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V. De la quantité du sang^ et des particularités

de sa circulation.

Il me parait impossible de déteiminer la quantité de sang que renferme le corps vivant, et cette connaissance n'aiderait probablement que très peu à mieux comprendre l'économie animale. La quantité de sang qui circule dans le corps est sans doute

chez la plupart des animaux, et par conséquent ils sont toujours le siège d'un courant Banguin équivalent à la masse totale du sang^ Le foie est extrêmement Aasculaire, ce qui se i-eoonnait, soit à sa couleur, soit au nombre relatif de vaisseaux qu'il reçoit; et, comme il se fait dans ce \iscère une circulation particulière, la grande quantité de sang qui le ^traverse ajoute à la masse totale du sang qui circule dans Fensemble de l'économie. La rate est extrêmement vasculaire, ainsi que les reins; des vaisseaux considérables se rendent à l'estomac et aux intestins; il en est de môme pour les muscles en général, surtout chez les sujets qui travaillent beaucoup; car le travail porte la quantité de sang qui* est renferbiée dans la ma chine vivante au delà de ce qui sufftt pour la simple nutrition chez l'homme arrivé à son plein <léveloppement, et au-delà de ce qui est nécessaire pour le simple accroissement chez les jeunes 8ujet«.

Si, des animaux les plus simples on passe enisuite aux animaux les plus compliqués, on remarque qu'il existe une série assez régulière, bien que cette régularité soit interrompue cepentlant lorsque les circonstances accessoires, que Ton doit prendi*e en considération, viennent à varier. Mais l'ensemble de ces recherches forme un sujet trop étendu pour devenir actuellement l'objet de notre attention.

Si je devais commencer par la formation du sang.

je traiterais d'abord de la digestion chez les animaux qui sont pourvus d'un estomac; mais cette étude forme un sujet distinct. Toutefois, je puis prendre pour point de départ les conséquences immédiates de cette fonction; c'est la digestion, e^ effet, qui produit la première et la plus essentielle modification, sayoir, la transformation de la substance alimentaire en un liquide appelé « chyle ». Le chjle est l'effet ou le produit immédiat de la digestion; il est, si l'on peut ainsi dire, la semence qui croît au sang, ou, en d'autres termes, le sang non encore àj l'état parfait. Les caractères extérieurs du chyle varient chez les différents animaux. Il est blanc chez les quadrupèdes et le crocodile; mais, chez la plupart des autres animaux, il est transparent. Lorsqu'il est blanc, ses parties constituantes sont plus visibles que lorsqu'il est transparent. Sous le rapport de la composition, il ressemble au sang rouge: en effet, il se compose d'une matière coagulante, de sérum et de globules blancs auxquels il doit sa couleur blanche, et qui lui donnent quelque ressemblance avec le lait. Ces globules sont plus petits que les globules rouges du sang, et présentent à peu près le même volume que ceux du suc pancréatique; ils conservent leur forme dans l'eau, et par conséquent diffèrent sous ce rapport des globules rouges; ils gardent leur forme arrondie dans le sérum; ils sont aussi plus pesants spécifiquement que la lymphe et le sérum du chyle. Lorsqu'on voit que le chyle contient des jmrtîcu-

les globuleuses chez certains animaux, on est nar turellement porté à supposer que ce sont ces globules qui forment les globules rouges du sang. Mais le chyle des oiseaux, dont le sang est rouge, n'ayant point de globules, il faut renoncer à cette hypothèse.

Chez la plupart des animaux, le premier acte dé la nutrition est Tabsorpiion du chyle dans les organes annexes de Pestomac; et i)our beaucoup cette absorption semble constituer à elle seule tout le phénomène, car ils ne possèdent point un coeur auquel le chyle puisse être porté. Chez ces derniers, on peut supposer que le mode de distribution du chyle a quelque ressemblance avec celui du sang dans les veines mésentériques et dans la veine porte; de sorte que les parties se l'assimilent et en disposent elles-mêmes. Mais cette organisation n'appartient qu'aux animaux les plus simples, ou <le la classe la plus inférieure. Chez les animaux les plus parfaits, où à chaque fonction particulière répondent des organes spéciaux, le chyle est porté à un organe appelé le cœur, après s'être réuni avec

le sang veineux, qui a alors besoin d'être soumis d la même opération que le chyle lui-même, et tous deux ils sont poussés à travers les poumons, dans l'intérieur desquels le chyle reçoit très probablement son élaboration définitive; de là, il retourne au cœur, pour être charrié dans toutes les parties du corps.

Chez les animaux qui ont un cœur, il est un grand

Dombio de particularités qu'il faut prendre en considération: 1° le mouvement du sang consécutivement à l'action de ce viscère; 2® l'objet principal de ce mouvement, savoir, l'élaboration du sang dans les poimions, ce qui donne naissance au phénomène de la respiratioD ; 3<* la diversité de forme des poumons; 4° les différentes espèces de milieux dans lesquels les animaux sont obligés de respirer pour en extraire la substance au moyen de la<iuelle s'opère l'élaboration du sang.

Dans cette investigation, on remarque que les parties qui servent aux usages indiqués plus haut ne se correspondent point d'une manière exacte ou régulière dans les différentes classes d'animaux. Cette irrégularité provient de ce que les animaux ne respirent point tous la même substance: ainsi, les uns respirent l'atmosphère commune, qui renferme l'air vital; les autres, comme les poissons, respirent l'eau, qui contient de l'air. Il en est qui respirent également l'air et l'eau; tandis qu'on en voit qui, après avoir respiré l'eau dans les premières périodes de leur vie ou dans leur imperfection, respirent l'air quand ils sont arrivés à leur développement complet. Si nous avions à. étudier tous ces systèmes d'organes, chacun d'eux devrait être examiné à part, avec toutes ses particularités et toutes ses connexions; puis il faudrait embrasser dans une vue d'ensemble tous les systèmes différents, car ils se fondent graduellement les uns dans les autres, quelques-uns se montrant parfaitement

distincts, tandis que d'antres participent pins on moins de Tnne et de l'antre forme. Le système complet doit tonjours être considéré comme le pins parfait, bien qn'il pnisse appartenir à nn ordre d'animanx inférieur à d'antres égards.

Le sang étant composé de parties, ou plutôt de propriétés diverses, les physiologistes ont supposé que, parmi ces parties on propriétés, il y en avait qui se portaient spécialement à certaines parties du corps dans des vues particulières; mais, en raison de la fréquence des anastomoses des artères, de la grande variété que ces vaisseaux présentent pour le nombre et l'origine, et de la différence des trajets qu'ils suivent chez les divers sujets, il est évident qu'aucune partie du cori>s ne peut recevoir un sang particulier, car il n'est aucune portion de la masse totale du sang qui ne puisse y être portée par la circulation. H est plusieurs dispositions anormales qui le démontrent. Par exemple, il arrive quelquefois que le rein d'un côté n'a qu'une artère, tandis que l'autre en a deux, trois ou quati*e. Les a-rtères rénales peuvent naître de l'aorte, d'un côté, presque aussi haut que l'artère mésentérique supérieure, et de l'autre, presque aussi bas que la naissance des deux illiaqnes; et, dans quelques cas, un rein s'étant développé dans le bassin, son artère naît de l'artère iliaque. Quelquefois aussi les artères spermatiques naissent, d'un côté, de l'aorte, et de l'autre, des artères rénales ou de Tiartère de la capsule rénale. Si chaque glande rece-

vait un sang particulier, on devrait s'attendre à voir le testicule sécréter de l'urine, quand son artère naît de l'artère émulgënte. Mais comme le sang se compose visiblement de différentes parties d.ans les animaux qui nous sont le plus familiers et dont la physiologie nous est probablement le mieux connue, et comme il est une de ces parties que Ton peut suivre dans les vaisseaux, on peut déterminer avec assez d'exactitude, non-seiJement l'espèce de sang qui arrive à un organe, mais encore dans quelle proportion le sang y est envoyé. Ainsi, la partie rouge du sang nous apprend jusqu'où le liquide est porté; et il est à remarquer que les résultats de nos injections colorées se trouvent à peu près en rapport avec ce fait d'observation.

Je më rappellerai ici d'abord, que les globules rouges sont la partie la plus grossière du sang, et que par conséquent, partout où on les observe, le sang se trouve avec toutes ses parties constituantes réunies dans la proportion normale; mais la structure de plusieurs parties des animaux est telle, que le sang rouge en exclue ainsi que toutes les poudres colorées que nous pouvons essayer d'y injecter; d.e sorte que nous n'avons point de notions précises sur le vascularîté de ces parties, conmie je l'ai déjà fait remarquer. Ces parties ne peuvent être traversées que par la lymphe coagulante, et probablement aussi par le sérum, pour leto simple nutrition. De cette nature sont les ten-

dons et les parties fibreuses, lés ligaments élastiques, les cài-tilages, principalement ceux des articulations, la cornée transparente, etc. Le sang rouge n'est même pas poussé aussi profondément dans la substance du jc^erveau et des nerfs que dans celle de beaucoup d'autres parties. On voit donc que les parties constituantes du sang ne sont pas portées à toutes les parties également, et l'on doit supposer que cette disposition répond à chaque but utile; cependant, si l'on examine ce sujet d'une façon plus attentive, on trouve qu'il est difficile de déterminer quels peuvent être les motifs de ce choix clans les éléments du sang; car, chez beaucoup d'animaux, on voit des parties semblables pour la structure et les usages, comme les muscles, qui cependant reçoivent, les unes, tous les éléments du sang, les autres la lymphe coagulante) seulement, présentant même tous les degrés intermédiaires compris entre ces deux extrêmes. Il est^' en effet, des animaux qui ont des muscles rouges, et des muscles blancs; d'autres dont tous les muscles sont rouges, et d'autres enfin dont tous les muscles sont blancs, ainsi que je l'expliquerai plus amplement. Le sang veineux peut même devenir utile, quand il ne s'agit pas de concourir à la nutrition, puisque le sang des intestins et celui de la rate se rendejit au foie, et cela, conmie on pteut le présumer, pour la sécrétion de la bile, ainsi qu'il a été dit.

L'idée de la translation d'une espèce de sang par-

ticulière aux parties qui ont des fonctions spéciales, et surtout à celles qui, comme les glandes, ont pour fonction unique d'extraire certains matériaux de ce liquide, est maintenant, je pense, assez généralement rejetée, et Ton admet, par conséquent, que le sang, considéré comme un tout complet, est également propre à tous les usages de la machine. Cette dernière doctrine accorde aux organes un empire absolu sur le sang tel qu'il est composé, et nous porte à prendre en considération simplement la circulation ou le mouvement du sang.

Le sang étant composé de différentes parties, oh pourfmit supposer que, si l'un ou l'autre de ses éléments inmiédiats est dépensé en quantité plus ou moins grande dans un travail quelconque de l'économie, le reste du sang, dans son retour pjir les vaines, devrait indiquer cette circonstance par une modification dans son aspect extérieur ou dans ses qualités. La 'seules différence dont je puisse concevoir Texistence, était celle qui porterait sur l'aspect ou sur la quantité de la lymphe coagulaJite. Toutefois, pour m'éclairter 'sur cette question, je fis les expériences suivantes:

Expérience 1. — J'ouvris le côté droit da thorax sur un chien vivant, et je plaçai une ligature autour de la veine cave inférieure, au-dessus du diaphragme. Ensuite, afin que la circulation pût reprendre son cours, et que les grosses veines pussent se remplir, j'appliquai la main sur la plaie, ce qui permît à l'animal de respirer. Lorsque la veine cave infé-

rîeure fut oomplètement distendue par le sang, je tuai ranimai. Le jour suivant, j'examinai le sang dans les différentes veines, et je trouvai dans chacune des veines suivantes, savoir : la veine rénale, la veine mésentérique, la veine cave infé- Heure, lït Veine isplén^que, et les veines sus-hépatiques, un coagulum dont le volume était en proportion de la capacité du vaisseau; il n'existait de différence sous aucun autre rapiwrt.

Expérience 2. — Sur un chien vivant, on recueillit une même quantité de sang de la veine mésentérique, de la veine fsplénique, de la veine rénale, et de la veine cave inférieure au-dessous de l'abouchement des rénales. Ces quatres portions de sang furent reçues dans quatre vases séparés; elles ne tardèrent point à se coaguler, et s'il y en eut une dont la coagulation s'effectua plus lentement que celle des autres, ce fut celle qui provenait de la veine mésentériqua Au bout de 24 heures, les quatre caillots étaient égaux en fermeté.

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