‹ Le sang françaisChapitre 31 sur 47 · CS · texte numérisé non relu

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160 it LE SANG FRANÇAIS: D

Un trait du même genre | est conté par un otfcièr allemand” dans* une lettre à sa famille. Ce qui rend ee récit fort curieux, c’est l’appréciation par l officier de l’acte. héroïque. Voici: le passage en ques- . tion : - La

-*{Un traître vient d’ être fusillé, un jeune Alsacien “appartenant à une de ces sociétés de ‘gymnastique ou'de boy-scouts qui: arborent : des rubans tricolores, un pauvre gamin qui, dans son. infatuation, s’était mis en tête d’être un héros. * Notre colonne passait près d’un défilé boisé. Il y fut pris et on lni demanda s’il y avait des Français, dans le voisinage. Il refusa de. donner aueune: information. -Cin-.. quante pas plus loin, ‘une fusillade fut dirigée sur nous de l’4 épaisseur

. du bois On demanda” au prisonrier, en français,. s’il avait eu çon-

naissance que l’ennemi fût dans la forêt: Il ne le nia pas. - se . dirigéa d'un pas ferme versi un poteau de télégraphe, il sy. adossa, : -la° verdure d'une vigne derrière lui, ‘êt ilreçnt la oléé du peloton : d'exécution avec un fier” sourire. Le petit poseur !'-#C ’ebt pourtant dommage de voir du courage. ainsi gaspillé ! ...7—Foi ES Vie (pâge 283). à " . st

Les Prussiens étaient entrés à Lourches, dérs le Nord: près . de

. Douchy. Dans un coron, un lieutenant âviné insultait la mäîtresse .

du logis. Ün sergent français gisait dafñs un coin sombre, le bassin ‘ fracturé par un éclat d’obus. Mdigrié des propos que tenait l'officier à une femme sans défense, le Sergent. saisit son revolver, vise’et äbat . le hobereau d’un coup.

Alors le malheureux sergeñt fut traïné hors du coron-et joint à

.un groupe de quinze mineurs accusés d’avoir tiré sur les Allemands.

Pendant qu'il attendait son tour d'être fusillé, tremblant de fièvre, il

vit passer un enfant, Emile Després, âgé de quatorze. ans,. et le’sup- ‘ plia de lui ‘apporter un verre d’eau. Le jeune \garçon s’empressa

d'aller chercher l’eau si ardemment désirée, Mais\le cäpitaine alle-

mand l’avait aperçu et, furieux, il se précipita sur lui: ‘Tu seras

fusillé,’” Jui eria-t-il, ef il le lança à à coups-de botte et à coups.de poing

sur le sergent qui agonisait.

. Quand le tour d'Emile Desprès arriva, ‘on lui banda les yeux et :: on le fit s’agenouiller devant le peloton d’ exécution. . Maïs le capitaine n’ordônna pas le feu. Il dénoua le bandeau et appliquant une taloche sur la joue de l’enfant:

—Tu auras la vie sauve à une condition. . Prends ce fusil. Le sergent te demandait à boire: tu vas lui donner du plomb. Couche-le en joue et tue-le. - 3

Le gamin prend le fusil sans trembler, épaule et ‘dirige l'arme , sur’ la poitrine du sergent; mais, ‘soudain, il fait, volte-face sans abaisser son arme. Le coup part, et le capitaine $ ’effondre, tué à ‘bout portant.

L’héroïque enfant tomba aussitôt, “eriflé de, balles et lardé de. coups de baïonnette. (Page 284.)

ai

‘Grstave Chatain, un petit garçon de ferme de quinze ans, a voulu

“faire la guerre et l'a faite, jusqu'à ce qu’une, balle interrompit sa __

brillante campagne.

Je’l’ai. vu ce matin dans un lit de. la maison de santé de la rue ‘ Bizet, où les ‘‘bonnes soeurs”? Je. gâtent, l'apperant “fleur enfant, de troupe.” -

Près ‘a son à lit, à à portée de sa main, bien en | évidence, un petit - pantalon rouge, ün vrai, que des admirateurs Jui ont commandé sur mesure et -qui l'attend:

. =—Je ne le ferai pas attendré longtemps, s’écrie Gristaye Chatain, je vais me débiner. Le médecin m'a promis que dans trois ou quatre jours je pourrais rejoindre. :. On a besoin de moi, là-bas. .

Je. Jui demande de me raconter son histoire.

Ça n’a rien. d’épatant, fait-il. ... Je voulais me battre avec les (Boches; .J ’étais costaud pour moñ ‘âge. Alors, un jour; n’y tenant plus, j'ai filé vers Senkis où il ÿ.avait du bruit Des chasseurs alpins passent, je lès suis en leur proposant de faire les commissions , .. Et puis je leur demande un fusil- On rit d’ gbord ; j'insiste, on m'en donne un: Mais le capitaine m’aperçoit ; il $e veut pas de moi. Je rie suis qi’un gosse! Je vais plus loin. Une autre compagnie m’accepte. Jé leur promets d’être bien sage et de me faire tout petit.

Enfin, j'aperçois des Boches. On se bat. Je remasse le premier fusil. venu. On ne fait pas atténtion à moi dans la bataille, et je m ’en

: donne. -Je m’en donne tellement qu’en me retournant je m ‘aper-

.cois que je. suis tout seul. J'avais perdu ma.compagnie. Alors je me replie en bon ordre, Mais impossible de me ‘retrouver. Enfin, je. rencontre un régiment de ligne: Je me présente. On me permet -de .me glisser dans les rangs. Bon, nous voilà dans la bataille de la Marne. -Vous pensez si j'étais à mor affaire. Je me faisais pardon- . ner en me mettant de toutes les corvées. .

Quand ça ‘chauffäit, j'y allais avec les autres. J'ai chargé à la baïonnette. Pour äpprocher les Boches, je tenais une botte de paille . devant moi. On avance très bien comme ça . :.

. Ce fut mieux encore à la bataille de l’Aïsne. Là, ça valait la peine d'écrire ses mémoires. dJe les ai écrites iei pour me distraire. Elles sont dans ce cahier.

Gustave Chatain soulève son oreiller et me montre un cahier

| d’écolier:

© —Ne l’ouvrez pas .. , il ya trop de fautes d'orthographe:

Je lui assure .que les fautes d”’ orthographe sont permises pendant la guerre et j'ouvre le cahier. En voici un passage:

. “#L’embuscade de F Les ordres étaient de voir si réellement les deux fermes étaient occupées par l’ennemi et de couper un fil téléphonique qui reliait ces deux fermes. Nous voilà partis. La patrouille se composait de douze hommes, d’un sergent, d’un caporal et de moi. Nous ‘arrivons aux fermes. Une fusillade éclate des deux *

ste re -#

fermes et ‘du’ plateau de gauche. Le cajoral. tombe’; ainsi. que cinq

hommes. Les autres se jettent le long de la route. Mais. bientôt-une .

. fusillade éclate de droite, couchant huit hommes à terre: Il ne res-'

; tait plus que le sergent et moi. Une balle ma ‘enlève ma cäsquette.

. Je me jette derrière un tas de cailloux et j'ouvre le feu contre la

ferme de gauche. Je tire toutes’ mes balles. Malheureusement je

n’en avais plus que cinquante. . Je prends mon fusil et je me sauve.

En passant en terrain découvert, je reçois une balle à l'épaule droite,

—j'avais déjà eu la main gauche -écorchée.: Ça me- Fait activer de

- vitesse. ,

‘Mais le sergent ne pouvait plus marcher, une balle Jui. avait

coupé un doigt de pied. Je le monte sur mon dos et me voilà reparti. On s'en tire.” -

s - ," Devant de pareils exploits, j'hésite. Mes yeux vont du: ‘cahier :

à l'enfant. Et l'enfant rit de ma surprise,

Un soldat, horriblement blessé aux deux bras et qui est soigné ” dans la même chambre que Gustave Chatain, apporte son témoi-

gnage. , * | —-Le gosse ne ment pas. J'y étais. «il a fait < ça. Ce’ qu'il ne dit ‘ pas, c’est que les chefs l'ont félicité, qu'un général l'a invité à sa ‘ table, et que nous l’aimons tous, ce brave gosse —Jéan Malherbe, (page 285).

. Après un bon mot, on est moins rancunier. L'esprit est la soupape de la colère. Il jette le mauväis lest, et l’on repart d’un.

laient Paris, vers les six heurés du soir, et laissaient tomber leurs bombes, très efficaces. ‘ La foule accourait, pour voir ‘‘ça.”’ On sta tionnait, on braquait des jumelles. Le ““Taube”” une fois signalé, on. 8 ‘impatientait si le jet tardait: ‘‘Eh! le pigeon, là-haut, lâche donc ton oeuf, qu’on puisse aller dîner!” Aïnsi s’exclamait un jour Ga-

s vroche. Et quand les bombes multiplièrent leur mitraille, il maugréa : |

“Voilà qu'on ne pourra plus sortir sans parapluie, mainténant !”?

C'est lui enfin qui, le troisième jour de la guerre, oceupé à suivre un défilé de soldats, dut tout à coup se découvrir devant un enterre- ‘ment, au coin de la rue, et, la casquette à la main, on l’entendit mur-

o murer'entre le haut et le bas: ‘C’est maintenant que tu choisis pour mourir, toi? Et ben vrai, t’es pas curieux.’’—S. Rocheblave, Semaine littéraire de Genève (page 299). -

La fille d’un instituteur français chez lequel est soigné un blessé . allemand, écrit à la fiancée de ce prisonnier, à Berlin : H ‘Mademoiselle :

Tr, L ‘Toute <s les femmes sont soeurs s par le coeur. A ce tire, je vous oo de envoie mes meilleures amitiés. Nous soignons votre fiancé, comme 7: # vous soigneriez le mien, j’en suis sûre, s’il était chez vous . . .’—

+ Fi ; Publié é par le Vorwaerts, reproduit par le Temps (page 317).

bohd dans l’air le plus pur. Les “Taube,” le mois dernier, Survo- :

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* Toùs. ces s récits déhotent trop de simplicité dans le courage pôur -"que-le : peuple qui en -eSt-capable ait. sommeillé. comme on veut bien ‘ lgdiré; pour qu'il ait été dégénéré dihsi.que ses ennemis et'ses calomhiateurs’ se.sont efforcés de le faire voir, en un mot, pour qu’à une “époque. ‘quelconque de. son listoire il ait. jamais été autre Chose que ce qu'il est, .ce qu'il a toujours été,.e ’est-à-dire, le peuple le plus . brave et le plus patriote de tous les pays et de tous les temps.

Et d’ailleurs, si quelques entêtés à l'extrême doutaient encore, il

; . suffirait de rappeler que depuis quarante ans l'Allemagne se préparait -à la guerre ét que lorsqu” elle la déclara elle-y était formidablement.

© prête, à tel point que,'aux premiers jours de l'invasion, l'univers ne :

fut pas loin de se dire que c’en était fait, non seulement de la France, mais aussi dela Russie, et peut-être de l'Angleterre, car qu'aurait pû faire celle-ei si Calais était tombé:aux mains des- envahisseurs ? Mais à ces préparatifs. de près d’un demi-siècle les fils de France opposèrent

l’anion sacrée, et cela suffit à gagner la plus grande bataille dont il’

sera de longtemps fait mention dans l’histoire du monde: la bataille de la Marne; cela suffit, avec l’aide de la: poignée de Belges qui restait et de la” poignée d'Anglais qui avait réussi à passer le détroit à empêclier qu’un ruisseau de vingt-cinq mètres à peine de larg l’Yser, fût franchi et que la. côte ‘de la Manche fût atteinte; cela. suffit pour échauffer de façon si complète, le sang français qu’à Verdun s’est. développée et se développe encore la plus magnifique épopée dont il sera parlé dans l'histoire, Et tout cela a été possible parce que, tranquillement, modestement, mais noblement et résolûment, au moment voulu, s’est dressée, superbe dans sa conception du devoir et du courage, la Françe telle qu'elle est. :

Il est un type des habitants de France auquel si vous votilez bien, nous nous arrêterons pour l’étudier un instant: le paysan. C’est’ lui qui pendant la paix fait pousser le froinent dont on. fait le pain blanc délicieux des restaurants de Paris et le sarrazin dont on pétrit le pain noir des campagnards,’. si bon: “aussi, bien que la couleur en soit étrange. C’est lui qui: récolte le raisin avec lequel se fabriquent, non

setlement le ‘‘pinard’* qui, avec.la permission et la pipe, forme la

‘grande, préoccupation du poilu, mais aussi le ch£mpagne dont les

Boches se sont tant et si bêtement gorgés dans leur marche sur Paris : qu’à cette boisson illustre, que seulé la France saurait produire, se Î: - doit en partie la victoire: de la Marne, comme si cet élixir de vie avait À. frémi de se laisser: boire par la horde dé bandits qui souillait le sôl'#

d’où il était sorti, êt avait voulu. se venger de son côntact-impur. . Et

« c’est’ aussi le paÿsan qui récolte les pommes - -flont en Bretagne on

, extrait le ‘cidre doux qui aide Botrel'à célébrer la bravoure de ses

‘‘# Nivelle n'était pas encore généralissime. ‘nl commandait seulement une armée. Un ‘jour, son inténdant lui fit remarquer que les poilus consommalient . ‘une quantité de vin supérieu e à cellé fixée par le règlement.

eur,

‘ Les soldats ne marchandent pas. leur sang, dit Nivélle. La France ne-+leur

marchandera pas son vin.

Et l'intendant “dut refermer ses ‘livres de compte. Le vin c'est ce que le poilu

‘appelle le, pinard.” u sus re, s

a L ‘ % CS . . ® : 8

164 ‘ ". LE SANG FRANÇAIS LT camarades de tranchées et à jes maintenir ainsi dans la jutte presque | surhumaine dans laquelle ils se trouvent engagés. C’est lui qui élève.

Sn. ces grands boeufs roux et ces superbes ‘chevaux percherons qui, les uns comme les autres, l’aident à entr'ouvrir le sel où demain il-jet- . . tera la semence, d’où sortiront les moissons dorées, mêlées à celles des ‘bluets inoffensifs, ‘pliant ensemble. sous le souffle ‘de. la tiède brise. de France. C'est lui, en un mot, qui nourrit la Frante. : ; -

Au sommet des côteaux couverts de bruyères, au fond des vallées

rayées ‘d'arbres fruitiers où grimpent le gui et de lierre ;* le long des.

-— -rivières dont, de place:en place, les roues des moulins à farine brisent: l’eau que laissent tomber Îles vannes mobiles 7 sur-les-landes immenses couvertes de genêts dorés ou de muguets blancs ; . à l’orée des bois sombres où les pins et les sapins se mêlent aux mélèzes et aux chênes ;

près des dunes mouvantes où les môulins à vent étendent leurs bras immenses; aux abords des, vieux châteaux dont les tours moyénnageuses sont coiffées de toits pointus aux tuiles verdies par la mousse ; jusqu'aux abords des villes au- dessus desquelles, à côté des flèches élancées,des clochers, s'élèvent les énormes cheminées des usines et des hauts fournaux qu'empanachent- des tourbillons de fumée noire, partout, d’un bout à ‘l’autre de la France, se voient ces” fermes-et ces métairies, ces vergers et ces clos qui forment la prineipäle richesse

du pays.

Archéologues, qui aïmez lire aux vieilles murailles, “venez voir aux manteaux des foyers a aptic ques ou aux linteaux des maisons rebâ-. ties sur des clefs de voûte anciennes: vous trouverez là es dates’ ‘bien antérieures aux Croïisades, ‘ époque à laquelle tant. de nobles ° familles françaises sont si fières de remonter. “Historiographes, ‘eol- .

. lectionneurs de vieilles choses, venez fouiller au fond des tiroirs des vieilles armoires ou des viéux bahuts, ouvrez ces parchemins moisis dont l’huile a élargi l'écriture gothique qu’on ne sait plus lire, et vous constaterez que bien avant que tel marquis ou tel comte, qui

! se croit d’un sang plus fameux, eût pris un nom de terre, Jean Bousquet, Joseph Grenier, Pierre Berreault, ou Jécques Comtois étaient déjà chez eux et que leurs descendants, sans savoir les faits et géstes de leurs aïeux, y sont restés de père en fils. Le

Qui dira les labeurs et les efforts que cela a pris à la longue suite d’ancêtres de ces fils du sol pour s’y implanter, depuis le jour où, au penchant de la colline ou au fond du vallon, près de la source chantante ou sur le bord du ruisseau gazouilleur, le premier de la famille -est venu cbnstruire en perches et en mottes ‘la première hutte, noyau: des solides, épaisses et spacieuses bâtisses actuelles et berceau des vigoureuses lignées dont est descendu le robuste paÿsan français de

. 1914-1917? Qui dira ce qu’il a fallu de travail et de peine poûr déraéiner les fourrés de bois, de buissons et de ronces, pour dessécher les marais et en arracher les rocs que pourrissaient les eaux, pour transformer les forêts en prairies et précipiter les rochers au fond des torrents, pour changer les déserts incultes en champs plantureux ?

* Louis Boulé: Ceux &e chez nous.

| o {. — Le 2° | - . 1. |

LE. SANG FRANÇAIS | ee 165 +. © ji.

. | ‘ FC Qui ‘dira quelle inlassable- énergie il a fallu à toutes ces générations pour passer à travers toutes les déprédations- des seigneurs, toutes les. exactions des intendants royaux, toutes les misères. infligées par les- -côllecteurs de taxes®* Et qui dira aussi l’allégresse qui remplit les, coeurs de tous: ces braves gens lorsque le système féodal arriva à

son terme et qu'ils purent devenir propriétaires Libres au lieu de continuer à être tenanciers taillables ‘et corvéables ?

Il est vrai qu ls ont bien. été un peu désillusionnés depuis- lors en s° ‘apercevant que le faix avait simplement changé d'épaule et que. là transition du servage à la liberté n’était qu ‘un leurre. Néanmoins . la satisfaction de savoir qu'ils ont maintenant voix-au chapitre dans : l’administration du pays les aide à supporter les charges avec plus de bonne kumeur qu autrefois, tant il est vrai qu’un fardeau accepté ___. ne pèse pas autant qu’un fardeau i imposé. - |

: Dans les tranchées, le paysan est un rude et brave compagnon. . Sans doute il conserve ‘son, air rêveur ! Lorsque le devoir : ne requiert pas ses services, il aime à être seul et à. songer à la terre qu’il a laissée là-bas, le jour où le clairon' d’älarme’ est venu le chercher * derrière. Sa charrue. Toute une poésie ‘chante dans ce souvenir: -poésie de la terre, avec ses successions de saisons, ses transformations - de chaque jour, ce miracle sans fin de renaissance annuelle de feuilles, de fleurs, de couleurs et de parfums, -poésie des travaux des champs et des bêtes, ces doux compagnons ; poésie de l’âme paysanne se. complaisant dans les” légendes et les chansons de terroir et les mêlant naïvement à sa religion si robuste et si convaincue; poésie des souvenirs d'enfance, de ces étonnements naïfs devant les bellés choses | de la nature dont le livre, d'année en année, s’ouvrait davantage et «7 se avec des façons de plus en. plus délicieuses d’ interpréter la vie des &” animaux et’ des plantes, poésie des petites terreurs à Ta brunante. … qu’en grandissant on a sü sûrmonter et qui finalement ont donné ce robuste: courage, si ütile aujourd’hui sous les -räfales ro ‘balles et d’obus ou dans une charge à la baïonnette ; Poésie dés remiers . amours de jeunesse concrétisées un jour en une union bout la vie*. avec la compagne adorée, la mère de ces jolis enfants aux joues fraîches. et aux cheveux bouclés qui lui grimpaient sur les genoux Le au retour dü travail des champs, ‘êt dont le souvenir lui fait aujour- : ”. d'hui essuyer une larme le long dé. sa joué brunie; poésie de toute . “une race, enfin, et d ’ane.race fière -qui ne souffrira pas ‘qu’ barbare grossier vienne souillér de sa botte ensanglantée ce coin def terre, 1à- . bas, où pensent à lui les êtres qui lui-sont. chers, qui compte Tr Jui "pour les protéger. contre le Hun!

‘ Ah!'les admirables paysans de France!” S ’écriait l’ autre jour Louis Barthou en inaugurant le programme de la société des conférences à Paris: ‘‘Pour sauver la terre des aïeux et pour la léguer.aux * générations futures, il s’est donné et il a donné ses enfants. Tenace gt robuste, résigné et confiant, avare de paroles, ménager de gestes, ais prodigue d'actes, il a subi là tragique épreuve, .qui-<lui a tant

* Louis. Boulé: Ceux de chez nous, avec quelques changements.

coûté, avec un courage et une résignation stoïques devant lesquels nous ‘devons incliner notre pieux respect. Aucune pose devant le devoir, aucune récrimination devant le malheur, la nécessité noblement subie du, destin individuel pour assurer à la patrie Lx sécurité et la dignité de la vie collective.”

Et il cite le cas d’un petit cultivateur berrichon, surpris par la guerre, peu préparé à la faire et la faisant en héros. Ecoutez ses paroles : ‘Je ne savaïs pas avant la guerre que j'étais patriote. Pour

. moi, il est aussi naturel de tuer un Boche que de labourer mon champ ; ;

les deux opérations n’en font qu’une.

“Est-il rien de plus profond ? On sauve la térre en la labourant; mais pour avoir le droit, et le temps et le moyen de la labourer, il faut tuer les Boches qui l’ont envahie-et qui la souillent. 7?

M. Jusserand, ambassadeur de France aux Etats-Unis, de son côté, contait récemment comment dans les. campagnes françaises, au début de la guerre, ‘‘sur’ bien des places, le tambour battit, dans bien : des clochers le tocsin soÿña. Dans maints villages de Bretagne, où cette même cloche, qui Chante aux naissances et pleure aux morts, donnait par le tocsin avis.du grand devôir.à remplir, les jeunes gens se réunissaient en hâte sur la place; mais voyant.qu’aux sons de la cloche les yeux des mères se mouillaient, s’ééfièrent: ‘Mais ôn ne ‘comprend pas, mais ce n’est pas cela” Et courant au elocher, ils. transformèrent le toesin en carillon. Ce n’était pas, pensaient-ils,

l'heure des tristesses, mais l’annonce de la délivrance. Dans un ave-' “

nir proche ou lointain, ils savaient qu’elle viendrait et; que la Hberté triompherait. . 4

Et voici ce qu”? une vieille paysanrie dont huit enfants sont morts

à l'ennemi, dicte à ses filles pour l’un des survivants: :» - «J’ apprends la nouvelle que Charles ét Lucien sont: morts dans la journée du 28 août. Eugène est blessé grièvement. Quant à Luis |

et Jean, ils sont morts aussi.” Rose a disparu. Mamän pleure. ‘ Elle :

dit que tu sois fort et que tu aïlles les venger. J espère que tes chefs »" ne te refuseront pas cela. Jean avait la Légion d ‘honneur. ‘‘Suecède-lui.”’ Ils’ nous ont tout pris. Sur onze, qui faisaient la guerre, huit sont morts. Mon cher frère, fais ton devoir. ‘Oh ne te demande que cela”” Dieu t'a donné la vie: il 8 le. droit de te Je reprendre, . c’est maman qui le ‘dit. . . Tes soeurs.’ 5 .

Mesdames et Messieurs, tel est le paysan français: " x L x :

Maintenant, Mesdames, un mot de votre soeur, la ‘femme française, et je termine cet entretien déjà bien long.

Ceci veut dire que me voici acculé à vous parler . . . d’amour,;car parler de. la femme sans mentionner ce grand, sentiment ‘entre tous éerait incomplètement. traiter le sujet, n’est-ce pas? Les-philosophes, ces gens très graves, —je n’en suis pas,—ont défini l’amour: “Le premier de ces grands instincts révélateurs :qui dominent toute.

la création et qui semblent-édictés Par une volonté suprême. ‘Son # hi

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