‹ Le sang françaisChapitre 27 sur 47 · DA A RE · texte numérisé non relu

DA A RE

. Il suffit de songer à l’époque où, d’un travers à l’autre de l’Europe, la foi des populations fit surgir de terre ces imposantes et magnifiques cathédrales que les Boches, eux, trouvent très naturel aujourd'hui de détruire sous prétexte, sans doute, que leur Kultur, , qu'ils prétendent si parfaite, ne saurait s'en Contenter; il suffit de - — songer au temps des Croisades, alors qu'avec Saint-Louis, elle donna au monde un nouvel élan vers une civilisation plus accomplie ; il suffit de songer à Jeanne d'Arc, dont l'esprit d'indépendance s'infusa si rapidement chez ses compatriotes qu’en quelques mois ils eurent reconquis ce que leurs ennemis d'alors avaient mis plusieurs années à leur enlever. Î1 suffit de se rappeler que ce fut en France que la Renaissance, partie de l'Italie, vit son épanouissement le plus parfait, dans cet esprit classique qui exerce encore son influence sur la création de bon nombre de chefs d'oeuvre, après avoir sous Louis XIV, formulé son culte d'une beauté naturelle et ordonnée. Il n’est pas Jusqu'à l'époque si tourmentée de la Révolution ,qui‘n'’ait fourni un exemple frappant de son génie inaccessible dans la personne du, plus grand capitaine de tous les temps, Napoléon, et dans l'oeuvre immense qu'il a laissée pour immortaliser son nom de façon plus sûre encore que ne le feront ses victoires: Le Code Napoléon.* Tant il est vrai que chaque effort nouveau de la France correspond à une évolution de.sa culture et à un pas vers le progrès accompli par le reste de l'univers. ro um Ce que la France a su achever alors qu’une partie seulement de j - ses forces entraient en jeu, à des époques où certaines classes seulement avaient le privilège de pouvoir fournir des preuves de leurs aptitudes à faire de grandes choses, elle est bncore plus à même de l’accomplir aujourd'hui qu’elle peut compter sur le développement de toutes les facultés de chacun de ses enfants. Et c'est pourquoi, dés les débuts de la guerre, nous avons assisté à une synthèse de -l’esprit français; nous l'avons vu à même de manifester toutes ses forces, en un mot nous avons entrevu et nous continuons à entrevoir toute la France. \

La culture française n'est plus, comme autrefois, le privilège d'une élite plus ou moins forte et nombreuse, mais elle est l’apanage de tous, l’élément vital pour l’âme ‘de éhaque citoyen. Sous la royauté, sous l'empire même, les armées,—celles du grand Condé aussi bien que celles de l'incomparable Napoléon, du moins au début, —taient recrutées eñtièrement parmi des volontaires et des spécia-

listes. Aujourd'hui c’est la nation tout entière qui connait le métier” des armes et qui peut donner des preuves de sa vigueur et de son saVoir-faire. Et voilà pourquoi la France n’a eu aucune difficultés, malgré que tout fut contre elle, à donner la mesure de sa force et dé. son génie dans des batailles mémorables comme celles de la .Marne *' et de Verdun. C'est que le soldat français est un héros conscient,

. Agent lui, personne ne:se serait imaginé qu'il put exister nai extrrordinaire de génie militaire et de génie civil Lord Rosebery. comblaison si

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uu citoyen soldat, un représentant de la vraie culture française. C'est que le soldat français, c’est toute la France.

Sur le champ de bataille comme ailleurs, la France donne à tous l’exemple: quoi de plus naturel que chez les peuples qui ne sont pas embochés, et par conséquent aveugles, on continue à la considérer comme la patrie, non seulement des Français, mais des habitants de tous les pays vraiment civilisés, comme une sorte de ‘‘sur-patrie”" dont le nom doit être révéré dans tous les foyers nouveaux de la vraie civilisation !

Rien de plus facile d’ailleurs que de prouver qu’il en est vraiment ainsi, Parcourez le monde; si vous êtes ois peinés de remarquer que l’influence française fléchit sur le terrain économique, vous serez réconfortés en constatant que c'est toujours vers Paris que/de tous les coins du globe s’orientent les intelligences en quête d’élévation, que tendent les peuples en mal de libération nationale où\en crise d’émancipation, vers la France que tournent leurs regards lès partis les plus libéraux.* &æ à | :

Et Jules Bois, dont les récentes conférences à Québec et à Mont: réal ont été suivies avec beaucoup d'intérêt, a pu dire qu'avant la guerre, ‘‘lorsqu’on était reçu dans un club ou dans un salon de Londres, de New-York, de Rome, de Pétrograde, de Madrid, de Constantinople, d'Athènes ou du Caire, on aÿait l’agréable surprise que

.. les lettrés, les dilettantes, les femmes du monde y parlaient surtout le français, qui n’est pas seulement la langue diplomatique, maïs 147

langue des ‘‘gens de qualité,/’ comme on disait au XVIIème siècle.” Ce qui prouve que si géographiquement sur une mappemonde, la France peut ne pas apparaître très grande, par sa culture elle est immense sur la carte de l'esprit humain. Ce qui prouve aussi qu’un pays révéré à ce point ne saurait avoir été dégénéré ou décadent. ù CEE | À .

Mais ce n’est pas seulement dans le ch rap de la littérature et de la langue que la France est la ‘‘sur-patrie” des peuples. En médecine, par exemple, avec les découvertes anti-septiques de Pasteur, et selon les célèbres paroles de celui-ci, “‘elle a su reculer les frontières de la vie.” A ce grand savant le monde doit aujourd’hui de pouvoir sauver un grand nombre des blessés qui tombent par milliers sur les champs de bataille. * Les Allemands eux-mêmes font usage des principes énoncés par ce Français de génie, le plus grand bienfaiteur de l'humanité qu’ait connu notre époque. ‘‘Je suis heureux que la France ait fait cette découverte,” disait modestement Pasteur, ear mieux que personne il savait que; contrairement à la ‘kultur boche, la culture française est généreuse, qu'elle ne connait ni l’égoïsme individuel ni l’égoïsme collectif, qu’elle ne voit qu'une. chose: le soulagement des maux de 1 humanité tout entière. A la loi de conquête et de sang elle oppose la loi de paix, de ‘travail et de salut.

* Jules Bois. =

On a accusé la France d'ihdifférence en religion, voire d'’athéisme et de paganisme: j'y reviendrai tout à l’heure, mais à propos de Pasteur, ilyconvient de ne pas oublier.que c’était un grand chrétien, un catholigue au sens très strict du mot. ‘Aussi a-t-il beaucoup aidé intién dans le droit sentier, de ceux qui, de tout temps et en tôts-pfs, ont été tentés de nier divinité sous prétexte que le principe en est opposé à la saine plMosophie et à la vraie science. Grâce à lui, loin d'avoir été une protestation contre l'idée religieuse, la philosophie et la science françaises ont, en suivant les méthodes positives, rendu hommage à la force secrète qui pousse l’homme à sortir de lui et à aller vers les choses qui le dépassent. Elles s’efforcent de faire connaître l'humanité, émanation divine, dans ses justes aspirations vers le bonheur et vers l'infini, comme l'a conçu le plan providentiel et comme elles travaillent à la réaliser patiemment, à travers Lien des déboires et parfois bien des reculs.

En France les spéculations de l'esprit partent de la vie et y retournent pour en tirer une‘morale qui les amène à un optimisme raisonné, à la certitude que la vie doit être vécue le mieux possible, aimée pour ce qu'elle contient d'expérience profitable, pour tout ce qu'elle enseigne à l'esprit, pour toutes les réformes qu’elle impose à la volonté et aussi pour toutes les transformations que l'homme peut lui faire subir, grâce à la raison éclairée par l’expérience. cr

© La philosophie française de nos jours, avee son amour de la vie et son désir de profiter sainemrent de celle-ci, est justement l'opposé de la pliilosophie allemande si’lourde, comme tout ce qui vient d’au delà du Rhin, et si sombre en même temps. La philosophie française se rapproche de la philosophie anglaise, toute préoccnpée de j’âme humaine, et de la philosophie américaine qui se cont d'envisager,

aussi lucidement que possible, les résultats obtenus. Elle s'élève

au-dessus d'une conception étroitement nationale, tout en gardant les caractéristiques de l'esprit &u peuple à qui elle appartient et qui sont: la clarté, le goût du eorædle, la conciliation avec le sens commun, l'amour du général et di généreux. .

La philosophie et la scifnce françaises, depuis un demi sièele, ont travaillé, non pour un iple—comme la philosophie et la science allemandes pendant lAmême période,—mais pour tous les peuples, pour le progrès et le bonheur humains. Ælles sont un acte de solidarité, tout comme la philosophie et la science, allemandes sont ur acte d'égoïsme. D'ailleurs, comme ces deux connaissances humaines font

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