LA FRANCE TELLE QU'ELLE EST
AU
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs. | -
F y a un peu plus de deux ans et demi toute l ‘Allemagne se ruait un sur la France en prétendant accomplir l'oeuvre .de l’Archange St- re Michel et terraëser le dragon français. A en croire son paranoïaque et, névrosé Kaiser, l'Allemagne dvait reeu pour mission d'accomplir l'oeuvre de la Justice éternelle et de détruiré Sodome et Gomorrhe. -
Au moyen d'une propagande ‘savamment bypocrite et s’affublant ° de tous les dehors, d'un bout à l’autre. de:l’ünivers, l’espionnage alle- mäand avait si bien réussi’à décrier, villipender et calomnier la France qu'en bien des lieux on s'était habitué à considérer notre mère patrie comme l’habitacle exclusif du vice et de.la libre pensée; c’est tout juste si l’on ne souhaitait pas que la vengeance du ciel ne vint enfin ' la châtier- en la faisant disparaître à jamais de la surface du globe. ‘
Cette tourbe d’ espions et d’agents boches s'était installée au sein même de la France ; à Paris et dans les principales grandes villes, ils avaient établi des maisons où le dévergondage le plus hideux était
à l’ordre*du jour; ils publiaient des ouvrages pornographiques que . , seuls, avec leürs adeptes peu nombreux, ils avaient coutume de lire s - mais qui n'en passaient pas moins pour être la riourriture intellec- ES tuelle des Français; ils fondaient de$ cercles où 1 ’anarchisme, le socialisme et les autres-doctrines en isme étaient supposées s'épanouir dans toute leur floraison révolutionnaire, alors qu’ils étaient seuls ou à peu près à les fréquenter. . « ;
Et de par le monde, en dehors de France, il était arrivé ce sur quai les agents de cette propagande éhontée de dénigrement avaient compté; ils était trouvé quantité de gens assez naïfs, non seulement pour ajouter foi à cette publicité de diffamation, mais pour y prendre ° ‘+ part et ne pas craindre de ramasser ces ordures et d’en salir: à leur . u tour tout ce qui portait le nom de Français.
La jalousie se mit de la partiè et bon nombre de nations s’em- : -pressèrent de saisir l'occasion qui. leur était offerte pour discréditer .,
un pays qui, tel un astre radieux, avait jusqu’: ‘alors répandu sur le ; - monde les rayons üle-son génie et la lumière de sa civilisation. Igno-
rant qu’en cela elles faisaient le jeu des boches, qui en riaient sous
cape, les agences anglo- saxonnes elles-mêmes, trop souvent hélas! se
firent les compaïses, innocentes sans doute, efficaces néanmoins, de ‘«& ces s forbans d’honneur. # 4 : * Conférence de clôture prononcée au Club “Le Canada,” Winhipeg, le 24 mars © î Le R. P. A. Normandin, O.M.I.,, Curé de l'Eglise dü Sacré-Coeur, Winnipeg,
ES
Cette propagande, d'ailleurs, avait si bien porté fruit que Îles Allemands eux-mêmes, qui l° avaient’ lancée’ seulement comme moyen d'action sans ajouter foi aux assertions qu’elle contenait ét qu'ils savaient être fausses, crurent bientôt que’taus ces mensonges .étaient la vérité, et qu’en ehvahissant la Frarice en août 1914, ils faisaient
oeuvre pie. Non seulement-les soldats élevés et éduqués das cette -
croyance, mais les chefs eux-mêmes, tant est grande la puissance du mensonge, étaient convaincus qu'ils avaient affaire à ‘une nation dégénérée, à un peuple en pleine décadence, à une $orte de Bàs Empire qui allait s’effronder à la première attaque de la nouvelle Germanie.
C'est cette mentalité extraordinaire qui dictait à cet officier
prussien fait prisonnier ces paroles qu'il adressait à un prêtre soldat *
français: ‘‘Ah! c’est que ce n’est pas une guerre ordinaire: c'est une guerre d’extermination. Ii ne s’agit pas de savoir qui gagnera une bataille, pour faire la paix ensuite. Il s’agit de savoir si la race latine et li‘race slave vont prétendre ‘continuer d'’exister en face de - la race’ germanique, c'est-à-dire en face d’une culture ét d'une ceivili-
sation supérieure. . . Oui, c'est entendu! Vous'êtes bons, vous soi-"
gnez bien nos blessés. Mais que voulez-vous, vous êtes inférieurs, { et-çcomme tels) destinés à être absorbés.” -
cé
Il ne fallait rien moins à la Françe qu’une occasion’ de se MOn- ” trer pour prouver au monde combien “cette abominable racaille avait.‘
menti} . L'occasion lui a été fournie à la Marne et à Verdun, et les .
preuves de l' énergique vitalité de notre mèrë patrie n'ont pas manqué. Ses pires ennemis aux-mêmès se sont vus-forcés d ‘admettre qu'ils s'étaient trompés, et cela malgré que l'expression de ‘leur pensée affecte une forme où se lit d'autant mieux tout le dépit dont ils se sentent zongés ët qu'ils ne veulent pas avouer. , C’est ainsi qu’il y a
quelques” mis on pouvait dire dans le Berliner Tageblatt, sous la
.signatüre de son critique militaire, le Major Moraht, ces lignes où
se devinent l'étonnement et Ja haine : ‘‘Ja France a été réhabilitée par la fguerre. Elle ne peut plus désormais être accusée de décddence et de dégénéresgence.’ C'était alors que la fine fleur de l'armée ‘allemande tombait sous les murs de Verdun que cet officier faisait une telle constatation et qu'il laissait glisser de sa : plume de tels aveux! La France était bien vengée*
Il ne faudrait pas croire, cependant, que la France était la dupe de cette propagande boche, qu’elle n’en comprenait pas touté l’effronterie. lle était parfaitement au courant de‘tout ce qui se passait, elle saisissait fort bien la grandeur du mal qui s ’accomplissait, mais trop fière pour se défendre, elle se fait: à sa propre vigueur pour détromper le monde au moment venu; elle se disait que l #ccomplissement du-devoir n’a pas besoin de retentissement et que le mérite, tôt ou tard, éclate au grand jour; elle dédaignait de démentir des bruits dont l’absurdité lui semblait si colossale que seuls les’ badauds, pensait-elle, pouvaient y ajouter foi’ C'est la caractéristique des
, LE SANG FRANÇAIS - 145 grandes âmes de mépriser les viles attaques et de ne pas s'attarder à réfuter les basses calomnies, si malfaisantes soient-elles.
D'ailleurs la France savait que cette propagande boche n'’avait * aücun effet sur les âmes bien nées et les esprits eultivés qui, après tout, formaient la masse\de la saine opinion ; il. Jui semblait donc peu nécessaire de défendre .$a réputation réellement peu endommagée, puisque les gens bien péñants continuaient à la considérer comme la reine dès nations.
N'est-ce pas lord Curzon qui disait tout récemment encone : ‘‘La France: par la valeur de ses soldats et le courage de son peuple, est ‘restée égale à à sa gloire. Elle ne pouvait rien y ajouter?’
Ecoutez aussi ce que le très honorable Alfred Mond disait l’autre jour :. ‘Une fois de. plus, la France défend l'humanité contre les hordes du nouvel Attila. Une fois de plus le chevaleresque esprit d'abnégation des Français, leur aptitude à faire face mentalement à toutes les occurrences, constituent la plus grande garantie de la civilisation, de cette civilisation s à laquelle ils ont plus contribué qu'aucune autré nation.”’”
Enfin laissez-moi citer le tribut rendu par M. Donald MacMas-,
ter; il s’agit de Verdun: ‘‘En vain chercherait-on dans toute l’histoire une manifestation d'un plus noble esprit, d'u courage plus tenace, d’uñe défence plus indomptable ou d’une offensive plus écrasante que celle que viennent de fournir les fils de France dans leur lutte sans exemple contré une agression injustifiée et barbare. Où pourrions-nous trouver un exemple plus saisissant de servitude et de sacrifices pour la‘liberté et pour la patrie? Tous nos bravos à Verdun ! le symbole de l’âme et des souffrances du peuple français. Vive Ja France !”? L
‘Toutes ces paroles n’indiquent-elles pas bien clairement qu'aux yeux de l'élite des peuples, la France, avant la guerre, était déjà en pleine possession des qualités prodigieuses qui font aujourd’hui l'admiration du monde ?
+ Et si vous voulez une. expression de l’ opinion populaire, écoutez ce cri du coeur tombé sous l’humble plumé ‘d’un soldat canadien-
anglais. du 190ème bataillon, lançant une invitation à un bal, en cette
ville même, au profit de la grande oeuvre française qu’est le ‘Secours National”: ‘Encore une fois la civilisation a contracté une dettè à l'égard de la glorieuse France qu’elle ne. «pourra jamais payer.’ Comme ces quelques mots indiquent bien‘que pour ce brave la France * est la nation par excellence, celle qui, au moment critique, trouve en ellè-même le moyen d’accomplir les prouesses d’où dépendra le sort dû monde! +
Tant il est vrai que d’un bout à l’autre de son histoire son trouve
toujours la France d’autant-plus belle, d'autant plus noble, d'autant
| plus ... elle que les difficultés sont plus tragiques et qu ‘il est besoin de fourfir un Prend effort pour réaliser un suprème idéal.
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