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Puisque je viens d'évoquer le souvenir des aborigènes, me sera-
t-il permis de faire remarquer ici que, pour ne parler que de l'Ouest, __nos ancêtres furent les premiers blanes qui vinrent en contact avec eux et qui réussirent à les apprivoiser, à nous les rendre favorables, au lieu de les exaspérer, sinon de les exterminer comme le firent les protestants anglais de la Nouvelle-Angleterre relativement aux In-
diens de leür houveau pays. Bien plus, c’est le Français qui fut la :
‘ première langue européenne apprise par les sauvages de l'Ouest canadien—à plus forte raison fut-ce le cas pour ceux de l'Est. Nous Hsons, en effet, dans un livre publié en 1752 par un Anglais de la baie d'Hudson, Joseph Robson: ‘‘J’ai,vuü des fusils français parmi les naturels qui fréquentent le fort York, et j'ai entendu autrefois le chirurgien, M. Brady, converser avec l’un. d'eux dans la langue
française. ”?’* +; |
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Plus tard, lorsque le grand philanthrope qu'était Lord Selkirk établit (1812) la colonie qui devait être le noyau du Manitoba moderne, son représentant sur les bords de la rivière Rouge y trouva une si forte population française que, le jour où il fit lire la proclamation par laquelle il prenait possession du pays au nom du noblé Ecossais, ‘M. Henry en traduisit une partie en français, laquelle fut
-Jue pour l'information des Canadiens.”"t ù P. L
N'était-ce pas là consacrer d’une manière aussi formelle que possible le principe du bilinguisme officiel, au moment même où était conçue, si l’on peut ainsi parler, l’entité politique qu'on désigne auiourd’hui sous le nom d'Ouest canadien?
Que dis-je? On pourrait même considérer cet établissement dn bilinguisme comme un recul, plutôt qu’une avance, pour la langue et l'influence françaises dans ces vastes régions, puisque auparavant le français y était la seule langue universéllement parlée par les blanes,
et cet état de choses devait continuer longtemps après 1812, en de-.
hors du petit coin de-terre cultivé par les ‘‘jardiniers’’ de Lord Selkirk. Dans ce temps-là et jusqu’à une époque assez rapprochée. de nous, même parmi les Anglais, qui disait Canadien disait Canadienfrançais; en sorte que l'observateur impartial ne voit pas bien la raison d’être de la grande colère que fit un jour le principal journal de Winnipeg, simplement parce qu’un publiciste de l'Est avait eu l’incompréhensible présomption d'écrire que les Canadiens-français
étaient les Canadiens par excellence.
C'est là une vérité dont l'expression fit bondir d’indignation le grand impérialiste qu'est le directeur de la feuille en question, lequel, dans la suite, ne manqua ‘aucune occasion de tomber sur le malen- ‘contreux Québecois, dont les ancêtres étaient peut-être au Canada depuis plusieurs siècles. Appeler les Canadiens-français les Canadiens par excellencè, quelle étrange aberration d’esprit! quelle incroyable énormité! semblait penser le plumitif qui, lui, montrait son
*‘’Ân Account of Six Years’ Residence in Hudson’s Bay”: Londres. 1752. + Macdonneil à Lord Selkirk, Fourches de la rivière Rouge, 7 juillet 1813.
xvi . INTRODUCTION
amour pour. sa patrie d'adoption en prônant constamment les intérêts de l'Angleterre aux dépens de celle-ci.
Rien n'est pourtant plus vrai, et, au risque de faire tomber en pamoison ce grand Brifisher et les autres écrivains de son école, j'ajouterai même qu'en douter serait faire preuve de la plus grande ignoranée de notre histoire. Il y a seulement cinquante ans, cette proposition n’eût pas eu besoin de démonstration; aujourd hui que lès nouveaux venus sur notre sol voudraient intervertir les rôles, ‘il peut être nécessaire de leur prouver que: 1° sur les lèvres des Anglais d’il y a quelques dizaines d’années, ainsi que dans leurs propres écrits, le terme Canadien.était synonyme de Canadien-français, et que 2° le français fut pendant longtemps.la langue de la civilisation même dans les immensités de l'Ouest, langue qu'Anglais et Ecossais par-: laient avec aisance et dont ils ont parsemé les écrits qu'ils nous ont laissés. L % *
Pour s’assurer du bien-fondé de cette double déclaration, il suffit de parcourir même superfciellement les livres, lettres et journaux des Anglais du pays et de ceux qui le traversèrent en explorateurs. Le, premier trafiquant en fourrures de cette nation qui visita nos parages est un nommé ‘Alexandre Henry, qui s’y trouvait en 1775-76. Pour. lui, les Canadiens-français sont uniformément les Canadiens tout court, et cela se comprend d'autant mieux qu'il n’y avait pas alors d’autres blancs dans nos vastes plaines. ‘‘La pierre à calumet,”? dit-il en la nommant dans la langue de ces épaves des premiers établis-
= sements français, ‘‘sert aux Indiens et aux Canadiens pour en faire # des pipes. ”’*
| : Roderick McKenzie, traiteur de fourrures fameux dans les annales de l'Ouest, nous a laïssé des réminiscences qui sont malheureusement trop courtes, puisque l’espace qui leur est réservé dans la précieuse . compilation du sénateur Masson, ‘‘Les Bourgeois. du‘ Nord-Ouest, ’? est presque entièrement consacré à une correspondance avec d’autres sommités du commerce des’ pelleteries. Il n’en trouve pas moins le moyen de se faire l'écho des Anglais de son temps relativement au nom de nos ancêtres. Pour lni, comme pour tous les autres, il n’y a qu'une espèce de Canadiens, et c’est un membre de cette race qu'il a en vue lorsque, par exemple, . il mentionne ‘‘un vieux Canadien,’ . puisque son nom était Villeneuve.t :
!. Son cousin, l'explorateur Alexandre Mackenzie, parle fort peu des compagnons sans lesquels il n'aurait pu mener à bonne fin ses deux fameux voyages de découverte. Mais quand il lui arrive de’ | mentionner leur nationalité, c’est pour se conformer à l'usage univer- :: sellement reçu en 1793, époque de sa deuxième expédition. “Je m'étais imaginé que les ‘Canadiens qui m’äccompagnaient étaient les L meilleurs canotiers du monde, ’” écrit-il alors.f Or chacun sait que les dits ‘Canadiens’? étaient de sang purement français. -”
À : « ‘““Travels and Adventures in Canada and the Indian Territoïes, “ p. 24; To- J ronto, 1901. .
+ Les Bourgeois du Nord-Ouest, vol. I, p. Québec, 1889 : Ÿ ‘‘Voyages to the Frozen anû Facile, Gran vol. IE, p. 251.
INTRODUCTION u xvii
pi ‘ - û
. , al vie . .
Un troisième traiteur du même temps était James MeKenzie, qui. opérait au Nord-Ouest en 1779. | Cet individu appartenait à-une engeance malheurensement trop commune aujourd hui: c'était un man:-
geur de Français. Il ne s’en rend pas moins compte du fait que, de son temps, ceux-là seuls passaient pour Canadiens qui étaient issus de la race qui, la première, introduisit la civilisation parmi nos aborigènes. ‘Un Canadien est rarement content quand il n'engraisse pas,”? écrit-il quelque part, notant lui-même en français ce - dernier
& mémbre de phrase.* Le contexte rend le fond de $a péhsée d'autant phrs clair qu'il ne nous parle que d'un Cadien, d’un Dusablon, d’un Mandeville et d’un Lambert. | Ÿs
‘Vient maintenant, par ordre chronologique, Alexandre Henry, le
jeune, neveu du premier traiteur Ge ce nom. Il eommercça dans notre Ouest, et traversa le continent pour aller se noyer accidentellement dans l'estuaire de la Colombie (1799- 1814). Son journal est émaillé de noms propres français, ceux de ses engagés, qu'il juge ainsi: ‘‘Les Canadiens sont certainement vifs et actifs comme voyageurs; mais ils prennent peu de soin des effets qu’on leur confie.”"t Lui non plus
n’a pas besoïin de spécifier quelle
espèce de Canadiens il a en vue: il
.n au en avait encore qu une.
Le journal , du traiteur Harmon .cotivre les années 1800- 18, et à
trait en majeure partie à la lointaine Colombie Britannique, où la compagnie du Nord-Ouest avait, dès 1805, envoyé ses employés canadiens-français sous la conduite de quelques ‘bourgeois? de langue anglaise. Le traiteur parle “souvent des premiers, mais toujours sans se servir du trait-d'union usité de! nos jours pour les désigner. ‘‘Aujourd’hui,?? écrit-il entre autres choses, #“on m'a. offert la fille d’un Canadien, et j'ai fini par me résoudre à l'accepter.’’f En se mariant ainsi à la mode du pays, Harmon prenait pour femme une métisse qui n’avait certainement pas une goutte de sang anglais dans les veines, puisque pour lui, comme aujourd ‘hui pour nous, Canadien est con- ‘ stamment l’ équivalent de Français du Canada.
Tel était aussi le cas du découvreur du Fraser, contemporain
d’Harmon qui écrivait en 1808: ‘‘Nos hommes en eurent aussi [du saumon et des racines], et ils se proeurèrent en outre plusieurs chiens, dont la viande est toujours un mets recherché des voyageurs canadiens.?’$ Inutile de faire remarquer qu’il n’y avait pas alors plus que de nos jours de ‘‘voyageurs’’ canadiens-anglais. :
Peu. après, 1813, un autre traiteur, John McDonald, de Garth,
parlait lui-même de la ‘‘demi-douzaine de bons voyageurs canadiens’ avec lesquels il accomplissait les pérégrinations inhérentes à la vie de traiteur de fourrures, et ne paraissait pas craindre davantage de n'être pas compris en ee qui était de l’espèce de Canadiens qu’il avait
en vue.
“Les Bourgeois du Nord- Ouést, vol Il, . 373.
+ “Journal of Alexander Henry and) Dävia Thompson,” vol. I, p. "86; New York, .
“A Journal | of Voyages and Travels, ” p. :vii. $ Les Bourgeois du Nord-Ouest, vol. f, p. 179. f Ibid, vol. Æ p. 44.
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FI
xviii | INTRODUCTION
L'année suivante, vivait dans la vallée du Mackenzie un. Norvégien anglicisé au. point qu’il parlait l’añglais comme s'il était né en Angleterre. C'était unnommé Ferdinand “Wentzell, qui écrivait alors: “Les Canadiens, qui ont toujours aïmé la place et’ pensaient rare:
ent, ou jamais, à leur pays natal, sont maintenant dégoûtés- du.
traitement qu'ils reçoivent, et ramassent leur argent aussi vite que les sauvagesses cueillent les fruits, pour se débarrasser de ce maudit pays. "* Ces deux derniers mots, en français dans l'original, disent assez que le commerçant ne fait que répéter les paroles de ses s'administrés, et montrent quelle était-leur langue. 5
Nous arrivons maintenant aux troubles de la Rivière Rouge, qui eurent pour dénouement la bataille, de la Grenouillère. (1816). - Cette malheureuse rencontre occasionna des litiges, dont le grand public fut en quelque sorte constitué juge au moyen de petits ouvrages, aujourd'’hui fort rares, représentant les vues des deux parties adverses,
à savoir la compagnie de la baie d'Hudson et celle du Nord-Ouest. L'un et l’autre parlent de ‘‘Free Canadians’—non pas de Canadiens ‘anglais ou français—et chacun comprit bien qu'il ne s'agissait que
des derniers, puisque lès autres étaient alors appelés simplement les Anglais ou les Ecossais. Boucher, le parlementaire du parti français à la Grenouillère, est en outre désigné comme Canadien, sans qualificatif, dans.le factum de la compagnie du Nord-Ouest.f :
Ces deux petits livres parurent en 1817. Deux ans plus tard, à la suite des mêmes différends, se mouraîit de faim et d’inanition, loin de tout être humain, l’un des cheîs de la faction du Nord-Ouest, Ben-
Jjamin Frobisher, dont les incroyables misèrès servirent de thème, en
1830, à un mémoire dû à la plume d’un nommé S.-H. Wilcocke, et basé sur quelques bribes de journal barbouillées d’une main défaillante par l’infortuné fugitif. Là, comme ailleurs, Canadian “veut dire Canadien-français, ainsi qu'il est facile de le voir, lorsque, par exemple, l’auteur fait allusion à un ‘‘vieux chasseur ‘canadien qui avait passé: ‘plus: de trente ans dans l’intérieur.”’t Or ce vieux ‘Cana-
dien s'appelait Charles Racette, nom qui, on le voit, ne trahit aucune descendance britannique. d
“Simplement pour ne pas être accusé ‘de’ rien omettre des écrits”
anglais des temps héroïques de notre histoire, je mentionnerai aussi
le passage (1820-23) .du premier ministre .protestant de -la Rivière
Rouge, le Rév. J: West. Dans les pages sanctimonieuses où il passe |
en revué ses travaux; ce prédicant nous apprend qu’il donna un jour “ur Testament français ‘à l’un. des Canadiens. ’’$ Il va sans dire ‘qu'il n’en aurait pas agi ainsi dans le cas où le récipient de ses libé-
ralités n'aurait pas eu le français pour langue maternelle. Pour : Ibid, p. iii.
+ "A Narrative of Occurrences in” the Mméian Countries of North America,” p. °
53; Londres, 1 t'Les Bourgeois du Nord-Ouest, vol. IT, 183, $ “The Substance of. a Journal,” p. 74; Londres, 1824.
INTRODUCTION “ six LR
l'Anglais il suffisait pourtant de dire que c'était ‘‘l’un des Canadiens”? pour qu'’on' sût de suite qu'il n’appartenait point à sa propre
race. | .
Reste le journal d’Archibald McDonald, ‘bourgeois’? qui accompagna Sir George Simpson au cours du voyage que celui-ci fit en 1828 dé la ‘baie d'Hudson à l’océan Pacifique. Ses pages contiennent une fois. l’expression ‘Canadien-français”; mais c’est là une interpo- :
* lation de l’éditeur, le babillard Malcolm MeLeod, qui écrivait en 1872, :
‘ date de la publication de ce document. L'’original, qui est du reste très court, mentionne rarement la nationalité des gens; chaque fois qu’il rapporte la rencontre de personnes de notre sang, il les appelle simplement des Canadiens.* : .
Si maintenant nous passons des traiteurs de fourrures et autres
- individus qui résidèrent dans l'Ouest aux explorateurs anglais qui ne firent guère qu’y passer, nous serons frappés par le même fait significatif: même ces étrangers subissent. immédiatement l'infinence de leur. nouveau milieu, -et, pour tous sans exception, il n'y a pas d’autres Canadiens que nos ancêtres ou leurs nâtionaux, les Cana-
‘ diens-français d’il y a près d’un siècle. : ‘
La première expédition de Sir John Franklin eut lieu de 1819 à 1822... Ce voyage fut fatal pour onze de.ses serviteurs de notre race, qui moururent de faim et de fatigue en des circonstances qu’ôn dit n'avoir pas'été à l’honneur de leurs maîtres.f Ses péripéties fournirent la matière à deux gros volumes des plus intéressantes,t et nous y voyons constamment le terme Canadian employé pour Canadienfrançais, ainsi qu’on peut en juger par cette simple phrase: ‘La Sturgeon Hiver ést. à bon droit appelée la Rivière Maligne [en français] par les Canadiens. ”’$ ,
D'un autre côté, la liste des compagnons de Franklin (J. Forcier,
I. Perrault, J.-B. Bélanger, ete.) donne ceux-ci simplement comme les
‘‘Canadiens’” de sa suite. oo . .
Ainsi en.est-il du volume du eapitaine John Back et des deux ‘ du Dr. R. King, dont les ‘explorations “ eurent lieu simultanément de 1833 à 1835. : Un passage du récit de ce dernier est, sous ce rapport, : aussi clair et aussi concluant qu’on peut le désirer. . L'auteur parle
‘ ° : .® * ‘‘Peace River,” pp. 23-24: Ottawa, 1872. ‘ , + Nous lisons dans une'’lettre de M. F. Wentzell, qui a trait à une autre expédi-
tion alors projetée: “J'espère et désire qu’elle ne soit pas exposée aux mêmes diffi- ‘cuités et misères qui furent si fatales à l'expédition arctique [de Franklin], dont le . 4: retour fut attristé par la perte de onze vies, tandis que les officiers qui leur survivent | ont laissé parmi les traiteurs et les naturels du pays des souvenirs qui ne sont pas eo ‘ «tout à fait à leur honneur. Mais, vu la distance du théâtre de leurs actions, il est douteux-qu’un rapport authentique de leurs opérations soit jamais soumis aux lecteurs d'Angleterre. 11 est à supposer que, les journaux de l'expédition devant être : publiés par eux-mêmes, ces officiers prendront soin de n'y pas exposer leurs pro- : pres erreurs et leur manque de conduite. De fait, l’un d'eux fut assez candide pour. admettre en ma présence qu'il y avait des: circonstances qui ne deraient nas être” : connues [italiques de M. Wentzelll; cependant on dit que “les pierres parlent quelquefois,”’—Les Bourgeois du Nord-Ouest, vol. I, pp. 1465-46. "7 + Une édition est en quatre petits volumes. . a $ ‘ Narrative of a Journey to the Shores of the Polar. Sea,” vol. I, p. 178; Lon-
res, 1823. . ; , | Ü T‘Narrative of the Arctic Land Expedition to the Mouth of the Great Fish River’’; Londres, 1836. . Ê - : . L
xx | . INTRODUCTION
d'une petite colonie de l'Ouest, qui consistait en deux fermes appartenant ‘‘à un Canadien et à un Anglais.’’* Donc celui qu’on désignerait aujourd’hui dans la presse sous le nom de Canadien-anglais, et que ses propres compatriotes appelleraient même peut-être Cana-
dien tout court, n’était encore en 1833 qu'un simple Anglais pour-un-
citoyen de l’Angleterre comme était King, bien qu'il fût établi en permanence au pays, tandis que le descendant des premiers colons était seul le Canadien pour lui!
. En présence de cette circonstance significative, ne suis-je pas. en droit de demander à nos critiques modernes : Où se trouvait alors le ‘Canadien par excellence’? Qu’ont fait depuis. ses descendants et leurs co-nationaux pour n'être plus ce qu’il était lui-même? Quand
ont-ils pu changer de race, ou même simplement de -nationalité?.
Lorsqu'on écrit pour un publie plus ou moins ignorant, il ne faudrait pourtant pas se montrer soi-même par trop ignare.
J’allais oublier dans ma petite revue l’un des auteurs les plus
intéressants au point de vue de la question qui nous occupe. Ross’
Cox était un Irlandais qui, tout étrange que cela puisse paraître, non seulement n'avait aucune aversion pour le français, mais se complaît même, d’un bout à l’autre de ses deux petits volumes, publiés en 1831, à faire parade de sa connaissance de cette langue, laquelle n était certes pas mince. Et pourtant les cinq ou six ans qu’il passa en pays
sauvage s’écoulèrent dans la lointaine région de la Colombie américaine. Mais là, comme dans tout l’Ouest canadien, les blancs .parlaient là langue de Racine et de Bossuet-tout comme ceux de gotre
sang, qu'ils appelaient aussi du simple nom-de-:Ganadiens. . Ainsi, Ps
113 de son premier volume, Cox parle d’un arbre extraordinaire ‘ ‘que les Canadiens dénomment le Roi des Pins’’—cette. “dérniè ère expres-"
sion en français naturellement. Inutile d” ‘ajouter. qu'äücun arbre :
n’est ainsi appelé par les Canadiens- anglais. é .
Plus-loin,t cet auteur dit d’une tribu indienne que les hommes en ont pour tout vêtement ‘‘de longues guêtres appelées ‘‘mitasses’’ par les Canadiens.’ Le mot mitasse est, je crois, trop caractéristique du parler canadien-français pour qu AL soit nécessaire d’ expliquer à quels Canadiens notre frlandais faisait allusion.
Veut-on une autre preuve de la synonymie, à ses yeux, de Canadiens et Canadiens-français? Vers la fin de son premier volume, il relate l’enterrement d’un ‘‘infôrtuné Canadien,’ ’,membre de son équipage que les sauvages avaient tué. Or ce ‘Canadien’? se nom-
maïît Lamoureux, et, ajoute le chroniqueur, ‘de courtes prières furent
dites en français sur sa tombe.” Mais nous nous attardons indûment, et pourrions par là donner
à entendre que les auteurs anglais que nous ayons mentionnés plus :
haut ne concordaient avec ce dernier auteur que dans les rares pas-
sages que nous én avons cités—ce qui serait absolument erroné. Dans.
a * ‘Narrative of a Journey to the Shores of the Arctic. Ocean,” vol. I, p. 52; Lonres,
+ “Adventures on the Columbia River,” vol. 3, 240; Londres; 1831.
Ibid, ibid, P- 343. P:
EE TRODUCTION .. XXi
Ross Cox, ainsi que dans les susdites publications, on trouve une foule d’autres exemples qui démontrent jusqu’à l’évidence que, de leur temps, il n’y avait pas d’autres Canadiens’aux yeux des Anglais que Jes Canadiens-français. ÆEt cela est d’autant plus vrai qu'aucun des dix-sept auteurs susmentionnés ne laisse une' seule fois tomber de sa plume le qualificatif qui est si usité de nos jours. ‘‘Canadien’ leur suffit dans tous les cas, et il en sera de même"de la très grande ma-
jorité des écrivains anglais qui les suivront jusqu’en 1875, où à peu près.
Le premier à se servir du mot composé ‘‘Canadien-français'* fut l'explorateur Thomas Simpson, un grand mangeur de métis français,
qui lui rendirent la pareille en une circonstance critique de sa vie.* Mais même ce francophobe—qui devait peut-être cette faiblesse à
l’humilité de sa naïssance,t ne prétend point enregistrer par là le nom.
‘ropulaire de nos ancêtres’ Il est simplement contraint d'employer ce terme composé par la nécessité où.il se met de contraster (défavorablement, cela va sans dire) les descendants de Canadiens-français avec la progéniture de ceux qu’il appelle simplement les “Ecossais.f Aüïlleurs il remplace uniformément le mot à trait d’union par celui qu’employait alors tout le monde, c'est-à-dire par Canadiens.
IL est vrai que son frère Alexandre, qui fut plus tard son biographe, a recours au qualificatif ‘‘français”’ dans la première partie de son ouvrage. Mais dès qu'il base son récit sur les documents contemporains émanés de personnes au courant des choses de l'Ouest, il adhère exelusivement à l'expression Canadiens tout court.
Cela est si vrai que, décrivant la composition du parti explorateur auquel Thomas était attaché, il mentionne, avec son chef, M. Pierre- W. Dease, ‘‘dix-neuf matelots, marins et voyageurs britanniques, neuf “Canadiens, ” deux Esquimanx, un métis et quatre chasseurs montagnais.”’$
Mais même Thomas Simpson n l'était qu' ‘un étoile de grandeur tout à fait secondaife comparé à son cousin, Sir Georges Simpson, le gouverneur-en-chef de la compagnie de la baie d'Hudson en .Amé-
rique. Sir Georges connaissait dans ses coins et recoins ce que nous :
appelons aujourd'hui l’Ouest.canadien, et les usages, manières de faire et de dire de cet immense pays n'avaient point de secrets pour ini. Son opinion, comme son èxemple, ne peut done être que du plus & grand poids dans la question que nous traitons.
Vers ce temps-là. il fit un voyage autour du monde: qui le mena - de Londres à la Rivière-Rouge; .de là À la côte du Pacifique, puis en
Alaska et. à Londres par la Sibérie et la Russie. - C'était, pour nn |
homme de son’ époque, uñé trop belle occasion d’écrire un livre pour que même ce magnat du commerce des fourrures la: man ât. Elle
200 AA mon Histoire de l'Eglise Catholique” “dans l'Ouest Cana vol. X pp. et se
1 Son père était un maître d'école de campagne, ministre manqué et fils d’un fermier écossais, .
1 + “Narrative "of the’ Discoveries on the North: ‘Coast of America," p. 14; Lonâres,
8 ‘“‘Life and Discoveries of Thomas Simpson”. p. 150; Lonäres, 1845.
ES
si os -INTRODUCFION ‘ D n s *? So s .
donna donc lieu à un ouvrage en deux volumes dont une édition, celle de Philadelphie, fut publiée en 1847. Or cet auteur qui était si familier avec-les ‘‘voyageurs,?’ coureurs de bois, cultivateurs et traiteurs de notre langue, ne les appelle jamais. que Canadiens, tandis qu’à ses” ‘” yeux les autres blancs de l’Ouest sont-ou bien des Anglais où des Ecossais. Oyez plutôt. : : . | : Lo ‘ Parlant de la colonie de la Rivière-Rouge, il écrit: ‘La population fut promptement coulée dans le moule qui l’a faite ce qu’ell&est— aujourd'hui, un composé consistant, en plus des montagnards de éd . À . Selkirk, dans les vétérans du commerce. des fourrures, surtout des . . . Canadiens, des Orcadiens et des Ecossais, ivec leurs .descendants | de sang mêlé. * . | . = ee . . Pour. quiconque connaît lé rôle éminent que joua péndant très « . longtemps l’auteur de cette phrase au pays dont il parle et aïlleurs, la. "- - déclaration qu’elle contient: doit trancher la. question. ‘Sir Georges . ‘ : - était à lui seul la quintescence de tout, l'Ouest: continuer maintenant . l'énumération détaillée de preuves analogues serait vouloir enfoncer. « , une porte ouverte. CU É UT a 2 -- 7 "-be-prémier-auteur à-donner-sans raison spéciale. quoique con" ————"——"Curremment avec le terme ‘Canadiens,’ lé titre de Canadiéns-fran- 3 çais dux Français de l'Ouest, fut l’évêque anglican de Montréal, dans Feu un petit livret publié en 1845.. Tous les auteurs subséquents jusqu’en . À .1875, John Richardsoh,t ‘explorateur arctique. (1851), l'évêque anglidé can de la Terre de Rupert dans ses ‘Notes .on the Klood’’ (1852), . Alexandre Ross dans son “Red: River Settlement'’. (1856), Mlle Tucker dans son ‘Rainbow in the North"? (1858), se conforment: constamment-à l’usage universellement reçu par la société du temps, . Cet fidèlement suivi par leurs prédécesseurs dans le champ littéraire... ? C’est dire qu'ils appellent uniformément Canadiens tout court ceux : qui sont aujourd’hui connus sous le'nom de Canadiens-français-—. e qualificatif auquel ils n’ont pas recours une seule fois. US Si cette unanimité, qui n’est guère affaiblie que ‘par les deux .. exceptions mentionnées -plus haut dans l’espace ‘d'un siècle. (1775- : °": -…., 1875), ne constitue pas une prescription en règle, je renonce à en trou- . ver nulle part. De par cette prescription, le nom de Canadiens appar-: tient donc en propre à nos compatriotes, ou, pour le moins, ils ont toujours été et restent les Canadiens par excellence. : = + —
3 Mais ce n'est pas tout. Le français, ai-je dit, fut Jongtemps la : 1 langue de la civilisation telle qu'on pouvait la trouver dans les -im-
__ mensités de l'Ouest canadien. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter. un coup d'œil sur tes journaux, lettres et livres que nous ont laissés les anciens traiteurs de fourrures. A peu près tous les noms:de place que mentionnent ces documents sont en français,-alors même que le’... . texte est en anglaïs. Ce sont donc autant. de miroirs qui reflètent . -:
fidèlement la terminologie contemporaine. Celle-ci étant purement
à + ‘‘An Overland Journey Round the. World,” vol. I, p. 43; Philadelphie, 1847. " 1 “The Journal of the Bishop of Montreal’; Londres, 1845. ‘ Foot
‘Arctic Searching Expedition,", 2 vois.; Londres, 1851.
CE
INTRODUCTION -.. : xkiti UN
franèaise,: il s'ensuit que la langue alors générafemeht parlée ne pouvait être que le français. - Er +
Quelques noms proprés de cette époque, comme Portage la Prairie, Lac du Bonnet, Isle à à La Crosse et les nombreux Fonds du Lac, sont descendus jusqu'à nous, et ont définitivement trouvé grâce même : aux yeux des Anglais. Mais ce ne sont là que de rares reliques d’un passé où tous les points géographiques de l’Ouest portaient des noms “français. ÿ + C’est ainsi que, dans duelqües-ins keulement” des chapitres du journal d'Alexandre Henry, le jeune, qui se rapportent exclusivement
à son séjour dans la vallée de la rivière Rouge et pays circonvoisins, La
- nous trouvons, mêlés ça et.là à. son. texte anglais, des mots français . coïime rivière aux Marais, rivière aux Morts, rivière du Miliéu, rivière Bourbeuse, rivière des Lacs, rivière qui Déboule et rivière des Chiens.
‘ Les métis ont conservé jusqu ’à nos jours les noms traditionels, également. fournis par Henry; de la rivière aux Gratias, la rivière la ‘Souris, la rivière aux Jslets de Bois et la rivière Sale; que cet. explorateur. un
—— = appelle rivière-la--Sale-autant- de-points bien: “connus -des-anciens-- du———— me — Me anitoba:
I'y avait aussi, : ‘et de même “éuteur mentionne à l’ occasion, le lac -la Pluie, le lac la Croix (l’un des nombreux “Cross Lakes”), le lac .des-Boïs, le: lac des Mille Lacs (sic probablement pour des Mille Isles), ainsi que le lac du Diable dans .ce qui est aujourd’hui le Dakota ,
n PE
‘ septentrional, tandis que certaines parties, de lacs-et de rivières étaient FF appelées, même par les voyageurs de langue anglaise, soit le Bas de & la Rivière (Rouge),.les Grandes Fourches, la: Pointe. de Mai, l'Isle à , ne
la Biche,‘la Pointe au Sable, ou lé Grand Passage (point sur l'Assini- ‘boïne d’ après Hénry).
Le même. Anglais nous donne en. outre des noms de place comme le Bois Percé, la Prairie à Fournier (près du moderne Saïint-Eustache), ‘la Grande Tremblière, la Tête à la Biche, la Prairie de la Tête de..: Bœuf, lé Grand Marais, Terre Blanche, la Mission* du Chien, la Loge du Serpent et. la Petite Montagne de Roche—autant de noms fran- ‘ cais qui émaillent, tels quels, les pages anglaises du journal d'Henry le jeune.
Enfin celui-ci mentionné aussi, dans le même court espace, des’ cu . noms de lieux-habités ou périodiquement visités comme le fort des, , Prairies, le portage” des Chênes, le portage des Epinettes, et le Grand oo Portage. - ; -‘ , À va sans'dire que “pareils vocables ne séétrouveraient point sous ., une plume anglaise s’ils n’avaient été d’un usage universel, auquel se conformaient régulièrement et de vive voix rmême ceux qui maniaièht . cette plume. 4 - Mais il y'a plus. En dehors de la société dès blanes d *âlors, mais en fréquent contact avec eux, il y avait les sauvages qui les” faisaient | yivre par les ‘abondantes fourrüres qu ‘ils recueillaient dans leurs pays
# Sic pour maison. " 7. os
xxiv INTRODUCTION.
de chasse. Si la langue anglaise avait eu cours, dans ce temps-là, je ne dis pas entre les Canadiens: dont se composait en très grande partie la population .non-aborigène, mais simplement entre les diree- . teurs de maisons de commerce, des Ecossais en général, et leurs emplorés, les premiers se seraient servis, au moins dans leurs écrits, de noms anglais lorsqu'ils avaient à mentionner des Indiens.
Or c’est tout le contraire qui arrivait.. Notant dans leur langue maternelle les mille petits faits divers qui agrémentaient chacune de leurs journées, ils ne manquaient jamais d’avoir recours à celle des Canadiens quand il s’agissait de désigner quelqu’ün de ces aborigènes avec lesquels Ecossais et Français étaient en contéct journalier. Quelle meilleure preuve pourrait-on désirer pour montrer que l’idiome des derniers reléguait alors dans une obscurité absolue celui des premiers? À coup sûr, rien ne pouvait porter ceux-ei à donner des noms français aux Indiens si ce n’est le désir d’être compris de tout le monde en, se conformant à uné pratique universelle. : : - ‘
Dans le même nombre de pages qui nous a fourni les noms de lieu susmentionnés, nous trouvons, pour ne citer qu'un seul auteur, des noms de personne français comme le Bras Court,.la Petite Coquille, le Gros Bras, Folle Avoïine, Gros Blanc, le Vieux Folle Avoine, le Grand Noir, le Vieux Collier, ete., émaillant comme d'habitude des pages anglaises. ” ! . . ui Fo
Un jour le traiteur‘énumère les chefs qui l’ont visité. . Îls ne por- “tent point des noms anglais,- même ‘parmi ses propres nationaux, et il n’essaie point de traduire ceux sous lesquels ils sont, généralement connus des blancs; mais il abandonne un moment son anglais pour les appeler Le Grand, l’Aiïle du Corbeau, le Capot Rouge et lé Chéf des Enfants dans la langue de Molière. Le lendemain il rapporte— en anglais, bien entendu—que la Terre, Grassé—en français—a eu le nez coupé par le Muffle d’Orignal ; un autre jour que la Petite Grue a poignardé l’Hiver, ou que la Grande Gueule a fait six blessures à la Perdrix Blanche, etc. “0 ‘
Conçoit-on la possibilité de la langue anglaise ayant quelque cours dans-une société dont les-esprits dirigeants se .croient obligés . de citer à tout bout de champ des noms si français dans les écrits anglais? Et ne pas oublier que ces exemples ne sont pas le fait d'un
original, mais qu’absolument tous les écrivains alors dans la même . ? -
situation qu’Alekandre Henry nous en fournissent autant que nous :
ourrions en désirer. Bien que l’anglais ou le gaélique fût leur-: pot qu gaëliq
langue maternelle, ils étaient si familiers avec le français’ qu'ils pre- ‘ naient plaïsir à en agrémenter leurs écrits, et l'à propos des-phrases ou bouts de phrases qu'ils citent prouve jusqu’à l'évidence que notre’ langue n'avait point de mystères pour eux. L Que dis-je?. Cette connaissance du français était si remarquable qu’elle influait même parfois sur leur anglais. Par exemple, l’un d’eux, le même Alexandre Henry dont nous avons reproduit les nom- .
breux noms propres français qu’il mentionne, tombe dans un cana-":"
dianisme non déguisé lorsqu'il parle d’un quart de mille de ‘strong.
L Î. INTRODUCTION : U xxv
wood’? équivalent Éttéral de l'expression canadienne “bois fort,” ou dense forêt.* Duncan Cameron, traiteur de la même époque, ermnploie de son côté le verbe ‘‘to baptize, même relativement à un païen qui ‘‘nomme’’ un enfañt, se servant ainsi, sans y prendre garde, d’une manière de païler propie: ‘aux gens de langue française.
Bien plus, noûs trouvons .un gallicisme aussi bien conditionné
que possible daïs'le. journal de James MeKenzie, lorsque ce commer-
çant nous représente ün Canadien qui, sous 1 influence de la boisson, ‘‘began to make the man,’ c'est-à-dire se mit à faire l’homme, phrase qui, en dépit de ses mots anglais, serait parfaitement inintelligible à un Angläis qui ne sait pas le français.
Un quasi-homonyme’ de ce traiteur, Roderick McKenzie, va même encore plus loin. Il n'hésite pas à se forger de toutes pièces um mot à finale anglaise, maïs de charpente française, montrant par là qu’il pénsait en ‘français’ lorsqu ‘il écrivait quil visitait ses pièges ‘‘after debarbouilling son visage. ”/’$ (sic)
: Quant aux expressions purement: françaises qui pullulent dans les livres, lettres et'journaux des traîteurs de fourrures dans l'Ouest, elles sont simplement innombrables. Je suis déjà entré dans tant de
. détails concernant les noms propres: qu'ils citent: que je n'ai pas le-
courage d'en faire autant pour ces mots et ces bouts de phrases dont
‘ils paräissent si friands, Il faut pourtant quelque chose pour former
à l’esprit du lecteur comme un tableau fidèlé, et lui montrer l'empire qu'exerçait alors notre langue sur ces écrivains anglais. . On trouvera doné en note] ceux qui, émaillent le premier volume de Ross Cox, lequel correspond à peine à 150 pages du présent ouvrage. Si
je néglige le second, c’est qu’il en contient un trop grand nombre
ue
pour’ être reproduits ei-dessous.
Et ne pas oublier. que la connaissance du français était alors d'une diffusion si générale dans l'Ouest et ailleurs, que cet auteur ne. croit nullement nécessaire, ou rnême opportur, d’en donner l’équivalent anglais. Le français n ’était-il pas alors la langue universelle ?
—. Bien plus, p.336, second.:volume du inême ouvrage, Cox ne nous. doriné pas moins de six lignes françaises sans la moindre traduction. Et ce n’est point là un cas isolé. D'autres. auteurs du temps comptent autant sur la culture de. leurs lecteurs et les croient aussi familiers. avec cette langue. de la civilisation internationale, ‘qu “ils entendaient
- parler de tous côtés.
* ‘Journal,’ vol. J, 88.
1 Les Bourgeois âu Nord- Ouest, vol. ñ, D. 282.
+Ibid., ibid., p. 399 :. :
8 Ibid, vol. ï D. 38. ri °
‘f Egarements — prévoy, ance—en passant—mitisse—paysanne— habitants—engagés bateaux—ennui—mélange—brochettes —— chicots — souffiet-—garde-vin— flambeaux— coup d’œil--sang-froid — chère amie—belle brunette — bonnes choses—la Trappe— Sainte Vierge—Le voilà—à langlaise—sans permission—la chaudière—bonjour, ‘père
—les Nez Percés-—cap à pié--aide-de-camp—les dalles-merci, mon fils--comme un polisson—enfant de chienne—chemise de cuir—ruse de guerre-—sauve qui peut—com- -
pagnon de voyage—gardes du corps—sur Je champ—hors du commun—la maudite rivière enragée—le compagnon de voyage—oh! mes amis, ñ ‘est trouvé—Les sauvages. nous. flèchent—à la mode du pays—tripe de roche, ”
xxvi É | INTRODUCTION |
Avec les : années, la langue française et 1 ‘influence qui en découlait ne firent que s "accroître, surtout dans l'Ouest du Canada, En sorte que les actes,solennels de 1867 et de 1870 ne furent en quelque sorte que la consécration d'un 1 état de choses qui existait depuis. long-. temps. °
# # La
Mais à à quoi bon 2 appuyer sur les. droits historiques du français au Canada, lorsque nous avons dans les pages qui vont suivre un. exposé si lumineux, si convaincant parce que très cireonstancié, de la question tout entière ? ‘Le Sang Français. ’”’ voilà un synonyme heureux de ‘‘La Race Française,” titre sous lequel. M. A.-H. de Trémaudan 2
. groupé les conférences patriotiques qu'’il.a données. 5 lens divers
auditoires de Winnipeg et de Saint-Boniface, pendant ces temps périlleux si propices à là réception d'idées nobles et généreuses. L'auteur avait fait une bonne œuvre en donnant ces conférences ; illen décuple aujourd'hui le mérite:en les offrant au grand public, par l’intermédiaire de la page imprimée. ‘
. Son horizon ne se. borne : point à à L’ Ouest canadien. L’ Est ‘et les
attention, provoquent ses recherches et lui. suggèrent des hperçus nouveaux. Bien plus, voulant étudier le ‘‘ sang français” jusqu dans sa source la plus pure, il quitté momentanément le Canada et,
-sant en sens inverse la route’ qui nous amena, Cartier et Champlain, :
ii pénètre jusqu’en France,‘ ‘dont il examine minutieusement le caractère à la lumière dé-ses faits et gestes les plus modernes, offre à notre : admiration ce modèle des plus nobles sacrifices .qu’est la femme fran- . caise, et venge l’une et l’autre des accusations imméritées que d’aucuns n'ont pas eraïnt'de leuf lancer à la figure.
Du reste, notre auteur/n'’en est pas à son coup d'essai en fait de publications: . Après avoir fondé et dirigé. à la satisfaction de tous le premier journal du Pas, Man. il fit paraître il y a trois ans un livre intitulé ‘The Hudson Bay Road,'”*. qui reçut le meilleur accueil de la presse compétente du pays. Le fait que .cet ouvrage était en anglais—et je crois pouvoir dire en excellent nglais—devrait être, à lui seul, des plus significatifs.
Si, en bon fils de Français qu'’il.est, en | chercheur insatiable, “véritable érudit et jurisconsulté averti, M. de Trémaudan prône mainte-nant les droits -de sa race. et de sa langue: au Canada, ce n’est pas l'ignorance “du parler des nouveaux-venusr qui lé.pousse à agir ainsi. Il sait infiniment mieux l'anglais qu’uné foule .d’Anglais, surtout
d’Ontariens; mais é’est un esprit droit,qui recherche avant tout la justice et la vérité historique. Or cet amour de la justice et .de- la vérité historique l'empêche de se tenir coi lorsqu’i- est témoin des assauts livrés à l’âme de sa race, c’est-à-dire à sa langue, par des homimes publics sans respect pour les droits d'autrui, trop ignorants et. pas assez progressifs pour savoir un mot du une autre langue que la
leur.
* Londres et Toronto, 1915. -
INTRODUCTION xXxvii
, S'ils étaient des gens cultivés, ils sauraient pourtant que, de
même que.tout homme a deux patries, la sienne et puis la France,
ainsi ne peut-on imaginer une personne accomplie sans la connais-
. Sance du français, la langue diplomatique sous tous les cieux et, en bien des circonstances, celle de la bonne société dans l'Amérique latine
aussi bien qu’en Russie et dans tous les centres européens.* ‘
__ . S'ils avaient de réelles aptitudes pour le gouvernement des homnes, ils se rappelleraient la déclaration d'un des plus grands hommes d'Etat de leur race au Canada, à savoir que ‘‘il n’y a pas de race dominante en ce pays, il n’y a pas de race conquise; en toutes matières, langue, religion ou personne, les sujets britanniques possèdent . des droits égaux." : r - - S'ils étaient des gens pratiques, et éclairés, au lieu de jouer le rôle d’éteignoirs, comme ïls l’ont fait jusqu'ici, ils souscriraient sans reserve à la principale conclusion d’un rapport récemment émané d’un comité parlementaire de la vieille Angleterre, et qui se lit comme il suit : ‘‘Non seulement le français est la langue des relations diplo-. matiques, mais, dans les pays où l'anglai$ ne s'est pas encore. établi, c’est la langue que l’on emploie ordinairement comme langue intermédiaire entre personnes de nationalités différentes. . : À tous les : points de'vue, le français est pour nous, surtout, la plus importante de toutes les langues vivantes; il a et doit garder la première place dans toutes nos écoles et nos universités.” ‘
Souscrivant à pareille déclaration, qui, après tout, n'est que l’ex- . pression d’une vérité bien connue et universellement admise en Europe, nos gouvernants ne pourraient que protéger et encourager l’étude de notre langue, au lieu de l’entourer de toutes sortes de me- .Sures prohibitives.et vexatoires, sinon de la proscrire complètement.
Les italiques ci-dessus sont du soussigné, qui fait des voeux ardents pour un prompt retour chez nos hommes publies d’origine non: - française au bon sens, au vrai patriotisme, non moins qu’à la recon-
‘ naissance des droits de la justice et de la plus vulgaire équité. Il espère, en outre, que ce nouvel ouvrage de M.'de Trémaudan ne contribuera pas peu à la réalisation de cet’ idéal.
. : Dans tous les cas, que les, petits-fils des héros qui découvrirent, explorèrent, et habitèrent les premiers ce pays ne cessent de se rappeler la parole-de Ronsard : ‘C’est un crime de lèse-majesté d’abandonner la langue de son pays,”’ et cette autre du grand philosophe qu'était de Bonnald : ‘Tant qu'un péuple n’est envahi que dans son ‘. territoire, il n’est que vaineu; mais s’il se laisse envahir dans sa langue, il-est fini,” L . ‘ … À.-G. Morice, O.M.I.
..,* Elle” est, on le sait, officiellement reconnue dans les îles de la Manche, dans l'llé Maurice, etc., pour ne parler aue de l’empire britannique. Ÿ Sir John-A. Macdonald. . :
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