‹ Le sansonnet de madame DuysensChapitre 2 sur 9 · MAITRE WO OR M ANS REPRIT · texte numérisé non relu

MAITRE WO OR M ANS REPRIT

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mère. Aussi, je n'apprenais pas grand'chose.

L'école était située à un bout du village, et à Tautre bout, mon père possédait une toute petite maison qui n'avait qu'une chambre haute et une chambre basse, avec un petit jardin. Il la louait pas bien cher, parce qu'elle était vieille et nevalfidt pas les réparations qu'il aurait fallu y faire pour la remettre en bon état; et elle était restée vide tout un hiver, lorsqu'un jour nous vîmes arriver à la maison une jeune femme avec une petite fille plus jeune que moi. Toutes les deux étaient en .deuil et avaient l'air triste. La femme se fit d'abord reconnaître de mes parents ; elle était du village, qu'elle avait quitté pour se marier, il y avait bien des années. Elle venait de perdre son mari et elle revenait dans son pays, espérant y trouver de l'ouvrage pour coudre, raccommoder, faire des filets pour la pêche; et elle désirait louer notre petite maison^

Mon père la reçut bien, lui demanda un loyer très modéré, et fit labourer le jardin pour qu'elle pût y planter des légumes ; il fit aussi boucher

tant bien que mal les trous des murailles et du toit, et la veuve se contenta de cela et apporta son pauvre mobilier dans la petite maison.'^

C'était une brave femme, digne de l'intérêt de$ honnêtes gens : mon père et ma mère s'occupèrent de lui procurer de l'ouvrage, et elle eut bientôt son pain assuré. Elle venait souvent chez nous ; ma mère était une très habile ménagère, en ce qu'elle nous faisait de la cuisine comme on n'en mange que dans les meilleures maisons, et qu'elle entretenait ses meubles clairs comme des miroirs et ses cuivres brillants comme de l'or; mais elle ne savait pas très bien manier l'aiguille, et surtout les ciseaux, et c'était une affaire pour elle que de remettre une pièce à un fond de culotte ou des manj[:liÊsA.une veste. Elle fut donc très contente de trouver sous sa main une bonne ouvrière qui lui faisait les raccommodages et même le neuf, et qui ne prenait pas aussi cher que les couturières de la ville* Et, voyant que la petite était aussi douce, aussi* polie, atisa travailleuse, selon son âge, que

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rélaîl sa mère, elle les attira beaucoup toutes les deux. Mon père n'v mit pas d*obstacles; il faisait grand cas/ de la veuve; et pour moi, comme je m'ennuyais quelquefois à la maison, je fus très content d'avoir la petite Mitche pour compagne. — Sa mère l'appelait Mitche : c'était un petit nom d'amitié.

Tous les matins donc, Mitche frappait à notre fenêtre en passant devant la maison ; je sortais aussitôt, et nous nous rendions ensemble à l'école. Nous nous séparions à la porte : j'entrais à l'école des garçons, tenue par M. Duysens, et Mitche à l'école des filles, dirigée par madame DuyseiifiS, et nous nous retrouvions à la sortie. . J'étais très fier, les premiers jours, d'avoir quelqu'un à conduire et à protéger; pourtant je m'avisai bientôt qu'une ^ille, *et une fille de neuf ans, n'était pas une société pour un grand garçon comme mgi^ et je fis semblant d'être très attentif à une bataille à coups de poing que se livraient Jans Tromp et Rip Janssens, pour la l aisser passer et ne pas m'en retourner avec elle

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à la maison, où sa mère était en journée. Elle ne m'attendit pas, et, comprenant sans doute qu'elle me gênait, elle ne me chercha plus à la sortie de la classe et resta parmi les filles. Elle ne perdait pas au change, d'ailleurs ; elle s'était vite fait des amies par sa douceur et son gentil caractère, et c'était à qui reviendrait avec elle.

Mais nous nous retrouvions souvent à la maison, ^i là je faisais de Mitche mon soldat, mon niotisse, mon cheval, selon que nous jouions à l'exercice, au bateau ou au postillon; elle avait partout les seconds rôles, et elle s'en contentait avec une .complaisance et une bonne humeur inépuLsaHes.

^i « Comme lu vaudras! » disait-elle toujours; et ce qui me rendait mon rôle de maître, de tyran, si vous voulez, tout à fait agréable, c'est que j'avais affaire à une esclave intelligente, qui ne tarissait pas en jolies inventions pour égayer nos jeux. Mais la tyranijie i?,^ vaut rien pour personne; au lieu de luijavoir gre dfe sa gentillesse, je devenais de plus en plus exigeant, — quand

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