‹ Le sang françaisChapitre 45 sur 47 · IMPRESSIONS DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE QUÉBEC

Mesdames, Messieurs. - ” US . +

. J'étais, il y a quelques jours, dans la bonne ville de Québec. : Accoudé à la fenêtre de ma chambre d'hôtel qui surplomibait l’espla- DE nade surmontant les remparts, je respirais, avec délices. l’air frais du |

. matin montant en vapeurs épaisses du majestueux St-Laurent, dont s les eaux, couvertes de navires de toutes dimensions, de toutes couleurs ° et de toutes formes, coulaient doucement jusqu’à perte de vue. Un © * :

orage de pluie diluvienne s'était abattu. sur la ville pendant‘la nuit

et, soigneusement polis, les pavés des rues tortueuses, montant de la

vieille ville, à la nouvelle, brillaient au soleil comme des bloes de

marbre agencés en mosaïques. Devant moi s’étageaient les hauteurs

de Lévis, d'où, au milieu des églises et des couvents, par des routes

enrubannées, descendaient les trains venant des Etats-Unis. A ma

-droite, les anciennes constructions de la citadelle, sur l'extrémité du ” Cap Rouge, masquaient le panorama au milieu duquel, à quelques

milles en amont, on devinait l'immense pont suspendu, merveille ‘du

génie de l’homme, récemment terminé. A ma gauche, tout au loin,

pardessus les mâts des. navires .ancrés au port et les élévateurs à grains s'ärrachant des bassins, par delà l'île d'Orléans et les chûtes

de Montmorency, s’apercevaient des champs dorés ou blancs escala:

dant les flariesdes collines; autour d'habitations de fermes que la dis- $

‘tänce faisaient ressembler à des jouets d'enfants. : : »

| Je ramenai mes regards vers la vieille ville, et J’aspect de ses . rues étroites et escarpées—St-Pierre on Sault ay Matelot—ses vieux ° . " . quais de bois couverts de hangars fléchissant*$ous le poids des ans, ses vieilles maisons à pignons étagés s'accotant contre le rocher de la haute ville comme pour ne pas tomber, ses vieilles horloges perchées au‘haut des tours au-déssus des toits, sa place dumarché couverte de produits de fermes. et de cabriolets, tout, jusqu'aux petits caboteurs à peine amarrés ët toujours prêts à partir pour Ste-Pétronille ou quel: ! que autre endroit du ‘‘Bout de l’Île’’ ou d’ailleurs, me faisait souvenir du vieux St-Nazaire, en Bretagne, où J'habitais quand j'avais le bonheur d'être jeune et sans souci, de sa rue Neuve, ainsi nommée, sans doute, parcé qu'elle était très vieille, et de tons ses autres aspects ‘ de très ancien port de mer dela presqu'île armoricaine, ie ‘ Quelques minutes plus tard je me trouvais enfilant la rue. St- ‘ Louis, me dirigeant vers la partie plus neuve de la ville. Je laïssais à ma gauche le Club de.la Garnison où, ‘en compagnie. de trois bôns . * Causerie donnée au club ‘‘Le Canada,” le 29 septembre 1916. : ‘ "227. . 4 -

amis, j'avais pris un repas pantagruëlique la veille au sbir, je passais : ‘la porte des remparts, et montais jusqu'au Palais Législatif, sur la

* façade duquel je pus inspecter les nombreuses statues, âvee beaucoup plus d'’aise que l'hiver dernier, alors que j'avais dû t'enfoncer dans la ñeige jusqu’à mi-corps pour admirer dans ses détails le groupe indien au-dessous de l'escalier principal. Un pays qui honoïe ses :« grands hommes en leur élevant des monuments, un pays qui æ le culte'des ancêtres est un pays qui vivra: sur ce point Québec donne l'exemple au reste du Canada. Fidèle à sa devise : {‘Je'me souviens,’ il affirme sa foi dans les exemples laissés par les aïeux et son respect pour la grandeur de leurs leçons. Un

Je quittai les terrains du Palais Législatif et continuai à monter “la rue, qui maintenant s’élargissait considérablement et changeait ‘de nom., Les vieilles demeüres, à façades unies, rangées au ras: de la chaussée, faisaienteplace à des maisons nouveau modèle avec escaliers et rampes tout à fait dernier genre, sentant la richesse sinôn la tradition . e | | |

Bientôt je passai le monument de Montcalm, d’autant: plus im-

posant' qu'il est très simple, et sur le socle duquel se lit l’éloquente inscription: ‘A Montcalm, la France et le Canada.” Laïssant sur

ma gäuche les bastions de la citadelle alignés sur le bord du. fleuve : .

au bout d’une immense pelouse parsemée d’anciens canons et de monuments de toutes sortes, passant la massive et maussade construction de la prison, j’entrai sur cet endroit historique entre tous ‘qu'ori appelle ‘‘Les Plaines d’Abraham.”’ , | On se dirait transporté dans quelque pare anglais très ordinaire. Des pelouses soigneusement tondues, des allées minutieusement ratissées, une enfilade de banes verts espacés à égale distance les uns des autres, de nombreux écriteaux bilingues ‘Keep off the. grass—Ne passez pas sur le gazon,” ete., tout ce qui rappelle le con- - fort bourgeois, indifférent aux souvenirs que le-lieu est supposé rappeler! Dès l'entrée, pourtant, un énorme casque d’airain au sommet d’une simple colonne très haute attire votre regard. Vous vous approchez et vous lisez que c’est là l'endroit même où expira le général Wolfe. Ses soldats, paraît-il, y roulèrent une simple pierre pour en marquer la place. Plus tard on y éleva un monument plus consi- dérable. L'écrasant fût qui domine aujourd’hui l'historique champ de bataille est le don de toutes les troupes britanniques stationnées dans le pays. On y retrouve l’outrecuidante suffisance anglaise dans. sa plénitude. Cela semble dire: ‘Ici nous fûmes vainqueurs.” C’est obsédant de mauvais goût. Je préfère l’humble monument de Montcalm à mi-côte. - ne

Mais suivons cette allée jusqu'à ce contrefort tout au-dessus du fleuve, en avant de cette ligne de canons de toutes dimensions qui lui -

“ font face sur la pelouse. Il y a de. là un Joli coup d'oeil sur la

rivière, sur les îles parsemées de clochers, sur les bois encerelant de

leur opulente verdure les demeures endormies au bord de l’eau... Au

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TT - LE SANG FRANÇAIS oo ‘+ 229 ioyen de fleurs joliment agencées, on a découpé, sur le gazon du rond-point, la devise d’'Earl Grey : ‘De bon vouloir, servir le roy.’ Et cela. fait du bien: de lire cette devise bien française d’un lord anglais. ‘ - ot

- Rien de plus-intéresfant que de passer en revue tous ces vieux ous canons de toutes’ mensiôns et de toutes formes amenés là d’un peu de partout et montés à côté les uns des autres sur des roues et des fûts neufs tous semblables. .Lés nn#ont la gueule ébréchée, aux.autres il manque la eulasse, ceux-di sont petits et ventrus, ceux-là longs et

* minces, d’aucuns: ressemblent aux obusiers dont on. voit lés soldats se servir au Cinéma; à chacun: on ‘a attaché une simple carte indiquant -le nom, l’âge et l'endroit d’où il vient.

. L'heure de mon train.approche. Il va falloir que je me hâte si je ne veux pas le manquer. * Je longè un instant une allée descendant vers la rivière, mais j'ai peur de me fourvoyer en arrière de ‘la prison et je remonte vers la ville, laissant sur ma gauche, pêle-mêle, tout un tas de canons de toutes dimensions faisant une énorme tache noire très drôlé sur le gazon vert tondu de frais qui l'entoure. ro

«Je n'aime pas ce soin méthodique qu'on a pris-et qu’ôn prerid encote de ce farneux champ de bataille. Il me semble qu'il eût mieux valu tout laisser à l’état naturel et simplement ériger au milièu un doûble monument commémoratif des deut grands généraux qui s’y livrèrent la bataille décisive, où prit fin un régime et en commença un autre; unissant à jamais par des liens communs d'intérêt, deux | peuples qui luttent aujourd’hui l’un'à côté de l’autre pour le triomphe . TE, de tout ce’ que le droit, l’honneur et la justice ont-de plus sacré. Le ‘ souvenir du grand ‘évènement que fut la bataille des Plaines d’Abraham disparaît sous la régularité des quinconces, la similitude. des plates-bandes, l'alignement des arbres souffrêteux qu’on voudrait faire.pousser de force, le poli des marches de ciment qui entourent Le le monument Wolfe, et cet aspect de jardin d'’acclimatation, évocateur de toutes autres pensées que celles qu’on y vient chercher. Ke ,

Mais j'ai redescendu la rue St-Louis. Je suis à mon hôtel. J'ai” 7 juste le temps de serrer la main au député L....…. de K....-qui, de ‘ son vaste personnage, encombre Ja porte, le payer mon écot, et de me sauver vers la gare en passant par la,Côte fle la Montagne où je | ‘© dois saluer un ami. Une amicale mais rapide poignée de mains à cet ami, une semblable au brave député T...... de l'I...... que je croise . . sur le trottoir, et me voilà déambulant à l'aventure dans la direction. de la gare-où j'arrive après maints circuits. ÆEncore quelques minutes, et, par la fenêtre de mon wagon, je jette un dernier regard à . d cette borne ‘ville de Québec où l’on-aime à se retremper. dans les souvenirs du passé'et le bon accueil du présent. , D

: % ce cu . s. |

‘ Pour ce, ‘qui est des souvenirs du passé, avecvotre pérmission, = .

‘je vous lirai tout à l’heure une .päge-d'ün de nos historiens, Pour .

‘l'instant, permettez-moi, en. quelques mots, de vous parler des gens de Québecx crue ET re is

ce

il n'en est point de meilleurs, de plus affables, Pendant les- trois ‘

jours que j'ai passés dans les murs de Ja vieille capitale, à tie (

facon si ouverte avec laquelle : ] ai été reçu et traité. ‘ à

Québec, vous le savez, est maintenant une ville de temhéié Tout comme ici, on n'y peut boire que du deux pour cent. hs amis que j'y trouvai, sans me connaître, attendaient sans d6 venue et à mon intention avaient dû cacher quelques bonnes bpii quelque part, car dans chaque-maison où je fus reçu, on m'obfig prendre, ceci on cela qui, eomme degré d’alcool, ne ressemblait g à ce qu'on me servait à mon hôtel. On tronva même moyen, 1 semble, au Club de la Garnison, de marcher un peu sur les règlemè + car à la fin du petit souper que j’y pris un soir en compagnie de trb: amis qui avaient entrepris de me faire connaître Québec—je vous|. donne leurs noms en toute confidence, M. le notaire X....... . le frèxe|. du Ministre, M. le juge V.... et ce bon M. R..... 7... l'un d “premiers financiers du pays—il me semble que la tête me tournait légèremeht, pour ne pas dire plus.

C'est sans doute pour cela qu'on décida qu'il ferait bon de faire uu tour de voiture, et le notaire X........ , qui nous avait amenés là en automobile—me superbe Studebaker à je ne sais combien de cylin-

dres—mous v réinstalla et . . . non pas fouette cocher . . . maïs en avant tout de même.

C'était une soirée superbe, et ce fut avec un plaisir unique que

. je me sentis emporté dans une course rapide à travers les rues de la

ville haute et, bientôt, sur les chemins de la banlieue contournant le . Cap Rouge. Devrais-je le dire? Je m'’aperçus alors que n'étais "pas le seul à avoir la tête remplie de quelques vaneurs, ca se brave juge ne savait pas du tout de quel côté était le St-Laurent, Il vou- Jait à toutes forces qu'il fût à droite, alors qu'il était à gauche, on vice-versà. Or, pour que lui, un ancien des lieux, fût ainsi désorienté, il fallait , ..

Bref, nous flions, etcpour ma part, je ne m'inquiétais point de savoir où était où n'était pas le St-Laurent, De temps en temps, un de nos compagnons—les deux fils du notaire X...... s'étaient joints à nous, et comme ils n’avaient pas pris part au souper ils voyaient très clair—un de nos compagnons, dis-je, nommait tel ou tel lieu, telle on telle construction. C’est ainsi que nous pûmes apercevoir, malgré l'obscurité devenue très grande, la silhouette de cette nouvelle mer: veille du monde, le pont de Québec.

L'automobile filait toujours, descendant au fond des ravins, grimpant le long dfs collines, côtoyant des pentes abruptes, fuyant sous des dômes de/verdure très sombre, passant en vitesse d’autres voitures n'’allant bas assez vite au goût de notre hôte, croisant en ronflant elles vénant en sens inverse. -À mesure que nous entrions dans la caïhpägne, les maisons s’espaçaient, les enclos devenaient plus vastes, les lumières aux deux côtés du chemin se faisaient plus

Mais le notaire X...... n'est pas un Caïn de Caorches, et si son

automobile vant bien la 80 chevaux du héros de Leblanc, il ne lui

fera faire aucune sottise, encore moins une atrocité.. . Bientôt les lumières reparaissent plus nombreuses, les enclos se

rappetissent, les maisons se serrent, lés chemins se changent en routes,

les routes en rues. Nous sommes en pleine ville, Avant que le brave juge eût eu le temps de se reconnaître, nous nous arrêtions, notre chauffeur nous priait de descendre, nous entrions chez lui et d’un coin quelconque on attirait une bonne bouteille à laquelle, bon gré mal gré—entre nous plutôt bon gré que mal gré—-nous dûmes dire un mot. « 7, 7. ue

Dix minutes plus tard on'me déposait comme un prince à la porté de mon hôtel; je serrais les mains de mes nouveaux amis et je montais à ma chambre où le sommeil eût bientôt fait d’avoir raison de ma double griserie. Je dormis comme un loir, jusqu’au matin.

“ 3 .* * Lo

Je n'’oublierai pas non plus de sitôt le merveilleux spectacle qu’il me fut donné d’admirer le soir que je passai, en éompagnie d’autres bons amis, sur la pointe de l'Ile d'Orléans, à quelques milles dans le bas du fleuve, ‘en face des chûtes de Montmorency, dont on entendait distinctement dans la distance le bruit tonitruant. Ce fut lorsque la nuit fut venue que la féerie commenca.. Des deux:côtés de la rivière, sur la rive We Lévis aussi bien que sur Celle de Québec, des milliers de lumières électriques firent leur apparition, montant ou descendant suivant les ondulations du terrain. Sur le rocher de Québec, plusieurs rangées parallèles luttaient de spléndeur en grim-

pant jusqu’au faîte du cap que surmontait le château Frontenac ça

re

et à percé de luenrs pâles. Du côté de Lévis, outre des lumières semblables, on remarquait de temps à autre le phare puissant. de quelque locomotive dégringolant la côte à la tête d’une suite de wagons vaguement éclairés tandis que l’on apercevait, semblant lutter de vitesse, les deux feux de quelque automobile lancée sur une route longeant la voie.

Sur le fleuve des voiliers remontant d'un aïr fatigué dérobaient parfois aux regards quelques lumières de l’une ou l’autre côte, tandis que Ié$ lanternes vertes, rouges, bleues ou violettes hissées au # haut ou à moitié des mâts des vapeurs descendant de Montréal ou y

£ montant, ajoutaient de temps à autre leurs lueurs rôdeuses aux innom- . “hrables réverbères figés entourant l'horizon.

- duste à côté du balcon d’où j'admirais, charmé, cet étincellement de lumières et humais avec délices l'air frais venant du large, le feu d'un phare tournait lentement comme une âme en peine. Tout le pin epenar s'espaçait, sur des bonées montant et descendant avec les tes, une ligne de feux rouges s’éteignant et se rallumant : à intervalles réguliers.

Au-dessus de tont cela, la lune, à son premier quartier} fépan. dait sa lumière douce qui coupait le fleuve d’une miroitante” bande d'argent où passaient lentement les navires à vapeur et plus lentement encore les barques à voiles. De temps à autre, tu léger nuage dérobait l'asfre aux regards et plongeait dans l'obscuntté T ilieu du fleuve. On ne distinguait plus que les trapèzes sombres des et l'échelonnement mystérieux des lanternes “multicolores,

À l'intérieur de l’île, où l'on n’a pas encote permis au progrès -moderne de déployer tous ses usages, sur les chemins étroits et les sentiers plus étroits encore, serpentant à travers les arbres et les’ fourrés éclairés de distance en distance par -un simple bee de gaz, d’heureux couples passaient bras dessus bras dessous, se chuchotant des choses qu'on n'entendait pas mais qu’on devinait sans peine,

-Tout'au bord de l'endroit où nous étions assis, la chaudière du bac qui devait nous remmener à Québec ronflait, et l’une après l’autre les lumières du petit navire S ‘allumaient pour indiquer que l'heure du départ arrivait. Un premier coup de sifflet, et les couples, voire même les voitures et les automobiles, commencent à arriver et à se masser à l’entrée de l'embareädère. On rit, on se poussaille, on plaisante, on est heureux.

Et tout à coup comme l’on remonte le fleuve, que, pour se. protéger du vent frais dont la vitesse du bateau augmente l'âpreté, on s'accote contre une eloison ou un canot hissé, tournant le dos à Québec et à son massif de lampes électriques, au-dessus des chûtes de Montmorency dont on aperçoit vaguement la bande écumante, audessus de l'Ile d'Orléans dont les lumières ancien modèle dénoncent

. l'air discret, monte, s'étale et peu à peu enflamme l’horizon une im-

mense aurore boréale. Justement la lune a réussi à débarrasser le

‘ciel des quelques nuages que la chaleur du jour y avait formés. Leé

étoiles brillent d’un éclat particulièrement vif. D'abord faibles, con. fondues avee le crépuscule, masquées par l’éclat de la lune, les lueurs polaires prennent petit à petit plus de netteté; elles s ’étendent en nappes blanches, jaunes, verdâtres, rose- violacées. Des ares cireulaires, puis elliptiques, concentriques, apparaissent, qui se changent graduellement en rayons perpendiculaires, séparés par des stries obscures, nettement limités à leur partie inférieure et allant, en S ‘estompant, converger vers le zénith. pour former d'immenses draperies lumineuses semblables. à une formidable pluie de feu dont un phénomène inexplicable arrêterait la chûte à mi-ciel. Ces arcs, ces rayons, ces draperies se to t, s’allongent, se plient et se déplient, formant des colonnes, des s, des guirlandes, des couronnes, des éventails, des étoffes, des rubans. Tout cela remue commie agité par le vent: tout cela s ’enroule et se déroule, se ploie et se déplôie ; les rayons coupent les ares et les éparpillent comme des pièces d’artifice qui se condensent en redescendant du zénith pour former d'écla- , tants rideaux ressemblant à des incendies:

Et pendant que rêveur j’admire ce spectacie unique où la nature \ at moyen d’un simple phénomène cosmique, résultat de la réflexion ‘:.\ . de la lumière solaire par les glaces du pôle, réduit presque à néant “cl en quelques secondes toutes ces lumières électriques, création du L génie de l'homme que j’admirais encore tout à l'heure et dont l’as-

pect piètré .et blafard me fait presque mal maintenant, j'écoute, charmé, les conférsations chuchotées des jeunes gens et des jeunes filles’ qui m'entourent. :

Je les écoute charmé, non pas à cause de ce qu'ils se disent, mais

parce qu'ils. parlent . . . français. Et cela fait tant de bien d’entendre ce français Si élégant, si suave, prononcé avec tant de netteté, qu'on se dirait dans la meilleure société parisienne! Qui donc a dit que les Canadiens-français parlent patois? Où sont done ceux qui les accusent de prononcer de façon baroque leur langue maternelle? Que “ j'aurais voulu avoir à mes côtés un de ces critiques/ignorants ce soir- : là pour le faire juger de ses propres. oreilles de läccent et de la prononciation, en tout irréprôghables, des jeunes Québecquois et des jeunes Québecquoises dont il‘m'était donné à cette minute de goûter ,

- les délicieuses paroles! - ‘ . -

h us , # : Mais nous sommes arrivés. Comme tout à l’heure à l’embarea-

‘dère de Ste-Pétronille, en riant, en jasant, on se poussaille pour sot-

tir. En arrivant sur la placé toute cette foule-s’éparpille; les uns

s’engouffrent dans les tramways sortant des rues sombres comme des ‘funnels, les autres remontent vers la villé haute en se suivant en file - - indienne sur les trottoirs étroits. A la suite de trois messieurs .res- 27 —— -pectables,. ‘dont l’un doué d’un superbe embonpoint, je me dirige vers

-‘le funiculaire qui, pour cinq sous, vous évite la fatigue de monter à

‘ pied la côte äbrupte, et,.en un tour de roue, vous grimpe. jusqu'à l’esplañaüe en face du Frontenae. : |

.. L'heure du repos”’est arrivée. L Je jette + un dernier regard sur : l'incendie de lumières qui s’étend à perte de vue de chaque côté du

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