LA PATRIE CANADIENNE
Monsieur le Président, t Monsieur Je Jagët Monsieur le Supérieur,$
“Mesdames, Messieurs. . . = TT 4 “La. patrie, est Je lieu - .
Où l’on aima sa mère, où l’Oh connut son Dieu; Love
. Où naissent les enfants dans la chaste demeure, - Où sont tous les tombgaux des êtres que l’on. pleure. - En vain l’on nous condamne à n’y plus revenir, Notre pieux instinct l’habite en souvenir: . : Le Nous l’aimons.malgré tout, même injuste et éruelle, pm . Et pour ce noble amour il n’est point d’infidèle: | La haïr dans l'exil, c’est l'impossible effort; Proserits, nous revenons ‘lui demander la mort, - + Æt nous mourons joyeux, si l’ingrate contrée” Daigne garder nos os dans la terre sacréel.
c est en ces quelques vers qu une aimable Hoétesse française, Delphine. Gay, décrit: la patrie et l'amour qu’elle inspire: amour qui résume les plus généreux sentiments du coeur humain, qui représente le passé, le présent et l’avenir, toutes les affections, tous les intérêts,
tous les devoirs, qui doit survivre à la vie même. ; Victor Hugo, au lendemain de Sedan, dans une poésie où, cro-
yant encore à la noblesse et à la bonne foi de l’Allemiägne, il consac:" ‘rait. à celle-ci de nombreux vers pour chanter ses mérites et ses,
vertus, dans l'espoir de toucher son coeur, terminant par une invocation à le France, sa patrie, se contentait de ces trois mots: ‘‘O ma mère.”
… C'est qu’en effet le patriotisme ressemble à à la piété fliale. ‘Commie :
celle-ci il est inné dans nos coeurs: il s’impose comme un devoir à notre conscience, devoir de reconnaissance, partant, de Justice et de charité. : .
La patrie est la source d une infinité de biens. n n’est pas dans la nature de l’homme de “vivre: isolé: il prend une comipagne .et, à eux deux, ils forment une famille. Mais la famille, à son tour, trouve le besoin de s’unir à d’autres familles ‘pour subsister au milieu des
difficultés de la vie, et se défendre ‘contre les hostilités de la nature. : L'union , des familles forme’ la patrie. - Celle-ci n’est done que la. famille agrandie en une société, non pas vague et abstraite, mais”
concrète et détérminée. . . æ. ue
. Conférence de clôture donnée. au Club Le Canada, le 28 avril 1918. ‘ Dr. Léon Benoit. 1 L'honorable juge James E. Prendergast. . , SM. l'abbé À. Sabourin, Supérieur du Petit Séminaire %, St. Boniface.
CS
* Elle peut descendre d’une souche unique, tel Israël, qui reconnaît Abraham pour son père, ou d’une race primitive dont 1’ origine se perd dans la nuit des temps. : Dans la plupart des cas, ellé provient de plusieurs races mêlées ensemble par une vie commune de plusieurs siècles et formant ce qu’on appelle un amalgame ethnique, ou plus simplement une race unifiée. Plus un peuple est: unifié, plus chez. lui.le sentiment du patriotisme est développé. ‘
Prenons pour exemple le peuple français dont, en ce ‘pays, nous sommes une branche. De tous les peuples européens, c'est probablement le plus unifié au point de vue national: la vaillance de ses troupes, le calme de ses populations pendant la guerré,. ce qu ‘on à
l'habitude d’appeler l*‘‘Union sacrée,’ l'ont bien montré. ; Or la race française est loin d’être une race pure: elle est le résultat d’une unification. Le type qu’elle présente a mis plusieurs siècles pour se former: ‘les éléments gaulois, romains, francs, celtes et quelques. autres s’y sont entièrement et harmonieusèment fondus. IL s'est graduellement- défini et est aujourd’hui aussi distinet du type germanique, dont il provient surtout, que du type espagnol et du type slave,
avec lesquels il a très peu de points de ressemblance ou d affinité.
C'est parce que cétte multitude‘ de peuples’ différents se sont trouvés unis par des intérêts généraux communs, que, pendant des siècles, ils ont vécu. la même vie, soutenu les mêmes droits, partagé les mêmes joies ‘et les mêmes douleurs, rêvé les mêmes, rêvés, lutté pour le même idéal, fabriqué la’ “même “histoire, tissé la même gloire avec les mêmes rayons, que peu à peu ils se sont fait une même cons- : cience, une même personnalité nationale, en un mot une même-patrie.*
De même pour la langue. Longtemps, dans les limites de ce qui forme maintenant la France, 6n lisait ou on écrivait, et aujourd'hui encore, on parle breton, bas-normand, flamand, auvergnat, italien, catalan et une foule de dialectes. C’est que jadis, alors que le pays était divisé en provinces, il y avait un territoire, un parlement pour chaque: parler, et chaque petit. peuple jouissait d’une sorte d’autonomie et voyait plus spécialement à à défendre ses intérêts particuliers. ! ! Le jour est venu où ces provinces ont jugé que leurs intérêts étaient:
comuns : les frontières ont été effacées, une nation compacte a pris sa place dans le monde. C’est l’oeuvre di. grand Cardinal Richelieu qui sut réunir, comme en un faisceau, les nombreuses racés étrangères habitant ‘les. domaines de son roi, en personnifier. les. qualités latentes et en mesurer la valeur et les besoins pour les faire servir à un but commun : l'âme française, d’ où plus tard’ devait sortir la patrie française.
Mais bien que le pays ait été divisé de façon arbitraire. les intérêts ont continué à rester groupés et se’ traduisent encore parles dénominations d’antan, Bretagne, ‘Normandie, Flandres, etc. et il
‘ n’est pas rare que les intérêts, ainsi que les sentiments intimes de'ces - : diverses parties du: pays, se trouvent à être plus ou moins'en conflit :
* L'abbé S. Coubé: Le patriotisme de la femme française, ‘
CT
une mesure prise pour favoriser Marseille, par exemple, peut être pré-
judiciable à Lille ou à Bordeaux. Tout en ayant à coeur l'avantage de la patrie commune, chaque groupe combat pour ses intérêts parti. culiers. Et bien qué le français soit la langue universellement parlée, universellement écrite, uhiversellement comprise dans le pays, les dialectes .continuent à exister; c’est précisément eux qui, depuis la suppression des frontières | des anciennes provinces, représentent, en les groupant, les téndancés et les besoins. C’est que les dialectes demeurent la langue de la famille, du térroir: le français correspond . à l'idée de là grande et'glorieuse patrie faite du sang des Proven- Caux, des Languedociens, des Flamands, des Normands, ete, mais : ceux-ci ne sont pas moins bons Français parce qu'ils continuent, à converser en leur dialecte, dernier et principal vestige @ nalités respectives, très” ‘souvent. éloignées les unes des ‘autres par les intérêts, le caractère et la’ vie privée et que l'Etat à ancas, S, en cela ressemblant à tout autre Etat, a parfoïs le tort de mépKise\ de façon trop äbsolue dans- l'adoption des mésures. générales or mi” douanières et fiscales, ayant pour fin évidente l’ assimilation tt © Laïissons aux Teutons .ces théories barbares de l'assimilation des peuples, dit J. de Morgan, dans son savant essai sur les nationalités où je puise ces détails ; on sait quels résultats ont été obtenus par ‘ cette cruelle méthode en Pologne, en Lorraine, en Alsace. Respectons les idées, les croyances et le parler. de chacun : les Basqués, les Gascons, les ‘Picards, les Bretons ne seront pas moins bons Français paree qu’on respectera . leürs vieux : :souvenirs, le parler qu'ils chérissent : depuis leur enfance! 7?
La patrie, on a pu le voir par ce qui précède, n’est, donc constituée, exclusivement ni par l” unité de race, nil par l'unité de langue, bien qu’à mesure que l'unification se perfectionne l'une et l’ autre exercent
‘une influence considérable sur les caractères originaux d’une nation.
- ‘*Ce- qui fait la patrie, dit Larousse, c’est une âme, c’est-à-dire une
LS
: : sensibilité, une intelligence et une. ‘volonté à la fois. Si la’ patrie,
SUppose le souvenir du passé dans ses gloires et dans ses déboires, Ja représentation de la solidarité. présente des.intérêts, fe n'exige pas moins une tendance commune vers la réalisation d un certain idéal, l'accord des volontés dans l'effort libre.” -
7. Ce qui est vrai de Ja France l’est aussi des autres nations, et. ‘l'Angleterre moderne,’ par exemple, dit Jean Lionnet, ‘serait bien aveugle si‘elle ne reconniaissäit point ce que lui. ont particulièrement apporté les Normands. À un ‘Anglais, ‘comme il s’en trouve parfois, : ‘qui semblerait se-eroire d'essence supérieure, un Canadien-français, . descéndañt des Normands, pourrait dire avec raison: ‘‘Ne le prenez, pas de si haut. Nous vous avons donné. la Grande Charte ‘et nous . vous'avons appris la mer. Sans nous, vous ne seriez peut-être pas ici.’”
: Certains. Anglo-cariadiens comprenñent si bien cela que l'an d eux, ancien ministre, l’hoù. M: Duffy, disait un jour dans’un dis- ‘cours prononcé en ‘France: “Nous rie pouvons oublier que l’Angle-
terre est issue d”° un double sang : c'est l’alliance du Saxon et du Nor-? eo : + .…} 5
er de
204 : 2 LE SANG FRANÇAIS ce . mand qui a formé la puifsante nation aügläise. ‘Nous vous devons plus que l'existence ‘physique : ce sont vos pères ‘qui ont acquis sur. la féodalité toute puissante les premiers germes de la liberté poli. “tique.” ot OT . : ".
; - ° An + Da To
“j'a ai entendu, l’autre. jour, un Canadien françèi de. més meil- ue leurs amis prononcer une parole qui m'a fait une impressi excessive- | : . ment pénible, et c’est d’ailleurs, je vous l’avoue, :la.rxisqn * - Ji raison unique de cette petité causerie sur “La Patti Céna jen "En petit comité, à la table de famille du Club,: ‘ous discutiôns le . principe de la participation du ‘Canada à la guerre actuelle : loiquns étaient pour, les autres contre: de bord et d’autre, les raisons etiles motifs abondaient. Tout à coup l'argument suivant sortit de ‘a -
:__ bouche de cet ami: .“‘Quelintérêt voulez-vous que le Canadien-frah-
çais ait à prendre part à-cette guerre? Le Français, l'Italien, 1 ’At-, ‘ glais, l'Américain, le Canadien-anglais mêmé, défendent leur patrié, CE le Canadien-français est chez les autres, il n’a point de patrie.’ D. Et : c’est cela qui me fit mal. -. 1. - .. à ‘La patrie, a dit Emile Souvestre, .g'est.Je morceau du monde où Dieu a attaché notre corps et notre me. La. patrie pour le Cayadien-français,-c'est le Canada, ce pays que ses ancêtres oht découvért, qu’ils ont évangélisé et dont ils ont- cultivé le sol, non seulement dans, les limites de la Province de Québec, où quelques Anglo- saxons. Ts l'âme teutonne voudraient le parquer, mais dans celles du. paÿsétout ? entier,. depuis-la frontière des Etats-Unis jusqu 'auÿ tpôtex Nord ët de’. l'océan Atlantique au Paéifique. De ce mägnifique!Héritäge Île. Jlék droit de défier qui que ce soit, vainqueur où simplement immigrénts de le spolier .en. tout ou en partie. ‘ “C’est que, comme le dit si bien le Chänoïine Coubé, si Les. tradi- ‘ tions historiques d’un peuple sont l’âme de la patrie, la terre qui le porte en est le corps. Et c’est de.l’adaptation harmonieuse. de çe corps et de cette âme que dépend leur prospérité commune.” ‘Et il: continue (voyez comme ses paroles ont leur application parfaite pour le Canadien-français) : ‘“Le sol est donc un élément essentiel de la patrie. Il exerce une influence profonde sur ses destinées. Non seule-
Ta
- ment il nourrit ses habitants, mais il embellit leur vie par ses impéris- *
sables richesses et l’enchante par ses beautés. La race épouse le sol,
et leur fécondité réciproque -découle. de cette union.’ Né trouvez- -vous pas que le Chanoïine Coubé en. écrivant ces.dernières paroles avait dans son esprit la patrie canadienne-française? Car où trouver un sol plus fécond que le sol canadien? Où trouver une race plus prolifique que la race canadienne-française ? La revanche des bérceaux! ‘Un sol riche et” plantureux, c’est toujours :le Chanoine =" Coubé qui parle, offre au peuple qui T occupe des ressources pour. se! développer et des armes pour se défendre.. On dirait même qu’il .. s’assimile son âme. L'esprit français est lumineux comme un côteau ensoleillé de la Loire, et la. métaphysique allemande marécageuse
a.cette description idéale de la. patrie 2) Lesol de la’patrie, c’est.
.notre. domaine inaliénable et:sacré.. (Qu'on essaie donc: de nous ou ‘". chasser d’où nous nous sommes implantés “eu dehors de Québer, qu'on
.véuille done nous traiter-‘en parias, et l’on verra bien si le sang des.
‘pour réclamer nos.droits à la patrie canadienne tout entière!). C'est. Ë * l'héritage que nous ont légué'nos aïeux. à charge de le transmettre’ * €
‘ qu’ellés ne se -gênassent aucunément, plusieurs des-nations d'Europe? ‘.Sæ fécondité est impérissable : les céréales, les fruits, : les métaux ee - jaillissent païtout de son sein et les éhûtes d’eau de ses rivières, non ‘
LE SANG FRANÇAIS! et ‘205:
comme la. vieillé forêt héreyhienne. 7. Et j sujoute, ‘let l'âme cana- | dienne est immense comme les lacs, ‘les fléuves, les forêts etles montagnes de son pays.”’ : La race à son tour imprime.au, sol son cachet :,
.et”sa physionomie par la culture qu’elle lui donne. .* (Oh! les .
fermes sur les rangs de la Proyince.de- Québec) —les villes qu’elle 7.
- élève. . (Oh! cette bonne. ville de Québec où l’on retrouve. la vieille ”
et douce France). . : Sans elle, il.ne serait- qu'un désert‘où une forêt vierge. . : (N lost. -ce. pas 1à Je Carada,. peint d’ après nature?) ..… Elle l’embellit par son labeur.‘ ‘Elle le consacre par ses sueurs et ses larmes, par'les cendres de.ses pères qu’elle lui confie, paï les
berceaux dont elle,-le fleurit, par les murmures de, son âme qu ‘elle à
mêle aux murmures dela. forêt. …. (à vous, -ami,.qui- ‘avez osé dire . L que le .Canadien-français n’a pas ‘dé patrié;” qu’il est. chez les autres, ne voyez-VOuS pas que vous avez, prononcé-une parole sacrilège, .et *
u’au contraire le pays que vous. häbitez répond plus que tout autre
ancêtres qui ont. pu foudér-la patrie française” ne se réveillera pas … -
iégralement à. nos descendants. . . (Oui, : que nos fils veuillent : - Ta ‘établir dans l'Ouest, dans “Ontario 1 même, nous défions qui que ce Soit de les'en empêcher. . ..- Nous avons le droit de'le clôturer, “‘..
. d’en armer les frontières et d’en-fermer les portes. C’est, avec notre, ‘ a “honneur, notre‘bien suprême ici-bäs, notre droit primordial. “celui: ‘ . - - que nous devons défendre à tout prix. * Je reviendrai: tout à- “l'heure ect
sur ce pointqui, dans les eirconstañces, prime tous les autres. - es Fou
”, Done, une ‘patrie est. d’ autant plus parfaite: qu’en dehors d’ unè ee
histoire. splendidé, elle ‘a une térre- plus opulente. Or,.je: vous lé... demande encore,;:où trouver ailleurs qu’au Canada, nn pays qui, sous : Lo n.
» cet. aspect, réalise mieux-dans-sa plénitude, le type ‘de la patrie.
-Sa.terre est ‘royalement parée: Qui de vous n'a admiré, dans . un voyage vers l’ Ouest; la robe d’or:de ses. -moissons;: et. dans üu
‘voyage vers. L'Est; le manteau d'émeraude de. ses forêts? Que dire ‘ - : ‘ ?:
de ses montagnes!, suivant. l’image: biblique, bondissant comme dès ‘.,: * | troupeaux" sous ‘leur toison de neige? De ses vallées de dimensions . si énormes qu’on y pourrait placer, les unes à côté des dutrés, sans
seülement fournissent aux regards un spectacle merveilleux, mais se" : peuvent utiliser en force motrice de millions de chevaux-vapeur. ° : ‘ “Oh! qu’il avait raison ée grand. Canadien-français qui, lui, ero-' svait à sa patrie, Sir. Georges Etiérine-Cartier, de s ’écriér r . -Oh! :mon. pays! de la nature - ie x.
. Vraiment tu fus l'enfant chéril . ui
Et puisque j'ainommé cé vrai patriote, permetter-moi, en passant, de citer une autre de-ses paroles, plus pratique celle-là et qui trouve ‘son application surtout'en ce moment:
‘“La. population, dit-il, ne suffit pas à constituer une nationalité, il lui faut encore l’élémeni“territorial. La race, la langue, l’éducation et les.moeurs forment ce que j ‘appelle run élément personnel national, mais cet.élément devra périr d'il n’est accompagné de l’élément territorial. L'expérience démontre que, pour le maintien et la permanence de toute nationalité, il faut l’ union intime et indissoluble de l'individu avec le sol.
{Canadiens- français, n'oublions pas que s si nous voulons assurer notre existence. nationale, il faut que chacun de-nous fasse tout en son pouvoir pour conserver son patrimoine territorial. Celui qui n’en a point doit employer le fruit de son travail à l’acquisition de notre sol, si minime qu’elle soit. Car il faut laisser à nos enfants, non seulement le sang et la langue de nos" ancêtres, mais encore la. propriété du sol.””
Bon conseil que nous ne saurions trop suivre. Que notre mot d’ordre continue done à être, ‘‘Emparons-nous du sol.*!| C'est: le meilleur moyen à employer pour répondre avec efficacité au menaces
ridicules d’anéantissement que nous fait cette société idiote. qui a nom: l’Orangisme. N
Sir Wilfrid Laurier est aussi de ceux qui croient à la patrie cahadienne. Dès 1889, il disait : ‘Notre patrie, c’est le Canada, c’est tout, ce que couvre le drapeau britannique sur le continent américain, les : terres fertiles qui bordent la baie Fundy, la vallée du Saint- Laurent, ‘la région des grands lacs, -les prairies de l’Ouest, les. montagnes Rocheuses, les terres que aigne cet océan célèbre où les brises sont aussi douces que les brises de la Méditerranée. ’” gscomme pour. rendre plus parfaite la comparaison ‘avec la patrie française, dont je vous fournissais certains détails précis tout à l’heure, il. ajoutait: ‘Nos compatriotés ne sont pas’ seulement ceux dans les veines de qui coule sang de la France” ce sont: tops ceux, quelle que soit leur race; ou leur langue, que le sort de la” uerre, les accidents de la fortune ou leur propre choix ont“amenés' parmi nous et qui reconnaissent la suzeraïneté de la couronne britannique. Quant à moi, je le proclame hautement, voilà mes compatriotes.’ Ce qui ne l’empêchait pas d'ajouter aussitôt: ‘Mais entre tous mes compatriotes, la première ne dans mon coeur est pour ceux dans les veines de qui coule le : Sang de mes propres veines . . . et ce que je réclame pour nous, c’est “une part égale de soleil, de justice et de liberté.’ Ne vous semble-t-il pas entendre un Talhouët ou un Kersalaun, demandant à Louis XVI le rétablissement des tribunaux de Bretagne et s’écriant: ‘‘Cette © terre déplorable, battue par tant de fiéaux, elle vous appartient, Sire; "ces péuples, assiégés par tant d infortunes, ce sont les vôtres! Et poûr combler nos calamités, des troupes,avancent encore vers la province . .. que veulent ces soldats ? Nous donner des chaînes!" $ire,
- des despotes veulent régner sur des esclaves; maïs un. Roi de France
ra
ne | voudra jamais pour sujets que des hommes-libres. Or: quoique
: Français, nous sommes, avant tout. Bretons !’’". Dans les deux ce même attachement à la patrie commune, même volonté de’ conserver, * cependant, sa nationalité particulière !
Et-ceci m’amène à vous parlér, au point de vue canadien, de 1 ani- . fication des nationalités dont je vous ai touèhé un mot tout à l'heure :
‘à propos de la France. Dans le cas de celle-ci, nous l’avons vu, ée fut Richelieu qui, sous Louis XIII, créa l’âme française : je ne dis pàs
- Ja patrie française; car réellement celle-ci n’exista qu'après la chute : du régime monarchique et l’adoption du système républicain ou. . démocratique, c’est-à-dire le gouvernement “du peuple par le. peuple |
pour le peuple, au lieu du gouvernement du peuple par le roi pour le roi. Done, sans l’esprit eréateur du grand cardinal, il n’y aurait pas’ eu d’âme française et, partant, pas de patrie française : car. dans la naissance de l’une on trouve lés éléments de l’autre, .et le ministre, évêque fut après tout le précurseur de la patrie française actuelle,
perfectionnée. De même il n’y aurait pas encore d'Allemagne si Bis-
mark, deux ou trois siècles plus tard, n avait pas, de sa maïrr de fer, . conduit les destinées de la Prusse de 1860 à 1870, C’ est dire qu'un peüple surgit seulement lorsqu'un homme de génie vient ‘‘en person: -nifier les qualités latentes et en mesurer la valeur.et les besoins.’ Ceci s’est produit au Canada, il y a-eu l’année dernière un demisiècle. ÆEn 1867, en dehors des Provinées Maritimes et de l’Oxiest, le Canada était formé ‘de deux provinces, le Haut-Canada: et: le Bas-
Canada. Le Haut-Canada, peuplé de loyalistés ‘anglais, - ambitieux .
mais : anémiés, ‘le Bas- Canada, dont les habitants étaient’ vigoureux, . mais livrés à à une bureaucratie impuissante. Ni l’une ni l’autre province, seule, n’était prête à prendre sa place dans le, monde ‘comme nation. La’ pobulation du Haut-Canada était aussi ‘enfant ‘dans ses
caprices d’ agressions. fanatiques que l'était la épulation de: Québec : \ dans |’ inexpérience de la lutte parlementaire etimême de la vie pu-"
“blique... L'Anglaïis, qui a grandi dans son île.ave l'horreur de toute entrave ,;—n’a-t-il pas détruit de lui‘même |” autori é de son roi et céle du Pape î—ne comprenait pas qf'il pût,y:avoir, à côtésde lui, dans ce
qui était alors l’Union; des citoyens assez réactionnais er permet-
tre un ‘gouvernement de bureaucrates et une directiô religieuse.“
Il se trouva un homme de génie; -non seulement. pour améher les .
‘populations de ces deux provinces ‘&.s’entendre, mais, pour décider les Provinces maritimes et, plus tard, l'Ouest canadien, à former une Confédération, que j ’appellerai, colossale, non seulement à cause des
éléments disparates qui la composaient, mais surtout à cause de l'im- ‘mensité du territoire ‘qu’ élle‘embrassait. Et cet homme, qui, d’un .
seul coup, créa ce qu’il est bien permis d'appeler la patrie ‘eanadienne telle qu’elle existe ençore, de - .nos jours et’telle qu'il faut espérer
elle continuera à exister jusqu’à la fin des temps, ce fut un des nôtres,”
Mesdames et Messieurs, un a Canadien-français : Sir Georges Etienne- Cartier. .
* Centenaire de Cartier.
Je
et
LÉ
Eee
: : "208 ,"". {LR SANG-FRÂNÇAIS Te m7, C. k Qui donc ose dire qué: Je Cantdïén-français n’a pas. de patrie,
. alors que c’est à un Ganadïen-français que Ja patrie canadienne. doit
© ‘ ! son existence? Oui, ces nouveaux arrivés-en Canada; avec le carac-
+ . tère dominant de leur race, mais privés: dés lumières qui distinguent. :
s si remarquablement les classes dirigeantés, de: La’ ‘Grande. Bretagne, ‘ ces immigrants peu instruits. ét, 'par’ conséquent, peu. et état de raisonner, qui avaient Conçü d invineibles préjugés - -contré” tous ceu
5 . qui ne leur resseñblaient pas, ces gens ‘sincères mais mal impre
| . sionnés sur la nature dè [4 population. .du’ Bas:Canada ; d autre pari, ces braves et laborieux habitants des rives du. Saint-Laurent ; "ces, pêcheurs hardis -des: côtes dé l'Atlantique; ces' chasseurs intrépides ue
- des plaines de l'Ouest ‘et ces. facteurs indolents de ‘Ta Colombie An : glaise, c'e st à un des nôtres, à un Çanadien-français à l'âme imiiensé;
. comme la”nature de son pays qu’ils doivent la fondation -d’unë nou- , velle race qui sait déjà faire honneur aux obligations du gYorieux 7 régime parlementaire, et par conséquent, aux devgirs qu impose l'honneur de la patrie.
C'est Cartier qui a réveillé ses compatriotes de nationalité fran-
caise, qui a frappé leurs esprits’ par les vigoureuses leçons de choses
qu'il leur donnait et leur a fait comprendre avec force comment l’ini- CR tiative”’individuelle est la base de toute saine liberté, c’est lui qui leur
a fait voir le bon qu’il y a dans l’ ifdépendance de caractère que les
Hauts-Canadiens possédaient par instinct, sans cependant imiter ceux-
ei dans leur exagfration les‘portant à à traiter, presque avec mépris,
tout ce qui ne portait pas la marque anglaise. De leur’côté;-les Basarr =. + Canadiens, se trouvant pourvus de certains principes de déférence et.
LR | . néanmoins de sentiments de résistance, au contact l’une de-l’autre,
L ce Jes deux races.ne pouvaient manquer de donner-naissance'à des qua- -
« lités Spéciales et portant un cachet tout particulier qu on ne trouve” ‘ ” nulle part ailleurs qu’au Canada.*
Sans doute legennuis, les tracasseries, surtout celles de langue et”
, dé religion, existent, .et c'est une lutte éonstante du plus faible contre
le plus fort, du moins nombreux;.contre le plus nombreux; lutte que
l'on trouve ‘chez tous les peuples, même les plus parfäitement unifiés ;'
“, lutte qui fortifie les volontés, qui est cause justement que l’ assimila-
* * tion devient une chose iapossible,. et que chaque nationalité garde
. ses caractéristiques respectivés. Car l’origine du christianisme qui,
4 * malgré les persécutions de plusieurs siècles, vivant d’abord dans les
« -enfrailles du sol, a fini par conquérir le monde est bien la meilléüre
| preuve que lorsqu’ une majorité puissante est assez peu inteläg
: “ poür vouloir faire usage de sa force afin de détruire une mi ori
qui la brave, elle fournit au contraire à ‘celle-ci l'arme même qu'it ui
faut pour se défendre, et le moyen dont elle 8 besoin pour se cram-
…. ponner à l’existence. N'est-il pas. évident que la nationalité cana-
: dienne-française ny jamais été: aussi vivace qu’en ces dernières
‘ années précisément parce que, d’un bout à l’autre du pays, les persécutions ont été plus barbares et plus nombreuses ?
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+ Centenaire de Cartier. : -
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ÎLE SANG FRANÇAIS 209 ‘À ce péopps, “Jaissez-moi comparer un moment la situation des °
“Canadiens Français. à, celle d’un. peuple dont on entend souvent par-
‘ler, fais, doût, quelques-uns peut-être parmi vous ne connaissent que
, peu de chose: je veux parler des Arméniens. Dès le début, laïssez- ©
nu moi Vous dire que-les persécutions que nous, Canadiens-français, avons :
“à subir en ce pays de la par d’ une majorité d'autant plus inexcusable
‘qu elle. prétend posséder la’ plus. grande somme de civilisation, sont
A cominé de l’eau de”rose comparées à celles que subissent :les Armé- . Le depuis des siècles, de la part de ces alliés d'Allemagne auxquels ‘© ; … on dénne- le nom de Turcs. Voyez plutôt. 7e.