‹ Le sang françaisChapitre 28 sur 47 · partie de la conscience et de l'âme d'un peuple, elles se traduisent · texte numérisé non relu

partie de la conscience et de l'âme d'un peuple, elles se traduisent

nécessairement et spontanément dans ses oeuvres, en passant par la conseption qu'il se fait du droit, du juste et de l’avantageux. Il suffit de comparer la façon d'agir de la France et la façon d'agir de l'Allemagne au commencement de la guerre pour se rendre compte

combien la France, sur ce point, était en avant de l'Allemagne, com- ‘

bien la culture française dépassait en principes civilisateurs et huma-

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à a nitaires la kultur boche, qui n'avait et n'a encore d'autre but que la domination par la force brutale et, partant, lé retour à la barbarie. # Æ # Le Tout à l'heure j'ai prononcé le mot religion. C'est malheureuse- - ment une banalité de dire que la France en manque, et cependant rien n'est plus faux. Ecoutez encore Jules Bois: ‘‘Je me garderai, dit-il, d’omettre la part considérable, du catholicisme dans notre culture. Même éeux qui en étaient les plus détachés en ont subi linfluenée. Notre littérature n'est si humaine, notre manière si adaptée aux besoins les plus délicats de l'âme, que parce que nous avons reçu l’emñpreinte-du cathôlicisme; à qui nous devons non seule- ‘ment nos cathédrales mais aussi la conformation de notre âme pareille à une cathédrale par sa complexité, ses nuances, ses grandeurs, ses élans, son art suprême.’

Que si l’on ne voulait voir dans cette déclaration qu'une simple généralité que les faits réfutent, jé citerais les renseignements suivants cueillis dans les missions catholiques de 1916. C'est un extrait de la liste des missionnaires qui ont suecombé au cours de l’année précédente; cette liste comporte 195 noms, 10 d'évêques et 185 de prêtres : des 10: “évêques, 8 étaient Français, tous trois des missions étrangères. de Paris, 8 étaient Anglais, 1 Belge, 1 Espagnol, 1 Canadien, 1 Allemand. Les 185 prêtres se répartissent gomme il suit au point de vue de la nationalité: 90 Français, 5 Alsaciens du diocèse de Strasbourg (dont 1 né Francçaisks et 3 Lorrains du diocèse de Metz (dont 1 né Français), 19 Italiens, 13 Irlandais, 11 Espagnols, 10 Hollandais, 8 Allemands, 7 Anglais, 7 Belges, 5 Américains des Etats-

Unis, 3 Portugais, 2 Luxembourgeois, 2 Canadiens, 1 Brésilien. On :

voit que. les fisvde France forment, à eux seuls, la moitié du eontingent d’ apôtres tombés en travaillant sur les. points les plus reculés du globe à l'extension du règne de Dieu. SE imagine-t-on un pays irreligieux, athée et païen, comme on veut bien l'appeler en certains qüaftiers, donnant de tels résultats? N'est-il pas-plus juste de dire avec $. E. le Cardinal Logue de Dublin, que la France continue à prouver qu'elle est bien toujours la fillé aînée de l'Eglise? ,'

Il suffit d'ailleurs d’avoir habité quelque temps la France pour

| comprendre que toutes ces accusations d’athéisme à son égard sont

ou exdgérées ou répandues à dessein par des organisations qyi trouvent leur intérêt à agir de la sorte. °

Pour ma part, pendant les treize ans que j'ai habité la France, de 6 à 19 ans, j'ai eu occasion de voir la campagne, le village, le bourg la petite Ville, la grande ville, j'ai même passé quelques heures dans la capitale, Paris. J’ai visité oratoires, chapelles \petites et grandes Selises, basiliques, collégiales et cathédrales ; dans chacune et en tous

la semaine, j’y ai vu des personnes qui Eement c comm moi, qui

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À priaient : à quelque cérémonie à laquelle j'aie pris part j'ai remarqué la piété des gens. J'ai encore sous les yeux ces touchantes et imposantes processions de la Fête Dieu se déroulant en longues théories de camails blanes, rouges, violets -t noirs, en interminables files de croix, de bannières, d’encensoirs balancés et de corbeïlles remplies de fleurs, autour des murs crénelés de cette ancienne ville fortifiée

- de Ja bonne duchesse Anne, ou le long des boulevards féuillus et

battus par les vagues de cette autre ville moderne et ouverte, remplie de bruyants ateliers de construction de navires transatlantiques; il me semble assister aux nombreuses communions des grandes fêtes, alors que plusieurs prêtres devaient se diviser la pieuse besogne; je me vois témoin émerveillé de la célébration des saints mystères de Pâques” on de Noël, alors que les cierges embrasaient le sanctuaire et l'encens embaumait le transept!

Ces foules, composées de toutes les classes de la société, assistant en plein coeur de Paris aux conférences de Carême, à l'Eglise Notre- Dame; ces pélérinages immenses se rendant, chaque saison, sous la : conduite d'un nombrèux clergé, aux lieux où l'on révère des apparitions miraculeuses, €es ex-voto sans nombre qui parent les murs des basiliques et des églises, ces milliers de cierges qui brûlent devant les images des saints ou le Saint-Sâcrement dans les plus humbles chapelles aussi bien que dans les‘cathédrales aux voûtes étincelantes ; tes cérémonies religieuses qui accompagnent ici le lancement d’un transatlantique, là l'ouverture d'un chemin de fer ou d’un canal, aillcugs le départ de chaloupes pour les pêches proches ou lointaines: ces ralvaires de toutes dimensions que l’on xoit à tous les carrefonrs et où l'on trouve chaque fois qu'on y passe quelqu'un en prières; ces majestueuses processions des rogations qui se déroulent entre les aubépines blanches et les mûres noîres le long des routes au sein: des campagnes; ces aumônes et ces dons de toutes natures qui maintiennent les nombreux ouvroirs et autres oeuvres de charité chrétienne -ou euvoient étudier dans les éééles chrétiennes ét les séminaires.les enfants qui se sont distingués aux écoles publiques, toutes ces choses indiquent-elles que la France’$oit athée?

La vérité esf que le nombre des athées en France est infime; ça et là, quelques hommes politiques, prétendant appartenir aux partis avancés, parce qu'ils promulgent des erreurs vieilles comme Je monde, se proclament brayamment athées et récoltent de rares adeptes chez la classe ignorante et le plus souvent mal famée, mais de façon générale il n’y a pas de pays où la foi soit plus robuste et mieux comprise que chez le peuple français, où l’on ne pratique pas par hypocrisie et pour faire comme tout le monde, mais parce qu’on est convaincu qu'il y à un- Dieu juste qui donne à chacun son dû selon ses oeuvres et que le prêtre est l’intermédiaire entre ce Dieu et les hommes. Dans quelques-eas isolés, sans doute, cette croyance ne dépasse pas la simple religion naturelle et risque parfois de se traduire par les paroles du vieux poilu à son aumônier : ‘‘Mon aumônier, -je ne crois pas encore au Bon Dieu, je erois bien que je n’y eroirai

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jamais, mais tout de même ça me fera plaisir que tu le pries pour

moi,”” il n’en reste pas moins prouvé que la France n'est pas athée, quoi qu’on en dise.

D'ailleurs, dès les’ débuts de la guerre, on a pu voir combien le.

. Français en somme était demeuré. je n'hésite pas à le dire, essentielle-

ment religieux; on peut à peine ouvrir un livre de récits de guerre sans en trouver des exemples à foison.

Vous avez tous lu l’émouvant récit racontant comment, alors que l’ennemi attaquait une tranchée française et allait s’en emparer, que tous les défenseurs de celle-ei étaient tombés morts ou grièvement blessés, l’un d'’eux, soudain, se releva comme galvanisé et en face même des baÿ ttes ennemies lança ce eri extraordinaire qui se répercutera À tyaveis les siècles : ‘‘Debout les morts!” cri qui réveilla effectivemégnt arades étourdis, et, on n'’expliquera jamais comment, Îles repèusser les Boches. L'intrépide soldat qui eut l’inspiration Inchnsciehte majis'sublime de ce cri immense est aujourd’hui liéutenan ; Ü se nomme Péricard: il a éerit un livre d’anecdotes de guerre qu Al a intitulé modestement : ‘‘Face à face.”’ Ecoutez ce passage, court mais typique, et si touchant que les larmes, je ne vous lè cache pas, me sont venues aux yeux lorsqite-je l’a; fois: il est queët: u cimetière de Bois-Brûlé, tombes qu'on y. trouve, -simplement surmontées d’une croix säng’inscription: ‘‘Des: tombes anonymes? dit-il. Hélas! oui. Et l’on cémprendra, je pense. sans que j’insiste. | ‘ ‘Mais, 6 mères, ô filles, Ô veuves, à fiancées, qu'importe? Sur la terre une seule France, et dans le ciel un seul Dieu. g

‘Un seul amour. zt . "4

‘Les tombes sans nom sont les plus glorieuses. Ceux qui reposent Jè avaient ‘donné leur vie. Ce n’était pas -dssez; hegrt donné leur* dépouille. Si je dois tomber à mon tour, qu’on n'efbusqèe pas nom, cadavre à l’arrièrez cela est ma Yolonté. :

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Lio ES AY c EE : ar ‘Je veux reposer à côté de nos gars, däns un cimetière de cam-:

pagne de la grande forêt. Une croix sur ma tombe: la-croix de l’espé- ‘rance, mais pas de nom.

‘‘Je veux être un de ces morts anonymes, sur la tombe de qui pourront s’agenouiller, prier et pleurer toutes lés robes de deuil. ,

‘“Et toi, Mon Dieu, bénis toutes les tombes !”?

Si ce n'est’ pas là de la religion, si ce n’est pas là de la foi empoignante, qu'est-ce done? -*

Ouvrons un autre petit livre de récits de campagnes. Celui-ci est.

intitulé pittoresquement ‘‘Crapouillots.’? L'aûteur en est M. LL

Duval-Arnould, conseiller municipal de Paris, —læ nouvelle Babylone: pour tant de gens! IL est engagé volontaire, capitaine dans l'artillerie lourde. Nous véfé: dans une église m e par les obus; les

deux cloches sont tombées devant l’autel. Sur celui-ci, un prêtre,

dont l’uniforme s'aperçoit sous les dentelles de l'aube, offre le Saint

la première -.

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Sacrifice. Au dehors la cannonade continue. .. Autour de l’off-

ciant, pêle-mêle, des officiers, des soldats, confondus devant Dieu’

prient . .. demandent de n'avoir pas peur; ct, si la volgnté divine est qu'ils meurent, de bien mourir. (C'est l'instant de la communion:

‘‘Avee eux, dit L'auteur, je m'approchai de la table sainte, et voici qu'au moment où le prêtre vint à moi, un coup sourd ébranla l'air. Ce coup nous le reconnaïssons tous: c'était le départ d’une pièce longue, qui tirait de très loin sur le village. Lie sifflement commenca, imperceptible d'abord, bientôt allant crescendo; le coup était pour nous.

‘Pas un des assistants n'avait bronché, la main du prêtre ne tremblait pas; mais, comme le bruit eroissait, sa voix se faisait plus forte: . . CORPUS DOMINI NOSTRI JESU-CHRISTI .. Et mon âme de croyant, priant comme jamais elle ne l'avait fait, éperdue d'une folle émotion de bonheur, chantait: ‘‘Qu'ai-je done fait pour ‘mourir d'un obus en plein corps et mon Dieu sur mes lèvres?" Avec un frasas formidable, l'obus éclata en l'instant où je recevais l'hostie, des éclats-ekfquèrent sur les piliers, des pierres tombèrent de Ja voûte, mais ce fut tout: trop court de 2 mètres, il avait manqué l'église.”

Voilà la France, belle, bonne, brave, franche, claire comme le jour. Croyez-moi, Mesdames et Messieurs, la France telle qu’elle est.

À cause de cette accusation d'’athéisme qui a si souvent été portée contre la France, certaines peféonnés se demandent si ce me serait pas un véritable contre-sens qu'elle remportât la victoire. Îls disent : *‘Dieu ne saurait permettre qu'un peuple sans foi sortit victorieux du conflit; cär ce serait une preuve que ce peuple a eu raison de ne pas croire, qu’il a bien fait de nier l'existence de Dieu.’ Naturellement les ennemis de la Frañce ont bien soin d'encourager cette opinion, là où elle existe, de la répandre là où elle n’a pas\été exprimée, ° - .

Pour cela que font-ils? Ils montrent le gouvernement français chassant les religieux, laïcisant les écoles, détachant le crucifix des murs des tribunaux, violgnt les églises, s'abstenant non seulement

de recourir à Dieu par la prière, mais même de le nommer: toutes

“choses qui, évidemment font souffrir les croyants et les portent à se demander si cette persécution systématique ne serait pas, après tout, la cause du fléau. Mais à part du fait que le gouvernement français n'est#pas le seul à adopter de semblables -mesures,—nous en. avons bien labpreuve en ce pays, il me Semble,— ces hpôtres du mal oublient qu'il est injuste de juger un peuple par ses gguvernants, que le penseur-i pu dire avec raison: ‘Les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais. ?’*

D'ailleurs dire que:la France, à cause de l’impiété de son gouvernement, ne saurait remporter Ja victoire, que'si Dieu la lui accordait il semblerait travailler lui-même pour la cause de l’athéisme, serait

* Victor Hugo. ‘ : :

aussi mal raisonné que de dire, ainsi que l'a si bien exprimé Mer Baudrillart, le célèbre recteur de l'Université Catholique de Paris:

‘Le gouvernement français n'avait pas préparé la guerre ; le peuple français était en grande partie laissé leurrer par les rêves de l'inter-. nationalisme ef-de la paix perpétuelle: donc la victoire de la France serait celle de l'imprévoyance et du pacifisme.'’ Et il ajoute: ‘Ce qui est fait malgré quelque chose ne peut pas être proclamé fait par ce quelque chose. La victoire de la Francé dont nous avons aujourd’hui la certitude morale ne sera la victoire ni de l’imprévoyance, ni du pacifisme, ni de l’athéisnfe: elle sera la victoire de la France telle qu'elle est, avec ses qualités et ses défauts, dont le plus grave, le plus déplorable serait l’athéisme, à supposer que la France fut athée.

Mais de ce que le gouvernement français ne prononce pas le nom de

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Dieu, faut-il conclure que la France est athée? Non encore et mille

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