‹ Le sarcome primitif de l'estomacChapitre 7 sur 23 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Le sarcome primitif de l’estomac est relativement très exceptionnel, surtout en comparaison de l’extrême fréquence des tumeurs malignes épithéliales de cet organe. Nous avons cependant pu réunir 58 observations de sarcome primitif de l'estomac.

II. — Ce néoplasme peut se rencontrer sous plusieurs aspects très différents : ou bien infiltrant l’estomac en un point limité, il peut simuler absolument par son apparence extérieure le carcinome gastrique; ou bien, au contraire, infiltrant toute l’étendue de la paroi gastrique de nombreux noyaux disséminés, il revêt un aspect particulier qui ne rappelle guère celui de l’épithélioma; plus rarement le sarcome, comme le carcinome, peut envahir uniformément toute l’étendue de la paroi gastrique : c’est une des formes de la limite plastique. Enfin, et c’est peut-être la forme la plus fréquente du sarcome gastrique, le néoplasme se présente sous l’aspect d’une tumeur volumineuse, régulière, implantée en un point limité de la paroi gastrique, quelquefois même pédiculée, et se développant vers la grande cavité abdominale. C’est

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dans ce cas un type de tumeur stomacale très spécial, qui ne ressemble en rien au carcinome.

III. — Au point de vue histologique, les variétés de sarcome les plus souvent observées sont le sarcome globocellulaire et le fusocellulaire. Le lymphosarcome, le myosarcome, l’angiosarcome et le myxosarcome sont beaucoup plus rares. Les métastases sont fréquentes dans les ganglions et les viscères (foie, poumons, os, péritoine). Cependanl, il faut remarquer que dans 9 cas sur 21, avec autopsie complète, il n’existait aucune métastase apparente; ce fait est très important pour le chirurgien et permet d’obtenir par l’ablalion de la tumeur, en temps opportun, un résultat durable.

IV. — Au point de vue clinique le sarcome gastrique peut évoluer sous deux formes différentes ; dans le premier cas il revêt tous les caractères cliniques du carcinome du pylore ou des faces, et il nous semble alors presque impossible de différencier ces deux variétés de tumeur maligne, sinon peut-être par le très jeune âge des malades (quinze, dix-sept, dix-huit, vingt ans). Dans une seconde forme, le sarcome ne détermine aucun trouble gastrique, mais se présente comme une tumeur abdominale, souvent volumineuse et de diagnostic toujours très délicat. S’il existe des doutes sur la nature de cette tumeur et que l’état du malade le permette encore, il faudra avoir recours à la laparotomie exploratrice, qui ne sera souvent que le premier temps d’une intervention plus radicale.

V. — Le traitement du sarcome primitif de l’estomac est uniquement chirurgical. Si la tumeur, ce qui est d’ailleurs exceptionnel, détermine des troubles de sténose du pylore, il faudra faire, soit la gastro-entérostomie, en cas d’adhérences trop étendues ou de métastases inextirpables, soit au contraire pratiquer l’ablation de la tumeur, ce qui, d’après ce que nous avons vu et lu est peut-être plus fréquemment indiqué que dans le cancer, à cause de la rareté relative des adhérences étendues et des métastases ganglionnaires. Dans tous les autres cas, le traitement sera, si l’état général du malade le permet, l’ablation large de la tumeur avec résection plus ou moins étendue et reconstitution soigneuse de la paroi gastrique. Si la résection gastrique est étendue, nous donnerons toujours la préférence à l’un de ces deux procédés : le Billroth, deuxième manière, ou le Kocher, l’indication respective de l’un ou de l’autre étant tirée uniquement de sa facilité plus ou moins grande d’exécution technique, ce dont on ne peut juger qu’une fois l’ablation large de la tumeur pratiquée.

I. — Observations résumées des cas de sarcome de l’estomac non opérés.

Observation I. Fleiner l. Femme de vingt- six ans; à la suite d’une couche avec infection puerpérale, la malade sembla faire de l’anémie pernicieuse. Le cœur est dilaté : on entend à tous les orifices un bruit systolique. La rate est grosse, il existe de l’oligocythémie, de la poïkilocytose et une forte diminution de l’hémoglobine; pas de leucocytose. Fièvre modérée; peu de jours avant la mort apparurent des signes de péritonite, avec vomissements fréquents et de l’ictère. A l’autopsie, l’estomac a des parois très épaissies ; le foie adhère à la face antérieure de l’estomac. Tout le long de la petite courbure, depuis 3 centimètres au-dessous du cardia jusqu’au pylore, on rencontre une tumeur mollasse qui envahit également la face antérieure et la face postérieure de l’estomac. Le pylore seul et la grande courbure sont intacts. La tumeur est superficiellement ulcérée; pas de métastases viscérales ni ganglionnaires. L’examen histologique montra qu’il s’agissait d’un lymphosarcome de l’estomac.

Observation II. Ewald 2. Homme de vingt-neuf ans, qui fit jusqu’à quatre semaines avant sa mort une cure d’engraissement. A cette époque seulement on sentit dans l’abdomen l’existence d’une tumeur; il apparut ensuite de l’ascite sanguinolente. La mort survient dans le coma. A l'autopsie, l’estomac est no^é dans une masse de tumeurs bosselées ; sa paroi est doublée de volume, son calibre au contraire plutôt diminué. A l’examen histologique, la muqueuse se montre envahie par du fibro-sarcome : en quelques rares points seulement on retrouve des débris de glandes.

Il est certain que depuis longtemps la digestion gastrique n’existait plus, et que l’estomac servait seulement de lieu de passage aux aliments que l’intestin digérait seul.

Observation III. Hammerschlag 3. Femme de trente-neuf ans souffrant depuis deux ans de douleurs stomacales et de vomissements; dans ces derniers temps, les douleurs sont devenues plus violentes. A l’épigastre on sent une tumeur dure à la palpation, qui s’étend du rebord costal gauche jusqu’à deux travers de doigt à droite de l'ombilic. La cachexie est très marquée.

Le contenu gastrique à jeun est d’environ 20 centimètres cubes, pas d’HCl, pas de digesfion des albuminoïdes; présence d’acide lactique. La malade

1. Fleiker. — Lehvbuch dcr Verclauungsorganen , I Theil, p. 295 et 311.

2. Ewald. — Klinik dcr Vcrdauungskrankheiten , 2 Aufl, 2 Theil, p. 354.

3. Hammerschlag. — Arch. f. Vcrdauungskrankheiten , Bd II, ITefl 1 (cité d'après Schle-

:SINGER, lOC. cit.).

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meurt au bout de six semaines. A l’autopsie on trouva un sarcome de l’estomac (histologiquement : lymphosarcome).

Observation IV. Weissbliim \ Un individu (le sexe n’est pas indiqué) de quarante-sept ans présentait depuis un an des troubles gastriques. Il mourut en Juillet I88G, avec les signes d’un cancer de l’estomac.

A l’autopsie, on trouva sur la petite courbure de l’estomac, une tumeur surélevée, mollasse, commençant à deux doigts du cardia, longue de 7 centimètres et épaisse de 1 cent. 1/2. 11 y avait des métastases dans le foie, le mésentère, le mésocôlon, et dans les ganglions rétro-péritonéaux. 11 s’agissait d’un sarcome faso-cellulaire de la paroi gastrique.

Observation Y. Drost1 2 3 *. Femme de soixante-cinq ans, cuisinière, toujours bien portante, sauf une attaque de fièvre typhoïde; depuis trois ans, la malade a remarqué que son abdomen a augmenté lentement, mais progressivement; il survint en même temps un amaigrissement notable, et des vomissements ; ceux-ci survenaient irrégulièrement, et étaient sans rapport avec l’ingestion des aliments. Jamais d’hématémèse.

Constipation, appétit variable, devenu mauvais dans ces derniers temps; il y a souvent des douleurs gastriques, et l’on sent dans la région de l’estomac, une résistance notable à la palpation. Mort par apoplexie cérébrale. L’autopsie montra que l’estomac était partout très infiltré, sa paroi atteignant en certains points 2 centimètres d’épaisseur; au contraire le calibre de l’estomac était très diminué. La muqueuse était plissée, et les plis très épaissis en certains points. Plusieurs gros ganglions au niveau de la petite courbure. L’examen histologique montra qu’il s’agissait d’un sarcome globo- cellulaire.

Observation YI. W. Tr. Howard5. Femme de soixante-cinq ans, souffrant de nausées et de vomissements depuis un an ; la malade était très amaigrie et très faible; à la palpation, on ne pouvait rien sentir. Le diagnostic clinique avait été « cancer de l’estomac ». A l’autopsie, on découvrit un estomac ratatiné, trois fois plus petit que normalement : la paroi était très épaissie, surtout sur le milieu de l’estomac, où elle formait une constriction annulaire rappelant l’estomac en sablier. Il n’y avait pas de métastases viscérales,, mais les ganglions de la petite courbure et les ganglions rétro-péritonéaux étaient envahis. L’examen histologique montra qu’il s’agissait de sarcome globo et faso-cellnlaire , à point de départ dans la sous-muqueuse de l’estomac.

Observation YII ( ibid .). Femme de quarante-six ans, se plaignant de cépha- Jalgie, de douleurs dans la région de la rate et d’anorexie. Pas de vomissements, pas de douleurs dans la région épigastrique : à la palpation, on sentait

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