‹ Le sang françaisChapitre 7 sur 47 · FO · texte numérisé non relu

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On parlait. donc déjà français au Canada’ en 1534 Sans doute, .

‘les premières colonies de la:mère patrie d ‘alors ne furent pas des succès, et à vénir jusqu'à la fondation de cette fameuse compagnie "des ‘Cent Associés en 1627, il n’y eut peu ou point de gouvernement. En passant, il est bon de remarquer pour en informer nos amis des - Anglais qui se font un devoir d'ignorer l’histoire de ce pays, due par Jeur charte le roi de France donnait aux actionnaires de cette compagnie ‘‘toute la terre de la Nouvelle France, appelée Canada, depuis Terre. Neuve vers l'Ouest jusqu’au grand lac connu sous le nom de Mer Douce (Lac Supérieur) et au delà, aussi loin qu'ils pourront aller”” et que dès 1607 Lesearbot, l’historien‘de la colonie, avait enten-

du par là le pays jusqu’au Pacifique. Done jusqu ’en 1627 Je gonverne- : ment deila” Nouvelle Frarice fut plus 6u môins irrégulier; on -peut

même dire que cela alla jusqu ‘en 1663, ‘alors que les Cent Associés ‘remirent'leur charte au roi de France {à propos ceci dispose, je pense,

de la prétention qu’à éue et'a peut-être encore certaine compagnie, qui ne naquit qu'en 1670, d’avoir acheté cette charte).

(De 1663 date ce: qu ’on est convenu d'appeler île. régime français:

ce fut le grand Colbert qui organisa le gouvernement de la Nouvelle :

France : du territoire découvert on forma une sorte de province franaise à laquelle on dorina-üne-admiistration semblable à celle dont

jouissait-à-cette épodie la France féodale: Bourinot dans son magni-' Ù fique ouvrage sur la procédure et la pratique#bärlementaire, nous dit” LL qu’il y eut des Seigneurs, un intendant, un Syverieur : que celui-ci

s’appela ‘‘le Gouverneur et Lieutenant- Général" ent Canada, Acadie, Isle de Terre Neuve et autres pays-de. la France. Siptentrionales” et celui Jà ‘“l’intendant de la justice, police. et finance du Canada, ete.’ c'est du français, tout claque ces: titres étaient. ‘conférés par mandats TOyYAUX.

Il ajoute que ‘‘le conseil suprême ; de Québec pour le gouvernement du Canada émettait des décrets pour l'administration civile, commerciale et financière de la Colonie, et rendait jugement dans les

cours civiles et ‘eriminelles, selon les ordonnances royales et la eou-

tume de Paris.’ On prétend, parce qu ’l'n'en est pas fait mention

dans le traité de Paris, qué l’on ne reconnut pas par celui-ci l’officia- : :

lité de la langue française, mais l’on oublie, sans doute seiemment, ‘que. les capitulations de Québec et de Montréal garantissaient le res- - ect des.us et coutumes des populations du pays. Je vous le demande, Messieurs, comment[un peuple peut- il conserver ses coutumes et ses

usages-säns sa langue, comment est-il. possible de suivre la coutume de Paris en. änglais?. ‘I ne faut done pas s'étonner que même- avant l'acte de Québec” de Le propos de cet acte, laissez-moi. vous

At

lire une perle que j'ai découpée dans la Tribune du 7 courant: ‘‘Le Rév. Dr. F. B. DuVal a fait une attaque à fond dé train contre le bilinguisme dans son sermon à l’église de Knox, dimanche soir. Il a raconté les maux qu'à son dire le bi-linguisme a fait maître dans la province de Québec, où le système a été établi par l’acte de Québec . de 1774, un acte (écoutez bien ceci) un acte passé par le Parlement - Britannique en opposition aux désirs de.la population (vous vous dites peut-être qu'il y a ici de l’Empire Britannique, oh! non il y a) de. la province, afin de plaire au clergé et aux politiciens.’ Devant une ighorance aussi crasse on se contente’ de lever les épaules de. pitié.)—Donc même avant l’acte. de Québec de 1774, le Proëureur ‘ Général Thurlow, avocat intègre, et ... . intelligent s’exprimait com : me suit, parlant de nos ancêtres du St. Laurent: ‘‘Ils semblent avoir strictement droit par le jus gentium (le droit des nations) à leur : : ‘ propriété,.tel qu'ils le possèdaient aù moment de la capitulation ef du traité de paix, ainsi qu’à toutes les qualités et les incidents, par jouissance ou ‘autrement, et aussi à leur liberté personnelle. (Pouvezvous vous imaginer une Jiberté personnelle qui vous oblige à abandonner votre langue maternelle?) Ï1 semble donc de conséquence nécessaire, ajoute Thurlow, que toutes ces lois qui .ont aidé à créer, définir et garantir cette propriété leur soient continuées.”’ Et, ainsi : que vous le savez, elles leur furent continuées, malgré les attaques .des fanatiques de ce temps, quand bien même il fut nécessaire pour ces braves gens d'aller jusqu’à Westminstér pour se faire rendre justice. . LT …. ., Maïs je crois bien que j’anticipe sur mon sujet. J'en étais en 1663, et je dois y révenir, car peu. après cette date.se placent des événements dont l’importance-est capitale. En 1666$, d’après le professeur Macoun de Belleville, Ontario, deux Canadiens-français, Radisson -et Groseillers, qui s'étaient rendus jusqu’au lac Winnipeg, . . ” descendirent la rivière Nelson et atteignirent la Baie d'Hudson, où LT Us établirent un poste de fourrure; puis, se rendant compte qu'il: serait plus facile. de se rendre dans ces parageS par eau, de retour sur les bords du St. Laurent, ils s’efforcèrent d’intéresser les autorités constituées à les aider dans leur projet d'établir. des communications par le détroit d’Hudson—entre parenthèses, vous remarquerez que l’idée d’une voie de commerce par la. Baie d'Hudson ne date pas : d’hier—on'ne voulut pas les écouter ; en France, ils n’eurent pas plus de succès. De dépit ils passèrent en Angleterre, et eñ 1670 ils réus- . sissaient à fonder la Compagnie de la Baie d'Hudson à laquelle ce bon roi Charles IT crut très peris.de donner un tas de choses qui ne fai appartenaient pas, entre autres, toutes lés terres. qu'elle. décou- TS Fou vrirait autour de la Baie d'Hudson, pourvu—remarquez bien ceci— pourvu qu elles n’appartinssent pas: aux sujets d'aucun autre prince chrétien, et bar conséquent, cela va de soi, à aucun prince chrétien - lui-même. Or, par lé traité de St. Germain en Layé en l'an 1632

$Le professeur Macoun fait erreur. C’est au printemps ou dans l'ét Radisson et Groseillers parvinrent à la Baie d'Hadson, Mais cette date de 166 he È

Charles I avait reconnu à Louis XIII la souveraineté ‘de l’Agadie, de la Nouvelle France et du Canada, tels que Lescarbot, vingt-cinq ans plus tôt, les entendait. Quelle valeur pouvait bien : avoir lé gracieux . don de Sa Majesté Charles II 88 ans plus tard, c’est-à-dire en 1670, surtout lorsque nous savons que Radisson et Groéeillers, alors sujets du roi de. France, avaient découvert en 1666, nécessairement pour eux ou pour leur roi, la plus grande partie de ce dont il s'agissait ? Mais je veux bien admettre, pour le plaisir de prolonger la discussion, que

Ja charte de la Baie d'Hudsoni—à laquelle deux siècles plus tard ün.-

Gladstone haussera les épaules et qu’un Granville menacera de briser sans cérémomie, si on ne se rend pas à ses conditions d'achat pour le Canada—ait eu quelque valeur. Encore fallût-il que les braves ssociés, .Broupés sous.sa bannière, découvrissent. quelque chose s'ils oulient s’en rendre possesseurs légitimes. ‘Or quel fut le premier

de leurs employés dont il est indubitablement prouvé qu'il ait décou- .

vert quelque territoire au delà de la Rivière Saskatchewan? D'après Graham, ce fut Anthonÿ Hendry en 1754 D’ après Burpee, il y avait ize ans que Pierre Gauthier de Varennes, sieur de Liavérendrye, ‘avait découvert la Rivière Rouge; d’après Dobbs, quätorze ans que le métis français Joseph La France—applaudissez, Messieurs, c’est là le nom d’un grand Canadien- frariçais'de l'Ouest—avait découvert la Saskatchewan ; d’après Bryce, trois ‘ans que le Chevalier de Niverville

ava t-établi Fort. La Jonquière (Calgary). Comment se fait-il done:

qu’on prétend. que le traité de Paris de 1763 n'’inclue pas cette partie

de l’Ouest où nous nous trouvons? C'est qu’il dit que le roi de France

eède au roi d'Angleterre, entre autres, le Canada et cette portion des territoires découverts par les Français à l'Est du Mississipi: on prétend tout. simplement ‘que nous sommes à l'Est du Mississipi, alors . que nous ne sommes mêmé pes dans le bassin de cette grande rivière ;

la chose est plutôt étrange! Surtout quand. on jette les yeux sur cette

carte publiée à Paris en 71755; dans un mémoire présenté à l’académie des sciences par le géographe Buache, indiquant sous le nom de Nou-

‘velle France tout le pays à l'Est et autour des Grands Lacs, et sous | celui de Canada tout le térritoire à l'Ouest de ‘ces. mêmes lacs jusqu'à .

la mer de l'Ouest et l’ océan Pacifique. "C’est qu'on prétend que, par .

‘sa charte, la Baie d'Hudson. ‘était propriétaire du sol dans tout l'Ouest

| canadien. Messieurs, nous affirmons céci : que notre roi d'alors céda à leur roi. un domaine plus grand qu'ils ne disent, .que ée n’est: pas

notre faute s’ils s’en laissèrent prendre” la moitié et durent payer

pour.la ravoir £300 000—une bagatelle/ d’ailleurs, mèntrant. bien la

füutilité des prétentions de la compaghié ‘des rues, Leadenhall. et. . Lime—que ce.n’est pas là une raison pour vouloir nous empêcher de: bénéficier des termes des capitulations de Québec en-1759, de Mont-

réal.en 1760, et du traité de Paris en 763. ‘Notre langue, Messieurs

les Anglais, a été parlée ici avant la vôtre; 'elle continuera à.l’être. : | Nos enfants ont commencé à balbütier nos syllabes, avant vos enfants, ;

les vôtres, ils continueront à le faire. Notre langue a été la première langue officielle du pays: e nous sommes rendus qu’à la con-

. . . a 4 ts, - h ou / - - . e d . - ‘ D 4 gg gere cr c É 7 = a —— s ren ET = ï

6 LE SANG FRANÇAIS cr " te dition—tacite. si l’on veut, mais: réelle-qu’ 6n nous Sa ‘consérve, nous ne vous demandons, que 4° observer’ ce. que ” vous. et votre. roi avez

signé. D Rat a Æ HO N. ri - Pos :

Je lisais avec plaisir ‘äans la lettre dr un M. Chaput à la Tribune, .iya quelques jours, l'affirmation qui nous est si. familière et dont la vérité est si éloquente,’ que si le Canada ‘fait encore‘ ‘partie de l’Empire Britannique, c’est grâce à nous, Canadiens- français. Savez-vous, ‘

Messieurs, qu'il m'arrive de temps à autre de penser que si-l’on com-.

bat quelquefois le français çà et là c’est parce qu’on nous en‘veut de ‘:

. notre loyauté, que l’on sent que nous sommes un’ obstacle’ sur le chemin de l’indépendance ou de 1’ añnexion ?." Je sais que c'est très méchant de penser de la sorte, mais qu y puis-je lorsque j’ ‘étudie, :° dans tous ses détails, cette lutte absurde qui se fait en ce pays contre le français? Je. me vois bien forcé de m ‘imaginer qu il'doit y avoir, . chez ces gens, une idée de derrière la tête.. Et ne vous imaginez pas que le danger soit tout aussi illusoire qu "il semble: cela s” ‘est déjà. vu : car enfin après la conquête et le traité de Paris, "fût- cé le Canada—- : . intimement français alors—qui °demanda ‘et. chercha à obtenir son, indépendance ? Pas du tout, cè furent les colonies purement anglaises :

« début des Etats-Unis. Ne croyez pas ‘qu’on s. ‘en étonnât à la métropole; on s’y attendait plutôt, à tel point qu'à Londres on se trouva bien embarassé que faire du Canada, ‘ane fois le traité de Paris signé. Devait-on le rendre? : Devait-on garder la Guadeloupe de préférence ? (est que, voyez-vous, ‘‘on craignait—je cite Parkman—-que les’ colons anglais, que la France ne tiendraït plus en échec, se répandissent sur le continent, apprissent à se suffire, s émancipässent et. devinssent dangereux.” C’est justement d ailleurs ce qui'arriva; et: pour avoir voulu être trop gourmande, l'Angleterre perdit ce qui forme aujourd’hui les Etats-Unis. Or ce n’était -pas les bons et sages conseils qui avaient manqué. Choiseul avait averti Stanley que

‘.. les colons anglais secoüraient leur joug immédiatement après la ces-

sion du Canada, ce qui n’était qu'une répétition à court: terme de

la déclaration que le voyageur suédois Kalm avait faite treize ans, plus tôt, à l’effet que la présence des Français en Amérique était.la. meilleure assurance pour la Grande Bretagne -que $es colonies reste-, raierit soumises. D'autre part, écoutez ces paroles-'de Benjamin

Franklin,.qui sans doute déjà mûrissait son plan d'indépendance pour

les colonies anglaises : affirmant que celles-ci étäient tellement jalousés oc

les unes des autres qu'il serait absolument impossible qu’elles vinssent” à s’unir contre l'Angleterre: ‘Si ellés ne peuvent déjà pas s ‘entendre,

… contre les Français et les Indiens, dit-il, comment peut-on supposer

qu'il y ait danger qu'elles s “unissent contre leur propre patrie,

Æ ° qu’elles aiment tellement plus qu ‘elles ne s'aiment entre elles? Je

n'hésite pas à dire que l'union entre elles dans un tel-but n’est pas

simplement improbable, qu'elle est impossible. ‘* Est-ce assez miel-

leux? Quoi d'étonnant après cela que ce brave Bute n’y vit que du

bleu et que la bêtise fûf faite de vouloir tout garder. , ‘Qui trop em-

.+ LE SANG FRANÇAIS re 7 brasse, mal, étreint”” dit un vieux proverbe français: douze ans “plus tard ce bon Benjamin Franklin, avec l’aide du célèbre Washington, établissait la République des Etats-Unis: Maintenant, pour revenir

à notre ami M. Chaput, ne nous est-il pas permis, surtont lorsque nous -savons que dès ce temps-là les Canadiens- français refusèrent de se joindre: aux: rebelles, ne nous est-il pas permis, dis-je, de erier.sur les

toits: ‘‘Est- ce la langue française qui rendit ces bons colons anglais |

-déloyaux ?’’

| Entre. parenthèses, et. puisque j'en suis sur cette question ‘de | ‘loyalisme, qu'’ilme soit permis de rappeler qu'avant les troubles de

1869-70 de là rivière Rouge il y eut un essai de formation de république à Portage la Prairie; et qui en était le président? M. Thomas

Spence, un loyal d’Ontario. Parlait-il français ou anglais, Monsieur...

Spence ?

En se rappelant ces choses et plus particulièrement la cause de l'indépendance îles Etats-Unis, par amour pour la mère patrie—et par cés mots j'entends l'Angleterre, remarquez bien—on se prend à songer que Ce brave Pontiac, tout Indièn qu’il était, fut le dernier à sentir quelle erreur se commettait en perinettant que l'ascendant français disparut de sa mère patrié. Compatriotes de langue anglaise, je vais vous répéter un secret à l'oreille: ‘Savez-vous pourquoi nous tenons à ‘conserver notre langue, c'est qu'après ces événements dont nos ancêtres furent les témoins en 1775, nons savons qu'elle est le

rempart le plus solide, qui existe au Canada, contre l’ indépendance

et L annexion.”?

: Et en disant ceci je ne fais que e répéter ce que disait Lord Elgin

en‘1848: ‘‘Qui osera dire que la dernière maïñ qui brandira le dra- :

peau britannique sur.le sol américain ne sera pas peut-être celle d’un Canadien-français?’’ Les esprits se sont bien raccornis en ce pays depuis quelques années: écoutez par exemple ce que disait Sir John Macdonald en 1890 quand il fut question à Ottawa d'’abolir le français cornme langue officielle dans les Territoires du Nord Ouest: ‘Je ne partage nullement le voeu exprimé en certains quartiers que par un mode quelconque l’on tente d'opprimer l’une des langues du pays ou de la rendre inférieure à l’autre. $i la tentative était faite

“<elle serait, je crois, irréalisable. Et si elle était réalisable, elle serait folle et criminelle. ”? Messieurs les ffancophobes, voilà comment vous parle l’un des hommes qu'avec justice—car il le mérite—vous admirez le plus.

Et puis quand ils ragit de tolérance il est bien permis. de vous citer l'exemple de la mère patrie, n’est-ce pas? En cette même année 1890 il fut question en Angleterre de subétituer la langue anglaise à la langue italienne à Malte. Gladstone, alors chef de l'opposition, dénonça la proposition en termes non équivoques : l’'Hon. M. Balfour, Premier Ministre à l’époque, ne se fit pas faute de tranquilliser les

esprits. Voici quelles furent ses paroles: ‘Je puis vous certifier pour ma part que cette accusation, qu’elle soit faite de façon catégorique ou insidieuse, est absolument et entièrement sans fondement. L'idée .

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