‹ Le sang françaisChapitre 8 sur 47 · ELA · texte numérisé non relu

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que ce gouvernement ou-tout autre gouvernement pourrait saerifier

les droits d’une minorité dans une partie quelconque des Puissances : de Sa Majesté est. tellement absurde, contradictoire et si contraire

au caractère de chacun des ministres de Sa Majesté, qu'il est inutile

pour moi d'examiner l’accusation, dont il est difficile de dire si-.elle

est plus monstrueuse que ridicule.” Plût au ciel qu’il y.eut de nom-

breux échantillons des Gladstone et des: Balfonr au Canada!

. * . > Däns son magnifique ouvrage, ‘Les Français au coeur de l’Amé- .,

rique,” John Finley, commissaire d'éducation et président de l'Université de l'Etat de New York, rapporte les paroles du P. Hennepin au sujet du passage vers la Mer Douce: ‘Ceux qui un jour auront le bonheur de posséder ce détroit fertile et agréable, en sauront beau-, coup de gré à cehx qui leur en auront montré le chemin, ””'et il s’éerie: ‘Beaucoup de gré? Non, Hennepin! Des centaines de mille qui passent maintenant chaque année par ce détroit.ou des milliers qui habitent sur ses rives, il n'y en a pas cent, je suis sûr, qui se souvien- . nent de ceux qui en ont montré le chemin! Ils ont même oublié quela première voix européenne que le Niagara entendit fut celle d’un Français! Ste Claire, nom que vous donnâtes au joli détroit, par gratitude et en honneur du jour que votre troupe l’atteignit, est devenu masculin en l’honneur d’un général américain.’’ Ce qui prouve, Messieurs, que tous lés Boches ne sont pas en Prusse, et qu’en : certains autres pays on n'a guère plus qu’en Allemagne de respect pour les choses sacrées, pour les Louvain et les Reims. - ‘ CAE :

Avant de terminer cette étude, déjà trop longue, permettez-moi,

Messieurs, de citer cette fois un auteur français: Victor Hugo, que

uos amis les Anglais aiment (et ils ont raison, sans lui qui parmi-nous. :

connaîtrait Shakespeare?) à écrit: e | ‘Il y a un rapport intime entre les langues et les climats. Le soleil produit les voyelles comme il produit les fleurs; le nord se hérisse de consonnes comme de glaces et de rochers. L'équilibre des consonnes et des voyelles s'établit dans les langues intermédiaires, lesquelles naissent des climats tempérés. C'est là une des causes de la domination de l’idiome français. Un idiome du nord, l’allemand, par ‘exemple, ne pourrait devenir la langue universelle, il contient : trobide éonsonnes que rie pourraient mâcher les molles bouches du . MAÉ. À idiome méridional, l'italien, je suppose, ne pourrait non plu#"$'adapter à toutes les nations: ses nombreuses voyelles, à peine soutenues dans l’intérieur des mots, s’évanouiraient dans les rudes

-S ss dans . .

”«prononciations du Nord. Le français, au contraire, appuyé sur les-

‘consonnes sans en être hérissé, adouei par les voyelles sans en être

affadi, est composé de telle sorte que toutes les langues humaines peu-.. vent l'admettre. Aussi ai-je pu dire, et puis-je répéter ici, que ce n’est. pas seulement la France qui parle français, c’est la civilisation”? CX # * Messieurs, je vous le dis franchement et sans la moindre arrière pensée, je serais désolé si, ainsi que la ‘chose arrive souvent, nos amis

ss se

d'autre e langué. officielle au Canada interprètaient mal cès paroles. Cé que je viens de vous dire n’a pas l'intention d'être combatif: j'ai

- voulu seulement apporter ma pierre à l édifice qui se construit en ce

faoment chez nous, Canadiens-français, en vue de remettre les choses

au point.’ Sans doute, entre bons camarades, un peu d'’ironie et de

plaisanterie ne gêne pas ; là-bas dans les tranchées de France et de Belgique, aussi bien qu'ici dans nos bureaux et places. Me commerce

S - de Winnipeg, .on s’entretient ‘bien entre hommes d'éléments fran-

cais et anglais de ces questions. sérieuses ; on n’en est pas plus. mauvais amis.pour cela ;. que les mêmes choses se disent de temps à autre de façon un peu plus solennelle, cela ne.veut pas dire qu'on se fâche. J'ai toujours été et demeurerai toujours, je: l'espère, optimiste. Eh! bien, je crois, quoi qu'on en puisse dire et quelques lois spoliatrices qu'on puisse passer, que nous sommés en ce moment au tournant du chemin. dans cette question du français au* Canada, et que l’on va sous peu s’engager dans la bonne voie: je suis sûr que si l’on prenait aujourd’hui un vote individuel, disons par voie de recensement, À l'effet de savoir si la langue française doit être abolie, la majorité

. de la population canadiénne voterait pour le maintien du bél et doux

idiome de France.

D'ailleurs, on en sent déjà le désir dans les journaux de langue anglaise ; c'est ainsi que le Chronicle de Québec écrivait à la date “du 28 janvier: ‘‘Assurément il est temps que les esprits les mieux équilibrés et les plus larges parmi les personnalités dirigeantes au Canada s'associent dans un commun effort pour voir s’il n’est pas possible de règler à l’aimable la question bilingue, à la satisfaction des parties intéressées, c’est-à-dire, à la satisfaction des citoyens du Canada. Il est clair que, tôt ou tard, il faudra arriver à règler cette question, et

e’est notre ferme conviction qu ‘il ne saurait y avoir de moment plus

propice que le présent pour solutionner la question. ‘À une époque

.où les soldats anglais et français meurent, les uns à côté des autres,

dans les Flandres, et aïlleurs, pour la défense d’une même cause, et animés par le même désir, si noble, de faire triompher les principes de la liberté, de la démocratie, de la justice et de l'humanité; alors que le sang répandu en commun forme un eim'ent liant dans une communion plus intime et plus stable les deux plus grandes nations du monde, on ne peut tolérer qu'il existe au Canada une catégorie d'individus travaillant à dresser et fortifier une barrière de haïnes religieuses et de haïiries de race entre les descendants, .en'ce pays, de ces deux mêmes races. . Les choses en sont arrivées à un point où il n’est plus permis de laïsser cette question si ‘importante servir de balle à jouer pour les politiciens, car l’heure est arrivée où l'unité nationale doit être le but de nos efforts unanimes. Nous avons joué avec le feu trop

longtemps de. part et d'autre. Si cette guerre venait à s’achever

sans que se soit accompli ici une association plus harmonieuse entre les deux races, nous aurions laissé passer la plus favorable des occasions qu" ‘elle comportait.”? -

Et pas plus tard qu’il y a quelques jours un des avocats Îles plus

en vue de Winnipeg, ancien maire de cette ville, écrivait à l'éditeur du Telegram: ‘‘Il est regrettable qu'’alors que les fils de la Grande Bretagne et de la France, ainsi que ceux de Canada, sont frères d'armes, luttant pour notre existence même et pour la préservation

.de notre liberté aivile et individuelle, une section de notre population

se croit obligée soulever, comme question d'importance, celle du bilinguisme. Rien ne saurait être plus clair que l’intention, au moment de la confédération, de conserver tous les droits de la race fransaise au Canada Ce fut un contrat entre.nous, aussi commissoire

pour nous, que la. neutralité de la Belgique l'était pour les Allemands, et il semblerait qu’it y en a parmi nous qui veulent, comme le Kaïser,

ne considérer cë traité ou obligation que comme un simple chiffon de papier. Si nous avions pris pour règle de conduite d’obliger tous les enfants à apprendre le français aussi bien que l’anglais, c’eut été une mesure.très sage. Rien ne tend autant à élargir la vision intellectuelle de l’écolier que la.possession d’une deuxième langue remplie de sa riche littérature. . . Soyons généreux plutôt qu'intolérants, insistons sur la perfection dans nos écoles, quand même cela comprendrait l’acquisition d’une deuxième langue. .. Nos enfants n’en seraient que meilleurs hommes et meïlleurs Canadiens si on les obligeaït, à apprendre une autre langue en plus de la leur.” .

Téute la lettre de M. A.-G. Andrews seïait à citer, maiïs.il faut que je me limite. Il me suffira d’ailleurs de vous avoir cité, ces sages

paroles pour vous indiquer qu’il-y a dans notre ciel noir üne lueur. d'espoir, et que nous avons le droit de croire que nous aurons enfin.

le bonheur de pouvoir parler et enseigñer notre'belle langue en toute liberté. | |

A Belfort—la place forte de France qui en 1870 ne se rendit jamais à l’Allemagne, et dont la garnison sortit avee les honneurs de la guerre—il y a un groupe de Mercié—le célèbre sculpteur 4e

‘‘Gloria Vietis’"—élevé en 1882, en souvenir de la magnifique et im- :

mortelle résistance de cette ville. ‘‘Un mobile blessé chancelle et va

tomber, mais une .Alsacienne le soutient en le saisissant d’une main

par la tunique, tandis que, de l’autre, elle le couvre avec le fusil dont son défenseur ne se servira plus. Son attitude est superbe, elle atteste une énergie invincible. Le visage émacié du mobile dit les fatigues et les souffrances d'un long siège.’’* En dessous Mercié a écrit ces deux mots qui en disent plus qu’un long poème: ‘‘Quand même!” Messieurs, la France depuis août 1914 a prouvé ce qu’elle peut faire, à tel point que le monde entier s’est étonné et s’étonne encore qu’elle ait pu et puisse encore offrir une résistance si opiniâtre et si digne aux sauvages envahisseurs contre lesquels elle a à lutter: à tel point que depuis la Marne, la victoire pour les alliés-ne’ fait plus l’ombre d'un

doute. Eh! bien, Messieurs, en ce grand pays du Canada que nos .

* Dictionnaire Larousse. -

Rue”

‘ancêtres ont découvert, qu'ils ont fertilisé de leurs sueurs et de leur sang, nous sommes et devons demeurer les invincibles fils de la Vieille France. Depuis 1759 nous luttons de façon opiniâtre et digne, sinon - toujéurs heureuse, contre les attaques écoeurantes de ceux qui devraient être nos compatriotes et nos frères, pour la conservation de ce que nous avons de plus cher an monde comme Français: notre ‘langue. $i encore cétte fois on croie devoir fouler aux pieds les droits sacrés que nous réclamons, levons la tête plus haut que jamais, ‘et lançons à la face de nos perséceuteurs endureis, avec d’autant plus de force que leur attaque, en ces jours où nous luttons à leurs côtés, est plus hideuse, ce eri de ralliement qui nous aidera à supporter, sans fléchir, les luttes de l’avenir: ‘Nous parlerons français, quand même !*?

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