DECOUVERTE DE LA BAIE D'HUDSON PAR TERRE
/ | > Ê * Mesdames, A fssieurs ‘ | SA Dans ure eauserie précédente, où je vous.parlais des divers voyages à là Baie d'Hudson faits par les Français.du St-Laurent, après le traité de St-Germain-en-Laye, je vous disais que Radisson et Groseillers, avec lesquels nous avons fait assez ample connaissance - dans notre dernière causerie, y avaient précédé Guillaume Couture de quelques mois: ‘
Toujours sous la condüite de Mlle Laut, dont le livre ‘The Pathfinders of the West’, a révolutionné les idées qu’on s'était fäites de ° la’découverte du Nord-Ouest, nous allons suivre aujourd’hui les deux intrépides découvreurs dans le voyage qu'ils accomplirent de 1661 à 1664, et au cours duquel ils firent, par terre, la découverte de la Baie d'Hudson, que, jusqu'à ce jour, on n'avait visitée que par mer, depuis Hudson en 1610 jusqu’à Bourdon 'en 1657.
Pendant leur séjour au milieu des Cris, au cours du voyage que je vous ai rapidement décrit dans.ma dernière causerie, Radisson avait entendu parler de la Baie d'Hudson; mais quand son compagnon et lui furent de retour à Trois-Rivières, ils se gardèrent bien de parler de ce qu’ils avaient appris: ‘Nous nous gardâmes bien de révéler ce que nous avions appris, dit Radisson dans ses-mémvires;Æar no ne nous étions pas rendus jusqu'à la Baie du Nord, ne connaissant quê
Le ce que les Cris nous en avaient dit. Nous désirions la découvrir nousmêmes, et avoir l'assurance qu'elle existait, avant de révéler quoi que ce fût.” + ü
Malheureusement, le secret s'échappa. Groseillers en parla-til -
à sa femme? Les missionnaires Jésuites eurent-ils vent de la-ehoÿse
pa* les Indiens? Quoi qu'il en soit, il advint’ qu'un beau jour au
printemps de 1661, on invita Radisson à accompagner un parti de
ae missionnaires, de Françüis et d’Indiens, qui, sous le commandement Fri du: jeune La Vallière, ls dugouverneur de Trois-Rivières, se prépa- Frait à se rendre à la Baie*du Nord par le Saguenay. Radisson refusa
het. Il voulait garder pour son compagnon et lui les renseignements
qu'il avait recueillis, et, si possible, parvenir à la Baie par le chemin qu'ils avaient précédemment suivi avant que cette expédition ne
l'atteignît. Fe
De fait, ainsi que nous l’avans vu dans notre causerie précédente,
La Vallière et ses compagnons ne parvinrent pas au terme de leur
* Causerie donnée au Club ‘‘Le Canada” le 21 janvier 1917,
Le
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voyage; ils ne se rendirent qu’au lac St-Jean où les Pères Druillettes.
et Dablon établirent une mission.
Craighant néanmoins qu’on leur enlevât l’honneur d’arriver les permiers par terre à la Baie du Nord, Radisson et Groseillers résolurent d'en tenter le voyage au plus tôt. Deux guides indiens des pays d'en Haut se trouvaient justement à Montréal : ils s'assurèrent leurs services. Comme le commerce “de, fourrures était sujet à des . règlements très stricts de-la part du: ‘Eouvernement de la Nouvelle- France, règlements d’après lesquels on risquait les galères et même la mort en y désobéissant, ils demandèrent au Baron d’Avaugour la permission de se mettre en route. (‘est là que les attendait je gouverneur, irrité de ce qu'ils avaient osé refuser d'accompagner l'expédition La Vallière dontéPétait le promoteur, et sur laquelle il comptait pour remplir les coffres, de nouveau vides, de la colonie. Il déclara qü'’il n'accorderait de permission‘aux deux voyageurs qu’à condition qu'il les accompagnerait lui-même avec deux comptables, et que les deux explorateurs S 'engageraient. à partager avec lui, à parts égales, les profits qui résulteraient du voyage. ,
Radisson et Groseillers, qui, l’année précédente avaient sauvé la Nouvelle-France de la bauqueroute, furent indignés de cette condition
ebyefusèrent carrément de s’y soumettre. ‘Les découvreurs étaient. ‘ des hommes plus importants que les gouverneurs, déclarèrent-ils de.
sarçastiqué; cependant si les Indiens des pays d’en Haut invitai Son Excellence: -ils se feraient un plaisir de l'accompagner: tantrqu'à être sé8 serviteurs, il ne fallait pas ÿ songer: des découvreurs ne sauraient agir autrement que comme leurs propres maîtres et leurs propres serviteurs’?
D'’Avaugour n’en revenait pas de tant d’ audace. I émit des ordres interdisant le départ, de Trois- Rivières, des deux explorateurs, sans ‘un ordre exprès de sa part. La position devenait critique. Ils demandèrent aux Jésuites d’intercéder pour eux: ceux-ci, qui ne
voyaient pas d’un bon oeil les découvertes faites par d’ autres qu’eux-
mêmes, s’y refusèrent.
! Au milieu des pourparlers avec le gouverneur arrivèrent sept canots d’Indiens des pays d’en Haut, pour demander à Radisson et Groseillers de se rendre avec eux dans leur contrée. Les deux voyageurs furent vite décidés. Ils prévinrent d’'Avaugôur qu'ils allaient
se mettre én route malgré sa défense. Le gouverneur défendit aux
Indiens de s’en retourner avant.que l'expédition de La Vallière fût de retour. Ceux-ei partirent quand même, en annonçant à Radisson et Groseillers qu'ils les attendraient aux environs du Lac St-Pierre,
Les explorateurs avaient la population, voire la garnison de Trois-”
Rivières, pour eux: un soir du mois d’août, en compagnie d'un nommé Larivière et avec l’aide d’un sentinelle gagnée à leur cause, ils se fauflèrent hors de la ville.
Arrivés au lac St-Pierre, pas d’Indiens. Ils n'en poussèrent pas moins de l'avant, atteignant ceux-ei à l'extrémité ouest du lac. Pendant trois jours et trois nuits, on rama sans relâche::on ne s'arrêta même pas à Montréal en passant. * .
A un détour de la rivière, la petite expédition tomba sur un campement d'Iroquois. Effrayés, les compagnons de Radisson et de Groseillers s'enfuirent à travers bois, emportant leurs pirogues. Ce soir-là, Larivière rêva qu'il était tombé aux mains des Mohawks: il poussa’ de tels cris que les Indiens prirent peur de nouveau ‘ét s’empressèrent de courir à leurs canots et de s’emibarquer. Larivière n'était pas de la trempe de ses deux compagnons blancs :‘il s’affaissa de fatigue; on ne remarqua son absence que le soir. Deux semaines plus tard, des chasseurs français le découvrirent à moitié mort de faim au milieu des rochers, et le remmenèrent à Trois-Rivières. Pour assouvir la rage que lui avait causée le départ de Radisson et‘de Groseillers, d'Avaugour le fit emprisonner ; mais la population dè Trois- Rivières se révolta de tant de sévérité, brisa les portes de la prison et le délivra. * :
h Trois jours après la disparition de Larivière, la flottille de Gro-
“ seilleæs et de Radisson rejoignit sept autres canots d’Indiens des pays d'en Ilaut. Heureusement, car le lendemain, les Iroquois, sous le. Z, commandement de Français, chose assez inexplicable, les attaquèrent
à un pârtage. “E tite troupe des deux explorateurs eut le dessus; Iroquois et Français s'enfuirent. , Lé%ofir eyivant on se remit en route. L’après-midi on rencontra ñé bande ’Iroquois chargés de fourrures de visons. C’étaient les aincus de la.veille ; Radisson s’amusa fort à voir les Iroquois et ses ” Dropres Indiens avoir.peur les uns des autres, lâcher tout ce qu'ils partaient, et s'enfuir de côtés opposés. Il rallia cependant les siens et infligea une nouvelle défaite en règle aux Jroquois. Il épargna cependant une autre bande qu’il rencontra le lendemain, estimant x que ces deux leçons suffiraient à les tenir désormais à l’écart. La petite troupe atteignit enfin le lac Nipissing: il y avait trois semaines qu'ils étaient partis de Trois-Rivières, et de tout ce temps ils n’avaient pas fermé l’oeil un instant. . l Au mois d'octobre, ils atteignirent le ‘lac Supérieur: il8 étaient enfin en pays ami, hors de tout danger. Tandis que les Indiens remerciaient les dieux de leurs terres et de leurs forêts, les deux explorateurs, suivant l'expression de Radissou® rendaient grâce au Dieu des dieux. é po OT A la fin dëxnovembre, après avoir daviguËé sur le lac du sud à l’ouest et de l’ouest au nord, ils se trouvèrent à un endroit que Radisson appelle la rivière des Esturgeons, au milieu d’an important campement de Cris. Ceux-ci voulaient les emmener au lac des Assini- ! boines (lac Winnipeg), mais les transports étant devenus difficiles, Radisson et Groseillers leur demandèrent d'’aller retrouver leurs familles, et de leur envoyer des esclaves pour transporter leurs bagages et leurs marchandises. Puis ils se construisirent un fort: ce
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fut le premier poste de fourrures entre le Missouri et le Pôle Nord. Ils étaient quelque part à l'ouest de Duluth, dans l'ouest du Minnesota ou le nord-ouest de l'Ontario, sur la chaîne de lacs unissant le lac des Bois au lac Winnipeg.
Une description de ce fort vous intéressera peut-être. Ecoutez l’aimable conteuse que nous avons prise pour cicerone: ‘‘Le fort fut construit. Bar deux hommes qui mouraient presque de faim. Il se trouvait sur le bord d’une rivière, bâti en forme de triangle, avec la base au bord de l’eau. Les murs étaient construits de troncs d'arbres écorcés, le toit, de branches entrelacées couvertes d’herbes ; la porte donnait sur la rivière : au milieu du plancher était le foyer pour que la fumée pût s'échapper par le trou formant cheminée. A droite du foyer, deux troncs d’arbres recouverts de branches de sapins, formant lit; à gauche, un autre tronc d'arbre équarri, formant table. Eparpillés de part et d’autre, pendus aux branches et aux noeuds de celles-ci, s’apercevaient les armes à feu, les habits, ete., les mar-
*chandises des .deux trafiquants de fourrures. Naturellement un fort
à deux mille milles de tout secours avait besoin de sentinelles. Radisson n'avait pas oublié ses jours de jeunesse à Onondagué. Il étendit des cordes soigneusement cachées à travers les herbes et les branches autour du fort, et il y suspendit des grelots, pour tenir lieu de sentinelles. Les deux blanes pouvaient maintenant dormir d'un profond sommeil sans crainte qu'on-les approchât. Ce fort d’où naquit le grand Nord-Ouest si animé, si agressif, si prospère, si plein de vie, fut fondé, construit et complété en deux jours. L'Ouest était commencé. C'était ce commencement que devait répéter chaque pionnier de l'Ouest pendant les deux cents ans qui devaient suivre. D'abord la cabane de trones d'arbres, puis la lutte pour la vie contre le désert.”? . : meet .
/ Nous pouvons difficilement noüs imaginer quelle dût être l’exis-
‘ ténce de ces deux hommes ‘au milieu de cette solitude. Radisson,
plus jeune que son compagnon, chassait; Groseillers tenait maison.
Que de fois ils furent réveillés,kau milieu de la nuit, par le bruit des,
grelots-sentinelles, alors que lès bêtes souvages s’e harsient à - ) ü
approcher de la cabane, attiré parl”odeur de la viande fraîch ue de fois les deux hommes crurent à une attaque d’Indiens qu'ils pouvaient s’imaginer tentés par l’appât des ärmes à feu ou des provisions en leur possession! L'esprit ingénieux de Radisson avait imaginé, pour les tenir à l’écart, un cordon de poudre roulée dans l’écorce de bouleau auquel il mettait le feu, au besoïn, ce.qui naturellement portait l’effroi au coeur des indigènes s’imaginant être en face de puissants'sorciers. :
Au commencement de l'hiver, quatre cent is arrivèrent enfin pour escorter les explorateurs jusqu’à une région boisée située encore plus à l'Ouest, vers les terres des Assiniboini, ‘notre moderne province du Manitoba. Radisson prend plaisir dans ses mémoires à raconter comment les indigènes les traitaient comme des ‘‘Césars, ’? heureux de marcher en avant d'eux et de porter leur bagage. Après
une marche de quatre jours, ‘ils atteignirent un grand lac où l'ean était encore ouverte; on les transporta en canots aux loges des Cris où ils furent accueillis par des acelamations bruyantes. En avant des deux explorateurs marchaient des avant-coureurs répendant leurs présents : des couteaux et des épées pour les guerriers{ des chaudrons, des aiguilles, des peignes,,des miroirs pour les femmes. Ebahis à la vue de tant de magnificences, les indigènes se prosternaient.
On conduisit les explorateurs au sein An grand conseil et üne fête, avec danses symboliques, commença en Jéur honneur. C'était en triomphe que Radisson et Groseillers entraient au Nord-Ouest.
. x + Li
Mais nos explorateurs étaient loin d'être au bout de leurs peines. Be froid était maintenant devenu intense et la neige était abondante. 1 y avait environ. seize cents Cris dans le camp: la nourriture commença à devenir rare, Les Indiens s'éparpillèrent de bord et d'autre où ils crurent pouvoir trouver du gibier, et.se donnèrent rendez-vous an bout de deux mois. Ce temps écoulé, les Cris se rassemblèrent et découvrirent que la chasse avait été mauvaise; la nourriture commença à faire sérieusement défaut. Radisson rapporte qu'il vit des hommes arracher la nourriture des mains des enfants: puis ce fut le tour des femmes, et celles-ci furent bientôt réduites à ne plus avoir que des peaux à mâcher. Les sauvages n'avaient plus la force de porter leurs raquettes ou de ramasser du bois pour ‘faire du feu. Les cris des mourants brisaient la monotonie des forêts hivernales. On fouilla la neige pour y trouver des racines; on enleva l'écorce aux arbres pour la faire bouillir; on en vint à pulvériser les os; puis on , attaqua les peaux tannées: ‘Nous mangions avec une telle avidité
. +, s “Que nos dents en saignalent,”” raconte Radisson. Et il ajoute: ‘Nous =" = devinmes de véritables spectres.‘
+ 4 "es . . PC pe a = ° 1 À la fin“de-l’hiver, cinq cents Cris avaient péri. Radisson et
Groseillers ‘avaient à peine assez de force pour traîner les morts hors des tipis. un
Enfin le printemps arriva. La neige disparut : le gros gibier commença à cireuler, et, avec l’ouverture des rivières, arrivèrent deux Sioux pour'les prièér d'aller visiter leur nation. Les explorateurs léur enjoignirent de retourner d’abord chez eux et de faire envoyer
» de la nourriture, ce qu'ils firent. Bientôt le camp Cris se trouva
. »" +, ravitaillé. Ce fait est d'autant plus remarquable que les deux peuples . avaient été de tout temps ennemis.
‘ Les Cris voulurent prouver‘ leur reconnaissance en érigeant un
: fort pour recevoir trente envoyés Sioux qui s'étaieñt mis en route
: pour venir chercher lés deux blanes. Les trente guerriers furent reçus x À avec toutes les marques d'amitié imaginables. Les Sioux s'ingéniè- 8 | rent, de leur côté, à plaire à Radisson et à Groseillers, afin d'amener
‘« ceux-Ci à passer un traité avec leur nation, dans le but d'obtenir des # « nu » « armes à feu, au moyen desquelles ils espéraient prendre le dessus sur. les peuplades qui les entouraient, y compris les Cris. Pour faire sur
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LE SANG FRANÇAIS 121 ñ. .
eux une impression durable, les deux blanes se revêtirent de leurs armures, et de tout le clinquant qu'ils purent trouver dans leurs bagages. Voulant montrer leur attachement aux Cris, ils jetèrent de la poudre dans un brasier et firent partir douze fusils à la fois: les fusées et les détonations jetèrent une telle terreur dans l'âme des Sioux qu'ils se hâtèrent de reconnaître la supériorité des deux blancs, qui en profitèrent pour distribuer nombre de présents, mais pas d'armes à feu. Quinze jours plus tard, Radisson et Groseillers, sous une escorte de Sioux, se mettaient en route pour le pays de ceux-ci, qui s’étendait alors jusqu'en deca de la présente limite des Etats- Ünis au sud d'ici, suivant la route qui traversait, dès cette époque, la région du Portage du Rat à la Rivière Rouge.
La tribu au milieu de laquelle ils se trouvèrent à la fin de leur voyage ne comptait pas moins de 7,000 guerriers. Radisson remarqua qu ‘ils se servaient de charbon au lieu de bois pour leur feu. Il apprit que plus à l’ouest se trouvaient des montagnes où l’on trouvait du cuivre, du plomb et une sorte de pierre transparente, preuve assez convaincante que le découvreur dut se rendre bien à l’ouest du Mississippi. Le séjour des deux blanes au milieu des Sioux, au cours duquel üls firent la chasse du buffalo et du cerf, ne s 'étendit pas au-delà de six semaines. Au bout de ce temps, ils se firent reconduire chez leurs amis les Cris qui se trouvaient probablement alors dans la région située au nord-est du lac des Bois, entre la baie James et le lac Supérieur, non sans d'abord passer au petit fort qu'ils avaient construit l'automne précédent et où ils avaient ‘‘eaché’” leurs marchandises. °
Au cours de ce voyage, ils eurent un sérieux accident qui faillit coûter la vie à Radisson. On était au début du printemps. Comme, attelés à leurs traîneaux, les deux voyageurs traversaient les laes du Minnesota, Radisson passa à travers la glace £êt se trouva dans l’eau jusqu’à la ceinture. Il s’en tira, grâce à Groseillers, mais ne put continuer son chemin, tellement son séjour dans l’eau l° avait affaibli. Groseillérs dut done le laisser en arrière poir aller chercher du secours, qu'il obtint sans difficulté chez Îes Cris. #5 Pendant huit jours Radisson fut entre la vie et la mort. Ehfin\ikse remit, et, cètte fois, accepta l'invitation de ses amis indigènes de les accompagner jusqu’à la Baie du Nord où ils avaient entrepris de se rendre.
Li # x
Nous voilà arrivés à la période la plus intéressante et la plus importante des voyages de Radisson et Groseillers, celle qui a suscité tant de polémiques que l'on semble s’être décidé à faire autour d'elle une véritable conspiration du silence. ‘Naturellement, la jalousie s’en mêle; il est même permis de dire que ce terrible défaut de la race humaine se trouve être à la base des différences d’opinions qui ont sürgi et s’entretiennent. Il y a, d’un côté, la version française, favorable à notre cause en ce pays; de l’autre, la version anglaise, reconnaissant la valeur des prétentions de la Compagnie de la Baie d’Hudson. D'un côté, l’on affirme que puisque Radisson et Groseillers
122 LE SANG FRANÇAIS ‘ s’établirent sur la Baie d'Hudson dès 1662, la France était bien en possession du pays avant que Charles IT, roi d'Angleterre, en donnât la souveraineté, huit ans plus tard, à quelques-uns de ses favoris, et que, partant, les territoires du Nord-Ouest passèrent à l’Angleterre, en même temps que le reste du Canada, en 1763; de l'autre, profitant du fait que ces deux découvreurs ne laissèrent aucune trace palpable et visible de leur passage, on nie que le pays appartint, par droit de première occupation, à la France, et l'on voudrait reconnaître à Charles II le droit de donner quelqué chose qui certes ne lui appartenait pas, mais qui n’appartenait pas non plus à personne autre. | Et il ne faudrait pas croire que ces deux camps bien tranchés se composent uniquement, l'un de l'élément français, l’autre de l’élément anglais. Dans des situations de ce genre les divergences d’opinions ne respectent pas le sentiment de nationalité: les historiens, surtout, trouvant de la difficulté à interpréter, de façon bien claire, les mémoires de Radisson, écrits longtemps après les événements, font leurs réserves, à quelques nationalités qu'ils appartiennent : on trouve des auteurs français dans le camp de ceux qui supportent la version anglaise et vice-versà. Le malheur veut cependant que les histoires du pays, que nos enfants apprennent dans nos écoles, prônent surtout la version anglaise, alors que c’est justement la version française qui nous semble avoir le plus de valeur.
D'autre part, pourtant, les Métis-français se rangent aux côtés des partisans de la Compagnie de la Baie d'Hudson et, comme ceuxei, affirment que le pays, qu’ils.habitaient et habitent encore, était indépendant jusqu'au traité de 1870. Mais ces braves amis n’ont même pas besoin de eet argument pour soutenir leurs droits: ils sont les fils des premiers occupants du pays, les Indiens: comme tels leurs droits sont au-dessus de ceux de tous autres; ils étaient imprescriptibles sans leur consentement formel, consentement qu'ils n’ont donné en 1870 et 1885, qu'après l'acceptation bien nette par Ottawa, de conditions bien clairement stipulées, dont les deux principales pour notre race sont celles de la préservation des droits de notre religion et de notre langue, Gloire à jamais aux Métis-français, Mesdames et Messieurs, pour la conservation, en tous points officielle, de ces droits auxquels, Comme eux, noûs devons tenir plus qu’à notre vie!
Mais revenons à Radisson et Groseillers. Le récit que donne Radisson du voyage à la Baie, ne dit rien de la descente en canots sur les rivières et les lacs par lesquels il fallut passer pour y arriver. On y lit simplement: ‘Nous fûmes mille fois en danger d’être brisés entre les blocs de glace. Nous traversâmes un endroit de quinze lieues. 11 était nuit lorsque nous parvinnes de l'autre côté\ Quand nous y fûmes rendus, nous! ne savions pas ‘où aller, à droite ou à gauche, car il n’y avait personne. A la fin, comme nous débouchions, toutes voiles dehors, d’une baie profonde, nous aperçumes de la fumée et des tentes. De nombreuses embarcations se détachèrent du rivage pour venir à notre rencontre. Nous fûümes reçus avec beaucoup de joie par ces pauvres Christinaux. Îls ne permirent
pas que nous missions pied à terre: ils nous emportèrent jusque dans leurs tentes dans nos pirogues, comme un couple de coqs dans un banquet. - Une bande de sauvages se mit à notré poursuite, mais trop tard. Nous partîmes en hâte pour arriver le plus vite possible à la grande rivière. Nous atteignîmes le rivage de la mer, où nous trouvâmes une vieille maison toute démolie et criblée de balles. On nous dit que ceux qui étaient venus là appartenaient à deux nations: celle du loup ét celle de la bête à longues cornes. Toutes ces nations se distinguent par des marques de bêtes ou d'animaux. Ils nous parlèrent des. particularités des Européens. Nous nous connaissons nous-mêmes; nous savons aussi ce que c’est que l’Europe, nous n'avions donc rien à apprendre d’eux. Nous vôyageñmes d'île en île tout l’été . . .’’ Et Radisson parle de canards, de vaches qui, dit-il, abondent dans ces parages. Il mentionne une rivière qui ‘vient du lac et se déverse dans la rivière dû Saguenay, appelée Tadousac, qui se trouve à cent lieues sur la grande rivière du Canada, ainsi que de l’endroit sur la Baie du Nord où nous nous trouvions.’’ Puis il ajoute qu'ils passèrent l’été naviguant tranquillement le long de la côte. *‘‘Ici, dit-il, les habitants ne brûlent pas leurs prisonniers, mais les assomment. . . Ils ont des quantités dé turquoises . . .-et
trouvent des pierres vertes bien fines, sur cette même baie de la mer.”
ET il termine son récit en disant: ‘‘Noùs remontâmes une autre rivière jusqu’au lae Supérieur.”
Tel est en partie le récit au sujet duquel il y a eu et il y a encore tant de divergences d’opinions. Il faut avouer qu'il n'est pas très
-clair. Avec un peu d'attention, cependant, il est possible de s'y
reconnaître.
Ce récit a donné lieu à trois controverses: il y a ceux qui admettent le fait que Radisson et Groseillers atteignirent la Baie James; il y a ceux qui prétendent qu'ils n’allèrent qu’au lac Winnipeg ; il y a, en troisième lieu, ceux qui prétendent que Radisson inventa tout Simplement ce qu'il écrivit. J'avoue, sans hésiter, que j’appartiens au premier groupe, auquel appartient aussi Mlle Laut, ainsi, que M. Lawrence J. Burpee, le savant auteur’ du merveilleux ouvrage ‘‘The Search for the Western Sea,’’ où je puise la matière et l'inspiration des quelques brèves remarques qui vont suivre.
Ceux qui ont lu les voyages de Radisson ont remarqué qu'il accorde très peu d'attention au caractère du pays qu’il traverse: il s'occupe ü niquement des événements auxquels son compagnon et lui se trouvent mêlés. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ne s’étende point sur les péripéties du voyage à la Baie et en conclure qu’il ne se passa rien d’extraordinaire, en dehors du danger des glaces. D'ailleurs, ce récit fut écrit très longtemps après les événements, afin d'intéresser de hauts’ personnages qu’il s’agissait de décider à fonder une compagnie de traite dans ces parages. Les faits importants, seuls, avaient done besoin d’être mentiorinés.
Et maintenant, qu'était cette maison à moitié démolie? , Vous vous souvenez que perdant son dernier voyage en 1611 Hudson construisit une maison sur la Baie James. C'étaient sans doute ces ruines qu'avaient vues Radisson et Groseillers; c'étaient aussi ces ruines sur lesquelles Guillam devait construire Fort Charles en 1699. D'ailleurs, dans une lettre du P. Atlouez au P. Jacques Fortier en 1667, ne Jit-on pas que ‘‘les Christinaux ont leur demeure habituelle sur les rivages de la mer du Nord, et que leurs canots louvoient le long d'une rivière qui se déverse dans une grande baie que nous croyons être, en toute probabilité, celle désignée sur la carte sous le nom de Hutson. Car ceux que j'ai vus de ce pays m'ont dit qu'ils avaient entendu parler d'un navire: et un de leurs vieillards m’a déclaré qu’il avait lui-même vu, à l'embouchure de la rivière des Assinipoualae, des peuplades alliées aux Kiïlistinouk, dont le pays se trouve encore plus au nord. I me dit aussi qu'il avait vu une maïson que des Européens avaient bâtie sur la terre ferme de planches et de pièces de bois.”’ Ne trouvons-nous pas aussi dans les archives coloniales à Paris, une déposition faite à Québec en. novembre 1688 par Paul Denis, sieur de St-Simon, qui avait fait un vovage par terre à la Baie. James avec le Père Albanel en 1671, dans laquelle ce Denis raconte qu'il descendit une grande rivière jusqu’à la Bäie, qu'il trouva ‘‘deux maisons qu'il a appris depuis, avoir été faites par les Anglais, lesquelles étaient abandonnées'"’? Le fait qu'il est iei fait mention de deux maisons n’est guère embarrassant: chacun juge des ruines selon ce qu'elles semblent indiquer: là, où ceux-là ne voyaient les ruines que d'une seule maison, celui-ci a bien pu voir celles de deux. La relation de Radisson au sujet de cés ruines se trouve suffisamment corroborée, pour qu'il soit pernris d'en admettre l’authenticité. En tout cas, il serait absolument inexplicable que les explorateurs aient trouvé ces ruines sur le lac Winnipeg.
1] y'a bien aussi les vaches dont parle Radisson. Les adversaires de son récit ridiculisent cette assertion, disant qu'il est impossible que les buffalos aient habité les rivages de la Baie James. Or Radisson, lorsqu'il veut parler de buffalos, se sert du terme ‘‘buff”’: c’est donc d’autres animaux qu'il veut parler cette fois: ce ne sont pas les caribous et autres animaux de ce genre, qui manquaient alors et manquent encore dans ces barages. Ou encore qui sait s’il ne s’agissait pas de ces énormes tortues que l’on recontrait autrefois sur Les côtes de l’Océan Atlantique, dans le Golfe St-Laurent, et jusque dans la rivière Ottawa, que les habitants connaissaient sous le nom de ‘‘vaches”’? ‘
La mention du nom de la rivière Saguenay semble aussi susciter certains doutes. Et cependant n'est-ce pas un fait que la rivière Rupert d’un côté, et la rivière. Saguenay de l'autre, sortent du lac Mistassini qui se troùve justement à ‘moitié chemin à peu près entre les côtes orientales et occidentales de la presqu'île Ungava, à ce qui semblait sans doute cent lieues de l’une comme de l’autre? Comme l’on dit familièrement sur ce point, ‘‘il n'y a pas de quoi fouetter un
chat.”” Si ce n'est pas de James Bay dont il s’agit dans le récit de Radisson, quelle explication donner à cette particularité de rivières et de lac que l’on ne retrouve nulle part ailleurs?
Quant à la véracité de Radisson, qu'y a-t-il dans ses récits qui nous autorise à en douter ? Quel eût été son but en inventant ces récits ? Au cours de son voyage précédent ne prend-il pas soin de dire qu'ils ‘ont entendu parler de la Baie du Nord, qu'ils n’y sont pas allés, et qu'ils ne veulent rien en dire avant de s’y être rendus? S'il a inventé ce voyage en 1662, pourquoi ne l’aurait-il pas inventé en 1660, ce qui lui aurait permis, dès ce moment, de réclamer le titre de découvreur, par terre, de cette Baie à la découverte de laquelle d’Avaugour envoyait La Vallière? A mon point de vue le doute n’est pas permis.
Et c'est aïnsi que Radisson, un Français, découvrit non seulement cet immense pays qui s'affirme chaque jour, comme l’un des greniers du monde, mais aussi le chemin le plus court pour l’exportation de ses produits et l'importation des denrées qui lui sont nécessaires. Cär il ne faut pas oublier, Mesdames et Messieurs, que la Baie d’Hudson ne gèle pas, que le détroit non plus ne gèle pas, que les icebergs et les banquises dont on entend parler n’existent, comme danger, que dans l’imagination des gens, où ont grand soin de les entretenir les grands intérêts financiers de l'Est. Et il est aisé de s’imaginer quel est le but de ces gens. Il est établi qu'une fois que le cultivateur de l'Ouest canadien pourra expédier son grain par la Baie d'Hudson, il évitera au moins 1,000 milles de parcours; on a calculé que ceci signifie une réduction, pour le transport, de 15 sous du minot de blé. Ce qu'il.épargnera sur les marchandises qu’il importera par cette route sera aussi considérable. Le C.P.R. le C.N.R. le GT.P. les. grands institutions financières, telles que la Banque de Montréal et les autres sociétés de ce genre, ne sauraient voir d’un bon oeil s’en aller par la Baie d'Hudson, le commerce qui, jusqu’à ce jour, a produit les gros bénéfices qu'ils font.
‘ Encore tout récemment, un étranger m'écrivait qu'en Angleterre, où se trouve la source des capitaux à laquelle puisent les principales entreprises de ce pays, les intérêts financiers que je viens de nommer entretenaient, avec soin, cette erreur au sujet de l’encombre- : ment de la Baie et du détroit par les glaces, mais que cependant, dans les milieux cultivés, on commençait à se douter qu'il pourrait bien en être autrement qu'on n’a eu l’habitude de le croire jusqu’à ce jour. C’est ainsi que l’amiral Sir Arthur Markham, K.B., qui a visité la Baie en 1886 et qui m'a fait l’honneur de lire mon livre anglais ‘The Hudson Bay Road,’ commentant le chapitre où, me basant sur les opinions de marins et de voyageurs, eueillies ça et là au cours
nication directe avec l’Ouest canadien et le Nord-Ouest américain
‘par Ja route de {a Baja d'Hudson, il y aura lieu de se souvenir que ce fut un’ Français 4" le premier, non seulement découvrit ces plaines immenses. nous habitons, mais en eémprit la valeur.au poïnt de vue économique, què ce fut lui aussi qui, comprenant les difficultés inouïes qu'il y aüräit à amener les produits de ces vastes domaine aux, ports du St-Laurent et des côtes de l’Atlantique, se dit qu’il devait y avoir une route plus courte en passant par ce qu'il appelait la Baie du Nord. Le nom de ce. grand Fränçais, le jour de l'igauguration du chemin de fer de la Baie d'Hudson, devrait être sur ‘toutes les lèvres, «t la grandeur de sa vision devrait inspirer l’éloquence des orateurs, la pensée des poètes, le pinceau des peintres et le ciseau des ,Sculpteurs.* Les uns comme les autres devraient, sans hésiter, payer léurs hommages à l’intrépide explorateur qui, à l’âge où les autres hommes commencent à peine leur-carrière, avait découvert l’un des plus riches domaines, et exploré l’une des plus importantes routes de commerce du monde. Car après cinq demi-sièeles, l’on aura reconnu que Radisson avait vu juste, c’est-à-dire que ce n’est pas la route du St-Läurent et des Grands Lacs qui est la plus intéressante, que ce n'est pas dans l'Est que se trouve l'avenir du Canada, maïs que la route de la Baie d'Hudson est la voie commerciale la plus naturelle, et que l'Ouest contient assez de richesses de toutes sortes pour l’entretenir avec avantage et profit.
Et lorsque nous.assisterons à cette tardive reconnaissance des qualités indiscutables de ce jeune homme de vingt-sept ans, nous sentirons ençore une fois la fibre intime du patriotisme vibrer en nous. | |
C'est avec fierté que nous proclämerons, bien haut, le nom de ‘l'homme qui, le premier, visita ces plaines, qui, le premier, parcourut la route par où passe ce chemin de fer, qui, le premier, se tint, après des privations inouïes, sur les bords de la Baie d'Hudson ‘qu’il avait atteinte par terre. Avec fierté nous proclamerons que cet homme était de notre sang, qu'il était Français.”
* Dans son discours à l'occasion du cinquantenaire de la Confédération, Sir James Aikins, lieutenant gouverneur du Manitoba, a fait la même remarque.
Mesdames, Messieurs. °
Le printemps de 1663 était arrivé. Radisson et Groseillers, en échange de verroteries et autres ornements et objets sans du de bien peu de valeur, s'étaient procuré tant de fourrures qu’ils se demandaient comment ils pourraient bien s'y prendre pour les descéndre à Québec. Regrettant que la route directe par la Baie et le détroit ne leur fût pas encore “ouverte, ou plutôt qu'ils n’eussent pas de navire assez grand et assez solide pour en braver les dangers, ils se préparèrent à retourner, tant bien que mal, au lac Supérieur. Les Cris continuaient à les considérer comme .des êtres quasi-surnaturels ; les moindres désirs des deux blancs, pour ces enfants de la nature, n'étaient rien moins que des ordres. Radisson, d’éilleurs, avait bien soin d’entretenir en eux, par toxs les xroyens possibles, ces sentiments d'amour et de respect, mÿlés de crainte superstitieuse; e’étaient précisément ce qu’il lui falléft, pour arriver à ses fins, c’est-à-dire le transport de ses richesses. Aussi, connaissant L'esprit plein de ressources du jeune homme et bien que nous n'ayons aucun détail sur letr voyage de retour de la Baie à l’intérieur, n'est-on pes très surpris de trouver bientôt les deux explorateurs au lac des Bois, accompagnés par 700 Indiens, conduisant 360 canots, remplis à"déborder des plus riches fourrures.
4 Lorsque le moment du départ pour le St-Laurent arriva, les pauvres sauvages tinrent à montrer, par tous les moyens en léur pou- ,
voir, aussi bien leurs regrets que l'espoir que | lés deux Visages Pâles #
reviendraient, aussitôt que possible, partager de nouveau la vie libré
- qu'ils menaient dans leurs immenses solitudes. .
De grandes fêtes furent organisées auxquelles prirent part toutes
- les tribus environnantes. On alluma d'immenses bûchers, autour des-
quels, au rythme cadencé et plaintif des tams-tams, d'interminables théories de jeunes braves et de vierges langoureuses, ceux-ci la tête ornée de splendides plumes d'’aigle, celles-là étalant sur leur jeune poitrine des triples colliers de dents d’ ours, se déroulaient dans la demiclarté de la forêt. L'air était embaumé de la senteur des pins dont la résine grésillait dans les. foyers géants; le jour, petit à petit, faiblissait, et, bientôt, au milieu d’un azur sans tache, ‘‘la lune répandait sa lumière gris de perle sur la cime indéterminée des arbres. ”’{ Et toujours tournait autour des brasiers pétillants et rougeâtres, couronnés d’un panache de fumée blanche, la rondt, maintenant fantastique, des jeunes hommes et des jeunes filles. Dans la nuit séreine \ + Causerie donnée ‘au Club “Le Canada” le 18 février 1917.
î ; leur chant guttural ét doucement lugubre se répereutait jusque dans la profondeur des bois, ‘‘eomme le eri de l'âme de la solitude soupitant dans l'étendue du.désert.""T :
Aïeurs, on jouait à la eourse, à la balle, aux osselets, tandis qu'à côté les jeunes guerriers, entre eux, et les jeunes filles, entre elles, luttaient, ceux-là s'efforçcant de s'arracher un javelot, celles-ci une baguette de saule. Sur leurs corps à demi nus la sueur perlait; et lorsque l’un ou l’une des athlètes l’emportait sur son adversaire, les pères et les mères, assis en cerele, applaudissaient doucement et poussaient de légers cris de Joie.
Plus, loin les aïeules racontaient aux tout petits l’histoire de Woesaekootchacht qu’un jour un poisson avait voulu noyer, mais qui avait su se.tirer d'affaire en construisant un radeau sur lequel il avait embarqué sa famille et toutes sortes de bêtes et d'oiseaux. Comme le déluge. continuait, il avait lâché plukieurs oiseaux aquatiques qui s'étaient noyés; finalement il avait expédié un rat musqué: celui-ci était revenu avec ne bouchée de ‘vase et Woesackootchacht, imitant le rat musqué,‘avait construit une nouvelle terre. Une autre fois ce même personnage, devenu très-puissant,’ presque un esprit, s'était plû à tourmenter une pauvre viellle squaw: celle-ci avait réussi à s'en emparer et avait äppelé les autres femmes de la tribu à son aïde pouf lui faire passer un mauvais quart-d’heure ;.lorsque le pauvre Woesackootchacht était sorti de leurs maïns il était si sale que cela avait pris toute l'eau du Grand Lac pour le nettoyer : c'était pourquoi celui-ci était si boueux et qu’on l’appelait Winnipeg. |
Pendant Ce temps, sur un tertre isolé, dans une tente plus grande que’ celles que l’on voyait éparpillées des deux côtés de la grande allée centrale:où flambaient les feux de joie, le conseil des chefs des diverses tribus était ässemblé pour rendre un dernier hommage aux deux chefs blänes qui devaient se mettre en route le lendemain, au soleil levant. Lé calumet de paix en pierre rouge, rempli de tabac mêlé de hart, passait de main en main: chacun en tirait quelques lentes bouffées, ‘et, d'un tonVealme, murmurait le dernier salut: ‘‘Frère, je te souhaite un ciel lé} ; cependant qu’au centre, le jongleur, la tête ornée d’un mdsque grimaçant, répétait des phrases cabalistiques, destinées’ à attirer la protection des esprits favorables
sur les voyageurs.
Be lendemain, de nouveau en routéggiles jeunes fndiennes, qui se-voyaient, pour la plupart, séparées déŸÉompagnons aimés partant pour des contrées inconnues, avaient tant de peine à quitter ceux-ci qu'elles accompagnaient les eanots jusqu’à très avantsdans le lac, s’accrochant à leurs bords sous prétexte de les pousser et de les aider à avancer. Puis, foreées, à cause de la profondéur de l'eau, de retourner au rivage, elles s’assemblèrent sur un rocher élevé d'où elles purent, pendant de longues heures, apercevoir les barques qui s’éloignaient, Leurs f Chateaubriand. D
petit jour, Radisson et Groseillers se mettaient
en on ne ‘ “ TT gl LR AGEN EE PP
chants mélancoliques se © firent longtemps entendre aux oreilles charmées des voyageurs, comme un écho triste des réjouissances de la
veille; plus d'un se surprit à essuyer furtivement un pleur d'atten-
drissement glissant le long de sa joue basanée.
aË * 3 *
Nous n ‘accompagnerons pas l'expédition à-travers les diverses étapes de son retour à Québec: le chemin qu'elle suivit était le mêmé que nous avons plusieurs fois déjà pareduru, en compagnie de Radisson et de Groseillers ou de leurs prédécesseurs, au cours de nos causeries précédentes. Aucune aventure, digne de ce nom, ne retarda
le voyage. Au lac Supérieur, on s'arrêta pour faire des provisions
d’ esturgeon fumé. Au Sault-Ste-Marie, quatre cents Cris, dont les services n'étaient plus indispensables, retournèrent au lac des Bois; les trois cents qui restaient hissèrent des couvertures en guise de voiles. Poussée par une brise venant de l'Ouest, les canots glissèrent à travers le lac Huron, par la rivière des Français, jusqu'au lac
‘ Nipissing, et de là, le long de la rivière Ottawa et du St-Laurent
jusqu'à Montréal:
Décrire l'enthousiasme avec lequel Radisson et Groseillers .et leurs compagnons furent reçus dans cette ville serait une tâche diff: cile. On tira le canon; les maisons se garnirent de banderolles et se pavoisèrent d’oriflammes; on s’arracha les découvreurs pour les fêter à tour de rôle, et l’on combla leurs compagnons Indiens de toutes sortes de friandises et de présents. Encore une fois les deux hommes arrivaient d’une expédition-fructueuse, au moment précis où la Nouvelle-France était sur le point de faire banqueroute, faute de fourrures, seule source de revenus sur laquelle elle pouvait comp ter pour maintenir son commerce. .
Chose étrange, à Québec la réception qui attendait nos awenturiers devait être toute différente. On n'avait pastoublié, en hauts lieux, qu'ils étaient partis malgré la défense du gouŸérneur. D'Argenson, qui avait remplacé d'Avaugour, avait cru nécessaire id ’épouser les querelles de celui-ci. L'expédition des Jésuites sur le’ ‘’Saguenay, celles dé Couture au lac Mistassini, n'avaient encore e ‘produit aucun résultat pratique, au point de vue purement commercial; Couture n’était même pas encore revenu de son dernier voyave. De plus, d’Argenson avait fini son temps comme gouverneur de la Nouvelle- France et devait, sous peu, rentrer en France : il lui en’‘coûtait d'arriver à Paris avec l’annonce que ses coffres étaient vides et qu'il n'avait rien accompli qui valût la peine qu’on en parlât., La jalousie aidant la cupidité et l’orgueil, il fit arrêter et jeter en prison les deux explorateurs. La cargaison de fourrures que ceux-ci avaient été chercher, à des distances impossibles, au prix de privations inouïes et de travaux inénarrables, ne comptait pas moins de 600,000 peaux représentant une valeur d’au moins $300,000. D'’Argenson trouva très juste de faire payer aux deux voyageurs une amende de $20,000 ; puis, les ayant laissés sortir de prison sous caution, À leur commanda
de construire un fort à Trois-Rivières, leur permettant, par dérision sans doute, de gjacer leur écusson au-dessus de la porte principale, Ce ne fut pas tout: on leur imposa une deuxième amende de $30,000 aû bénéfice du trésor de la Nouvelle-France, et, sous prétexte qu’un
- quart de la valeur de toutes les fourrures qui brovenaient d’autres
territoires que ceux expressément établis pour le profit du roi devait être remis comme contribution au revenu de la, Couronne, on leur fit verser une autre somme de #70,000 au trésor de France. Si bien qu'il ne resta plus aux deux explorateurs qu'environ $20,000 de l’immense riches$e qu'ils s'étaient acquise dans leur voyage .de eux années. (‘'était une somme encore très considérable, sans dôtte, insuffisante, .néanmoins, pour leur permettre, comme nous allons le voir, de mettre à exécution leur projet d'exploiter, au moyen de la route la plus naturelle et la plus courte, celle du St-Laurent, de l'océan, du détroit et de la baie d'Hudson, l’immense territoire à fourrures qu'ils avaient découvert.
Ils eurent beau protester, puis essayer de montrer, combien il était peu dans l'intérêt de la France de les empêcher de reprendre, par une route plus facile, les explorations utiles qu'ils avaient commencées, rien ne fit. On eut le triste spectacle, si commun d’ailleurs, d’un gouvernement assez aveugle pour refuser de se rendre à l’évidence et de reconnaître le bien-fondé d’un projet dont l'issue devait être la fondation d'un empire plus vaste et plus riche que tout ce
L. qu'on avait vu jusqu'alors. Et ce fut l’ennemie héréditaire de la
France de ce temps-là, l'Angleterre, comme nous allons bientôt Île voir, qui bénéficia de la mise en pratique des connaissances acquises au cours de leurs voyages par ces deux patriotes qu'avaient jhsqu’alors été Radisson et Groseillers. :
Si d'Avaugour, d'Argenson et leurs successeurs avaient encouragé nos découvreurs, au lieu d'employer tous les moyens imaginables pour les persécuter ; s'ils leur avaient permis de se servir des richesses qu'ils avaient acquises pour exploiter, par une route plus aisée, les champs de fourrures qu'ils avaient découverts, et par là même enrichir la Nouvelle-France, qui sait sf la France n'aurait pas maintenu sa possession du continent nord-américain telle qu’elle l’avait alors acquise? Si, au lieu de ne s'intéresser qu’à des friperies d’hommes et de femmes de cour, ne songeant qu'au plaisir et ne semblant exister que pour jouir, les rois de France s'étaient donné la peine de mieux
çais ne fflotteraîit-pés aujourd'hui sur ces immenses domaines, du Golfe &r Mexique à l'Océan Glacial? Qui oserait dire que la France ne serait pas de ce fait la première puissance de, l’univers? Ayant répudié Radisson et Groseillers, la France s'est vu enlever les fruits de.leurs travaux. Par l’entremise de stupides courtisans elle a puni ce qu’elle aurait dû récompenser. C’est à juste titre, disons-le à
Gaine fotterste-pée de leurs colonies, qui sait si le drapeau fran-
regret pour elle, qu'elle subit les conséquences de la folie de leurs
actes et voit aujourd’hui, au pouvoir d’autres peuples, anciens et
nouveaux, Je plus grand empire et de plus riche dont on aura jamais connu l’ existence. 4 = # # * .
D'autres\que Radisson et Groseillers auraient perdu courage ‘ devant de tels revers de fortune; ils se seraient révoltés à la suite de telles iijustices, Eux, point, du moins au début. En dépit des honteuses extorsions dont ils avaient eu à souffrir, comprenant malgré tout l? importance qu'il y aurait à pouvoir exploiter les richesses des pays qu'ils avaient découverts, par une route, plus practicable à tous les points de ai que celles qu'ils avaient dû suivre jusqu'alors, ils essayèrent d’intéresser plusieurs marchands de Québee à l'établissement'd'’une société qui frêterait des navires pour se rendre à la Baie d'Hudson et, faire le commerce de fourrures dans ces parages. Un moment ils érurent avoir suffisamment intéressé un certain nombre le notables, mais il fallut compter avec la compagnie des Indes Orientales qui avait remplacé la compagnie des Cent Associés et se trouvait sous le patronage direct du roi de France. D'un bout à l’autre du royaume, jusque du haut des chaires dans les églises, il avait été promis des privilèges tout spéciaux à ceux qui y prendraient des actions. La compagnie reçut même le pouvoir d'accorder des titres de noblesse et autres distinctions honorifiques à ses clients et à ses serviteurs. Interdiction fut faite à qui que ce fut dans la Nouvelle- France, qui n’appartenait pas à la société, de s'occuper de la chasse aux animaux à fourrure et surtout à celle des castors. Personne ne / pouvait acheter des peaux aux Indiens et les vendre en Europe, et . un quart de tout le commerce de fourrures devait aller au trésor D cr royal. Il va sans dire que le projet de Radisson et Groseillers, quoi- É ue bien reçu au: début, était deftiné à faire faillite avant d’ avoir vu le jour, et c'est ce qui arriva.
Alors Groseillers, homme plutôt placide de son naturel, se fâcha de toutes. les persécutions “dont on continuait à l’abreuver ainsi que son compagnon; il entreprit de se rendre à la cour de France. Ïl exposerait les faits sous leur vrai jour, et sans doute que le roi et ses ministres comprendraient la grandeur du but qu'ils se proposaient d'atteindre. Hélas! les gens de cour ont une façon toute spéciale de traiter ceux auxquels ils reconnaissent certains mérites, mais chez lesquels ils croient voir le danger d’une indépendänce trop grande. Ds flattent et promettent beaucoup, quittes à ne pas tenir leurs engagements, dans l'espoir que leurs suppliants finiront par s'endormir ou se fatiguer. Groseillers voyait clair: il s’aperçut sur le champ qu’on se moquait de lui, et chercha ailleurs.
A la Rochelle un brave homme prêta l’ oreille à ses récits et à ses projets et promit de lui envoyer un navire à l'Île Percée à 1’ émbou- * chure du St-Laurent. On était en 1664 Groseillers, plein d'espoir, revint au Canada et annonça la bonne nouvelle à Radisson. Mais lorsque le temps vint pour rencontrer le navire promis à l’Ile Percée, un Jésuite leur annonça qu’il n’en viendrait point. Le Rochellois avait seulement joué l'intéressé: il s’était entendu avec les gens de
Do ue meme meme - "
la cour pour enjôler Groseillers afin d'en débarasser le sol de France. . On s'était encore une fois moqué des deux explorateurs. C'’en était trop. Ils prirent le parti de quitter la Nouvelle-France et d'aller chercher fortune ailleurs.
Alors commença pour Radisson et Groseillers une série d’aventures, toutes plus malheureuses et plus désastreuses les unes que les autres.
Au Cap Breton ils furent presque lapidés par la population, soulevée contre eux par leurs serviteurs, qui avaient crû deviner leur intention ‘de quitter la Nouvelle-France. Ils atteignirent cependant Port-Royal, alors sous la domination anglaise. Là ils s’abouchèrent avec le capitaine d'un navire de Boston, Zacharie Gillam, qui s’offrit à les conduire à la Baie d'Hudson; mais le temps avait marché pendant toutes ces mésaventüres et ces démarches, et l’on était presque à l'automne; le capitaine Gillam hésita à braver, dans des parages inconnus, les rigueurs d’un hiver qui s'annonçait terrible; les glaces : qui descendaient par un côté du détroit le rendirent d’ailleurs perplexe et craintif; malgré les assurances et les supplications des deux aventuriers, il rebroussa chemin au moment même de toucher au but. . Eut-il seulement essayé de comprendre le phénomène qu'il avait sous les yeux il se fût aisément rendu compte que précisément parce qu'il était tard dans la saison le danger des glaces devait être moindre qu'en plein été. Que sont en effet ces blocs de glace qui descendent ainsi par un côté du détroit sinon ceux que la chaleur de la chaude saison a fait se détacher des rivages des pays du nord de la Baie? Plus la saison est avancée, une fois le printemps et le commencement de l'été passés, moins le danger est grand; plus on approche de l'automne et de l'hiver, moins les banquises abandonnent les côtes où le gel les a de nouveau ancrées.
Force fut de rentrer à Port-Royal. Les ressources de Radisson et de Groseillers s'épuisaient. Toujours poussés, cependant, par la perspective d'un succès assuré s'ils pouvaient une bone fois atteindre, par mer, ces rivages qu'ils avaient atteints par terre et d’où ils avaient apporté tant de richesses, ils essayèrent de nouveau d'intéresser des marchands ou des armateurs à leur projet. Rien ne leur Æussit. Alors ils se résignèrent à se servir du peu d'argent qui leur. restait pour frêter eux-mêmes deux navires, avec lesquels ils comptaient se rendre à la Baie, au printemps. En attendant, comme il fallait des provisions pour l'expédition, l’un des deux navires fut envoyé aux Grands Bancs se procurer du poisson; le malheur voulut qu'il se trouvât aux enviroris de l'Ile de Sable au moment où une terrible tempête se déchainait qui le brisa sur les récifs. Au lieu d’avancer dans leur entreprise, nos deux compagnons se voyaient maintenant avec un procès coûteux sur les bras, les propriétaires du navire en réclamant la valeur. Ils gagnèrent pourtant leur cause, mais il ne leur restait plus un sou de l’argent que le gouvernement de la Nouvelle-France-leur avait laissé. ‘
Quatre années de persécutions imméritées, de railleries stupides et de malheurs extraordinaires:les avaient menés à la ruine; s'il ne leur'était pas resté cette énergie persistante qui distingue les hommes forts de la foule, ils auraient tout abandonné et l’histoire n'aurait pas eu, peut-être, à enregistrer la fondation de la Compagnie de la Baie d'Hudson, d’où, chose assez étrange, devait dépendre et dépend encore, au point de vue de sa nationalité et de sa langue, le sort de toute une race, selon le degré d'importance qu'on peut accorder aux droits acquis par cette compagnie, et le degré de légalité et de justification sur lesquels reposent ces droits.
Les malheurs des deux compagnons avaient eu un résultat: c'est que tout le monde en parlait à Boston. On racontait comment Île gouverneur de la Noüvelle-France les avait volés sous prétexte de leur imposer une amende pour lui avoir désobéi en se rendant au Nord; comment la cour de France s'était moquée d'eux en leur faisant des promesses trompeuses; comment le capitaine Gillam les avait fait rebrousser chemin au moment de toucher au but; comment, enfin, le naufrage du navire qu'ils avaient loué les avait engagés dans un procès qui les avait ruinés.
C'est alors qu'ils rencontrèrent le colonel Sir George Cartwright, l’un des commissaires résidants des colonies anglaises. Leur récit impressiona assez ce haut personnage qu'il en écrivit le 14 décembre 1665 à Lord Arlington en.ces termes: ‘‘Qu'’ayant entendu discourir quelques Français dans la Nouvelle-Angleterre au sujet d’un grand commerce possible de éastors, à l’appui de quoi ils avaient fourni des preuves, il avait pensé que le meilleur présent qu'il pourrait faire à Sa Majesté serait de les décider de passer en Angleterre et de les lui amener.”?
N'est-il pas triste de constater de quelle ignorance et de quelle imprévoyance le gouverneur de la Nouvelle-France et la eour de France avaient fait preuve en se privant ainsi, de gaîté de coeur, des immenses services de deux hommes d'une énergie peu commune, qui leur avaient fourni des preuves palpables de l'existence d'immenses richesses ; tandis que des étrangers avaient assez d'intelligence pour croire sur parole ces mêmes hommes et les jugeaient dignes d'entrer en relation avec leur propre roi? ÆEt lorsque l’on connaît, comme nous les connaissons, les mauvais traitements dont ces deux grands découvreurs eurent à souffrir, comme récompense de leurs efforts, estil besoin de s'étonner qu'ils crussent avoir le droit d'essayer hors de chez eux ce que, somme toute, omleur interdisait d’y entreprendre, c’est-à-dire, la découverte de nouVeaux territoires et l’exploitation des immenses richesses qui y existaient? Quelque coupables qu’aient été Radisson et Groseillers en abandonnant la-France pour se mettre au service de l’Angleterre, il est permis, semble-t-il, de plaider pour eux circonstances atténuantes. Les grands coupables furent ceux-là mêmes qui manquèrent à leurs devoirs les plus élémentaires, non seulement en leur refusant tout encouragement, mais encore en les volant et en les persécutant. ,
Mais nos deux personnages n'étaient pas au bout de leurs peines. Embarqués avec Sir Georges Cartwright, ils ne se trouvaient plus qu'à quelques jours des côtes d'Angleterre lorsqu'ils firent la rencontre d'un croiseur hollandais qui, après une bataille en règle, s’empara du navire sur lequel îls se trouvaient. Cette fois encore, leur récit impressionna tellement le capitaine du navire ennemi qu'il s'offrit à les emmener en Hollande; mais ils refusèrent de séparer leur fortune de ceile de leur protecteur. Ils furent done abandonnés, en compagnie de ce gentilhomme, sur les côtes d'Espagne, et, de nou veau exposés aux pires privations, durent avec lui traverser toute Lx France, en mendiants. On était au commencement de 1666 quand. les trois malheureux atteignirent les côtes de la Manche, d'où ils réussirent à se faire transporter à Douvres. ‘
La peste avait forcé Charles II, alors roi d'Angleterre, à abandonner Londres et à établir sa cour à Oxford. C'est là que, présentés par Sir Georges Cartwright, Radisson et Groseillers purent faire le récit de leurs aventures, avec l'espoir qu'on .ajouterait enfin foi à leur, paroles et qu'on leur fournirait les moyens de prouver l’existence de ce qu'ils affirmaient.
Radisson raconta au souverain émerveillé tout ce qui lui était arrivé ainsi qu'à son compagnon depuis le jour où, encore enfant, il avait été fait prisonnier par les Mohawks; comment il s'était sauvé; comment, jeune homme, il avait aidé les Pères Jésuites Raguenan et Duperron à s'échapper du Fort Onondaga attaqué par les Iroquois; comment, à vingt-trois ans, il avait découvert le grand Nord-Ouest. au delà du Mississippi, et avait entendu parler par les sauvages de la Baie du Nord ; comment il s'était rendu, par la route du St-Laurent et des Grands Lacs, à la mer qu'avait découverte et où avait péri Henry Hudson, le grand navigateur dont le nom commençait à être sur toutes les lèvres. .
Le réeit du jeune homme avait an tel accent de sincérité que le roi en suivit tous les détails et toutes les péripéties avec un intérêt qu'il n'essaya pas de cacher ; l'étonnement chez lui le céda si bien à la conviction qu'on lui disait la vérité qu'il ne songea même pas à douter de la véracité de Radisson lorsque celui-ci lui parla des 600,000 peaux de castors qu'ils avaient amenées à Québec en 1663. IL est bon d'ajouter que Charles IT était un roi à goûts très frivoles et qu’il lui fallait beaucoup d'argent pour les satisfaire : la cupidité le faisait sans doute souhaiter que tout ce que Radisson lui racontait fût la vérité. Non seulement crut-il les deux explorateurs, mais il donna des ordres pour qu’il leur fut payé à chacun une pension de 40 shellings par semaine, et qu'on leur fournit des logements convenables, . d'abord au palais de Windsor où la cour se transporta bientôt, puis à Londres lorsque, la peste finie, le monarque rentra dans sa capitale. Rien ne put ébranler la confiance qu'il leur témoigna, et lorsque l’espion Picard Touret, au service de la Hollande, essaya de les dis-
LE SANG FRANÇAIS 135 re, 1 créditer en voulant les faire passer pour des faux- monnayeurs, ce fut lui qui fut jeté en prison. | | ! * + *% .
Cependant, pour diverses raisons, dont les principales furent la peste et la guerre avec la Hollañde, deux ans se. -passèren avant que Charles Il fit autre chose pour les deux explorateurs que de les bien traiter et de leur continuer sa confiance. Il conféra même, un titre de noblesse à Groseiïllers et fit présent à Radisson d’une chaîne et d'une médaille d’or. Mais cette inactivité ne convenait guère au caractère entreprenant et actif de nos deux amis. La société de cour dans laquelle ils se trouvaient à frayer leur fournit l'occasion de faire la connaissance d'un cousin du roi, le prince Rupert, à qui Moritague, ambassadeur d'Angleterre en France, avait écrit à leur égard en les recommendant à ses bonnes grâces. Le prince Rupert était un soldat de fortune pour qui le côté aventureux des choses avait une attraction toute spéciale, Ayañt lutté sans succès contre Cromwell, une grande partie de sa fortune s'était trouvée engloutie dans les troubles par lesquels avait passé le pays; il avait dû prendre du service sur mer pour essayer, par des moyens plus ou moins honnêtes, où la piraterie jouait un grand rôle, de remplir ses coffres vides. Les récits de nos deux Français étaient bien faits pour l’intéresser: ce chiffre de 600,000 peaux, qui revenait constamment sur les lèvres de Radisson, excitait ses convoitises et, comme son royal cousin avec qui il en causait, il se complaisait à songer aux immenses profits que des personnes, qui s’intéresseraient au développement de ce commerce, pourraient en retirer. Sans longtemps hésiter, il mit son prestige au service des deux compagnons, et, bientôt, ceux-ci se virent assurés d’assez d'argent pour entreprendre, à la première occasion, le voyage tant désiré.
Le printemps de 1668 arriva. Deux navires avaient été frêtés pour l’expédition à la Baie d'Hudson; l’un d’eux était le ‘‘Nonsuch”” que commandait le capitaine Gillam, avec qui nous avons fait connaissance tout à l’heure et que Radisson avait de nouveau décidé à tenter le ‘voyage: l’autre l’‘‘Eagle,”’ en charge du chpitaine Stannard. Groscillers prit passage sur le premier, Radisson sur le second. On mit à la voile, à Gravesend, le 3 juin 1668. Mais la guigne décidément poursuivait nos amis: une tempête s'éleva, comme ils passaient au nord de l'Irlande, qui sépara les deux navires: celui sur lequel se. trouvait Radisson fut tellement désemparé qu'il dut rentrer à Londres. Nous verrons tout à l’heure ce qu'il advint de l'autre et de Groseïllers.
En attendant .de recevoir ‘des nouvelles de 1” “Eagle” et de son beau-frère, Radisson se mit à écrire le récit de ses premiers voyages. Il fit plus: il prit femme,-épousant Mary Kirke, fille de John Kirke, que nous avons vu en 1629 prendre Québec à Champlain. . Entre temps il se prépara à..une nouvelle expédition pour le printemps suivanf. Ses nobles associés obtinrent de l’Amirauté anglaise qu'on leur confiât lé ‘‘Wavero”’” pour ce voyage. Au mois. de mai 1669
Radisson s'embarquait. Mais la Providence semblait avoir décidé qu'il n’atteindrait pas au but de ses désirs. Le navire avait à peine fait quelques milles qu'on s'aperçut qu'il ne tenait pas la mer: il fallut rentrer à Londres. Radisson était au désespoir. Cette fois, pourtant, un bonheur sur lequel il ne comptait plus l'attendait: attaché au quai se trouvait le ‘Nonsuch,”’ et, sur le pont, Groseillers. Inutile de dire que les deux amis tombèrent dans les bras l’un de l'autre et que, sans plus tarder, Groseillers dut faire le récit de son voyage. ou .
Ïl avait réussi au delà de toute espérance. Après que son navire s'était vu séparé de celui de Radisson, il avait continué vers l'Ouest; malheureusement il avait pris un peu trop au nord après avoir doublé la pointe du Groenland, et ça n'avait été que le + août qu'il s'était trouvé en face du détroit d'Hudson. Pas le moindre encombrement de glace: le ‘’Nonsuch,’’ en 7 jours, voyage assez rapide pour L'époque, avait atteint l'île Digges à l’extrémité ouest du détroit. Le 25 septembre il avait jeté l’ancre à l’embouchure de la rivière où s'étaient rendus les deux voyageurs lors de leur expédition de 1662. On avait donné le nom de Rupert à la rivière et le nom de Charles au fort qu'on y avait construit. La glace n'avait fermé le port que le 9 décembre, mais le froid, après cette date, avait été intense; du moins les compagnons de Groseillers, qui n'étaient habitués qu'aux hivers d'Angleterre, l’avaient-ils trouvé tel.
‘Les silencieuses forêts de pins ouatés et couronnés de, neige; : les cônes de neige, les champignons de neige, les plumets de neige qui faisaient pencher les longues branches sous leur charge de duvet .e neige ; les molécules de glace qui flottaien ns l’air ; le brouillard de glace, tranchant comme lé diamant au soil ou aux étoiles, mais léger comme la buée le matin et le soir; les détonations sifflantes, éclatantes et ronflautes du gel, la nuit, lorsque les arbres se brisaient comme des fêtus de paille et que la terre semblait geigner de douleur; les soleils mystiques, avant-coureurs de tempêtes, qui brillaient dans le ciel; les mugissements et les hurlements de l’ouragan aceourant à travers les forêts, comme l'oiseau-tonnerre des Indiens, sur les aîles du vent; les silences, les affreux silences, qui semblaient engouffrer la présence de l'homme quand le brouillard fermait les issues des clairières,—toutes ces choses étaient nouvelles pour les marins anglais et leur causaient un étonnement de chaque instant. Et cette merveille du froid qui condensait la respiration à leurs cils et à leurs cheveux lorsqu'ils parlaient ; qui dessinait des fougères sur les vitres en parchemin des fenêtres et qui mettait deux pouces de frimas sur les parois du navire! Pendant qu’au dehors la neige tombait-tom: bait—tombait, jour après jour, semaine après semaine, enveloppante. endormante, hypnotisante, mettant sur toute la nature le cachet d’une léthargie glaciale. ""*
Mais rien de tout cela n'avait été nouveau poux Groseillers : il s'était empressé de se mettre en rapport avec les Indierfet leur avait
* À. C, Laut: “Pathfinder$ of the West,” p. 116.
és, e Ve
fait apporter leurs fourrures au fort Charles: en échange de celles-ei il leur avait donné des perles, des ustensiles de cuisine, du plomb, de la poudre, du sucre, du tabac, de l’eau “de vie, des couvertures, des aiguilles, des boutons, des hameçons, des fusils, des pistolets, des grelots, ete. Le printemps arrivé, le ‘‘Nonsuch’”’ s'était remis en route et était arrivé à Londres au moment précis où le ‘ Wavero’’ rentrait de son essai d'expédition. .
Groseiïllers avait eu l'honneur d'être le premier homme à accomplir le voyage, des prairies de l'Ouest en Éurope, par le chemin le plus court et le plus naturel, celui de la Baïe d'Hudson ; il avait été le premier à faire toucher du doigt l'avantage qu'il y a à braver quelques dangers afin de les mieux connaître et, en les surmontant, de faire disparaître une masse de préjugés où l'intérêt égoïste l'emporte sur la conviction sincère. A ce propos, il est bon que nous nous souvenions constamment que ce sont les grandes compagnies de transport canadiennes surtout qui sont opposées à la construction du chemin de fer de la Baie d'Hudson, et cela se conçoit : car chaque dollar qu'épargnera le cultivateur sur le blé qu'il expédiera et les marchandises qu'il recevra par cette route sera un dollar de moins dans les poches des magnats et des nababs de ces corporations. S’imaginet-on, par exemple, que, à 15 sous du minot, la récolte de l'Ouest de 1916 aurait représenté une différence de $30,000,000, si elle avait pu être expédiée par Port Nelson, comme elle aurait du l'être et comme elle le sera à l’avenir, lorsque la ligne qui reliera les provinces de l'Ouest à ce port manitobain sera terminée, l’an prochain peut-être? Fasse alors le ciel qu’on se souvienne que l’idée première de cette route -de commerce fut conçue par des Français; plaise à Dieu que quelqu'un, ayant le prestige nécessaire, songe à faire célébrer, comme il conviendra, la mémoire des deux hommes de notre sang à qui revient cette idée de génie!
On ne semble pas savoir au juste à combien se montait la cargaison de fourrures du ‘‘Nonsuch””; il est évident, cependant, qu’elle devait être d'une très grande valeur, car, presque aussitôt, suivit, dans le plus grand secret, la demande de charte des “4 Gentilshommes aventuriers commerçant à la Baie d'Hudson,’ compagnie mieux connue sous le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson.
Ce fut le 2 mai 1670 que le roi ‘‘Charles IT, par | la grâce de Dieu, Roi d'Angleterre, d’Ecosse, de Frante et d'Irlande, Défenseur de la foi, ete.,”” accordait à son ‘cher et très aimé cousin, le Prince Rupert. comte Palatin du Rhin, duc de Bévière et de Cumberland, ete. ; Christopher due d'Albermarle ; William comte de Craven; les chevaliéis et barons Henry Lord Arlington, Anthôny Lord Ashley, Sir John Robinson et Sir Robert Vyner; le baron Sir Peter Colleton; Sir Edward Hungerford, chevalier du Bain; Sir Paul Neele, chevalier ; Sir John Griffith et Sir Philip Carteret, chevakers; James Hayes, John Kirke, Franeis Millington, William Prettyman, John Fenn, gentilshommes; et John Portman, citoyen et orfèvre de Londres,’ une
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charte conférant des droits et des privilèges d’une nature, à la fois si étendue et si exclusive, que sa valeur n'a jamais pu être établie, de façon bien claire et bien certaine.
Entre autres choses, il y était dit que la raison pour laquelle cette charte était accordée aux pétitionnaires que nous venons de nommer, était que ces personnes avaient ‘‘à leurs grands frais et charges entrepris une expédition à la Baie d'Hudson, dans la partie septentrionalé de l'Amérique, pour y découvrir un nouveau passage vers la Mer du Sud, et pour trouver un commerce de fourrures, minéraux et autres commodités considérables, et, en ce faisant, avaient déjà fait certaines découvertes qui les encouragent à aller plus loin dans la poursuite de leur dessein précité, d'où il pourra probabiement advenir de grands avantages pour nous et notre royaume.’ Qu'en conséquence ces personnes avaient humblement demandé que, comme encouragement, on les incorporât et qu’on leur accordât, ainsi qu'à leurs successeurs, de facon exclusive, ‘‘le droit de commerce et d'échange de tous les mers, détroits, baies, rivières, lacs et ruisseaux en quelque latitude qu'ils puissent être, qui se trouvent à l'entrée des détroits, communément connus sous le nom de détraits d’Hud$ôn, ainsi que tous les terrains, pays et territoires-sur les côtes et confins des mers, détroits, baies, rivières et ruisseaux précités, qui ne sont pas maintenant actuellement en la possession d’aucun de nos sujets, ou en celle de sujets d'aucun autre Prince chrétien.’ ‘
La charte de la ('ompagnie de la Baie d'Hudson est très longue: elle couvre plusieurs feuillets : elle peut se résumer à ceci: tout ce que les pétitionnaires demandaient leur fut accordé. Moyennant l’engagement pris de payer annuellement au souverain anglais deux élans et deux castors noirs, chaque fois qu'il se trouverait à entrer dans les pays, contrées, régions et territoires décrits, îls obtinrent des pouvoirs si étendus qu'ils avaient même le droit de vie et de mort sur les “habitants, blancs ou indigènes, qui habitaient les domaines dont ils obtenaient ainsi, virtuellement, l’absolue et exclusive jouissance et quasi-prôpriété.
Ce n’est pas mon intention de discuter la valeur de ce document extraordinaire; des milliers de pages ont été écrites à ce sujet. Je me contenterai de m'arrêter à deux points: le premier c’est que, évidemment, l’objet principal pour l'octroi de la tharte était la découverte du fameux passage du Nord-Ouest, ce dont ces bons gentilshommes aventuriers ne songèrent guère à s'oceuper qu’un siècle plus tard, lorsque la concurrence les força à chercher de nouveaux territoires de chasse vers l’Océan Glacial. Leurs prétendus. efforts, à cette époque tardive, ne semblent pas avoir produit grand fruit, car on pouvait lire dans un numéro de la ‘Quarterly Review’? de 1816: ‘Nous ne pouvons joindre nos louangesà celles que l’on. ‘adresse à la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont les seuls mérites, (s’il en existe), sont en tous cas d’un caractère négatif. Son mépris total des objets pour lesquels elle a obtenu ct détenu, pendant près de cent cinquante ans, une charte royale, lui donne droit à tout autre.
chose que des compliments. Non seulement elle a totalement négligé l'objet principal sur lequel est basée sa pétition pour une charte exclusive, la découverte du passage du Nord-Ouest de l'Atlantique au Pacifique, mais, à moins qu’on ne l’ait beaucoup calomniée, elle en a abusé par tous les moyens en son pouvoir.” Le deuxième point de la charte de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui mérite d'arrêter .notre attention, c’est que, évidemment encore, ce bon roi Charles IT se trouvait à accorder dés pouvoirs et des privilèges dont la valeur péchait -par la base, puisque, ainsi que je crois l'avoir assez clairement indiqué en parlant du traité de St-Germain-en-Laye, les pays qu'il ait à son cher cousin Rupert et aux amis de celui-ci, appartenai@f4éjà au roi de France qui était bien, il me semble, un prince chrétien. On ne risque done guère d’être sérieusement contredit eri affirmant que la valeur intrinsèque de la charte de la Compagnie de
la Baie d'Hudson est à peu près, sinon absolument, nulle. . Seule la.
nécessité lui a fait reconnaître un semblant d'authenticité, de temps à autre, quand îl y allait de l’mtérêt même de l'Angleterre que sa souveraineté sur les territoires affectés ne fût pas récusée. Ceci, en tous cas, n’est pas une raison suffisante pour refuser brutalement à
la population de langue française des vastes territoires, dont ia Com-.
pagnie de la Baie d'Hudson a pu, à une époque, se croire la propriétaire, les droits et les privilèges qui, en dépit de toutes les persécutions, ont toujours été, sont encore et resteront à jamais, dans toute l’étendue du Canada, son apanage inaliénable et imprescriptible.
Non seulement ce furent des Français qui découvrirent les immenses domaines dont se composent les provinces de l'Ouest canadien, mais ce furent aussi ces mêmes Français qui concurent l’idée du premier établissement sur la Baie d'Hudson; èe furent eux qui comprirent les premiers l'importance commerciale de la route de la Baie d'Hudson; c’est à eux que revient l’honneur—si c'en est un—-de la fondation de la Compagnie de la Baie d'Hudson. X est bien juste, à tous-les points de vue, que nous conservions un respectueux souvenir de la mémoire des deux hommes auxquels s'attache toute cette gloire ; que nous inserivions à leur place, dans les pages de l’histoire de ce pays, les noms à jamais fameux de Radisson et de Groseillers.
Enfin, en terminant, qu'il me soit permis, comme bouquet spirituel se rattachant parfaitement à tout ce que nous avons lu ensemble de la fondation de la Compagnie de la Baie d'Hudson et des eirconstances qui l’ont amenée, de citer, en pensant aux deux découvreurs français que nous avons suivis dans leurs voyages et à travers leurs travaux, cette parole cueillie dans une conférence qu’un Anglais, M. Donald Downie;:gonnait récemment devant la société littéraire des Vagabonds à Vancouver : ‘‘La France, après tout, est le centre, le collecteur et le dispensateur unique du monde entier. Si toutes les
. nations européennes devaient périr sauf une, ou qu’une d’entre elles dût être choisie comme étant la plus propre à perpétuer la civilisation, eh bien! celle-là serait la France.??