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©; : LESANG FRANÇAIS . 199 triste, d’ employer des mots de douceur, de ne dire que des paroles: ; d’ espérance, en souriant, ainsi que font les grand’mamans . . .?"* CEE: - ‘ ;
“Enfin, comme le temps’ me manque pour faire la moindre péroraison. à cette -causerie, pour tout résumer ce que j’aP pu dire de la
femme française je vous lirai ce délicieux trait rapporté dans l’Al- ”
manach catholique de la Guerre pour 1916, qu ’on assure être authen-
tique. Il montre bien.que le coeur d’une mère n’est pas épuisé, vidé
par la mort de son enfant, et qu’il lui reste encore de la bonté à répandre en son nom. -
“Une pauvre veuve avait son fils unique à 1e armée ; il avait froid,
-- sans doute, et elle songea à le pourvoir. Hélas! quinze ‘francs à à peine ‘dans le tiroir. Elle n’hésite pas, elle en prélève dix, elle achète de la .
laine, elle travaille fort avant dans la nuit, puis, heureuse, son paquet bien ‘conditionné, elle s’apprête à l’ expédier.
Survient le facteur qui apporte une terrible nouvelle: son fils est
- mort! La pauvre mère s’affaisse, meurtrie de douleur, elle pleure et
prie... . À l’aube, elle était encore à genoux, la tête appuyée sur le petit paquet. . L’Angelus tinta. . . ŒElle se souvint du Consola-. teur qui 1 attendait au tabernacle et, ses plaintes cessarit, elle essuya ses yeux rougis, mit son chapeau comme chaque matin, s’enveloppa de son manteau et lentement alla vers l’église.
. Les jours passèrent désormais sur cette vie encore plus recueillie.
- Le’ petit. paquet était toujours là.
Uñ soir, cependant, la veuve sentit sa fatigue et sa faiblesse ; pour prolonger ses derniers cinq francs, elle se privait du nécessaire. Anxieuse, son regard cherchait autour d'elle, quand la vue du pétit paquet la fait tressaillir. /.. Elle hésite, ses yeux se remplissent de larmes ; d’une main mal assurée, elle saisit le blanc colis et découd
‘lentement’ 1 ’enveloppe. Puis, glissant les lainages sous'son bras, elle
sort.
Au magasin où-elle a acheté ces objets, on la connaît bien. On lui reprendra le tout; le prix qu’én lui remboursera va la sauver d’une maladie peut- être, car elle se sent bien lasse et.comprend, tant : elle souffre, qu’elle a réellement besoin, de se soigner. . |
Elle frôle les murs pour se soutenir. .. Soudäin,. une ombre passe : c’est un soldät qui se hâte, sac au dos, musette et gourde aux côtés. .. Cependant, ils "appuie. sur une cänne et semble marcher
avec peine. .. Un blessé! Il s'est battu lui aussi! .. S'il avait connu son fils? . L . —Vous partez, mon ami, 'balbutia-t- ellef v ‘
.—QOui. On va prendre le train.
: —Vous retournez" là-bas?
—-Je vous croie. . .”Et-l’on démolira quelques Boches! *-Henri de Forge: Ah! la belle France; Paris, p. 154. ‘
1, ce ue = : ‘
200 È . LE SANG FRANÇAIS ° —Vous êtes bien guéri, au moins? ; ‘ —Faitement. Encore un peu de réidèur dans la jambe, mais le major dit que ça passera avec lé mouvejiënt.
—Et vous avez tout ce qu'il vous fau} | | —Hu On n'est pas-riche; mais poux. lé moment ça va. 5 —Avez-Vous- -peñsé- qu "il ferait froit? à i IL ne faut pas que vous
ayez froid: .. Tenez. .. prenez . .…, "n: ayez pas honte. . .- Et elle .:
passait sous ‘le bras du. fantassin: chandail, chaussettes, “eache-nez.
: C'était pour mon fils. . . Mais lui n’en a plus besoin. .. D. est au repos, au grand repos. . . Vous comprenez? .. : et je serai consolée si un brave soldat avait chaud à à cause de lui . e: . mo
Tout ému, l'homme portait la main à son képi: »
—Oh! madame, je veux bien au nom de votre fils. C’est.un héros,
ne pleurez pas! Voulez- -vous me dire votre nom, pour: que jamais je n'oublie . :.. "A
Dans un spasme, elle se redressa : Da :
—Mon nom? ... une maman de Franeel .s .7’#
* Coubé, p. 251.
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