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r majestueux St-Laurent. Les dernières franges © se fondent rapidement dans la lumière blanche de là‘lune, qui miroite langoureusement sur les eaux polies du fleuve. :
Telles sont quelques-unes—quelques-unes seulement—des ini
pressions que j ‘ai rapportées de mon voyage à Québec ces dernières
-semaines. J'aime beaucoup l'Ouest: il ne saurait en être autrement,
nes pour qui y a vécu un quart de siècle. Mais j'avoue qu'après ce $/ . Séjour dans cette bonne ville où l'on coudoie à chaque pas quelqu'un , . qui parle français, où les choses et les usages vous rappellent la vieille France, le retour vous trouve légèrement mélancolique, surtout que,
par surcroît, lautomne, la plus triste des saisons, a cru bon cette
; . ännée de hâter sa venue de manière à la faire coïncider avec le len- . . demaff de moi arrivée. n . Nous ne sommes en æffet qu’en septembre et déjà on sent la mort æ dés choses. Le soleil, au milieu du jour, essaie bien en dardant ses po À. meilleurs raYons. de nous donner l'illusion que l’été dure encore: la
fraicheur déjà saisissante des matins et le froid plutôt vif des soirs nous rappellent sans peine à la réalité. On se vêt forcément de façon plus chaude; déjà le pardessus fait partie de l'équipement ordinaire. Los .gazons commencent à prendre un ton grisâtre et les feuilles, , devenuës blondes, se détachent lentement des tiges. Elles font- dans leur ehûte un si lugubre bruit Qu'il senible’ qu'on entend une âme qui s'enfuit.
à fond des bois, le sentier qui s'en va serpentant entre les? rameaux de plus en plus dénudés, disparaît peu à peu sous les äamas bruissants. Dans quelques jours ilu "y aura plus à la place de la végé- ‘tation verdoyante des chauds et réconfortants; étés que des troncs et des branches à L' aspect triste et sec, et le poète pourra soupirer :
Les arbres dépouillés, étendant leurs bras nus, Se regardent entre eux eomme des inconnus.
Ta haut les oiseaux, voletant Säns bruit d'un faîte à l’autre, semblent-tout étonnés de voir leurs nids perdre graduellement l'abri qu'ils leur avaient trouvé.
Le vent, petit à: petit, change de mode et de ton: à mesure qu'il se fait plus froid, on dirait qu'il recherche davantage les fentes pour y pleurer des notes plus plaintives.
Le ruisseau qui déroule ses méandres au fond du vallon n'a plus l'aspect gai des jours ensoleillés; de claire son eau est devenue som- bre, et son gazouiilement s’est changé en sanglot.
Les nuages, de blancs et floconneux qu'ils étaient hier. éncore, prennent peu à peu une teinte d'un gris sale: au lieu de ces bords argentés, signes certains de lumière et de joie qu "ils avaient au cours de l'été, ils s ‘estompent maintenant d’un noir-crêpe dont. l’ombre | opaque attriste le coeur.
Les fleurs, dont les corolles chatoyantes, il y a quelques jours, faisaient l’effet de sourires perlés au milieu des parterres opulents et le long des plates-bandes élégantes, ont maintenant un aspect désolé. Quelqués unes, frappées dans leur épanogissement le plus riche et le -plus merveilleux par une gelée impitoyablement précece, penchent
- - affreuSement sur leurs tiges vides de sève, tandis que leurs pauvres
pétales recroquevillés et brûlés
dain devenus laids.
Dans les prés les animaux qui,paissent, qûand vous passez sur le chemin humide des pluies fines-aWe chaqte matin
lentement la tête au bruit. que fait Wotre voiture en s\enfuyant, «et. dans leurs regards mornes selble se like le regret'que là chaleur et ,
le gazon aient si peu duré. ©
Quelque papillons ont pu résist
gnons de lever d'un soleil mat.
regretter presque d'être nés si tard. Leurs couleurs sont comme
rouillées.
ff
au bout semblent honteux d'être sou- \
mène, lèvent
er aux légers frimas, compa-— Ils semblent voler avec peine, et.
Ÿ ont des bourdonnements las. Îls se posent avée deur et leufs chatouillentents fatigués donnent un'frisson mor-
hteSboueuses, là où elles ne sont pas encore faites, ased/à ‘où son- les a macadamisées, les rapides automobiles u/ronflent” Jugubrement, et les chevaux attelés aux voileutdemeñt chärgées kennissent plaintivement en se croisant, Au loir un baätteuse fait entendre son bruit fatiguant de tain-
. - bour assourdi et proïette vers le ciel un lourd et épais nuage de bale et:de poussière, tandis que dans le champ, tout autour, les veillotes +
‘de grain disparaissent lentement aux fourches des moissonneurs qui :
les eritässent dans les voitures avançant par cahots entre les rangées
de Serbes endorniies.
. *{ Si le cultivateur est très
il est, égaleme après un repo
sont'cernés pär trop dure. 7‘?
es
heureux du bon rendement de la récolte,
fatiguérdu travail qu’elle lui a causé; il soupire né. Forcé de se lever longtemps avant le hant. que très. avant dans la nuit, ses yeux
ien gag chant du cod,-ne, $e couc € les longues veilles
Ce n’est pas encore l'automne, ce n’est déjà plus
lé moment de transition le plus attrist tout éhante quand la nature passe de 1
ant de l’année.
’hiver au printemps, du prin-
et ses traits tirés par la besogne
l'été. C'est Tout frémit,
temps à l'été; les-êtres, les choses sont préparés quand l'automne finit et l’âpre hiver commence; l'été qui s’en va avec les feuilles qui -__ roussissent et tombent, avec le gazon qui meurt, avec Les oiseaux qui
émigrent, ne laisse que des regrets et des idées moroses. Quoi d’étonnant. si les malades, dont les membres un
réchauffés par les tièdes brises estiväles ont repris quelque apparente vigueur, dont lés yeux plus luisants ont eu quelques sourires, dont les mains blanches ét amaigries ont paru plus fermes à leurs amis, qui ont
os
A ga
eu , en un mot, un instant l'espoir de vivre et d’être encore heureux,
. : Re . ne sont maintenant tristes et sentent que dans quelques jours la pierre du tombeau se fermera sur eux ?
Jusqu'aux amants qui, comme affolés par la perspective de ne
plus pouvoir s'enlacer au sein de la nature riante, ne trouvent que des
paroles indifférentes à se dire et des baisers froids à se donner.” Quel-
‘ ques uns se querellent et se séparent.
- C'est l'époque de l'année où. l’on rentre surtout en soi-même, où l'on examine plus minuticusemér® sa conscience, où l’on jette un regard plus long sur le chemin“ parcouru, où l’on pèse plus à loisir ce que la vie a jusqu'ici donné de joies et de bonheurs, de misères et d'illusions. Heurermi celui qui, tout compte faikf peut alors continuer à sourire! / .
Après cette digression presque impardonnable, qu'on me permette de revenir à Québec: J'ai promis de lire une page d'un de ses historiens, afin de raviver vos propres souvenirs.
Parmi les statues ornant les places et les boulevards de la vieille capitale, il en est une très avant du Palais Législatif, qui attira partieulièrement mon attention: é’est cellg du grand historien F.-X. Gar-
-neau. Don d'un insigne bienfaiteur dont j'oublie le nom, ce monu-
ment nous montre ce célèbre écrivain, assis, la plume à la main, l’air pensif, semblant seruter dans les souvenirs que suscite la vue de la ville qui se déroule à ses pieds, pour y trouver le fait historique si soigneusement contrôlé ou l'expression juste*si jalousement employée dans son grand ouvrage. Il est, je crois, juste de dire que Garneau est l'un des plus grands écrivains eanadiens-français. ?
Permettez-moï de vous lire la conclusion qu'il a écrite pour sa belle oeuvre, et dans laquelle il résume en quelques paragraphes'les raisons qu'il donne au cours de son histoire. pour que nous, ses compatriotes, nous restions unis et conservions l’amour de- notre pays d’origine et de nos ancêtres: ne
‘Nous ävons donné l'histoire des émigrants français qui ont fixé les destinées de leur postérité à l'extrémité septentrionale de l’Amérique, du Nord. Détachés comme quelques feuilles d’un arbre, cês
- émigrants ont été jetés dans un monde nouveau pour y être battus
de mille ordges, orages excités par l’avidité du négoce et la barbarie, orages de la décadence d’une antique monarchie et de. la conquête étrangère. Pour ce dernier désastre, ils ne doivent pas en vouloir trop à leur ancienné mère patrie, éar la perte de l’héroïque colonie du Canada fut üne des causés de la révolution, et l’univers sait quelle vengeance cette hatibn si fière a exercée’ sur ceux qui avaient eu la main de près ou de loin au tion des affaires dans le gouvernement qui nous abandonna au moment du danger. *" 7 ‘
* “Enfin Par le honteux traité de Paris en 1763, d’un trait de ‘blume, Louis XV abandonna à l'ennemi séculaire de la France le Canada et presque toutes ses colonies. Et ici je m'élèverai de toutes mes forces contre ces paroles que je suis étonnée
. de rencontrer parfois suf les lèvres de gens cependant instruits: “La. France nous a
abandonnés, livrés, vendus!" Ah! ne dites jamais ces injustes paroles. La France 7 R , + u
- . , # 4 + St