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LA GENÈSE DU FRANÇAIS | AU CANADA

Monsieur le Présidents, Mes Révérends Pères.

.Messieurs,—-Je tiens à vous remercier de l'honneur que vous.

m'avez fait en m'invitant si aimablement à à venir vous répéter. la petite ‘ conférénce que. j’ai donnée il y a une quinzaine de jours, devant les membres du nouveau Club ‘de langue française—Le Canada—auquel, je n’en doute pas, vous finirez tous par appartenir, .car le but qu il a entrepris, celui de promouvoir, en les centralisant, les intérêts sociaux et nationaüux- ‘des habitants de langue française : du Maritoba, de grouper sur un même ‘champ d’ action les meilleurs éléments dont se compose notre, population, est tel qu À ne saurait.s' attirer de critique d’aucun quartier. M. Roy$ est là pour vous dire que Jai accepté avec . joie de venir faire connaissance avec vous; toute association de langue française a mes sympathies les plus cordiales. Or, je sais quelle belle oeuvre est la vôtre; je sais quelle magnifique preuve vous avez sû donner et donnez encore de ce que peut accomplir l’esprit de sacrifice allié à l’amour de la langue maternelle et au respect de la foi des

aïeux. Je sais que dans les années à venir, le nom de la paroïsse du :

. Sacré-Coeur brillera d’un éclat tout particulier dans le ciel des revendications de nos droits et de nos libertés; je sais que le nom de son noble ‘fondateur et venéré pasteur, le. Rév. P. Portelance, sera à jamais ‘respecté et. aimé comme celui d’un tenace et d’un brave ; je . sais qu’il est beau de garder vos enfants dans l’école que.vous sup-

portez de vos deniers, tout en supportant, à leur honte indélébile, .

‘celles des habitants de Winnipeg qui vous entourent; je sais toutes

ces choses et du plus profond de mon eoeur de frère canadien-fran-

‘çais,. Messieurs, je vous admire et je vous félicite,

Je viens vous parler sur un sujet qui nous intéresse tous, surtout en ces temps d'épreuves et de luttes: notre histoire en ce pays, depuis ses origines les plus reculées et d’un océan à l’autre, tant au point de vue fédéral qu’au point de vue provincial; je viens, non pas vous apprendre quelque chose, mais rafraîchir vos mémoires à l' égard de certains détails, sur lesquels il fait bon de revenir de temps à autre, d’abord pour bien se les ancrèr dans l'esprit, ensuite pour faire com-

: prendre à ceux qui voudraient nous faire disparaître—car fusion et assimilation ne signifient rien autre chose—que nous. avons des rai-”

sons, que nous prétendons très valables, pour refuser mordicus de nous ‘laisser faire.”

+ Conférence donnée au cercle du Sacré Coeur, le’ 23 février 1916, $M..L.-P. Roy, avocat.

Vous êtes témoins depuis quelques jours, c'est-à-dire depuis la rentrée de la législature, d'une campagne plutôt extraordinaire à l'égard de notre chère et bélle langué, la langue française. Non contents d’avoir, il y a vingt-six ans, décidé que, par économie, il était nécessaire de ne plus rien imprimer d’officiel en français, de ne plus : permettre qu'on parlât français en chambre, certains esprits s'acharnent aujourd’hui à vouloir supprimer le français à à l'école ; on prétend que l'acte de 1870 n’a aucuhe valeur ; on prétend bien d’ autres choses! À ces êtres bornés contentons-nous d ’appliquer les vers. du poête :

LS Hélas! c’est l'ignorance en colère ‘IL faut plaindre Ceux” que. le grand rayon du vrai ne peut atteindre. 1

J° aimerais, à revenir avec vous, ce soir, sur les faits de 1 ‘histoire

canadienne qui démontrent, clair comme jour, que cette législation de 1870;/pleine de bonnes intentions d’ ailleurs, et dont il faut savoir gré à notre brave population .métisse—n'était pas absolument néces- # que le droit au français existait dans l’Ouest bien avant 1870,

et que, par conséquent, il est bien inutile d’ essayer de vouloir nous as$ommer avec le raisonnement de certains Messieurs à perruques.

À à lunettes siègeant à Londres ou ailleurs, que cette. législation est î

autive. et que l’acte de 1870 ne saurait engager à rien. Ce n’est pas” de 1870, ce n’est pas de 1867, ce n’est même pas de 1774, de 1763 ou de 1759 que nous datons. notre droit à notre langue, c’est de la date même de la découverte de ce pays par un homme-—d’autant plus Français qu'il était de Bretagne—Jacques Cartier, en l’an de grâce 1534. Je sais qu’en certains quartiers ces. paroles feront sourire, qu'on me taxera d’exagération, peut-être même d’absurde: l’évidence est pourtant bien là pour prouver ma thèse. Et ici, Messieurs, permettez-moi de vous faire remarquér que des preuves que je vais placer devañt vous, de beaucoup'le plus grand nombre—pour ne pas dire toutes—proviennent de sources autres qüe des sources françaises ou canadiennes-françaises : j’ai toujours été d’avis que pour être sûr

. de conserver son terrain il est bon de commencer par entrer sur celui .

de l'adversaire. Notez. bien que j'aurais pu remonter jusqu’à eés

pêcheurs français qui, avant Cartier, selon Laut, venaient dans leurs

drôles de petites goëélettes à ponts noirs pêcher dans les brouillards des Grands Bancs, courant dans le vent pour se mettre à l’abri des orages. ici, là, partout, le long'de la rive Sud de Terre Neuve, dans les. longs bras du Cap Breton, qu’ils nommaient Lacs du Bras d'Or, Lacs de l'Or, lorsqu'ils les voyaient teints de lumière au lever et au coucher du soleil, dans ‘les lagunes de Gaspé entourées de rochers, dans les trous des murailles du Labrador: j'aurais pu remonter au - Florentin Verrazano commissioné par le roi de France vers 1524 d ‘explorer les miers du Nouveau Monde, au Baron de Léry qui en 1518 songeait à coloniser Terre Neuve, à Denys de Honfleur et Aubert de Dieppe qui: pêchaient dans le golfe du St-Laurent dès 1506. Mais comme le célèbre marin de St. Malo fut le premier qui osa se hasarder

Victor Hugo.

- à . « ‘ . 1 EE EEE . En

au- delà de 1 ’embouchure’ du Grand Fleuve et poursuivre son. voyage, en route comme il croyait pour la Chine, avec instructions de son roi de ‘prendre possession des pays qu'il découvrirait, à lui revient bien l'honneur d'être reconnu comme le véritable: découvreur de ce. vaste

empire qui a nom Canada. :

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