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* Cruautés allemandes, p. 1€ e ; t Géhtenaire de Cartier.
s. : LE SANG FRANÇAIS 223
ter ré-mère, la terre nourrieière, l'Allemand dit ‘‘Vaterland, ’’ la terrepère, la terre nourricière aussi, mais dans un ordre d idées différent. Chez l'Anglais, il y a de la tendresse, de la suavité,. de la douceur, chez l'Allemand, il n’est question que de force, de vigueur, de rudesse même ; chez le Français, il y a un heuêeux mélange des deux. Oh! on à bien raison de dire que, des langues modernes, le français est la plus parfaite! Le mot ‘‘patrie‘ en ëst probablement le meilleur exemple.
Avant Rome, en Grèce le culte de la patrie était en très grand
- honneur. Lorsqne Périclès, qui ‘a donné son nom à un siècle tout
-cntier. prononca l'éloge funèbre des défenseurs d'Athènes, il s’écria: ‘La Grèce a perdu son printemps.”’ Et Démosthène, le précurseur de tous les. grands orateurs- de tous les temps, lorsqu'il veut donner à son. éloquence toute la majesté nécessaire, ne trouve rien‘de mieux
d'i invoquer les héros de Marathon et de Salamine, Et si l’on
revient à Rome, on trétrve une parole de poëte païen à laquelle dans
la suite\le Christianisme a fait mainte et mainté fois un glorieux écho, celle d'Horace qui proclamait qu'il est noble et doux de mourir pour la/patrie : ‘‘dule et decorum est pro patria mori.*
Et tout ceci signifie: que le fait d’avoir une patrie présume des devoirs à son égard, y compris celui.de verser son sang s’il est nécessaire. Sur ce point, le Canadien-français a prouvé à l’occasion que personne n'avait besoin de lui donner l’exemple et de lui indiquer.le chemin. Il a défendu sa patrie contre l’Indien sur lequel il avait, de fait, à la conquérir. Plus tard, il l’a défendue avec ténacité contre Jes Anglais, et il n’est pas de plus merveilleux fastes d’histoire, il me semble, que la mort de Montcalm à la bataille des plaines d'Abraham,
et le sacrifice du chevalier de Lévis se croyant obligé "de livrer un:
dernier &ombat alors que tout était évidemment perdu for l’honneur. En 1775, lors de l'établissement de la République américaine, en 1812, contre cette nouvelle nation ‘indépendarite, if a su, en temps et lieu, prendre les armes et s’en servir avec honneur. Le fait que souvent avee une poignée d’hommes seulement, il a su remporter des victoires
s décisives démontre bien qu'il a de tout temps compris que le pays qu'il habite mérite le noble titre de patrie!
Et dans la guerre actuelle, qui n’est rien autre qu’une lutte "décisive contre deux civilisations, pour mettre les choses au point le plus. acceptable de tous, qui donc oserait dire que le Canadien-franais, bien que rien ne l’avait habitué à saisir. l'importance des immenses questions auxquelles il s'agissait de-—trouver ‘une solution rationnelle et raisonnable, ne s’offrit pas dès la première heure pour aller défendre stir les champs de bataille d'Europe les droits à la fois de la France, sa grand-mère, comme l’appelle le poète, et de l’Angleterre, sa mère adoptive? Quelle autre nation au monde, dans les mêmes conditions, ‘a fait autant dès les débuts et depuis lors que la nation canadienne-française? A-t-on vu les habitants des Etats-Unis, dont un grand nombre, la majorité sans doute, du moins dans cer-
* Coubé.
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taines parties du pays, sont des descendants de colons venus des Iles ‘ Britanniques, s’enrôler dès les premiers jours et même jusqu’à te que la conseription les forçât à endosser l’habit militaire, pour voler au secours de l'Angleterre, leur grand-rnère, pour employer toujours l’expression que je trouve très juste du poète? Et pourtant leur. établissement sur le continent américain était plus récent que Celui des Canadiens-français: l’affinité de race, par conséquent, devait réveiller chez eux des’sentiments de patriotisme et de dévouement désintéressés plus forts que chez le Canadien-français dont la séparation de la France datait depuis plus longtemps. Mais le Canadienfrançais est trop généreux pour tant calculer: son coeur suffit à la guider qüant il s’agit de bien faire.
Et c’est ainsi que des milliers de Canadiens-français dans tous - les corps de l’armée canadienne, les uns ayant conservé leur identité, en se groupant par régiments, bataillons on compagnies, les autres ‘à, la perdant en. prenant tout simplement place à côté de leurs compatriotes d'autres races et d’autres nationalités, sont allés grossir les . rangs des braves soldats qui, sur le sol d'Europe, opposent la muraille,g. de leurs corps à l’avance de la horde la plus hideusement barbare” qui ait jamais dévasté le monde. C’est ainsi que ceux de nos frères qui ont pris les armes et se sont déclarés prêts à faire lé sacrifice de leur vie pour: que la cause des alliés l’emporte ont montré qu’ils comprenaient que leur patrie pouvait être en danger sans que ses côtes fussent bombardées et sans que l'ennemi fût à ses portes ou eût envahi son territoire. . ‘ k.# *
À l’époque que traverse le monde aujourd’hui, tout est de plus en plus immense, de plus en plus incommensurable; chaque nation se trouve si directement intéressée par ce qui se passe chez les autres, qu'il lui est impossible de rester inactive lorsqü'’une question d'ordre . primordial se débat chez celle-ci, à plus forte raison lorsqu'il s’agit
de principes d'intérêt mondial tels que le remplacement de l’influence universelle d’uné ivilisation par une autre, comme c’est précisément le cas dans la lutte actuelle. ,
Et pour mieux faire saisir ma pensée, qu'il me suffise de rappeler iei ce que je disais tout à l’heure des massacres systématiques ‘organisés par les Turcs pour détruire les Arméniens, ou de vous demander te que vous penseriez d'une invasion venant de Chine avec le résultat
ultime que petit à petit les coutumes surannées de ces peuples possé-
S. dant une civilisation excessive devraient, par la loi du plus fort,
s remplacer nos usages actuels, jusqu’à nous faire manger notre riz
avee des bâtons au lieu de fourchettes et nous éponger le visage d’eau bouillante avant chaque repas; sans parler de l'obligation dans laquelle nous serions sans doute bientôt d’adorer des dragons et des idoles épanouies à gros ventre. \ |
. Sans doute si l'Allemagne remportait la victoire dans la lutte actuelle, les choses n’en seraient pas à ce point: il n’en est pas moins vrai que l’influence sous laquelle nous nous mouvons changerait,
ne e
alors que, au lieu de continuer à nous anglo-saxoniser, —héläs ! oui— lentement, très lentement même, si neus considérons les résultats presque nuls du dernier siècle ét denti . . . car nous avons bien con-
servé l’éssentiel du caractère français , . , nous nous germaniserions |
sans pouvoir probablement, si nous en jugeons par la Lorraine et l'Alsace, nous maintenir ouvertement dans la tradition, non seulement de la patrie française, mais bientôt même de la patrie canadienne.
.. Oril y a dans le glorieux passé de celle-ci qui s'étend de 1534 jusqu’à nos joùrs une poésie qui vaut la peine d'être conservée, parce qu'elle est de nature à fortifier chez nous le sentiment patriotique. Il y a, dans la lutte qu'ont faite nos ancêtres venns de France ou nés en ce pays, assez de belles et héroïques actions pour qu'elles nous inspirent le courage nécessaire à atteindre le but que ces hommes se sont constamment "proposé: l'établissement d'une branche ‘de la grande famille française dans le Nouveau Monde. Malgré les persécutiohs auxquelles ils ont été et nous sommes nous-mêmes en butte, si nous comparons les moyens dont se sert l'Anglo-savon à ceux dont se sert l'Allemand on découvre sans peine que celui-là est encore préférable à celui-ci et il est tout naturel que de deux maux nous choisissions le moindre.
Songeant à nos vaillants ancêtres: Jacques (‘artier à Gaspé, à Stadacona et au Mont-Royal; Champlain à Québec et &ur les rives des Grands Lacs : Laviolette aux Trois-Rivières # Maisonneuve à Montréal : Marquette, La Salle, de La Vérendrye dans leurs courses étonnantes: Dôllard au Long Sault; Brébeuf et Lallemant versant leur sang pour l'amour de l'Evangile; plus tard ‘à la, rencontre ennemie des deux races, Montcalm et Wolfe, mourant tous deux sur les hauteurs de Québec au service de leur patrie respective; Lévis et Murray luttant désespérément sous les murs de la vieille capitale, le premier pour sauver l'honneur des armes françaises, et le second. pour assurer un nouveau royaume à son roi; dans la suite, après la conquête et
‘l’Union, mettant en parallèle les représentants attitrés des deux races qui ont compris que la grandeur et la prospérité du Canada reposent entièrement sur l'esprit de justice qui doit animer les Canadiens, qu'ils soient d’origine anglaise ou française, d’un côté les Murray, les Dorchester, les Elgin, les Dufferin, les Baldwin, les MacDonald, ete. ; de l'autre, les Briand, les Plessis, les Lartigues, les Bédard, les Papi-
neau, les Parent, les Lafontaine, les Morin, les Garneau, les Cartier.
‘ete, persuadons-nous que les efforts du passé n'ont pas été vains et qu'à côté et avec la coopération de nos compatriotes de langue an-
, « + A CES , \ a « 3 glaise ou autre, depuis bientôt quatre siècles, nous aidons à créer sur
ce continent une patrie que l'honneur et la justice nous commandent de préserver de tout contact impur, pardessus tout'de celui du Boche barbare.*
L : , ‘ / Nous sommes d'une race qui a.un glorieux passé; nous somme
les descendants de cette grande nation française, merveilleuse pär
* C. J. Magnan: Au service de mon pays. ,
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l'histoire de ses temps chevalèresques,. n'ais non’ moins admirable par son héroïsme présent : nous sommes les frères, les cousins si l'on veut,
de ces héroïques soldats de la Marne, dé Verdun'et de toutes les glo-:
rieuses bataïlles de Ja guerre actuelle, Et justement, KRAngleterre, dont le drapeau protège ‘et-continue à protéger nos libertés, quoi qu'on en-dise, a. eru devoir céder le commandement de ses armées au général Foch, depuis le début de la grande offensive allemande, rendant ainsi le plus beau témoignage que l'on puisse rendre au génie
> français! Marchons done le “front haut et le coeur fernte”vers le.
destin qui-se prépare pour chacun de nous; au prix même de grands sacrifices, faisons'bloe contre l'ennemi commun de l'heure présente et songeons, avant tout, à présever ainsi l'identité et l'unité de la patrie canadienne.
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