‹ Le SangChapitre 5 sur 7 · GO · texte numérisé non relu

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homme avait reçu sur la tête un coup violent qui l'avait (étourdi, mais qui n'avait produit aucun symptôme fâcheux. Je ne pus découvrir dans ce sérum, à l'aide du microscope, rien qui ressemblât à des globules ou à des flocons, quoique le microscope fût très puissant. Les globules rouges mêlés avec ce sérum s'y comportèrent comme dans le sérum ordlnaii-e. Il se dessécha uniformément comme la couenne du sang.

On laissa reposer du sang tiré d'une des veines du bras et qui n'offrait d'autre caractère paiilculier que d'avoir un sérum laiteux, afin d'observer les changements spontanés qui s'opéreraient dans ce sérum. La partie blanche s'éleva à la surface, comme la crème, ce qui pix)uvait qu'elle était plus légère que le sérum, et, ainsi i*assemblée, elle présenta une couleur très blanche. Examinée au microscope, elle était évidemment globuleuse; mais les globules étaient plus petits que ceux du sang rouge. Ces globules ne parurent point se dissoudre dans l'eau comme les globules rouges.

Thomas Skelton, aubergiste, âgé de 47 ans, d'im tempérament assez robuste, et sujet à des rhumes fréquents accompagnés de toux, d'enrouement, et d'une expectoration qui provenait soit <les bronches, soit de la gorge, mais jouissant d'ailleui*s d'une bonne santé, fut pris d'un rhume violent, avec gène de la respiration, pour lequel il consulta M. Wilson, apothicaire; celui-ci lui fit au bras une saignée de douze onces, qui le soulagea beaucoup. Quatre

heures avant d'être saigné, il avait mangé un peu de pain et de beurre, et bu un peu de thé sans lait. Le sang forma un caillot solide, et le sérum qui s'en sépara présenta une couleur blanche avec teinte jaunâti'e, semblable à la couleur de la crème. A la partie supérieure de ce sérum, flottait, comme ime autre crème, une couche qui était encore plus blanche. Cette crème, examinée au microscope, avait une apparence floconneuse; elle ne se coagula pas plus tôt que le sérum ordinaire. En la mêlant avec l'alcool, on produisit un composé blanc qui, par le repos, se précipita au fond du vase. Ce précipité était dû très probablement à la coagulation du sérum avec lequel elle était unie.

Les globules du sérum blanc diffèrent des globules rouges par la couleur, par la pesanteur spécifique, par le vohmie, et par la propriété qu'ils ont d'être iiisolubles dans l'eau.

Pour s'aissurer si cette substance est du chyle, il faudrait traiter du chyle de la même manière dans du sérum, etc.

Je plongeai un morceau de papier brouillard dans cette crème, jusqu'à ce qu'il l'eût tout absorbée. Je plongeai également un morceau du même papier dans le sérum; je les fis sécher tous les deux, et je les brûlai, afin de voir si l'un brûlerait plus vivement que l'autre; mais je ne remarquai, sous ce rapport, aucune différence.

La partie blanche du sérum laiteux, mise dans l'eau, tombe au fond du vase.

I IV. Des globules rouges.

Bien que la partie rouge du sang ait été, plus que les deux autres, Pobjet de Pattentiou des médecins, je me suis décidé à ne la décrire que la dernière, parce que je la considère comme la moins importante. Non seulement elle n'existe point dans le sang de tous les animaux, comme la lymphe coagulante et le sérum, mais encore on ne la trouve point dans toutes les parties des animaux qui la présentent dans la masse générale de leur sang.

Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, le sang des animaux qui nous sont le plus familiers apparaît à Poedl nu comme une masse liquide rouge, dont une partie se coagule quand le sang est hors de ses vaisseaux. Toutefois, on peut, par le lavage, débarrasser le coagulum de la partie rouge assez complètement pour le laisser entièrement blanc, ce qui démontre que le «ang n'est point entièrement rouge, mais que seulement il possède une matière rouge qui est mélangée avec ses autres parties constituantes.

Tous les autres renseignements que nous puissions nous procurer sur la partie rouge du sang, nous sont transmis par le moyen des verres grossissants, qui nous fournissent des données importantes. Avec leur secours, on voit que la partie rouge du sang est composée de corps globuleux qui no-

gent dans la lymphe et 'damis le sérum./. C'est 'ii)robablemeut cette circonstance, savoir, que la partie rouge du sang a une forme déterminée, qui a porté les anatomistes à lui accorder plus d'attention qu'elle ne le mérite, comme s'ils eussent pu découvrir dans cette étude quelque princix)e essentiel du sang ou de l'économie animale.

Cette connaissance est de date récente, car on n'a pu se livrer à l'examen des corps très petits qu'a» près l'invention et l'application des verres grossissants. Malpighi fut probablement le premier qui employa le microscope dans ce but; 'en 1668, il publia une description des caractères extérieurs des globules renfermés dans les vaisseaux sanguins de l'épiploon, qu'il prit toutefois, par erreur, pour des globules de graisse. Les recherches microscopiques furent poursuivies avec beaucoup d'ardeur par Antoine Van Leewenhoeck, qui aperçut les globules rouges le 15 août 1673. Çès prenders observateurs ont probablement imaginé plus encore qu'ils n'ont

Lorsqu'une ancienne opinion est en partie condanmée et qu'une nouvelle est mise en avant, il n'est nécessaire que de rechercher jusqu'à quel point l'opinion nouvelle est exacte; si celle-ci n'est jioint démontrée, il faut revenir à l'ancienne croyance, ou s'attacher à quelque autre.

Bewson s'est donné beaucoup <ie peine pour examiner le sang au microscope, et il a donné des figures qui représentent les différentes formes des glo-

Jbules sanguins (Phil. Trans., 1773, p. 303); maïs il y a lieu de croire qu'il a pu être déçu de même que Malpighi et les autres.

Les globules rouges sont toujours à peu de chose près du même volume chez le même animal, et, lorsqu'ils nagent dans le sérum, ils ne se fondent pmnt les uns dans les autres conune fait l'huile, qui est divisée en petits globules dans l'eau. Leur forme ne leur vient donc point de leur défaut d'union avec le sérum; ils ont len réalité une figure et un volume déterminésN C'est ce qui a lieu également pour les globules du lait. En effet, le lait étant un corps huileux, ses globules ne sont pas solubles dans l'eau; ce ne sont plus des gouttelettes d'huile pure susceptibles de se fondre les unes dans les autres; ils ne se dissolvent pas davantage dans l'huile. Je considère donc les globules du sang comme des corps réguliers, dont deux ne peuvent se réunir pour en former jin seul.

Je ne sais comment me rendre compte de l'état globuleux de la partie rouge du sang, qui semble ainsi se rapprocher de la nature des corps solides. Cependant les particules elles-mêmes ne paraissent pas avoir les propriétés des solides: au toucher, elles ne communiquent nullement la sensation de soli* dite; quand elles sont en circulation dans les vaisseaux, on peut les voir prendre une forme ellipti-» que pour s'adapter au diamètre de ceux-ci. Elles sont donc constituées par un liquide qui, tant qu'elles sont dans le sérum, est doué d'une attraction

qui s'exerce sur ses propres molécules et leur domie leur forme globuleuse, sans qu'elles aient toutefois la faculté de s'unir ensemble, ce qui peut dépendre de ce que la sphère de leur attraction centrale ne s'étend pas au delà de leur propre circonférence. Cependant, si elles présentent une forme ovale chez quelques animaux, conmie plusieurs auteurs l'ont écrit, cette circonstance ne permet point de les considérer comme des globules liquides doués d'une attraction centrale; mais cette assertion est probablement le résultat d'une erreur d'optique- Quelle que soit leur forme, je présume qu'elle est toujours la même chez les mêmes animaux, et sans doute aussi chez tous les animaux, car elle doit dépendre d'un principe invariable inhérent au globule lidmême. On doit donc avoir peu de confiance dan» les auteurs qui ont décrit les globules coname étant de forme ovale chez quelques animaux, car ils ont été jusqu'à leur attribuer des formes étranges et diverses chez le même animal.

Les globules du sang jouissent de plusieurs propriétés. Ils sont la seule partie du sang qui ait. ime forme et une couleur, deux propriétés qui sont facilement appréciables aux yeux, et qui rendent le liquide entier plus visible. Dans le corpg lâvant, en rendant le sang appréciable à la vue, ils donnent une idée de son mouvement dans les plus petits vaisseaux, où il est extrêmement divisé. Si là on l'examine avec le microscope, on voit les globules rouges animés d'un mouvenient vaiîable pour la

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L'acide ritrioliq^e ne dissout point les g^obnles rouges quand il est assez étendu pour avoir un goût moins adde que le vinaigre commun.

Les ^obules rouges sont solubles dans le vinaigre conmiun, mais ils s'y dissolvent plus lentement que dans Fean, et leur dissolution v est beancoup moins lente quand le vinaigre est étendu d'eau.

Dans l'acide murîatique, étendu de manière à être plus piquant sur la langue et trois fois plus fort qîie le vinaigre, les globules ne se dissolvent pa««, mais ils ^^'•^'^nt leur couleur ronge. 8i l'on ajoute

uDe plus grande quantité d'eau, ils se dissolyent Le suc de citron les dissout. Tous ces faits, cependant, ne jettent que peu de lumière sur cet élément du sang.

Quand les globules sont mis dans Teau, ils se dissolvent, ce qui détruit leur forme globuleuse; c'est donc le sérum, et probablement aussi la l^-mphe coagulante, quand ces deux liquides sonîi en circulation, qui les maintiennent dans cette forme; mais quand le sérum est étendu d'eau, ils s'y dissolvent^ et cette dissolution s'effectue tout d'un coup, aussi vite que l'eau s'unit avec l'eau.

Je n'ai rien vu dans ce phénomène qui ressemblât à la dissolution d'un corps solide, comme d'un sel, par exemple. H faut mêler deux gouttes <i'eau avec une goutte de sang pour que les globules de ce dernier se dissolvent. L'urine étendue d'eau les dissout également. Cependant, les globules se dissolvent et dans le sérum et dans l'urine, lorsqu'on les y laisse séjourner quelques jours; mais je crois que la dissolution s'opère plus tard dans le dernier de ces deux liquides. Lorsque les globules restent sans être dissous dans un liquide quelconque, la masse totale est trouble et n'a point de transparence; mais, quand ils sont dissous dans l'eau, le liquide est d'un beau rouge clair. En vertu de quelles propriétés agissent le sérum et les autres substances qui conservent à la partie rouge du sang sa forme régulière? c'est ce que je ne saurais dire.

Si, après avoir desséché les globules rouges dans

le sérum, on les délaye de nouveau dans ce même liquide, ils ne reprennent plus leur forme régulière; ils ne s'y dissolvent point non plus, comme ils le font dans Peau, mais ils forment des espèces de ilocons. Le sérum et plusieurs solutions salines De dissolvant pas les globules rouges, je pensai qu'il serait possible, après les avoir dissous dans l'eau, de leur faire reprendre leur forme globuleuse, en ajoutant à leur solution aqueuse une quantité de sérum telle, que l'eau se trouvât dans le mélange en très petite proportion; mais je ne pus obtenir ce résultat, quoique le menstrue fût devenu inca pable de dissoudre de nouveaux globules.

Les globules rouges étant insolubles dans le sérum et dans la Ij^mphe coagulante, ils peuvent, dans le cours de la circulation, se séparer de ces deux substances, et par conséquent être repoussés des parties où la lymphe coagulante pénètre à l'état de lymplie, et dans lesquelles ils ne passent certainement point; c'est aussi cette insolubilité qui fait que, dans le sang extravasé, les globules rouges se trouvent retenus si complètement dans le coagulum. Les globules, outre qu'ils sont plus pesants que le sénmi et la l^Tuphe coagulante, paraissent aussi contenir plus de matière, car ils ne perdent pas autant par la dessiccation; et, quand on les fait sécher avec le sérum, ils produisent à la surface du résidu une in^alité que le sérum ne présente point par lui-même. Ils ne paraissent pas être une partie naturelle du sang; il semble qu'ils.

soient formés en dehors de lui, si Pon peut ainsi dire, ou qu'ils soient engendrés dans ce liquide, mais non de sa propre substance. En effet, ils se forment à une époque plus avancée de la vie que les deux autres éléments du sang. Ainsi, lorsqu'on observe le poulet dans Tœuf , et qu'on voit le coeur battre, cet organe contient, avant qu'aucun globule rouge soit formé, un liquide transparent que l'on peut considérer comme composé par le sérum et par la lymphe. Les globules i)araisî5ent, non se former dans ces deux parties du sang déjà produites, mais plutôt prendre naissance dans les parties environnantes. Leur formation parait aussi être plus difficile que celle des deux autres éléments du sang. Quand un animal a perdu une quantité conâdérable de sang, le sérum et la lymphe paraissent se reproduire plus promptement que les globules rouges. LJanimal reste longtemps pâle. Mais cette assertion n'est qu'une conjecture, car nous n'avons aucun moyen d'apprécier la quantité des deux autres substances.

De ce qui précède, il résulte que les globules rouges, quelles que soient leurs fonctions dans la machine animale, ne sont certainement point d'un usage aussi universel que la lymphe coagulante, attendu qu'on ne les trouve point chez tous les animaux; qu'ils n'existent point aussitôt que cette lymphe chez ceux qui en présentent; qu'ils ne sont point portés dans les extrémités artérielles, où l'on doit supposer que la Ij-mphe pénètre; et que leur géiié-

ration paraît être moins prompte que celle de cette dernière. En conséquence, on doit admettre qu'ils ne constituent point la partie essentielle du sang, relativement à la part que prend ce liquide à l'accroissement, aux réparations de la machine, etc. Leur action semble être liée à la force du corps, car plus l'animal est fort, plus il a de globules rouges, et l'exercice, qui accroît la vigueur corjporelle, non seulement augmente leur proportion dans toute l'économie, mais encore, ainsi que nous le verrons, détermine leur transport» en des parties où, dans un état de repos ou d'affaiblissement de l'animal, ils ne peuvent pas pénétrer. Ainsi, il est probable que le degré d'activité d'une partie, et la quantité de globules rouges qui la traversent, sont assez exactement en proportion l'un de l'autre. Ces faits sont si bien connus de ceux qui élèvent de jeunes animauv pour la table des gastronomes, qu'ils les saignent immédiatement après leur naissance pour diminuer le nombre de leur globules rouges, et les privent d'exercice afin d'empêcher que ces globules n'augmentent de quantité, et ne soient portés dans les parties éloignées du cœur.

Les trois parties constituantes du sang diffèrent entre elles pour la pesanteur spécifique: le sérum, qui est la partie liquide, est le plus léger; la partie solide, ou la lymphe, vient ensuite; et les globules rouges sont la partie la plus pesante. Cette différence est manifeste lorsque le sang se sépare promptement en ses parties constituantes. Le se

nim flotte à la partie supérieure de la masse, et les globules rouges tombeut à la partie inférieure, tandis que la lymphe resterait suspendue entre les deux autres si, par suite de sa coagulation, la partie rouge n'était emprisonnée dans sa substance. Toutefois, cet effet, qui est constant, ne prouve point d'une manière absolue qu'il j ait une différence de pesanteur spécifique entre le sérum et la lymphe coagulante; tout ce qu'on pourrait rigoureusement en conclure, c'est que les globules rouges, qui sont évidemment les plus pesants, entraînent la lymphe coagulante à la partie inférieure du sérum.

Pour arriver à ime démonstration concluante du fait en question, j'ai fait l'expérience suivante: Je recueillis un peu de sang qui se sépara facilement en ses parties constituantes; dans une certaine quantité de sérum, je plaçai un fragment de lymphe coagulante entièrement privé de globules rouges; or ce fragment descendit au fond du vase, mais assez lentement. Il résulte de là que la lymphe, quand elle est coagulée, est un peu plus pesante que le sérum. Je pris alors une quantité égale de lymphe extraite de la partie inférieure du coagulum, qui contenait des globules rouges, et je la plaçai dans le sérum en même temps que la lymphe pure, afin de voir lequel des deux fragments s'enfoncerait le plus vite: le fragment chargé de globules rouges descendit à peu près trois fois aussi vite que l'autre. Le sérum lui-même est beaucoup

plus pesant que l'eau commune, car les mêmes frag-» ments, placés <le la même manière dans ce derr nier liquide, s'enfoncèrent tous deux beaucoup plus rapidement que dans le sérum, et je n'observai point la même disproportion dans la rapidité de là chute de l'un et de l'autre.

Lorsque le sang a une forte disposition à se coaguler efc n'est pas en grande quantité, il se coagule très Tite, et les globules rouges sont enveloppés dans le coagulum. Cependant, même alors, ils sont moins nombreux au sommet du caillot que partout ailleurs, et on les trouve de plus en plus abondants à mesure qu'on examine celui-ci dans une région I)lus profonde; et, quoiqu'il semble qu'aloi's le sommet du coagulum ne présente point de lymphe coagulante privée de globules rouges, cependant on j trouve, dans la plupart des cas, une pellicule mince de cette lymphe, que l'on peut enlever.

J'ai déjà dit que le sang, pris en masse, présente une couleur rouge dans un grand nombre de classes d'animaux; j'ajouterai maintenant que sa couleur est beaucoup plus foncée dans certaines classes que dans les autres, et cela dépend sans doute d'une plus grande proportion de globules rouges relativement à la Ijonphe et au sérum. C'est ce qui devient évident quand on examine comparativement du sang des différentes classes d'animaux. La classe des quadrupèdes est, je crois, celle dont le sang offre la coloration la plus foncée; je ne sais, cependant, si cette coloration n'est pas à peu de chose près

aussi prononcée chez quelques oiseaux. I^ coloration du sang parait même avoir beaucoup plus de corps dans certaines espèces de la môme classe que dans les autres. Ainsi, le sang du lièvre est plus foncé que celui du lapin.

p'est de la partie rouge du sang que dépendent les différences dans le degré de coloration des différentes parties des animaux; et la méthode commune pour juger de ce fait consiste à examiner la couleur des parties dans les différentes classes d'animaux à sang rouge; c'est d'après leur aspect que nous formons généralement notre opinion; car, bien que, chez quelques animaux qui ont les muscles blancs, le foie, les reins et le cœur soient presque aussi rouges que chez d'autres animaux dont tous les muscles sont aussi rouges que ces viscères, cependant, puisque les muscles sont blancs, il doit y avoir sur la masse totale une proportion moins forte de globules rouges. En effet, si les parties qui sont rouges chez les animaux à- muscles blancs, conmie le cœur, le foie, etc., n'ont pas plus de globules rouges qu'ils ne doivent en avoir en proportion des animaux dont les organes sont généralement rouges, ces animaux sont donc en somme moins riches en globules rouges. On peut suivre graduellement cette idée depuis les animaux qui ont le moins de muscles rouges, jusqu'à ceux dont les muscles le sont généralement et présentent une couleur très prononcée. Dans la même espèce, la couleur de tous les muscles n'est pa^ également f on-

cée. Les muscles sont plu» ou moins rouges chez les sujets qui ont ce qu'on appelle des tempéraments différents. Je crois que, dans toutes les espèces d'animaux, le sang est d'autant plus rouge que la couleur de la peau, des poils, etc., est plus foncéa Si une partie est rouge, c'est que ses vaisseaux sont assez larges pour aidmettre le sang rouge; ainsi, quand on voit un muscle rouge, on sait que sa rougeur provient de cette cause; au contraire, lorsqu'une partie est blanche, comme un tendon, c'est parce que ses vaisseaux sont petits, et qu'il n*}' passe que peu ou point de sang rouge, bien qu'un tendon soit très probablement aussi vasculaire que le muscle auquel il appartient. Les animaux qui n'ont point de sang rouge du tout ont la chair généralement blanche, et cette chair, probablement, n'est pas moins vasculaire que celle qui reçoit du sang rouge.

Chez le même animal, le sang n'a pas une coloration également foncée dans toutes les parties du -corps; c'est-à-dire que le 'sang n'est pas également chargé de globules rouges dans toutes les parties, ou au moins, qu'il n'est pas également rouge, même dans les parties qui sont semblables dans la structure et pour les fonctions, telles que les muscles. Cette différence provient de ce que les globules rouges ne pénètrent pas dans toutes ces parties en proportion égale. Les parties qui en reçoivent le moins sont les parties blanches des aniimaux; les muscles qui offrent cette condition, chez

les animaux destinés à> la nourriture de l'iiomniey sont ce que l'on appelle de la « viande blanche ». Les animaux où Ton trouve ces muscles j^ossèdent ordinairement moins de sang rouge que ceux où ces organes sont plus généralement rouges; et il est probable que chez eux la i)artie rouge du sang n'est pas poussée aussi loin que chez ceux qui en ont une quantité plus considérable. Toutefois, il est des animaux qui ont quelques-uns de leurs muscles plus faiblement colorés que les autres, quoique leur sang soit plus riche en globules rouges. Chez l'homme lui-môme, tous les muscles ne sont pas également rouges; la partie musculeuse des intestins, par exemple, n'égale point en rougeur le cœur et beaucoup d'autres muscles. D'où vient cette différence? est-elle due à des causes mécaniques? les vaisseaux, au-delà d'une certaine limite, deviennent-ils brusquement trop étroits pour livrer passage au sang rouge? les autres parties du sang sontelles moins visqueuses? la partie rouge est-elle privée de la faculté de pénétrer aussi loin dans les organes en question? ou bien y a-t-il dans les vaisseaux eux-mêmes une force de séparation? Il est plusieurs circonstances de la vie qui augmentent la quantité des globules rouges ou qui en rendent la répartition plus générale dans les muscles du même animal; ainsi l'exercice augmente les globules rouges dans les muscles et la coloration de ces derniers, tandis qu'en sonmie il y a toujours la même quantité de globules rouges dans

l'économie; ou peut-être faudrait-il plutôt dire que le défaut de mouvement en fait diminuer le nombre: ce fait est surtout remarquable chez la femme; et il est probable que la blancheur des muscles des jeunes animaux dépend de la même causa Cependant, je pense qu'il y a quelque chose de plus; en effet, cette blancheur peut dépendre du principe vital, soumis à> l'influence de causes accidentelles ou mécaniques, car les muscles des jeunes animaux se colorent de plus en plus jusqu'à l'âge adulte, et cessent ensuite de s'élever en couleur, lors même que les animaux continuent à prendre de l'exercice. Les maladies amènent une diminution dans la quantité des globules rouges, et souvent en rendent la distribution inégale.

D'après les considérations qui précèdent, on peut 'établir, en somme, que les animaux les plus rouges, ou qui ont le plus grand nombre de parties rouges, sont ceux dont le sang est le plus riche en globules rouges.

On est porté naturellement à supposer que les globules rouges sont partout de la même couleur dans le même animal; c'est peut-être ce qui a lieu; mais on observe que, chez le même animal, ces globules présentent des /nuances diverses dans les différents systèmes de vaisseaux. Chez les animaux les plus parfaits, oii il y a deux classes de vaisseaux qui charrient le sang, savoir, les artères et les veines, le sang ne présente pas la même nuance de rouge dans l'une et dans l'autre, chez le même

individu; dans les artères, la couleur est écarlate; dans les veines, c'est le rouge de Modène. Et-, comme toutes les parties du corps possèdent ces deux classes de vaisseaux, celles qui reçoivent du sang rouge doivent offrir un mélange des deux couleurs. Tous les animaux qui occupent un rang plus élevé que les insectes ont deux circulations dont Tune s'accomplit dans les poumons, chez ceux qui respirent l'air atmosphérique, et dans les branchies, chez ceux qui respirent Teau, tels que les poissons; et dont l'autre constitue la circulation générale du corps; or, il est à remarquer que la môme nuance de coloration des globules n'appartient pas à la même classe de vaisseaux dans ces deux circulations. Le sang écarlate, qui est le sang veineux dans les poumons, de\ient ensuite le sang artériel .lans la circirculation générale; et, comme c'est dans cette dernière qu'on l'observe ordinairement, on lui a donné le nom de « sang artériel ». Le sang noii* ou rouge de Modène est le sang veineux du corps; il est aussi le sang de l'artère pulmonaire; mais, comme on ne l'examine communément que dans les veines du corps, on le désigne sous le nom de « sang^ veineux ». Ainsi, le sang acquiert la couleur écarlate dans les poumons, et la coiîleur rouge de Modène dans la circulation générale. Il existe tant de preuves de cette proposition, qu'il est presque inutile de chercher à la démontrer. Toutefois, on peut citer un grand nombre de faits et d'expériences qui la prouvent directement. Je saignai un homme en

même temps à l'artère temporale et à une veine du bras, et je reçus chacun des deux sangs dans une fiole. Le sang artériel conserva sa couleur, et le sérum ne s'en sépara point>; mais cette dernière circonstance était extraordinaire, car le sérum et le caillot du sang artériel se séparent habituellement; le sang veineux se décomposa en ses parties cens* tituantes conmie à l'ordinaire.

.Cependant, bien que la proposition qui a été émise ci-dessus soit la règle générale, elle souffre plusieurs exceptions: dans beaucoup de cas, la couleur écarlate du sang des artères ne subit aucun changement dans les veines, et sous l'influence de certaines circonstances, le sang revêt la couleur rouge de Modène dans Içs artères, ainsi que lorsqu'il est extravasé dans le corps.

La question qui se présente est celle de savoir comment le changement se produit dans l'un et l'autre ordre de vaisseaux.

On s'est plus occupé de la manière suivant laquelle le sang acquiert la couleur écarlate, que de la manière dont il passe à la couleur rouge de Modène (bien que les deux phénomènes soient probablement d'égale importance), parce qu'on a cru que la vie est liée en partie à la première de ces deux couleurs. Il est plu-sieurs substances qui font passer le sang de la couleur rouge de Modène à l'écarlate: l'air respirable produit cet effet; il en est de même de plusieurs sels neutres, et en particulier du nitre, et c'est ce qui cause la couleur ver-

meille de la viaiicLe qui a été salée avec du sel commun. Mais, comme l'air produit cet effet <lans le corps vivant, et comme on observe que sans air l'animal meurt, on a accordé une grande importance à ce changement de couleur, tandis qu'on ne doit le considérer que comme une preuve que le sang a été en contact avec l'air, mais non qu'il doit être propre à, remi)lir l'objet de la circulation. Cet 'effet se produit facilement sous l'influence de plusieurs circonstances. Il s'opère en dehors de la circulation, aussi bien que quand le sang circule; après la coagulation, aussi bien qu'auparavant; on l'observe dans le sang dont la coagulabilité a été détruite par l'électricité, par une mort subite, etc. H n'est donc point lié à Ja |vie.. Ce qui mérite d'être pris en considération, c'est seulement la cause du changement de couleur qui s'opère dans le sang sous l'influence de l'air respirable; car, si l'on supposait que le changement de couleur des globiQes rouges constitue l'objet unique de la respiration, on ierait des globules rouges la partie la plus essentielle du sang, tandis qu'ils ont moins d'importance que les autres éléments de ce liquide. Il est très probable que l'air, dans l'influence qu'il exerce sur le sang, agit surtout sur la lymphe coagulante; et cette conjecture acquiert un plus haut degré de vraisemblance quand on considère que chez les animaux qui n'ont point de globules rouges, la respiration est aussi indispensable à la vie que chez les autres, et que le sang peut être soustrait à cette

influence sans cependant cesser de produire ses effets salutaires sur la constitution. Ainsi, quand une artère volundneuse est liée, les parties qui sont situées au-delà de la ligature doivent recevoir un sang qui a perdu sa couleur vermeille; de même, chez le poulet dans l'œuf, le sang est noir dans le système artériel, tandis qu'il est vermeil dans les veines des poumons temporaires. L'expérience de chaque jour apprend que le sang noir qui est agité dans une veine rougit à la surface qui est exposée au contact de l'air atmosphérique, et que, s'il est agité dans ime fiole avec de l'air, il devient rouge dans sa totalité. Lorsqu'on laisse du sang se coaguler au contact de l'air, sa surface supérieure prend une couleur écarlate, tandis que la partie inférieure du caillot reste noire ou devient même plus noire que le sang veineux ordinaire, parce qu'elle contient une plus grande quantité de globules rouges. Si Ton renverse le caillot de manière que sa partie inférieure devienne exposée au contact de l'air, cette partie prend également la couleur vermeille, et môme devient plus rouge que celle qui était exposée auparavant, parce qu'elle contient un plus grand nombre de globules rouges qui subissent le changement de couleur. La couleur rouge se manifeste même jusqu'à une certaine profondeur, ce qui démontre que l'effet en question peut se produire à travers une substance épaisse. On trouve souvent les vaisseaux des poumons remplis de sang, et toute la substance pulmonaire de couleur noire; mais si

IV^v^N

Ton insuffle alors les poumons, les cellules <icvlenn^nt d'un rouge vermeil, ce qui dépend de ce que,' dans les petits vaisseaux, soit ait<''Tiels, soit vdneux, qui tapissent ces cellules, la couleur du sang est changée par Faction de Tair, dont Tinfluence s'exerce sur lui à travers les parois de ces cellulesw On observe la même chose à la surface dee chairs ou muscles, du foie, etc. On peut i-emarquer que les branchies des poissons conservent leur coulejir vermeille par suite <ie leur exposition au contact de l'air, tant que le poisson reste frais; car, dans l'acte de la resi)iration, l'air vient naturellement s'y appliquer î\ l'extérieur.

C'est d'après ces faits que l'on discute relativement à la couleur écarlate que le sang acquiert dans les poumons et qu'il perd dans le reste du corps^ et que l'on s'explique pourquoi on le trouve noir dans les veines, et par conséquent dans le côté droit du cœur et dans les principales ramifications de l'artère pulmonaire. Comme le sang est vermeil dans les veines pulmonaires, aussi loin qu'on peut en suivre les ramifications, il est permis de supposer qu'il acquiert cet aspect dans les petits vaisseaux des poumons, et comme les poumons reçoivent constamment de l'air nouveau, on conçoit que le sang doive sa couleur écarlate au contact de l'air, auquel il est soumis à la fois peut-être dans les artères et dans les veines, car nous verrons que l'influence de l'air peut s'exercer à travers les tissus animaux.

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Dans le corps vivant, lorsque la respiration a Stë imparfaite, on voit manifestement le chang^ent de couleur s'opérer dans le sang d'une manière d'autant, plus prononcée que la respiration redevient plus parfaite, ce qui est démontré par les expériences suivantes. Ces expériences furent faites dans le but d'observer les mouvements du cœur, en produisant une respiration artificielle, et présentèrent un nombre considérable de phénomènes qui furent nettement constatés, et au nombre desquels se trouva le changement de couleur du sang dans les poumons.

J'imaginai un soufflet double dont les deux moitiés avaient chacune deux ouvertures, mais fonctionnaient en sens inverse ({L'une de l'autre. l>eux de ces ouvertures étaient renfermées dans le tuyau du soufflet, et les deux autres étaient situées sur ses facest. La cavité inférieure avait îsa soupape placée exactement conmie celle des soufflets ordinaires, mais elle avait en outre une soupape qui était située au niveau du tuyau, et qui s'opposait à l'introduction de l'air par cet orifice. La caviiiS supérieure avait une soupape placée à l'ouverture logée dans le tuyau, et disposée de manière à laisser entrer l'air et à s'opposer à sa sortie; enfin, l'ouverture de la face supérieure du soufflet était munie d'une soupape qui laissait entrer l'air et l'empêchait d'entrer. En vertu de cette disposition, quand on dilatait le soufflet, la chambre supâieure n'aspirait l'air que par le tuyau, et en même temps

la chambre inférieure ne l'aspirait que par l'ouverture de la face inférieure du soufflet; et quand on rapprochait les deux faces du soufflet, c'est-àdire, quand on eu chassait Pair, l'air qui avait piSnétré par le tuyau s'écliappait par l'ouvertui'e de la face supérieure, et celui qui s'était introduit par l'ouvertm*e de la face inféneure sortait par le tuyau. Par ce moyen, en lixant le tuyau du soufflet dans la trachée, je pouvais retirer l'air qui était contenu dans les poumons et l'aspirer dans la chambre supérieure de l'instrument, en même temps que je faisais entrer l'air nouveau dans la chambre inférieure; puis, quand j'expulsais l'air de ces deux cavités, l'air pur de la chambre inférieure passait dans les poumons, et l'air qui venait d'être aspiré des poumons dans la chambre supérieure était chassé a,u dehors. L'action de ce soufflet, quoique double, présente exactement la même simplicité que la respiration elle-même, et cet instrument me parait supérieur à tous ceux qu'on a inventés depuis dans le même but.

Je fixai le tuyau de ce soufflet dans la trachée d'un chien, et commençai inuuédiatement la respiration artificielle. Ensuite j'enlevai le sternum et les cartilages costaux, et j'ouvris le péricarde. Tant que je continuai la respiration ai'tificielle, je remarquai que le sang des veines pulmonaires, venant des poumons, de l'oreilletle gauche, de l'aorte^' etc., était vermeil ou noir, suivant que je poussais de l'air dans les poumons ou que je n'en poussais

pas. J'excisai un morceau de dssu pulmonaire, et je remarquai que la couleur du sang qui coulait de la plaie présentait des variations analogues. Quand j'injectais de l'air dans les poumons, et que par ce moyen je rendais vermeil le sang des veines pulmonaîres, il sortait deux espèces de sang par la plaie; et, quand je susi)endais l'action du soutHet, la totalité du sang qui coulait de la plaie était noir. Lorsque l'air est emprisonné dans les poumons d'un quadrupède, il ne tarde pas à perdre son influence sur le sang, et celui-ci i^este noir, ou parait devenir noir, piu'ce 'que le sang qui arrive dans la poitrine est de cette couleur et ne subit aucun changement. [Mais si la môme expérience est faite siu* un animal amphibie, il s'écoule un temps considérable avant que tout le sang soit devenu noir, pai'ce que che» les animaux de cette espèce les iK)umons sont un i*éservoii* d'air, et que celui-ci, y étant tenu en réserve, peut exeiicer son influence sur le sang pendant un temps plus long. /

J'îii lépété cette expérience sur un grand nombre d'animaux, et elle durait ordinairement une demi-heure, ce qui était suflisant pour me permettre de faire des observations avec sang-fix)id et exactitude. 11 était cuiieux de voir les artères coronaires devenir de i)lus en idus noires quand je cessais de faire agir le souiflet, et ressembler enfin aux veines qui les avoisinent de chaque côté; puis, quand je soniïlais de nouveau, reju^endre gi*a^luellement une coloration plus brillante, et devenir entièi*e-

ment yermeilles. Comme la respiration était généralement suspenilue dans la i)remière partie de Pexpérience, le sang se montrait entièrement noir, et le cœur, qui était volumineux, fonctionnait à peine; mais, lorsqu'on injectait de l'air nouveau dans les poumons, le cœur commençait à agir, et alors les oreillettes et les ventricules diminuaient graduellement de volume; ensuite, lorsqu'on arrêtait la respiratioD, ces cavités devenaient de plus en plus volumineuses.

La diminution des mouvements du cœur par la suspension des mouvements resi)iratoires, n'est point l'effet de l'impression inmiédiate, sur l'oreillette et le ventricule gauches, d'un sang impropre à la circulation, qui agirait comme sédatif; elle dépend des liens sympathiques qui unissent le cœur et les poumons; une action venant à cesser, l'autre cesse également. L'intention finale de cette symj[)athie ressort de la considération suivante: si le cœur continuait son action, il enverrait dans toutes les parties du corps un sang imparfait qui ne peut en entretenir la vitalité que pendant un court espace (Je temps. L'oreillette et le ventricule droits cessent également d'agir, quoique plus tard, et par la même cause; en effet, les poumons ne fonctionnant plus, le sang ne peut subir aucune modification avantageuse en les traversant. Ces actions et ces s-uspensions d'action dépendent toutes de la vie et de la connexion qui existe entre tous lea phénomènes de l'organisme. C'est en vertu de la

même loi que l'acte de la respiration est le premier phénomène du rétablissement des fonctions qui viennent d'être indiquées.

Les faits suivants jettent du jour sur ce qui précède:

Je saignai à l'artère temporale un malade qui venait d'avoir une attaque d'apoplexie; il paraissait respirer avec une grande difficulté; le sang coula ,très largement, ipt continua è| (sortir plus longtemps que cela n'arrive ordinairement par cette plaie, ce qui me fit supposer que l'artère avait perdu une partie de sa contractilité. Le sang était aussi noir que du s»ng veineux. L'état du malade s'améliora un peu, et sa respiration devint plus libre. Au bout de deux heures environ, je rouvris la plaie, qui saigna de nouveau largement; mais alors le sang était vermeil comme à l'ordinaire.

Madame***, de Norris-Street, Haymarket, eut une attaque d'apoplexie dans laquelle elle perdit l'usage de ses facultés intellectuelles: la respiration, qui s'exécutait très imparfaitement, était stertoreuse; le pouls était dur, mais assez lent. J'ouvris l'artère temporale, qui saigna largement, et je remarquai que, lorsque la malade respirait amplement, le -sang de l'artère devenait rouge, et que, lorsque la respiration se suspendait presque entièrement, ou même seulement devenait difficile, le sang coulait noir; ces deux colorations se monti*èrent plusieurs fois alternativement pendant la saignée, cependant le pouls n'éprouva que peu de modification.

On observe souvent le même ])hénomène dans les maladies du cœur et des poumons. Dans plusieurs affections du cœur qui produisent ce qu'on appelle une « angine de poitrine», maladie dont les sjTuptômes dépendent d'un grand nombre de causes diverses et qui s'accompagne ordinairement de palpitations, on voit qu'au moindre exercice le cœur agit avec une grande énergie, et que la respiration devient laborieuse, ou plutôt incomplète, en ce sens qu'elle n'est point en harmonie avec la violence du mouvement imprimé au sang. Alors le visage revêt une couleur i)ourpre foncée, le malade est presque exi)irant et ne peut être soulagé que par le repos. L'observation suivante en offre un exemple frappant.

A. B., lorsqu'il était enfant, n'avait jamais pu se livrer aux mêmes exercices que les autres jeunes garçons de son âge. Il ne pouvait ni monter rapidement un escalier, ni gravir une colline sans être hors d'haleine, et pendant presque toute sa vie son pouls s'était montré irrégulier, principalement quand il prenait trop d'exercice. A la moindre augmentation de mouvement, il était pris de palpitations, qui souveut étaient si violentes qu'on les entendait quand on se trouvait près de lui.: et se^ amis attribuaient à un défaut d'énergie ou de courage la promptitude avec laquelle il se fatiguait. Dans cet état, il grandit et devint un homme de taille ordinaire et bien conformé; mais il conserva ses infirmités, qui ne firent que s'accroître à me-

sure qu'il donna plus d'extension à ses projets, et que, par suite, il agit davantage. Vers l'âge de 30 ans, il se livra à des exercices trop violente, tels que la chasse, et souvent dans la forêt il était pris si violemment de palpitations et de suffocation imminente, qu'il était obligé d'arrêter son che val et qu'il fallait le soutenir sur sa selle. Dans ces accès, son visage devenait noir, et gardait cette coloration tant que l'accès durait. Souvent ensuite, il s'écoulait plusieurs jours avant qu'il eût parfaitement recouvré sa santé habituelle, et il lui arrivait fréquemment de ne pouvoir rester couché et d'être obligé de s'asseoir sur son lit pour pouvoir respirer. Tous ces symptômes firent des progrès, et parfois, sans aucun exercice ou mouvement violent, il se sentait conmie mourir, suivant ses propres expressions; mais, conmie la cause de ces sensations échappait à ses amis, ils les traitaient assez légèrement. A la fin, il suffisait d'une simple préoccupation d'esprit i)our faire naître ces sensations, ces palpitations, et un certain degré de suffocation.

Dans l'hiver de 1780 à 1781, il chassa avec excès et s'enrhuma, ce qui détermina le retour des symptômes ci-dessus décrits, mais avec plus d'intensité que jamais. H consulta deux honmies de l'art: il paraît que ceux-ci considérèrent conmie liées à des spasmes, ou conmie des effets nerveux, les palpitations, la difficulté de la respiration, l'oppression intense, et même la coloration noire du

\isage, car ils prescrivirent des cordiaux, tels que l'esprit de lavande, le vin, etc.

Je fus appelé auprès du malade pour donner un nom à la maladie. Après avoir porté mon investigation sur tous les symptômes, je restai convaincu qu'il y avait un vice de structure très grave dans le cœur, c'est-à-dire, à la source même de la circulation; que le sang ne traversait jamais les poumons assez abondamment pour recevoir d'une manière convenable l'influence de l'air, surtout quand le malade se donnait beaucoup de mouvement; que la stagnation du sang dans un point quelconque voisin du cœur devait produire plus ou moins de suffocation, et, ce qui est la même chose, empêcher que Tair n'^exerçAt convenablement son influence sur ce liquide, ce qui était la cause de la coloration noire de la face quand la stagnation avait lieu; que les moyens de traitement à employer étaient en quelque sorte le contraire de ce qui avait été conseillé, et devaient être le repos, de petites saignées, un régime modéré, la régularisation des garde-robes et la satisfaction de l'esprit; et, comme le malade s'était remis jde ses premières attaques, je ne voyais aucune raison absolue pour qu'il ne se remît pas également de la dernière, bien que les premières eussent été moins violentes. Ce jourlài, on pratiqua une saignée de huit onces, qui procura du soulagement. Les symptômes persistant encore, quoique avec moins d'intensité, je vis de nouveau ^e malade, et lui prescrivis une saignée

de quatre onces, qui procura encore du soulagement; cependant l'amélioration ne fut pas ti'ès notable. Enfin, outre les symptômes qui ont été cités, là peau prit une teinte jaune, les jambes commencèrent à s'infiltrer, et les premiers symptômes s'aggravèrent graduellement, ce qui me fit soupçonner un 'Commencement de collection aqueuse dans la poitrine. Le malade reçut alors les soins d'un médecin: on lui appliqua des vésicatoires sur les jambes, qui menaçaient de se gangrener, et l'on plaça de la potasse caustique à l'épigastre, sans doute dans l'intention de faire cesser la douleur qui y était perçue. Enfin, la constitution» du malade s'é' puisa, et il mourut. J'obtins la permission de faire l'autopsie cadavérique.

Autopsie. -^ On trouva une très petite quantité de sérosité jaunâtre et sanguinolente dans la cavité abdominale. Tous les viscères parurent sains. La vésicule renfermait une assez grande quantité de bile qui était, non pas visqueuse, mais épaisse, comme si la partie la \ plus ééreuse en eût été exprimée. Les conduits biliaires étaient intacts, les poumons ne s'affaissèrent point à l'ouverture de la poitrine, parce qu'ils étaient le siège d'un œdème assez considérable; mais, à cela près, ils parurent sains, il y avait aussi un peu de sérosité sanguinolente dans les deux cavités de la poitrine, ce qui provenait sans doute de la dernière attaque. Le cœur était très volumineux, et renfermait une grande quantité de sang. Je ne trouvai rien d'anor-

mal ni dans les cavités droites de cet organe, ni dans l'artère pulmonaire. Mais, lorsque les cavités gauches furent mises ù, découvert, je remarquai que les valvules de l'aorte étaient plus épaisses et plus dures qu'à l'ordinaire, et considérablement ratatinées. Cette altération de struotm'e tles valvules rend compte des systèmes primitifs; elle était telle que ces valvules ne devaient être que d'une très faible utilité, et que le sang devait refluer dans la cavité du ventricule à chaque systole de l'artère. Cet état ratatiné des valvules de l'aorte était-il congénital ou l'effet d'une maladie? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. S'il était l'effet d'une maladie, celle-ci avait dû commencer à une époque de la vie beaucoup moins avancée que celle où l'on observe ordinairement les affections de cette espèce, car les premiers symptômes s'étaient manifestés lorsque le malade était encore très jeune. A raison de cette disposition vicieuse des valvules aortiques, on voit que le plus grand calme devait produire la stagnation ou l'accumulation du sang dans presque toutes les parties du corps: d'abord dans le ventricule gauche, puis dans l'oreillette gauche, dans les veines pulmonaires, dans l'artère pulmonaire, dans le ventricule droit, dans l'oreillette droite, et dans toutes les veines du corps; toutes fois, il y avait encore une quantité de sang, plus faible qu'à l'ordinaire, qui pouvait traverser les artères et attein<lre les veines, de sorte qu'il se faisait une espèce de circulation.

Si l'on ne considère que sous un point de vue mécanique les effets de <î0 vice de conformation des valvules, on ne peut se rendre compte de la colo^ ration noire du sang artériel, qui devait avoir traversé les poumons, puisqu'il n'y avait aucun obstacle mécanique à la respiration. Mais, comme il arrive que, quand le cœur cesse d' agir, ou lorsqu'il ne peut chasser le sang hors de ses cavités {ce qui devait avoir lieu dans le cas qui précède), la res- IJiration cesse, ou s'accomplit d'une manière si incomplète que le résultat est à peu près le même, il en résulte que le malade est en réalité dans un état de suffocation. La suffocation n'est rien autre cliose qu'une respiration imparfaite, d'où il résulte que du sang imparfait arrive aux cavités gauches du cœur et en est expulsé. Aussi importe-t-il peu, quant aux conséquences, que l'arrêt de la respiration soit cause première ou effet, car dans l'un et l'autre cas c'est cet arrêb qui fait que le sys^ tème artériel reçoit du sang incomplètement élaboré.

I!l peut lêt)re difficile d''*eîxpliquer l'accroissement de volume du cœur. Etait-ce un effet mécanique, dépendant de ce que le sang refluait dans le ventricule gauche à chaque systole de l'aorte et à chaque diastole du cœur; ou bien était-ce le résultat d'une affection particulière de ce viscère? La première idée est celle qui se présente à l'esprit le plus naturellement; mais il n'est point nécessaire qu'il existe une cause de cette nature pour

qu'il y ait augmentation de volume du cœur, car on voit tous les jom's des cœurs dont le volume est augmenté anormalement, chez des sujets qui, pendant la vie, ont présenté des symptômes assez semblables à ceux du malade dont on vient de lire l'histoire sans qu'on puisse constater l'existence d'aucune cause mécanique; toutefois, cet accroissement de volume est un phénomène commun dans tous les cas où il existe un obstacle à- la circulation.

H est facile de concevoir: 1^ que chez le malade dont je viens de parler, la circulation ne pouvait s'accomplir d'une manière régulière et complète; 2^ qu'un ari'ét dans le mouvement de translation du jsang, soit dans les artères, soit dans les veines, et surtout un mouvemeiït réti'ograde de ce liquide dans une partie quelconque, doivent avoir pour résultat une stagnation du sang, plus ou moins étendue suivant la quantité de sang qui est soumise à cet arrêt ou qui reflue; 3<* que si l'arrêt n'a lieu' que dans une branche artérielle ou veineuse, la star gnation ne doit être probablement que partielle; mais que, s'il a son siège dans une artère ou dans une veine importante, comme l'aorte ou la veine cave, elle doit être générale. Or, dans le cas qu'on vient de lire, le mouvement rétrograde commençait dans l'aorte, et l'on peut facilement en suivre

les effets.

On observe aussi les mêmes phénomènes et les mêmes effets dans les cas de vice de conformation du cœur, où, après la naissance, il reste une corn-

munication eutre les cavités droites et les cavités gauclies. Les cas de cette espèce ne sont pas rares; en voici un exemple frappant:

Je fus consulté plusieurs fois sur l'état habituel de santé d'un jeune hLomme, et, quoiqu'il fût imposj^ible de dire anatomiquement et avec précision quelle était la conformation réelle de son cœur, je peusai que les symptômes qu'il présentait avaient pour cause quelque vice dans la structure de cet organe. Depuis son enfance, tous les moùvemeuts considérables produisaient chez lui une tendance à la suffocation. Or, la suffocation étant toujours l'effet du défaut d'une influence sufiâsante de l'air sur le sang, pendant que la circulation s'accomplit, la totalité du corps doit perdre sa couleur poui» revêtir la couleur rouge de Modène ou pourpre, et cet effet doit être plus prononcé que partout ailleurs dans les parties auxquelles le isang communique sa couleur avec plus d'intensité, c'est-àdire à la figure, et plus spécialement dans certaines parties, au bout des doigts, etc. Quand le malade était très jeune, ces accès de suffocation n'étaient déterminés que par ses cris; mais, quand il eut assez grandi pour se livrer à des exercices du corps, comme la com*se, etc., ils devinrent plus fréquents et pins intenses. Et, en effet, plus il avançait en âge, et plus on devait s'attendre à voir son état empirer; car il était naturel que ses actions devinssent plus nombreuses à mesure qu'il approchait davantage de V^ge mûr. Toutefois, on suppri-

ma avec le i>lus grand soin, et en se fondant snc rexj)érience acquise, toutes les actions qui étaient de nature à provoquer les accès. Aucun a^is médical ne pouvait lui être <le la moindre utilité; ce qu'on avait à lui dire, l'expérience le lui avait appris <léjà; tout ce qu'on pouvait faire, c'était, premièrement, de recommander de temps en temps, quand ses amis remarquaient que les accès de suffocation étaient excités plus facilement qu'à l'ordinaire, une légère émission sanguine, afin de diminuer l'action nécessaire de la respiration, et de mettre i)lus eu harmonie ensemble la quantité du sang et son mouvement; et, secondement, de l'engager à ne pas trop céder à son appétit. Mais toutes ces précautions réussissaient à peine à rendre son état passable. Le cœur agissait avec d'autant I)lus de violence qu'il rencontrait plus d'obstacle; et c'était précisément le contraire qui eût été à désirer. Le malade pouvant à peine se livrer de luimôme à des mouvements, on lui en communiquait en le faisant promener lentement à clieval, en voiture, etc. Il vécut jusqu'à l'âge de treize à quatorze ans; et, quoique sa mort ne fût pas causée par le désordre de la circulation, il est très probable qu'il n'aurait pas pu vivre plus longtemps, car il appro» cliait do l'ûge où les actions se multiplient, et sa prudence ne s'accroissait point en proportion. Soi^ corps fut ouvert par le docteur Poultney, et les détails de l'autopsie cadavérique, qui furent communiqués par lui au collège <ies médecins de Londres»

ont été publiés dans le troisième volume des « Transactions médicales » de ce collège. Je vais transcrire de cette pièce les parties qui sont liées immédiatement à mon sujet.

« Les deux poumons étaient remarquablement petits, et quelques-unes de leurs parties présentaient une telle flaccidité, qu'on était porté à croire qu'elles n'avaient pu accomplir leur fonction. Le péricarde renfermait une quantité convenable de sérosité; le tissu du cœur était ferme, et cet organe avait son volume naturel. En examinant les ventricules et le commencement de l'aorte, on trouva un canal avec les deux ventricules, situé obliquement auprès de la base du cœur, et assez large pour laisser passer l'extrémité du doigt de l'aorte dans l'un et l'autre ventricule avec une égale facilité; la cloison ântei'ventriculaire paraissait se terminer dans ce canal. L'orifice de l'artère pulmonaire dans le ventricule droit parut beaucoup plus petit et plus dur qu'à l'ordinaire.» Il est difficile <ie dire d'une manière précise quel a dû être l'effet d'une telle communication sur le mouvement des deux sangs, c'est-à-dire de décider si le sang des cavités droites était reçu dans les cavités gauches, ou <c vice versa ». Si la direction oblique de ce conduit avait été décrite plus complètement, on aurait pu y trouver l'éclaircissement de ce doute. En effet, si le passage eût été direct, le sang aurait passé très probablement du ventricule gauche dans le ventricule droit, car c'est le ventricule gauche qui

acquiert le plus de force. Toutefois Texpi-ession <c oblique », et cette remarque que le doigt pénétrait de l'aorte dans l'un et l'autre ventricule avec une égale facilité, nous portent à supposer que l'obliquité était dirigée du ventricule droit vers l'aorte. Mais en admettant même cette obliquité, je ne penserais pa« pour cela que le sang passait du ventricule droit dans le ventricule gauche, tant ce dernier l'emporte sur le premier pour la force avec laquelle il agit. La description ci-dessus nous met donc dans la nécessité de cjierclier à expliquer d'une autre manière le trouble de la respiration. Si le sang passait du ventricule <iroit dans le ventricule gauclie, le conduit anormal avait le même effet que le canal artériel, et probablement c'était le seul moyen de conmiunication chez le sujet pendant la vie fœtale. Dans ce cas, il aurait passé trop peu de sang à travers les poumons. Mais si le sang passait du coeui* gauche au cœur droit, il arrivait trop de sang aux poumons, car une partie du sang tendait à traverser deux fois ces viscères. D'un autre côté, le même effet est produit lorsque les poumons ne peuvent pas se distendre pleinement et d'une maiiière équivalente à l'action du cœur, bien que celui-ci soit naturellement conformé. Dans la mort naturelle, le cœur cesse ordinairement de battre avant que la 'respiration soit suspendue; mais dans la mort qui est l'effet de la cessation de la respiration, comme chez les pendus et dans la submersioiî^ c'est le contraire qui doit avoir lieu;

et alors on doit toujours trouver du sang noir dans les cavités gauches du cœur, ce qui fut observé manifestement dans l'expérience mentionnée cidessus.

On iK)urrait supposer que, dans les poumons, le sang ne peut recevoir le contact de Tair; mais la circonstance qui a été rapportée plus haut, savoir, que la. coloration vermeille se manifeste à une certaine profondeur dans l'épaisseur du caillot sanguin par l'influence de l'air atmosphérique, démontre que les effets de l'air peuvent se produii'o, et se produisent, en effet, à travers les substances animales. N'ayant pas fait attention à ce fait d'abord^ j'avais recouvert l'orifice de plusieurs vases remplis de sang veineux avec un morceau de la peau employée par les batteurs d'or, que j'avais mis en contact avec la surface du sang, et celui-ci avait pris constanunent une couleur vermeille à sa surface, et même jusqu'à une certaine profondeur.

Je recueillis du sang veineux noir <ians une fiole, jusqu'à ce qu'elle ^fut à peu près à moitié pleine, puis j'agitai ce sang, qui par ce mouvement, se mêla avect l'qîr, iet jdevint (immédiatement d'inné couleur vermeille.

Comme les globules sont la partie la plus grossière, et qu'ils paraissent recevoir largement l'influence de l'air dans les poumons, on peut admettre que les vaisseaux de ces viscères ne se divisent point en des ramifications d'une petitesse extrême.

dÎTision qui, selon toute apparence, n'aurait aucun but d'utilité.

Le sang des r^les, quand il arrive à Foriflce iextrême du vagin, est aussi noir que le sang veineux, et, comme il ne se coagule point, il présente exactement le même aspect que le sang des sujets dont le sang reste liquide. Il n'est pas facile <ie déterminer si c'est en effet du sang veineux, ou s'il acquiert cette coloration après son extravasation par la lenteur de son mouvement. Mais lorsqu'on l'expose à Fair, il devient vermeil. H est naturellement de couleur noire, mais un peu trouble, et n'a pas la transparence que présente le sang pur. Je ne prétends point décider si cette apparence dépend de son mélange avec le mucus du vagin, ou si eUe est due à la cessation de sa vitalité. Toutefois, les globules rouges n'y sont point dissous, ils conservent leur forme.

L'air qui pénètre dans le tissu cellulaire chez les sujets emphysémateux, a-t-il pour effet de déterminer ou de conserver la coloration A^ermeiUe du sang, ou bien est-il sans action sous ce rapport?

Puisque le sang devient vermeil à sa surface, nonseulement quand il est exposé au contact immédiat de l'air, mais encore quand il est séparé par ime simple membrane à travers laquelle on peut supposer que s'exerce son influence, on est en droit de conclure que cet effet est produit par l'action même de Tair, et non par la simple condition de

présenter une surface « exposée ». Pour m'en assurer, j'ai fait l'expérience suivante:

Je pris une liole à l'orifice de laquelle je fixai un robinet; puis, adaptant le robinet à une machine pneumatique, j'en retirai tout l'air. Alors, tenant le robinet feimé, je plongeai le goulot de la fiole dans du sang qui coulait d'une veine, et ensuite, tournant le robinet, je laissai le sang pénétrer dans la fiole. Quand elle fut à moitié Ipleine, je fermai de nouveau Je robinet, puis je secouai la fiole avec le saDg qu'elle renfermait, mais la couleur de celui-ci ne changea point comme dans les premières expériences; je laissai le sang séjourner dans cet espace vide, mais sa surface (c exposée » ne changea nullement de couleur.

Les poumons se divisent en un nombre considérable de cellules; tout le système vasculaire artériel et veineux se ramifie à la surface <le ces cellules, et par conséquent la totalité du sang les traverse dans chaque révolution de la circulation; enfin, la vie s'éteint chez les animaux les plus parfaits, lorsque trois ou quatre respirations viennent à manquer: tous ces faits démontrent combien il est essentiel que le sang conserve les propriétés qui le rendent apte h répondre aux besoins de la vie animale. Le temps pendant lequel nous pouvons vivre sans air ou sans respiration, est plus court que celui pendant lequel nous pouvons rester privés de toute autre fonction naturelle. La respiration semble donc rendre au sang la vie, et le sang en-

tretient la vie dans toutes des parties du corps. La respiration n'a point la même importance chez les animaux moins parfaits.

IChez les amphibies, les poumons ne se divisent IH>int de la même manière, ces viscères ne sont point traversés par la totalité du sang, et ces animaux peuvent vivre un temps considérable sans respirer. Je me borne, pour le moment, à mentionner ces faits, n'ayant point l'intention de donner mon opinion sur le mode suivant lequel l'introduction de l'air enti*etient la vie, soit dans le sang,' soit dans le corps. J'ajouterai, toutefois, que, dans l'un et dans l'autre, la simple vie est entretenue par l'air, et il est probable que*, i»armi les autres propriétés du sang, il en est peu qui dépendent autant que sa vitalité de l'influence de l'air. Mais on peut remarquer que les usages auxquels le sang est destiné dans l'économie animale, n'exigent pa« tous qu'il ait subi la modification que lui imprime la respiration, car le sang veineux en remplit quelques-uns. Ainsi, le sang des intestins, de la rate, etc., se rend au foie pour servir, ainsi qu'on le suppose, à la sécrétion de la bile; ce qui prouve que le sang veineux concourt à quelques sécrétions, bien que cela ne soit probablement pas absolument nécessaire. Cet enîploi du sang veineux est im moyen d'économiser le sang; et il n'est pas nécessaire pour la formation de la bile que le sang veineux provienne des parties ci-dessus mentionnées; car, dan» Jes oiseaux, les amphibies, etc., le foie reçoit d'au-

très veines, indépendamment de celles qui viennent d'être indiquées.

Ainsi que je l'ai dit, il est plusieurs substance» qui, mêlées avec le sang noir, ont la propriété de le rendre d'un rouge vermeil, et l'on a vu que le sang redevient noir en circulant dans toute l'étendue du corps. De même que le sang noir peut être rendu vermeil, de même le sang vermeil peut être rendu noir par l'influence de certaines autres substances: l'air vital (gaz oxygène) a la propriété de rendre le sang vermeil; mais les autres vapeurs ou gaz, que l'on appelle « airs », comme « l'air ûxe^ Tair inflammable », etc., le font passer à la coloration noire. Ce changement est propre à l'économie vivante, car, si l'on recueille du sang artériel hors eu corps, ce sang conserve sa couleur vermeille. loiB même qu'il n'est point exposé au contact de l'air. Conmie on trouve le sang noir dans les veines, et qu'il remplit, dans le cours de la circulation, des usages qui peut-être le rendent impropre aux phénomènes de la vie, on peut être porté à supposer que la perte de la coloration vermeille du sang, et son inaptitude à concourir à la vie sont les effets de la même cause. Mais une étude plus attentive du sang fait voir qu'il peut être rendu impropre aux phénomènes de la vie sans perdre sa coloration vermeille, et qu'il peut perdre cette coloration sans devenir impropre à la vie. La lenteur du mouvement du sang dans les veines est une des circonstances qui contribuent au change-

ment de couleur de ce liqai<leç mais elle ne suffît pas à elle seule pour produire cet effet, car j'ai fait remarquer ci-dessus que du sang artériel placé dans une fiole dans laquelle on le laisse au repos, ne de- Tient point noir; toutefois, il résulte <le plusieurs observations que le repos, ou la lenteur du mouvement, dans les tissus vivants, parait être une des causes du changement qui s^opère dans la couleur du sang. On sait que le sang se meut de plus en plus lentement dans les artères; on sait que son mouvement dans les veines est très lent en comparaison de ce qu'il est dans les artères; on serait donc porté naturellement, en ne prenant que ces faits en considération, à supposer que la lenteur du mouvement est la cause immédiate du cliangement en question. Le repos ou la lenteur du mouvement, dans les tissus vivants, probablement quand ils sont sains, favorise certainement le changement de coloration du sang; ainsi, toutes les fois que le sang est extravasé, il est noir. Je n'ai jamais vu un sujet mourir d'apoplexie par extrava«ation san» guine dans le cerveau, sans que le sang extravasé fût noir. Dans les cas d'anévrismes, le sang devient noir dans le sac anévrismal. De même, lors* que le sang s'échappe d'une artère et se coagule dans le tissu cellulaire, on observe la môme coloration.

Cette remarque Telativement à- l'apoplexie me frappa vivement. Je pensai d'abord que, dans les cas de cette espèce, Textravasation était constituée

par du sang veineux; mais le raisonnement ne me permit guère <ie conserver cette opinion; car, quelle que soit la nature du sang au <lébut de l'hémorragie, il est impossible qu'il ne s'écoule ensuite que du sang entièrement veineux, surtout dans les cas où le sang extravasé est en quantité considérable, parce que, dans beaucoup de cas, les deux systèmes de vaisseaux sont le siège d'une grave altération, et que les artères, une fois déchirées, doivent fournir la plus grande quantité de san^. Mais, pour m'assurer de ce fait avec plus de certitu<ie, j'ai fait l'exi)érience suivante:

Je lésai obliquement l'artère fémorale <l'un chien. L'ouverture de la peau fut faite à quelque distance de celle de l'artère, au moyen d'une aiguille à cataracte. Le sang qui sortit par la petite ouverture de la peau, était vermeil. Le tissu cellulaire se tuméfia considérablement. Au bout de cinq minutes environ, je fis une ponction à la tumeur; le sang était liquide. Au bout de dix minutes, j'y fis une nouvelle ponction; le sang était plus clair et plus séreux, mais il était encore vermeil. Au bout de quinze minutes, je fis une troisième ponction: d'abord il ne sortit que de la sérosité, puis, par la pression, il vint un peu de sang; mais il était encore vermeil. Alors la masse parut être en grande partie coagulée, ce qui m'empêcha de faire de nouvelles tentatives. Quelques jours après, ayant incisé la partie tuméfiée, je trouvai le sang aussi noir que du sang veineux ordinaire, de sorte que là le chan-

gement de c(mleur s'était opéré après la coagulation.

Lorsqu'on appliqua du plâtre sur ma figure pour en feire le moule, au moment où on l'enleva, il produisit à la partie antérieure du nez une espèce de succion que je sentis; et lorsque le plâtre fut ôté, cette partie était rouge comme si les cellules de la peau eussent été gorgées de sang extravasé. La coloration en était alors vermeille, mais elle ne tarda pas à devenir pourpre foncé; de sorte que c'était du sang artériel qui s'était ainsi extravasé, et ce sang, par sa stagnation dans les cellules du corps vivant^ avait pris la couleur du sang veineux.

Le sang peut même devenir noir dans les grosses artères, par suite d'une stagnation de peu de durée. Ayant mis à nu l'artère carotide d'im chien dans une lenteur d'environ deux pouces, je la liai à l'un et à l'autre bout, laissant entre les deux ligatures un espace long de deux pouces, qui était rempli de sang. La plaie extérieure fut -réunie lâchement par des points de suture. Plusieurs heures après, je détachai les points de suture; le sang intercepté entre les deux ligatures était coagulé, et présentait une couleur noire, comme celui de la veine. J'ai observé également, dans les cas où, après avoir appliqué un tourniquet sur la cuisse, on divise l'artère, que lorsque le tourniquet est desserré, le sang qui s'écoule d'abord est noir, tandis que celui qui succède à ce premier jet est vermeil. J'ai observé ce fait dans les amputations.

Cette circulation accidentelle, bien que renfermée dans le système artériel, ressemblait, sous quelques rappoi-ts, à la circulation du sang dans les deux systèmes vasculaires.

Cette dernière circonstance démontre fclairement qu'il existe une communication, au moyen des anastomoses, entre la portion de Tartère qui est située au-dessus de Tanévrisme, et celle qui est située audessous.

Le sang coulait sans saccades du bout inférieur de l'artère, ce qui dépendait sans doute de ce qu'il arrivait dans le gros tronc artériel placé au-dessous de l'anévrisme par un très grand nombre de petits vaisseaux situés dans des points divers et plus ou moins éloignés, et par conséquent à des moments différents. Mais il est probable que la cause principale du défaut de pulsations dans le gros tronc artériel, c'était l'absence de toute influence du cœur sur les deux systèmes d'artères capillaires situés au-dessus et au-dessous de l'anévrisme; car le second de ces systèmes, c'est-à-dire celui qui était constitué par les ramifications artérielles situées au-<iessous, était devenu en grande partie semblable à un appareil veineux, et le bout inférieur de l'artère remplissait la fonction d'une grosse veine.

Un jeune homme qui était au service de Henry Drummond, esq., reçut dans la cuisse un coup de couteau qui blessa l'artère crurale. H se forma dans le lieu de la blessure une tumeur considérable, cens-

tituée principalement par du sang extravasé et infiltré dans le tissu cellulaire. Cette tumeur arrêta en partie Técoulement sanguin qui provenait de Fartère divisée; et, lorsqu'on dilata la plaie pour atteindre Fartère, je remarquai que le sang extravasé dans le tissu cellulaire avait la couleur du sang veineux. Lorsqu'on eut mis à découvert Partère, qui préalablement avait été comprimée au moyen d'un tourniquet appliqué au-dessus de la plaie, et qu'on relâcha légèrement cet instrument, le premier jet de sang qui sortit de son bout supérieur était noir, et fut même pris pour du sang veineux par l'opérateur; mais celui-ci fut bientôt détrompé par la couleur vermeille du jet sanguin qui succéda au premier. Jamais je n'avais vu d^ sang veineux plus noir que le premier jet.

De ces expériences et de ces faits d'observation, on doit conclure que la couleur du sang est changée, soit par le repos, soit par la lenteur de son mouvement dans les tissus vivants, et même dans les artères. Cette altération de couleur s^opère dans les vaisseaux en proportion du ralentissement de la circulation.

Une autre remarque qui se présente ici, c'est que toute la partie du membre située au-dessous de la ligature qui avait été placée sur l'artère crurale, a dû ne recevoir que du sang ainsi altéré, et comjné ce membre conserva sa vitalité, sa chaleur et l'action de ses muscles, il est évident que la couleur du sang est de peu d'importance relativement à cek

propriétés. C'est probablement pour cette cause (la fita^gnation du sang) que les granulations, à la partie inféiîeure des membres abdominaux, présentent une couleur noire, quand le malade est dans l'attitude verticale, et qu'on observe la même circonstance dans les ulcères très indolents, quelle que soit leur situation.

On peut puiser dans l'opération commune de la Baignée une autre remarque très favorable à cette idée, savoir, que le repos est une des causes en vertu desquelles le sang passe de la couleur écarlate à la couleur noire. En effet, on observe généralement que les premières parties de sang qui s'écoulent sont noires, et que ce liquide devient de plus en plus clair vers la fin de l'opération. On peut donner plusieurs raisons de ce fait: 1® Le sang est resté en stagnation dans les veines, tandis que la veine qui devait être ouverte se remplissait et qu'on en pratiquait la ponction, ce qui occupe un certain temps et peut rendre le sang plus noir qu'il n'eût été sans cela dans cette même veine; 2<> lorsque l'écoulement sanguin se fait largement, le sang passe plus promptement des artères dans les veines, et par conséquent il peut se trouver dans un état assez semblable à celui du sang artériel, ce qui expliquerait comment les dernières portions de sang sont un peu plus claires que les premières. La considération suivante équivaut presque à une démonstration de ce qui précède: bien qu'une ligature empêche le retour du sang vers le cœur, et

— nique, par conséquent, on puisse supposer qu'il provient des artères moins facilement qu'à l'ordinaire, cependant il résulte des remarques suivantes qu'il circule dans ces vaisseaux beaucoup plus librement: en effet, si l'ouverture de la veine, est large et le vaisseau d'un gros volume, le bras, au.-dessous de la plaie, est beaucoup plus pâle que dans son état naturel, et le sang devient plus vermeil; mais si, au contraire, la veine est petite et qu'il sorte peu de sang à la fois, celui-ci conserve sa couleur noire; toutefois, il n'en est pas toujours ainsi.

Je saignai une dame, et le sang présenta d'abord une couleur noire; mais elle s'évanouit, et, tant que dura la syncope, le sang qui sortait de la veine fut d'un bel écarlate. La circulation était alors laiLguissante.

n est alors à remarquer jque c'est chez les sujets les plus sains que le sang veineux est ordinairement, sinon toujours, le plus noir; et que, pour peu que l'économie éprouve du trouble, le sang ne passe pas d'une manière aussi prononcée de la couleur vermeille à la couleur pourpre-noire. C'est un fait que j'ai observé souvent, et dont je me rappelle en particulier avoir vu un exemple frappant chez un malade qui était atteint d'une fièvre légère; le sang veineux de ce malade était aussi vermeil que du sang artériel. Cette particularité ne pouvait pas dépendre de l'accroissement du mouvement du sang, ni de ice que le sang aurait été

retenu dans les veines par la fièvre, car la lièvre était légère.

Le sang passe de la couleur vermeille à la couleur rouge de Modène dans des parties différentes, suivant le mode de circulation. Chez les animaux qui ont des poumons et une double circulation complète, la coloration la plus noire du sang existe là où il vient, si Ton peut ainsi dire, reprendre sa couleur brillante, c'est-àrdire dans les artères des poumons; et par conséquent, la couleur la plus vermeille se trouve dans les veines des mêmes viscères. Cette coloration vermeille persiste plus ou moins dans les artères de la circulation générale, dans la cavité desquelles elle commence de nouveau à changer, excepté pendant une certaine période de la vie de quelques animaux qui alors ne font point fonctionner leurs poumons; c'est ce qu'on observe chez le fœtus; mais chez les fœtus qui convertissent une matière animale en leur élément de nutrition, et qui par conséquent ont besoin que cette matière reçoive l'influence de l'air, quoique cette influence ne se transmette pas au moyen des poumons, comme on le voit pour le poulet dans l'œuf, on trouve le sang de couleur vermeille dans les veines des poumons temporaires, tandis qu'il est noir dans les artères de ces mêmes organes; de sorte qu'il devient noir dans son trajet, soit pour se rendre au cœur, soit pour en revenir. Mais, chez les animaux les plus parfaits, le sang devient de plus en plus noir à mesure qu'il s'éloigne du cœur, jus-

qu'au moment où il commence à retourner vers cet organe.

Ce changement est très peu prononcé dans le système artériel, surtout dans les vaisseaux qui sont près du cœur, comme les artères coronaires. Le changement de couleur est plus rapide dans les veines, mais il ne se fait pas d'une manière égale dans toute l'étendue du système veineux, car il est plus prompt dans les veines des parties inférieures des membres abdominaux, que dans celles qui sont voisines du cœur: il débute très probablement là où le mouvement conmience à se ralentir; et ce ralentissement se manifeste ordinairement d'abord dans les artères d'un très petit calibre; en effet, j'ai remarqué, en général, que lorsqu'on saigne au pied ou sur la face dorsale de la main, le sang qu'on obtient est d'un rouge plus vermeil que celui qui provient de la saignée pratiquée au pli du bras.

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