‹ Le sansonnet de madame DuysensChapitre 6 sur 9 · LE SAI^SONNET · texte numérisé non relu

LE SAI^SONNET

moi pour raconter Thistoire à ma mère. Ma mère jeta les hauts cris, déclara que c'était abominable, et que Mitche était une petite coquine qui finirait mal. « Certainement elle ne la recevrait plus jamais chez elle; elle n'était même pas sûre qu'une femme honnête pût se permettre de prendre la mère en journée; car enfin bon chien chasse de race, et si la veuve avait donné de bons exemples et de bons conseils à Mitche, sûrement Mitche n'aurait pas commis sa faute d'aujourd'hui. >

J'écoiitais tout cela, et je me trouvais un si grand misérable que j'aurais voulu être mort à la place du sansonnet. J'entendais dans mon âme une voix qui me criait : « Mais avoue donc, malheureux! avoue donc! y> et je ne me sentais pas le courage d'avouer. Si on accablait ainsi Mitche pour le larcin de l'oiseau, que serait-ce pour moi quand on saurait tout?

Enfin, Jans Tromp se leva pour sortir; je me levai aussi pour l'accompagner. J'étais sauvé ! je le reconduirais un bout de chemin, et en

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revenant j'irais faire disparaître le cadavre du sansonnet. J'ouvre la porte, je fais un pas. .. Oh I fâcheux contre-temps! je me heurte dans mon oncle Woussen et son fils Martin, un garçon de mon âge, que mon .oncle promettait depuis longtemps de nous amener. Impossible d'être seul! L'oncle et le cousin vont passer la soirée et la nuit chez nous, peut-être toute la journée du lendemain. Pourvu que personne ne trouve le sansonnet!

Vous pouvez vous faire une idée de ce que je souffris pendant toute cette soirée-là. Faire tous ses efforts pour parler, pour rire, pour manger, et ne réussir qu'à se faire dire vingt fois : « Mais qu'as-lu donc, Kobus ? Tu as l'air d'un ahuri. Est-ce que tu es malade? est-ce que tu n'es pas content de voir ton cousin ? d C'est un supplice que je souhaite à tous les coupables pour leur ôter l'envie de recommencer. J'allai enfin me coucher; mais mon cousin couchait dans ma chambre : pas moyen de m'échapper.

D'ailleurs les portes étaient closes et les verrous

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tirés, et je ne voulais pas m'exposer à me faire dire : a: Où vas-tu ? 3> Jamais nuit ne m'a paru aussi longue que celle-là.

J'oubliais de dire qu'en me mettant à table j'avais eu une belle peur. J'étendais la main pour prendre l'assiette que ma mère me tendait, quand elle s'écria tout à coup :

« Tu es blessé ? Il y a du sang à ta main 1 » Je regardai ma main; en effet, elle était tachée de sang, et je me rappelai que je l'avais mise dans ma poche après l'avoir lavée pour dîner. Sans doute elle était encore humide, et ma poche avait dû garder des traces du sang de l'oiseau. Je me sentis devenir blême, et je répondis d'une voix étranglée : « Ce n'est rien.

— Rien, rien, reprit ma mère, cela saigne pourtant. Tu t'es coupé, piqué? avec quoi? »

J'avais repris ma présence d'esprit.

€ Avec une épingle, dis-je.

— Une épingle! bon, si tu étais une fille; mais il n'y a pas d'épingle dans la toilette des garçons. Que pouvais-tu faire d'une épingle? *

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— Un hameçon, pour les grenouilles...

— Ah! est-ce une forte piqûre?

— Non, non, elle est fermée; ce n'est pas la peine d'en parler. >

Comme, les mensonges s'entassent, une fois qu'on a commencé à mentir! J'en étais déjà à ne plus les compter, et celui-ci ne me fit pas même rougir. Je remarquai pourtant que mon père me regardait d'un air que je trouvai singulier.

Comme je l'ai dit, je ne dormis pas de la nuit. J'avais constaté, dans un court moment de solitude, que ma poche était tachée de sang, et même qu'à ce sang restaient collées de toutes petites plumes grises, que j'enlevai autant que je le pus. Comment faire disparaître ces taches ? Laver la poche... oui, mais il faudrait du savon, de l'eau chaude, et surtout de la liberté et de la solitude ; et comment me les procurer, tant que mon oncle et mon cousin seraient là? Pourvu que ma mère, sous prétexte de leur faire honneur, ne voulût pas me faire mettre mes beaux

habits ! Je savais bien ce qui arriverait alors ; elle visiterait mon pantalon du haut en bas pour voir s'il n'avait pas quelques trous à boucher ou quelques taches à enlever; elle retournerait les poches, et elle trouverait ces affreuses taches et ces maudites petites plumes que je n'avais pas eu le temps d'enlever toutes.

Je me levai donc de bonne heure, je brossai mon pantalon moi-même, je m'habillai. Martin s'était éveillé au bruit ; il se leva vite, et nous partîmes ensemble pour la mare aux grenouilles. Il y avait là de quoi s'amuser toute la matinée; dans l'après-midi, nous irions à la rencontre des pêcheurs, et nous les aiderions à décharger leurs bateaux. Il n'y avait pas besoin de toilette pour cela, et ma mère ne tiendrait pas à me faire mettre mes beaux habits.

j^ Pendant ce temps-là, q ue devenait la pauvre Mitche? Je n'en savais rien, moi, à ce momentlà; mais, je l'aisirplu^sjard. Mitche, qui n'avait pas soupé^la veille ^ et qui n'avait pas dormi non^ plus, parce qu'elle avait trop de chagrin, parais*

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sait dormir, vers le point du jour, quand sa mère se leva pour se mettre à son ouvrage.

Mais elle ne dormait pas; seulement, elle était si accablée qu'elle n'avait pas la force de soulever sa tête; et quand sa mère l'appela, elle ne put pas lui répondre. La veuve, étonnée, car Mitche n'avait pas l'habitude d'être paresseuse, alla à elle et l'embrassa pour la réveiller : Mitche n'ouvrit pas les yeux; elle était rouge et brûlante, et son pouls battait si fort que sa mère, sans être médecin, vit bien qu'elle avait une grosse fièvre. Elle comprit que Mitche s'était donné la fièvre à force de pleurer, malgré tout ce qu'elle avait pu lui dire pour la consoler, et elle fut bien inquiète. Elle ne savait que faire pour la soulager, car elle ne pouvait pas lui ôter son chagrin, tant qu'on n'aurait pas trouvé le véritable voleur du sansonnet; et elle savait bien que tout le mal de Mitche venait de cette vilaine affaire. Heureusèment, elle se rappela qu'il y avait dans le village un homme qui était fort malade et que le médecin venait voir tous les jours, et elle se

mit à travailler sur sa porte pour guetter le docteur Van Goutte quand il passerait.

Elle aperçut son cabriolet sur la route, et se leva pour aller au-devant de lui. Moi, du bord de la mare où j'étais, je Taperçus aussi, et sa vue me fit un vilain effet. Depuis la veille, tous les cabriolets me déplaisaient : ils me reportaient au moment où, descendant de la fenêtre avec le sansonnet dans ma poche, j'avais vu un cabriolet qui passait sur la route. Et si j'avais su!...

Mais revenons au docteur Van Goutte. Il arrêta poliment son cheval, écouta la veuve, et descendit de son cabriolet pour voir Mitche. Elle était toujours aussi accablée et ne reconnaissait personne. Il alla chercher une fiole dans sa petite pharmacie, qu'il emportait toujours dans ses visites de campagne, et lui fit boire quelque chose qui la ranima un peu. Mais dès qu'elle eut repris connaissance, elle se mit à pleurer et se cacha la tête pour ne pas voir le médecin. Il fut très étonné, comme de juste ; car tous les en-

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fants l'aimaient, et Mitche n'était jamais la dernière dans le village à le saluer et à lui dire : « Bonjour, monsieur le docteur. » Il voulut des explications; et il les écouta sans mot dire, jusqu'au moment où la veuve voulut défendre Mitche. Alors il l'interrompit en haussant les épaules :

<r Ça n'a pas de bon sens, dit-il. Accuser cette enfant-là d'une vilaine action ! il faut avoir perdu la tête. Ne la défendez pas, c'est inutile. Et après? y>

La veuve continua; et quand le docteur

"Comprit que Mitche avait vu le sansonnet dans

sa cage au moment où la classe était finie, et

que madame Duysens ne l'avait plus trouvé cinq

minutes après, il s'écria :

a Alors, j'ai vu le voleur. Je me rappelle lichs bien un gamin qui est monté par la fenêtre, en se tenant à la vigne; il a ouvert la cage qui était sur la fenêtre, il y a fourré sa main et l'a retirée, tenant quelque chose qui se débattait. Ensuite il est descendu par le même chemin, un

peu plus vite qu'il n'aurait voulu, je crois.

— Et vous l'avez reconnu! cria la pauvre petite Mitche en se dressant sur son séant.

— Parbleu! j'aide bons yeux, et puis j'avais mes lunettes : je lisais mon journal. C'est Jakob Woormans. ïu^

"^ Mitche retomba sur son lit en poussant un gémissement, et sa mère joignit les mains en disant : a: Seigneur, le fils de si braves gens! est-il possible!

— Je suis prêt à le certifier : donnez-moi une feuille de papier, une plume; vous allez voir si ce que j'écrirai ne vaudra pas mieux qu'une ordonnance pour guérir la petite. Pauvre agneau ! je vais lui donner encore un peu de ce cordial, et vous pourrez la lever et l'habiller; vous irez avec elle faire lire cette lettre-là à maître Woormans d'abord, et puis vous la porterez à madame Duysens, pour qu'elle en prenne connaissance et qu'elle la lise tout haut à toute l'école.

— Grand merci, monsieur le docteur ; nous

-ligitizedbyCiOOQlC

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•sommes pauvres, nous n'avons que noire honneur, nous avons bien le droit d'y tenir, n'estce pas?

— Certainement... Tenez, j'ai fini : lisez. » Voici ce qu'il y avait dans la lettre du docteur. Je ne l'ai pas vue, mais il m'a répété luimême ce qu'il y avait mis, pour augmenter mon repentir, et je n'en ai pas oublié un mot :

<r Moi, Isaac Van Goutte, docteur en médecine, j'atteste et certifie qu'hier mardi 4 avril, passant dans mon cabriolet sur la route, non loin de l'école, j'ai vu un jeune garçon entrer par la fenêtre de madame Duysens, à l'instant même où la classe venait de finir, et où les élèves sortaient par la porte qui donne sur la place. Celle fenêtre était la première dans l'angle de la cour, et le maraudeur s'aidait de la vigne. Il a pris le sansonnet dans sa cage, il est redescendu, et il s'est sauvé en courant par derrière les maisons. Cet enfant, que j'ai très bien reconnu, est Jakob Woormans : j'en donne ma parole d'honneur. » .

» Signé, parafé, voilà! personne ne doutera de la parole du docteur Van Goutte. Allons, ma bonne dame, habillez Tenfant. :s>

Mais Mitche secoua la tête.

« Pauvre Kobus! dit-elle.

— Je te conseille de le plaindre, ma mignonne! Une jolie action qu'il a faite là!

— C'était mon camarade... c'était mon ami... il a toujours été si bon pour moi 1... Non, je ne peux pas...

— Sait-il que c'est toi qu'on accuse? » lui demanda le docteur en la regardant en face, m-

Mitche baissa la tête et répondit d'une voix faible :

€ Oui!

— Eh bien, mon enfant, c'est un fameux misérable, et je ne comprends pas comment tu peux avoir encore un reste d'amitié pour lui.

— Il a toujours été si bon pour moi! répéta Mitche. Cela ne s'efface pas en un jour... Maman. ..je t'en prie, brûle la lettre... je ne veux pas qu'on la voie 1 »

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Elle s'agitait : le docteur lui reprit la main, secoua la tête.

a: Il ne faut pas la contrarier, dit-il à la veuve, cela fait remonter la fièvre. Comment donc faire?

— Si vous pouviez, monsieur le docteur, sans dire qui a pris Toiseau, attester seulement que ce n'est pas ma petite Mitche... onvous croirait, et elle pourrait retourner à l'école. Cela suffirait: lesWoormansont été très bons pour nous, c'est vrai... et puis ils me donnentde l'ouvrage... ils sont nos propriétaires... enfin, je trouverais cela dur, de déshonorer leur fils devant tout le village.

— Allons, je veux bien, dit le docteur en haussant les épaules. Seulement, il faudra que le père Woormans sache toute l'affaire, pour que le drôle reçoive une bonne correction. Ce serait rendre un mauvais service à ce garçon que de laisser impunie une faute aussi grave. Ce sera à vous d'avertir le père; et si vous ne le faites, pas, je m'en chargerai, entendez-vous? Donnez-moi une autre feuille de papier. »

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Pendant que le docteur écrivait sur cette seconde feuille de papier, attestant seulement, sur son honneur, l'innocence de Mitche, et certifiant qu'il connaissait le coupable, et que s'il ne le nommait pas, c'était parce que la petite fille avait demandé grâce pour lui, je m'en revenais vers la maison, en assez piteux état. La vue du cabriolet m'avait fait tourner la tête trop brusquement, au moment où j'avais le pied droit sur le bord de la mare et l'autre sur un vieux tronc d'arbre enfoncé dans la vase. Par suite de ce mouvement, le poids de mon corps s'était trouvé porter sur le pied gauche : le tronc d'arbre avait tourné, et j'étais tombé tout de mon long dans une eau verdâtre et fangeuse. .. Pouah ! mon cousin se boucha le nez quand je me relevai, et il faut avouer qu'il n'avait pas tort. Il riait;-je me fâchai ; mais après! Il fallut bien calmer ma colère et chercher le meilleur parti à tirer de la situation. Martin tira son couteau, moi le mien, et nous nous mîmes à racler toute la superficie de ma personne, pour me débarrasser

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de la couche de boue noire qui me recouvrait tout entier. Et puis comme je grelottais et que mes dents claquaient, il fallut bien rentrer à la maison.^

Ce jour-là encore, j'y rentrai parla porte de derrière; et juste au moment où je la poussais devant moi, — je me rappelle que j'avais celte idée confuse, que le bain dans la mare devait avoir lavé la poche de mon pantaloii, — juste au moment où je la poussais, la porte de la rue s'ouvrit toute grande, et Mitche entra, radieuse, tenant une lettre à la main. Sa mère la suivait. Elles ne me virent pas, et j'en profitai pour me glisser derrière elles. Ma mère leur fit froide mine.

m Ah! vous voilà! Qu'est-ce que vous voulez?

dit-elle d'un ton sec à la veuve.

— Je vous rapporte de l'ouvrage, madame Woormans, une veste et un panlRTtm çffj^ vous m'aviez donnés à faire pour Kobus. Et puis, Mitche a une lettre à vous montrer, une lettre du docteur... Tenez, lisez-la, monsieur Woormans.

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Mon père prit la lettre, mit ses lunettes, et lut. A mesure qu'il lisait, je voyais son visage s'éclaircir. Quand il eut fini, il tendit les mains à Mitche.

«Viens m'embrasser, ma fille! Puisque le docteur affirme que ce n'est pas loi qui as pris le sansonnet, il faut le croire : personne n'a jamais douté de la parole du docteur. Mais qui est le voleur?. M. Van Goutte dit que c'est toi qui ne veux pas qu'on le nomme. Est-ce vrai?

— Oui, dit Mitche, qui s'était blottie dans les bras de mon père, et qui me regardait d'un air triste et doux.

— Mais pourquoi? Si on tenait le coupable, on serait bien plus sûr de ton innocence.

— Ça, c'est vrai, interrompit ma mère; et puis les voleurs ne méritent pas de pitié. Celui-là n'est qu'un mauvais garnement, bien sûr, et il aurait besoin d'une bonne corr — Hé! Seigneur! Kobus, comme te voilà faiU y>

Ma mère venait de m'apercevoir dans mon coin. La boue commençait à sécher et à faire

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croûte sur mes vêtements : ce n'était pas plus joli sec que mouillé.

Ce fut Martin qui répondit pour moi et qui raconta ma mésaventure. On rit beaucoup âmes dépens ; ma mère seule ne riait pas.

<( Allons, dit-elle, ça se trouve bien que je ne t'aie pas fait mettre tes beaux habits ce matin. Monte vile, que je t'aide à te changer et à te nettoyer; ça tient ferme cette boué-là. Attendezmoi un peu, vous autres; je veux vous servir un verre de curaçao que nous boirons à la santé de Mitche et à la découverte derautre : vous savez bien qui je veux dire. »

Je n'étais pas content, non! Si encore ma mère m'avait envoyé changer de vêtements tout seul, j'aurais pu laver ma poche, ou même la couper avec des ciseaux pour la brûler ensuite; mais elle ne me quittait pas; je jouais de malheur.

Elle me fit déshabiller^ me lava, me frotta, me rhabilla, et descendit iavec moi, tenant du bout des doigts ma veste et mon pantalon durcis par la vase.

Elle les jeta dans un coin de la cuisine, et vint nous servir le curaçao. On but à la santé de Mitche et à la découverte du coupable : j'aurais aimé autant boire à toute autre chose. Puis me mère disparut du côté de la cuisine, et la veuve continua le récit, qu elle avait commencé pendant que j'étais en haut, du désespoir de Mitche, de sa fièvre et de la visite du médecin. J'avais toujours peur de voir arriver mon nom.

Il ne faut pas croire que j'eusse vécu sans remords, depuis vingt-quatre heures, ^en avais l eu de cuisants^, qui me donnaient par moments l'envie de courir chez madame Duysens et d'y faire une confession publique.

Mais depuis que l'affaire semblait s'arranger et que Mitche était consolée, mes remords s'apaisaient et je n'avais plus qu'une idée : la crainte de la punition et le désir d'y échapper.

a. Mais décidément, Kobus, dit tout à coup ma mère en sortant de sa cuisine, il faut que tu te sois joliment piqué hier au soir. La poche de ton pantalon est toute tachée de sang. »

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Je devins cramoisi. Mitche me jeta un regard qui cherchait à me rassurer, mais où je crus voir tant demépris que j'en perdis la tête; je ne trouvai rien à dire du tout.

Ma mère était entrée, tenant le pantalon, qu'elle avait voulu laver avant que la vase fftt tout à fait sèche. L'eau avait ravivé les taches de sang, qui paraissaient toutes vermeilles

« Donne-moi ce pantalon, lui dit mon père.

Kobus, ta main! Où t'es-tu blessé hier soir?

— Ici, y> dis-je en indiquant au hasard un de mes doigts. Comme je venais justement de me savonner les mains, aucun subterfuge n'était possible. Ni la place que j'indiquais, ni une autre, ne portaient la moindre trace de blessure. ^ A

« Il n'y a rien, dit mon père en repoussait ma main. D'où vient ce sang? et ces plumes? ))

Il me présentait deux imperceptibles brins de duvet qu'il* venait de décoller du fond de la poche.

« Je... je... ne sais pas»., balbutiai-je épou-

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vanté; car mon père avait un air que je ne lui avais jamais vu. Certainement il avait deviné la vérité, ou il était sur le point de la deviner.

« Ah! reprit-il, nous venons de boire à la découverte du coupable : je crois que cela a réussi. Kobus! où est le sansonnet? ï>

Je baissai la tête sans répondre. Mais au même instant, par la porte de la cour que j'avais pissée entr'ou verte, Putty, la chatte de la maison, entra tout à coup, la tête haute, portant dans sa gueule un être emplumé que je reconnus avec terreur. Je poussai un cri, et je me cachai la figure avec mes mains.

Mon père appela Putty, il la prit, il lui ôla sa proie malgré sa résistance.

< C'est un sansonnet, dit il enfin; c'est sûrement le sansonnet de madame Duysens...

— Eh bien, tant mieux! interrompit ma mère. C'est Putty qui est la voleuse ;. il faudra aller le dire à madame Duysens, et lui faire les excuses de cette mauvaise bête... y>

Mon père vint à moi, écarta mes mains de

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mon visage, et, me mettant le sansonnet sous les yeux :

« Est-ce Putty qui est la voleuse? ^ me demanda-t-il.

Oh! comme sa voix et son regard fouillaient jusqu'au fond de mon âme! Je ne pus soutenir plus longtemps mon mensonge; je tombai sur mes deux genoux en criant d'une voix étranglée :

Grâce! 3>

Mon père me repoussa du pied.

> — Misérable! y> murmura-t-il.

Il recula, alla tomber assis dans son grand fauteuil, et fondit en larmes.

3> Jusque-là je n'avais éprouvé d'autre senti ment que la peur; mais quand je vis pleurer mon père, il se fît en moi comme un grand bouleversement. Je compris tout d'un coup l'étendue et la laideur de ma faute, et je me sentis prêt à l'expier sans reculer, sans hésiter, quelle que pût être l'expiation qu'on me demanderait. Je me mis à pleurer et à crier, me roulant par terre dans mon désespoir, et répétant

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