‹ Le sang françaisChapitre 29 sur 47 · LE · texte numérisé non relu

LE

fois non! La France n'est pas athée! . ..

Et il termine par cette pensée profonde:

‘“Laïssons done agir Dieu comme il l’entend et suspendre avec miséricorde son jugement sur les hommes coupables.

‘Ne disons pas, les uns: La victoire de la France serait celle de l'athéisme; les autres: La victoire de l'Allemagne serait celle du crime triomphant. .

“Disons : La victoire sera la récompense des qualités et des efforts des uns ou des autres, malgré leurs défauts et leurs fautes; elle sera la suite d’une volonté ou d’une permission divine sur cette époque de l’histoire du- monde, où de tragiques événements nous font entrer. Quant aux hommes qui l’auront remportée ou ne l’auront pas obtenue, is seront jugés, les uns et les autres, selon leurs mérites et pour l'étermité.

‘Telle est là vérité philosophique, morale et religieuse; tout homme de bon sen gens sens chrétien ne manquera pas d'en con- “venir.” a

TK Je ne vous dirai qu’un motxde cette éhose si naturelle: le courage

français. ‘‘Le courage, n’en parlons pas! Le couragppest- <e qu’on en parle?” disait l? autre jour René Doumic. Cependant? inconseiemment peut-être, les journaux, les revues, les livres du. jour eh sont pleins; le poilu de la guerre 1914-17 sur ce point ne le cède en rien au grognard des grandes guerres de la République.et de l'Empire, au mousquetaire du XVIIème siècle, au chevalier des temps féodaux, au guerrier franc des Carolingiens, où au soldat gaulois de Vercingétorix. Comme ses aîriés il va à la guerre comme à une fête; sa gaîté ne le quitte jamais et nulle part; cela fait partie de son bagage, qu'il soit dans la tranchée, au plus dur de la bataille, où à son travail de chaque jour, pendant les-beaux jours de la paix. La force de la France réside dans la gaîté de ses enfants, “et Monsieur le chanoine Thellier de Poncheville, qui prêche le carême.à Notre-Dame de Montréal, avait bien raison de s’écrier l'autre jour ‘en parlant du poilu, qu il connaif, puisqu ’il en est un lui-même, blessé et décoré: “Oui,” la

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race française est , gaie parce qu elle esl la fille de. Jeänne dre. . Le

: riré de Jeanne ‘d'Are à la barbe de se$ tortionnaires, c 'est. le rire du. ‘ petit poilu à dix mètres de la tranchée'allemande.”? ::*

‘Lé soldat français, pourtant, vaaussi à Ja’ guerre pour quelque :

.chose de plus, qui manquait assez souvent dans les luttes des siècles e passés où il arrivait que l’on se battait sans trop. savoir pourquoi, . parce que .le prince auquel: on appartenait était brouillé.avee son .

voisin, ou parce qu'il s'agissait de lui acquérir un lopin de terre qu'il.

convoitait. Cette fois, le devoir a parlé, et cela a suffi. Sur le champ, : les divisions, comme il en existe én tous pays, ont ‘cessé ; les querelles se sont évanouies ; en un instant, l'unité morale du pays s’est affermie plus robuste qu elle n'avait jamais été, mêmé au temps:de Valmy ou de Jeanne d’Are. La France s’est, dressée, fière de son droit, forte de sa conseience intacte et des puissantes armées qu’elle avait. silencieusement préparées, calme, digne, et grave, toute prête pour la: haute mission que I Brovidece Juï'assignait. La Frânce telle qu'elle est, telle qu'elle a toujours été, est apparue au-monde émerveillé. dans toute sa magnifique décision et- tout son mâle courage: Ua

Ecoutez ce qu’en dit un des plus grands journalistes. de la répu-. blique voisine, M. Owen Johnson, dans son . magnifique ouvrage: ‘L'âme française (The Spirit of France)’: :. È

‘Aujourd’hui, dit-il, la France est une république, non pas comme nous le sommes, d ’individualistes détachés et concentrés en .nousmêmes, mais une république de citoyens disciplinés, se consacrant à | l'avancement de nobles idéals d ’égalité et d'opportunité, et regardant ces idéals comme si précieux qu'ils sont tout disposés, au -Pre- : mier besoin, à donner tout leur sang jusqu’au dernier homme.

‘Si dans ce perfectionnement politique se trouvent les ressources de force qui ont étonné le monde, dans un sens profond-la stabilité,

‘au point de vue moral, detla nation française repose sur le-rôle domi-

nant que l’idée du devoir joue dans chaque corscience individuelle. Cette idée du devoir, ïls l’ont' retenue de leur long contact avec la religion catholique de. même que, avec leur génie ‘particulier pour s’assimiler ce qu’il y a de meilleur, ils se sont arrochés au grand enthousiasme spirituel pour les idées libérales de la Révolution. . Le sens instinctif du devoir que chaque Français. a pour les besoins de sa famille. La force de la France n’est rien autre que la: force. de chaque famille prise individuellement.“ Au lieu de la loi de primogéniture, qui a finalement laïssé la semence d’une révolution économique en Angleterre, däns le maintien forcé de fortunes énormes, ce qui est contraire aux lois naturelles de la rédistribution de la richesse, le système français rend nécessaire un partage. équitable. Il décrète comme loi que les parents sont responsables, jusqu’à leurs vices et défauts, des enfants qu re mettent au monde et défend, sauf pour une proportion infime, de favoriser un enfant au détriment. d’un autre.

Non seulement les enfants rendent, une obéissancé et une déférence

* L'énergie d'un pays dst la somme des ériergies de chacun de ses enfants, a dit le Dr. Alexis Carrel. . :

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| implicités AUX. patents, mais : les parents eux-mêmes ont conscience de

leur devoir ultérieur à l'égard de leurs enfants et leur assurent des .

dots considérables au moment de leur maïiage. pour leur assurer une “position. convenablé dans le monde: Ces rapports sont si ‘étroits, économiquement, -moralement ‘et spirituellement . parlant, que le sens de l'obligation de famille est lé premier‘instinct social chez:les Fran- -.çais.. L’honneur de la famille et le bien-être de la. famille sont ici : - profondément liés. Se sacrifier pour la famille est être tout simple-' -ment prêt à se sacrifer pour. là patrie, -pour son honneur et pour ses besoins. Au premiér eri d’älarme, la France, ne faisant plus qu une,” ‘a cessé d’être une nation composée d’un million de familles ; c’est ce

sentiment ünifiant et annoblissant d’uné ‘grande famille qui pénêtre :

‘la France.en ce moment,. dans chaquetorps d'armée .et dans chaque

. régiment avec une simplicité. et une fraternité inconscientes, dévoués - lés ‘uns aux autres et tous.à üne cause commune. : Ce sens : fondamental du. devoir, basé sur l’organisation familiale de la nation, fut “la raison spirituelle qui produisit, lé ler août 1914, le spectacle surprenant d’une France qu’on avait jugée volage, brillante, adonnée ‘au -plaisir et superficielle, .s’unissant dans une. impulsion commun, “ farouche, dégrisée, ét austèrement, résolie au derñier sacrifice.”

Voilà un Américain, n'est-ce : “pas, qui comprend. mieux l’âme

- française que ces prétendus savants qui, S’étant plus ou moins laissés inoeuler-le virus boche; avant la guerre, “disaient, d’un air hypocrite, que les Français étâient une nation déchüe et, depuis la guerre, surpris par la façon vraiment admirable avec. laquelle ces mêmes, Français Ont sû ‘faire face au plus féroce. enneñii- et’au mieux organisé que le monde aït jamais connu; se’ xetiaichent mairitenant derrière une autre explication et's’écrient, à] ’exemple dé’Mohrat, que les Français ont été régénérés par la ‘lutte. N'insistons” pas sur .ce point: ' -.contentons-nous de: traiter. avec mépris où pitié ceux qui,. connaissant mieux, parlent de renaissance ou de régénérescence française : car ces mots constituent la pire insulte que 1’on puisse adresser à qui que

. ce soit, puisque ne rénait que ce qui est mort, ne se régénère que ce

°/ qui s’est souillé, ne se relève que ce qui est tombé... Or la France n’a

- jamais péri, -la Fränce périr, disait Léon ÆXUT, non! non! et par qui

et par quoi la remplagerait- oùt—elle ü 'a jamais failli, elle n ‘est. Jamais tombée. ot

Afin d’ apporter un peu de variété à cette petite étude, permettezmoi dé vous citer quélques cas.de bravoure française pris ça et là dans un livre intitulé ‘‘Héros’’*: c’est un recueil de récits publiés

‘ dans les divers journaux français ou fournis par la correspondance de soldats: ou de civils mêlés de” diverses: façons à la guerre :

:. Le sous-Jieutenant Vincent ‘Folque, fls du colonel Folque, vient

de trouver une mort glorieuse dans des circonstances particulièrement

tragiques. Sorti récemment de Polytechnique, ce jeune officier avait * + M. Butis: Episodes de la Grande Guerre, Paris, 1916. D

Te 156 : . - LE, SANG FRANÇAIS |

été attaché au régiment de-son père. © Vendredi dernier, celui- -Ci ayant à confier à un’ de ses officiers une mission périlleuse, vit son fils se” mettre sur les rangs et solliciter l'honneur d'être désigné. Le colonel Folque, en dépit du: péril menaçant, n’écoutant que son. ‘devoir; . .désigna son fils. Quelques heures après, le sous-lieutenant Folque -. ° tombait mortellement blessé. -- — ; nor à Honneur à ces: deux admirables “Français, dont l'héroïsme restera | A. exemple- vivant du plus pur patriotisme Débats (page 17 8).

Un peloton des nôtres reconnaît la lisière d’un bois. . Rien: de suspect. Grand silence. Les renseignéments de la veille ont signalé l’évacuation. Les cavaliers avancent. D’entre les betteraves, un fantassin sanglant se dresse à demi: dé toutes ses dernières forces, il crie: . : at i- -

“Demi-tour! . .. initräillenses !°” | US ,

© Les cavaliers font volte- face, au galop. La. rafale allemande se déchaîne, crible la ligne: d’où ils s’évadént. :

Le blessé retombe broyé. -Le peloton est. sauf. —Liberté (page 174).

L'autre jour, en Belgique, une colonne allemande partait à à l’attaque du pont de Drie-Drachten, défendu par des zouaves, en poussant devant elle des zouaves prisonniers et en criant : “Cessez le feu !”? Un instant, nos soldats et leurs. mitraiïlleuses interrompirent le tir, lorsque des rangs allemands partit ce cri poussé par un zouave prisonnier: ‘‘Tirez done, n...d...D!'? Une décharge générale part alors de nos rangs, couchant à terre les assaillants .et l’héroïque zouave. dont le dévouement avait permis aux nôtres de déjouer k rüse.— >» Temps (page 175).. . .

Un gars très dégourdi, le boute-en- a-train de compagnie: avait coutume d’émailler ses discours de cette locution familière ‘‘T'’en as assez ?’”’. Raïllerie ou colère, ces mots lui servaient à tout. Or,-sur la ligne de feu, un de ses camarades tombe. ‘°Ah! pauvre vieux! T'en as assez?” fait-il avec pitié. Il achève à peine, qu’une balle l’atteint. ‘: Il tourne sur lui-même et s’abat, en blaguant une’ défnière fois :

u —Bon! J'en ai assez!

k C'est ainsi que savent mourir les enfants de Free Det ET (page 181). È à * La scène se lasse dans un hôpital militaire de Bordeaux, salle + numéro X, où un nouveau blessé vient d'arriver. L infirmière de la Croix-Rouge, étonnée de voir un homme entre deux âges, regarde la feuille, i

__Quarante-huit ans, dit-elle. Oh! c’est bien. . Vous vous êtes engagé? D te —Je vas vous dire, madame, Il n’y a pas de quoi parler! J'avais un gars, n'est-ce pas, un beau gars, que j’aimais bien. Il est mort, et

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puis la guerre est venue, Il aurait vingt et un äns. Alors, jez me suis ‘

dit: je vas le remplacer.=G. Wagnière, Journal de Genève (page

wà jeuye fantassin français qui se “pat dans ls tranchées reçoit

. ua jour la nouvelle de la naissance d’un fils: Toute sa section s’inté- .

resse fort à l’heureux événement et l’on décide’ de le fêter par un

‘ -fastueux banquet dont une boîte de. biscuits et quelques bouteilles de.

‘vin font les frais. Le lendemain, un ‘obus tombe dans la tranchée,

* .blessant quelques-hommes. A peine la poussière et d'odeur de: la poudre dissipées,- qu’une voix interroge:

- —Le père'de M..le bébé est-il sain-et sauf? “Il l'était, mais, la question du troupier est maintenant fort e en

.-honneur dans “la. section. Si les-hommes reçoivent un obus, une,

décharge de mitrailleuse, s'ils essuient une fusillade, aussitôt tous les’ ÿeux cherchent le jeune père et l'on, entend des voix joyeuses qui clament;

— Tout va bien, ‘lé père de M. le bébé | est saïû ‘et sauf. —T, P° s-

Journal of Great Deeds (page 182).

“Dans un n village de la Somme. s’est passé il y a peu de jours. un petit épisode caractéristique.

Un acrobate de Lyon, appelé sous les armes, et ‘que ses. compagnons avaient surnommé le saltimbanque, était devenu. l’amusement de tous ses- camarades par ses plaisanteries ‘et ses badinages, même durant la bataille, Sa compagnie était mitraillée depuis des heures par,un ennemi invisible... .

—$i un observateur un peu agile osait grimper sur ce toit là-bas, dit le capitaine, nous saurions où sont lès Allemands. *

—Me voici, dit le saltimbanque. - Le fusil en bandoulière, il grimpa sur le toit comme un. chat.

‘Arrivé au faîte, il repéra la position des Allemands, tout en ne cessant pas un instant de tirer sur les ennemis, sans se laisser .émouvoir

par la grêle de projectiles qui sifflaient autour de lui. Mais soudain on le vit abandonner son fusil et tomber en arrière. Tous ses cama-

‘rades coururent à lui, le croyant mort. Au'lieu de quoi, d’un séut.

léger croisant la jambe gauche sur la jambe droite, et.ses deux mains. levées toutes droites à la hauteur des oreïlles, il salua, en criant, ‘‘Le saut dé la mort!’ On le propose pour la médaille militaire —Corriere della Serra (page 183). ,

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Qu ’elles sont éloquentes à ans leur brièveté les citations à l’ordre: du jour de l’armée! -En voigi une choisie au hasard:

Le caporal Clavier, du 152e d’infanterie. Frappé d’une balle qui.

lui avait conpé l'index de la main droite, a répondu à son chef de bataillon, qui lui disait que, sans index, il ne pourrait plus tirer:

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DFE Loi es Ê | . 2: - 168 …. "LE SANG FRANÇAIS + . . Mais si, mon commandant, je. tirerai avec un autre 8 doigt.” | (Page à .!. 184) oc. LU et

Lu s - ° Te

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