‹ Le sang françaisChapitre 32 sur 47 · DA · texte numérisé non relu

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excellente, ’est que tous les êtres y participent et qu'on en voit évidemment le lien ’avee les fins de l’univers.”’ L'amour, entendu d’une manière plus élevée encore, c'est-à-dire au point de vue moral, ‘touche véritablement à l’infini; il fait partie intégrante de la religion et c’est bien aïinsi que le conçoit la femme française. Pour elle -l’amour c’est le sentiment qui est à la fois Le plus beau, le plus noble

et'le:plus doux, et c’est pour cela qu'on a dit que l’amour,.tel qu’on

le connaît en «France, est peut-être l’amour le plus religieux, le plus équilibré et le plus sain; souriant et profond, loin de faire perdre ses qualités de. raison et de jugement, il les développe et les aiguise. ‘Il a- sans doute ses erreurs, ses souffrances, ses faiblesses, mais il a surfout ses- grandeurs, et lorsqu'il est sorti de la solitude pour aboütir au: couple harmonieux. et se fusionner dans la famille, son aspiration a atteint à un degré qui touche de bien près à la: perfection.

Là famille française, nous l’ avons. vu tout à l'heure en parlant du devoir, est la’ pierre d’assise de la nation, c’est elle qui fait-celleci forte et invincible au jour du danger et de l’ attaque. Or si la famille française forme la meïlleure garantie de la vigueur de la nation, elle le doit à la mère, à la façon dont celle-ci ‘élève ses enfants, s ‘occupant non seulement de la vie de leur corps mais aussi de celle de leur âme, les surveillant jusqu’au delà de la puberté d’une

.façon qui peut sembler stricte parfois mais que les étrangers ne peu-

vent $” empêcher d'admirer dans ses résultats, Lia mère de famille française s'occupe du’ choix des amusements et des fréquentations de : ses enfants plus que ceux-ci eux-mêmes ; êl en résulte une pureté et un bonheur au foyer paternel qui ne se rencontrent nulle part’ au monde à un plus haut degré.

L'influence de la mère va plus loin que le contrôle: des choses

d'intérieur ; elle prend sa part, et une part très considérable, à la -

bonne gouverne "des affaires de son mari. Où peut donc bien dire que.

fe mère, étant le membre le plus important de la famille, 1 femme ‘ rançaise est-réellement l’assise même de la nation, puisque la’nation n’est rien autre que lé’ groupement des familles.

: Po Quand la guerre “est-venue, la femme française, qu’elle fût mère,

be.

: épouse; fille, soeur ou fiancée, a ‘ajouté. au couräge de l'homme par son ,

stüicisme et sa” “fermeté. Sans hésiter, sans faiblir; sanS pleurer, elle Lei :envoÿé à son: devoir. Puis ‘stoïquement, fermement: aüssi elle -a

° Sorganisé ‘les oeuvrès. traditionnelles de -la pitié“féminine travers les siècles: ‘tout en priant, elle s’est mise à travaillèr. pour le soldats, à. : soigner les blessés. Et quañd il a fallu en.ärriver\à, elle a risqué sa ee un héroïsme qu’on peut bien affirmer être supérieur à celui ‘qui pee: isque cet héroisme est sans armes. , ES

. Dans villes abañdéfinées par les “hommes; tous rendus : aux trarichées, elle s’est immédiatément familiarisée avec. les devoirs des

divers postes ‘laissés. gant Et cela si bien que la mation a pu.conserver ses orgañisations ntielles .de l'arrière et que tous, même

les. pires critiquêurs, ont pu constater que les professions masculines :

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168 - : .. LE SANG. FRANÇAIS proprement dites n’existaient pas puisque les femmes étaient égales à ceux qu’elles remplaçaient. Dans les services du ministère de la

guerre les veuves ont pris la place des auxiliaires. Dans les chemins de fér, dans les tramways, dans les magasins, dans les boutiques, sur les fermes, dans les fabriques, dans toutes les branches du commerce et de l’industrie, comme contrôleuses, receveuses, directrices, boulangères, agricultrices, ouvrières, ou dans “quelque : poste ou oecupation que ce soit, les femmes françaises ont prouvé qu'elles. pouvaient

faire les choses aussi bien que les hommes. , Et les personnes qui

voyagent aujourd’hui en France s$ ’aperçoivent qu'il.n’y-a rien de

changé dans les services publics, peut-être un peu- plus de politesse,,

de bonne grâce, d exactitude, de, zèle depuis qu'on y trouvé la femme française. .

Aussi, après avoir suivi.en temps de paix une méthode de dou-

ceur, de -persuasiôn, d’action générale et généreuse, aussi bien au foyer que dans la cité, après avoir, .dès les débuts de. la guerre, môntré combien elle ‘était capable de prendre en mains la direction des affaires -et des iméreg D publiés, sans que rien ne souffrit, en un mot après s'être dressée cÔmmé un soldat, et cela sans essayer ‘d’influencer les choses politiques, sans se mêler aux partis, 4 ‘ailleurs -réconciliés, -

-elle‘a créé chez le Français un état d’esprit tout à fait favorable à

l’obtention, une fois la guerre finie, des droits féminins. Ce que dans les autres pays la femme ne semble pouvoir gagner que par des cämpagnes d’écrits, de paroles et même d’actes approchant parfois de ce

: qü'il y a de plus condamnable et de plus révolutionnaire, l’anarchie,

en France elle l'aura obtenu ‘de la façon la plus simple et la yplus naturelle: en faisant ses preuves, en faisant tout son devoir, lé moment venu, elle aura mérité. son émancipation.

.. Permettez maintenant que je vous cite quelques traits de courage et de dévouement féminin au cours de cette terrible guerre. Voici d’abord ] ‘admirable histoire de Marcelle Semmer, encore tout récemment évoquée à Paris, par M. Klutz, ancien ministre, à qui je “cède. la parole:

‘En août 1914, à Eclusier, près de Frise, dans la re même

d’où est partie la dernière offensive de la Somme, et que nds troupes ont en partie reconquise, habitait une orpheline de vingt ans.

‘Au moment de l'invasion, après Charleroi, les Français essayèrent d'arrêter les Allemands, ils se replièrènt. et repassèrent la

rivière, poursuivis par l'ennemi. Marcelle Semmer, qui suivait nos

troupes avec les habitants, eut la présence d'esprit, quand nos soldats

eurent passé le canal, de rabättre le pont de l’écluse pour ‘empêcher:

les Allemands de traverser, et cela sous la fusillade des adversaires.

Un corps d’armée ennemi fut äinsi arrêté jusqu'au lendemain.

‘Par la suite la jeune héroïne assura, seule, le ravitaillement des habitants d’Eclusier,—commune-oceupée ‘alors par l’ennemi—et qui

s'étaient refugiés dans un souterrain. Elle favorisa l'évasion‘ de

seize soldats. . .

‘€ Arrêtée et. ‘conduite devant le commandant, elle fut condamnée à mort. Comme on l’interrogeait:- elle répondit :

‘Faites de moi ce que vous voudrez. .Je suis-orpheline et n'ai ‘qu’une mère, la France. Et cela ne me dérange pas de mourir.” ‘Elle était déjà devant le peloton d'exécution, quand nos 75

ayant inondé le-village de projectiles, ses bourreaux se débandèrent, abaïtdônnant leur victime, qui put s’enfuir. :

aux mäins de. l'ennemi et fut enfermée dans l’église. asard “‘inouï la: sauva, une seconde fois: un obus perça le mur al 16 église, Y creüsant'un Jarge.trou par lequel la captive put S ‘évader pour gagner, de 1à, leg tranchées françaises. :

‘Le 13. décembre 1914, le général Baret apporta à à la vaillante'

-Françaisé, la croix de. la Légion d'honneur. Elle: regut, l’été dernier, - la croix de guerre.’ ct

Un soldat anglais que nous: ‘appellerons Billie raconte commient dans une de ses pérégrinatiôns au cours de son service, et à portée - des”obus, il se trouvà dans une chaumière où, malgré le danger -tout proche, habitaient: une vieille femme d’environ soixante ans, ses deux filles, sa bru, et un malheureux estropié. Il les salua poliment.

pendant qu’une jeune femme lui servait le thé et des tartines. ‘Que dit-il?”” demanda la vieilles

: “(Que nous sommes s braves,” 7 répondit la jeune femme sans même

lever la tête..

“Ça doit être bien dur d’ êtré obligé de tout faire soi-même,’ continua Billie, ‘‘maïs enfin, un de. CES jours, il y: aura la paix, et vos fils vous reviendront.” 7 : :

“Qu’a:t-il dit?” « ‘ °

‘Qu'un jour. y ‘aura la paix.’

Billie regarda la jeune femme. Comme elle n’était pas en | deuil, il se hasarda à lui demander. ‘Et votre mari, Madame???

‘Verdun,’ répondit-elle, en continuant sa besogne. -

“Yerdun, e ’est la couronne de la France: Ps 'empréssa . d’ ajouter la vieille.” : :

ls sont vraiment étonnants, ces paysans français, songea Billie ;

quelle. fermière anglaise aurait su trouver un mot “pareil? . Quel vustre, dans notre pays, aurait pu s'exprimer d’une manière aussi

“héroïque enfant, peu après la reprise. &'Ectusier, se signalait | .éncore: ‘en servant de guide à un groupe d'infanterie. ile rétomba

Vous’ êtes bien brave de rester ici, Madame, ”” dit-il à la vieille, :

poétique ! Puis, on lui raconta l’histoire de chaque homme de la

famille. La vieille avait trois fils, deux gendres,r sept ‘neveux et

ainsi de suite, toùs à Verdun. Elle réconta cela tranquillement, en :

© hochant la tête. ‘ ‘ ‘Vous êtes vraiment épatants, VOUS autres Français" finit par dire Billie, en toute sincérité. . : :

‘‘‘Epatants?’’ dit la viéile. ‘Que voulez-vous, Monsieur? C’est pour la France !”? , . - ‘ # *

La ‘bravoure de la femme française ne æonnait pas d’âgé, témoin - l'anecdote suivante: .

On saïît comment le commandant du fort de Troyon joua les Allemands en leur.faisant croire à l'abandon des ouvrages, et leur fit: payer cher leur illusion. $es canons et ses fusils‘en couchèrent' 7000 sur les glacis du fort. Mais on n’a pas dit comment il fut averti de l'approche des assaillants, ce qui fui permit d'organiser son stratagème. . . «

C’ est par une fillette d’une douzaine d'années ‘que la garnison du fort connut la marche des Allemands. . .

À quelque distance des ouvrages avancés se trouve une auberge ‘ont lés soldats de la garnison appréciaient fort le fin moka. Plnsieurs d’entre éux y descendaïent le matin de bonne heure pour s’approvisionner de ce ‘‘jus’’ parfumé: Un.jour, ils furent devancés : “à l'auberge par. des uhlans.” Il fallait avertir les Français. Une petite gamine s’en chargea. Grimpant les raidillons qui montent jusqu'au fort, ‘lle courut vers les soldats déjà en route pour venir déguster le café, et elle leur apprit en deux mots la nouvelle, ‘Les Français remontèrent rapidement vers le fort, et, quelques instants après, le commandant préparait aux Allemands une réception imprévue.

Il ne faudra pas oublier la petite gosseline qui : a sauvé le fort de ‘Troyon.* -

‘Et cette autre:

C? était. un dimanche matin, le 27 septembre, La petite Denise L Cartier, âgée de treize ans, qui habite à la.rue de la Manutention, près de l'avenue du Trocadéro, allait. chercher du.pain. Soudain un ‘‘Taube’” paraît, bien haut dans le ciel; l’aviateur allemand jette un obus, qui tombe tout à côté de la petite Denise: Renversée par l’explosion, la pauvre enfant est grièvement blessée à la jambe. La première parole qu’elle adressa au "gardien de la paix accouru pour la relever fut: ‘‘Surtout ne dites pas à maman que c’est grave !”?

Transportée à l'hôpital Beaujon, Denise Cartier y subit l’ampu- : tation de la jambe-droite. Son entrain et sa vaillance firent l’admiration de tout le personnel de Beaujon.. Pour donner du courage à sa

.-maman, elle trouva même la force de sourire au chirurgien qui allait : l’opérer, Dès qu'elle put s’asseoir dans son lit, Denise demanda ‘de la laine et des aïguilles pour tricoter pour les soldats.

“C'est plus utile que de courir” ou de.sauter à la corde, -dit- elle. Et puisque je t’assure que ça m'amuse autant . ..”". - -.

La maîtresse d’école de Denise est venue Tui apporter le prix de” courage, .et certes l’héroïque fillette 1” avait mérité.

* Héros, page 291.

LE SANG FRANÇAIS , 7. 171 Frane-Nohain ayaüt raconté d'histoire de- Denise Cartier aux Jectèurs de l’Echo de Paris, ‘une petite fille de douze anis a apporté à . son papa le contenu de:sa ‘tirelire en lui déclarant: ‘Tu devrais, et 7 envoyer cette pièce à Frañc-Nohaïn,.et lui demander de dire à toutes les petites filles de France de vider aussi leur tirelire dans la tirelire de Denise Cartier.” D'autres enfants suivirent son exemple et l’on -: put remettre à la mère de la. petite. Dénise une. jolie somme pour sa - - - Île: : Tr t -De quels billets touchants, avec. de grossès lettres malhabiles: sont: ‘accompagnés la plupart des envois que’ 3 ’ai reçus! écrit ‘Franc- ‘ Nohain.- Depuis. le farouche petit garçon qui ‘voudrait bien que le méchant: qui à fait du mal à, Denise soit puni,” jusqu’à la jeune ‘‘“‘arpèté”? qui ‘‘a'économisé L.fr. 15 sur les quelques sous que-lui remet chäque jour sa pauvre maman pour son déjeuner . . 2?

‘Mais je veux vous conter ce qu a imaginé l’ astucieuse Marie- Rose, pour avoir deux sous-à envoyer ä Dénise... . Elle avait une ‘dent’ qui, ‘‘remuait’’ et sa mäman lui avait promis deux sous si elle . . la faisait ‘‘sauter.”’ , . .” Sés-huit ans avaient.jusqu'ici reculé de- ,. ‘ © , +. *‘ vant le geste audacieux; mais quand. elle: a su l’histoire. de Denise ot | ‘Cartier, elle a eu hônte de’ sa faiblessé, elle à pris: sôn courage à deux Ù mains et:sa dent de lait au bout d’un fl: ‘et Marie-Rose à eu les: deux ot

sous qu’elle m’a bien vite et triomphalement. apportés NE - D RE . Toujours gaie, Denise se porte bien à l'heure qu’il est ; ellé Dourrs os

retourner à 1’ éeole avec une jambe artificielle “offerte par un 1 fabri- a.

cant. * ee —

mn . 4

/ Et comme. je dois forcément me limiter” je temhinerei par cette. 1 dernièré anecdote : on oo

Un officier français, bléssé dans les Vosgés et actuellement en”. traitenfent à l’hôpital de Clermont-Ferrand, a raconté ‘comment ïl : avait été saüvé grâce à l’héroïisme d’une. jeune fille lorraine qui, le’: CT Li | voyant tomber sous les balles, le releva et. le. conduisit dans une mai- L “ son voisine. Ellé. fut aussitôt dénoncée pér”. des. Allemands.” Des soldats prussiens.l’arrêtèrent dans la so irée + let lui firent faire plus de Lu . . douze;kilomètres à pied pour la conduire au quaitier général . ‘On - ne ‘ . le relâcha cependant quarante-huit heures plus tard.. Elle revint à o. | Badonviller, ‘Un officier français lui demända de lui indiquer : un : : | guide. ‘Je sais où ils sont, dit-elle, puisque j'arrive ‘de ‘chez eux. : Venez avec moi, je vais vous “conduire.” 7: L? officier ecepta. TP Fi

Tr TE) * } . 7.

I y ‘aurait bien 4 autres, choses . à dire sur, la femme française

: pendant la guerre. ‘Ainsi vous remarqueréz que je n’ai pas dit uë mot, pas un seul mot, des religieuses, . ‘des bonnes soeurs—comme ‘ôn les " appelle toujours en France. . Mais tout. à l'heure je n'ai rien dit non ci !

plus, ou presque rien, des prêtres. Ce n’est pas qu ’ils n’aient rien à … leur crédit, “bien au conträire, mais. pour. lès uns comme pour les

+ Héros, page 292. - n n ee Re a , . . - 7 + À Héros, page 807. ra het LS ti | - LU

autres, 2e courage et le sacrifice sont une condition de chaque jour, la guerre ést un peu plus dure pour eux, voilà tout: leur dévouement, leur intrépidité eroissent to simplement en raison directe des événements terribles Suxquels ilf Se trouvent mêlés. De fait, les prêtres | et les religieuses de Frangé pendant la présente guerre se sont acquis

une-telle renommée de”sacrifice et de bravoure à toute épreuve, —,

avant la bataille de la Somme on comptait à leur actif 1702 citations, : 136 médailles militaires, 101.croix de la Légion d'honneur, —que les. sectaires n’oseront jamais demain continuer l'oeuvre cruelle qu’ils avaient commencée au cours de ces dernières années.

Et maintenant, une fois la guerre finie, une fois les braves ‘poilus rentrés dans leurs foyers, une fois les petits ménages rétablis, lorsque les pères presseront dans leurs bras et sur leur poitrine .l’épouse chérie et les enfarits grandis, quand les mères retrouveront leurs fils, -

les frères, leurs soeurs, les flancées, leurs fiancés, qui dira la plainte .

des mères qui ne reverfont pas leurs fils, des épouses pour. qui les maris seront toujours-absents, des soeurs dont les frères auront disparu dans la tourmente, qui dira surtout la. plainte des jeunes filles qui n'auront .plus ‘de fiincés ?. Quoi qu'il en soit, il est une chose certaine, ic’est. que la douleur de ces femmes sera ‘digné, sera forte;

c’esfflu’elles accepteront leur sacrifice avec le même courage stoïque avec.lequel au jour du tocsin, en août 1914, elles envoyèrent leurs .

” hommes ausecours de la: patrie en danger.

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