leurs pays d’origine, de faire régner un peu plus de justice? L’entente cordiale d’avant la guerre qui s’est changée en‘une alliance offensive et défensive dès les premiers jours du conflit, et qui fait la principale force devant l'ennemi des armées sur le front occidental et dans les Balkans, saurait-elle mieux s’affermir après la victoire que par la résolution chez l’un et l’autre peuple de se familiariser avec la langue de son allié? ÆEt de ce côté de l'Atlantique, où les deux grandes races civilisatrices du monde sont

destinées à vivre côte à côte jusqu’à la fin des temps,. n'est-il pas

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permis de s’imaginer un Canada enfin unanime et purifié? N'est-ce * pas pour cette grande oeuvre réparatrice qu'est la paix que nos, jeunes gens qui sont couchés aujourd’hui dans les plaines de la Marne, . -des Flandres, de la Somme et de l'Orient, ont donné héroïquement leur vie? N'est-il pas naturel et désirable que nous offrions au monde le spectacle d’un peuple uni, sur les tombes des nôtres, glorieusement morts pour le triomphe de la cause la plus sacrée, celle de la liberté? Serions-nous dignes de ceux qui ont sacriñé leur vie pour le triomphe de la civilisation, si de-nos propres mains nous continuions à nous déchirer’nous-mêmes? Ces héros tombés par milliers pour assurer au monde le bienfait de l’éternelle paix, n’auraient-ils pas le droit de nous reprocher leur sacrifice, si nous sommés résolus à le rendre inutile en ce pays, par l’obstination de nos vieilles, de nos absurdes querelles? Leur sang, en un mot, aura-t-il coulé en vain? ù Frères tombés au champ d'honneur, les deux grandes races en ce pays comprennent l’austère leçon qui se dégage de vos tombes fraternellement jointes! Unies enfin l'une à l’autre, elles continueront, elles achèveront votre oeuvre!$ Et en dépit des deuils, des misères et des ruines, elles pourront être fières d’avoir vécu les heures que nous vivons; elles pourront être sûres que la prospérité accompagnera la concorde qui existera d’un travers à l’autre de ce beau Dominion, alors que nous aurons oublié nos divisions des siècles passés et que les traités de St-Germain-en-Laye et autres n’auront plus aucune signif- . - cation, du moment que tout le monde parlera anglais et français.

$ Le commencement de ce paragraph et tout Je paragraph précédent sont imités de Victor Giraud: Le Miracle Français. ’

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