PROTOCOLE D'AUTOPSIE
Le poumon droit est d'aspect gris rosé ; il est tacheté de placards d’anthracose ; son sommet est le siège d’une pneumonie ardoisée entourée d'une vaste zone d'æœdème qui explique le syndrome pseudo cavitaire observé pendant la vie. La plèvre ne contient pas de liquide. À part deux adhérences (sommet et partie moyenne du thorax) elle est saine. Pas trace de tuberculose. Aucun noyau de cancer.
Le poumon gauche, au contraire, est adhérent dans sa totalité. Il n'y a pas le moindre épanchement pleural. Le syndrome pseudo-pleurétique que la clinique avait constaté était dû à une transsudation abondante qui infiltrait toute la base du poumon. Cette base est soudée au diaphragme par de nombreuses adhérences, toutefois faciles à rompre ; mais, au delà, il n’en est plus ainsi. On est obligé de sculpter au doigt un plan de clivage entre la plèvre pariétale et le fascia endothoracique par suite de la symphyse complète des deux feuillets pleuraux. Des adhérences multiples et épaisses solidarisent la plèvre. médiastinale et le péricarde à tel point que leur séparation est radicalement impossible.
On est, par suite, obligé d'enlever en bloc le poumon gauche et le cœur,en sectionnant la trachée à 7 ou 8 centimètres au-dessus de sa bifurcation et en coupant la crosse aortique au ras de la colonne dorsale.
Sur la pièce ainsi détachée, on aperçoit aussitôt à la partie moyenne de la face antérieure du poumon gauche une dépression cupuliforme, ovalaire, de 10 centimètres de dia-
op
mètre environ. C'est bien le siège de la cavité révélée par la radiographie.
En essayant de rompre les adhérences pleuro-péricardiques on déchire le parenchyme pulmonaire et l'on pénètre aussitôt dans la cavité que l'examen précité faisait soupçonner. Il s'en écoule un liquide grisâtre, purulent, mal lié, contenant en suspension des grumeaux blanchâtres et grisâtres ; on dirait un liquide de stase gastrique avec des particules alimentaires mal digérées.
Dans l’ensemble, la masse du poumon gauche reste souple, même dans le voisinage de la caverne. Cette dernière, de la dimension environ d’une orange, est située à une certaine distance de la scissure interlobaire facile à distinguer, bien qu'elle soit symphysée. Les parois de la cavité sont circulaires, effilochées et velvétiques ; elles sont constituées, du côté externe, plus ou moins voisin de la corticalité du poumon, par un tissu mou, parsemé de-ci de-là de quelques noyaux blanchâtres néoplasiques, qui se détachent sur le reste du parenchyme pulmonaire ; du côté du cœur, la paroi est constituée par la face ventriculaire gauche, elle-même, sur laquelle fait saillie une masse néoplasique de la grosseur d'une petite mandarine ; cette masse est résistante au doigt, mais friable ; elle tranche par sa couleur blanchâtre sur la coloration violacée du muscle cardiaque avoisinant.
De ce gros bourgeon partent des prolongements d'aspect frangé, oi surélevés, de teinte pâle, qui s'étendent, en bas, jusqu'à deux travers de doigt au-dessus de la pointe du cœur et qui, vers les parties supérieures, se poursuivent sans interruption vers l'oreillette gauche ; ces prolongements s’insinuent à travers le sillon auriculo-ventriculaire jusqu'à la partie supérieure de cette oreillette et atteignent même les orifices d'abouchement des veines pulmonaires droites.
La bronche gauche est elle-même très adhérente à l’oreillette gauche ; en essayant de la séparer du péricarde auriculaire on ne réussit qu'à déchirer le parenchyme pulmonaire
Re
et on pénètre ainsi de nouveau dans la caverne pulmonaire. Cette bronche est oblitérée tout près de sa bifurcation par une masse végétante, et une baguette d'osier assez flexible, introduite de l'éperon bronchique vers le poumon, pénètre avec difficulté toutefois dans une substance molle et friable.
La tumeur empiète légèrement sur la région hilaire gauche, respectant cependant tous les organes du médiastin, de même que l'artère pulmonaire et les veines pulmonaires gauches ; la bronche gauche,par contre, fait intimement par-.
‘tie de la tumeur qui l'oblitère, ainsi que nous venons de le voir. Les ganglions médiastinaux sont normaux ; seuls les ganglions hilaires gauches sont hypertrophiés, mais paraissent uniquement anthracosiques, sans ausune apparence d'infiltration néoplasique. ;
Le parenchyme pulmonaire, à la périphérie du néoplasme, et la marge de la caverne sont semés de nombreuses lésions de broncho-pneumonie. Pas de tuberculose appréciable.
Afin de ne pas détruire la zone d'adhérences néoplasiques cardio-pulmonaires, on pratique une coupe atypique des cavités cardiaques. Accédant par la pointe, dans le ventricule gauche, on en sectionne, aux ciseaux, toute la face postérieure et, poursuivant l'incision à travers l'orifice mitral, on atteint le sommet de l'oreillette gauche. Cette incision per-
- met de constater que le ventricule gauche présente une cavité d'apparence normale, à part un léger épaississement et un léger degré de sclérose des valvules de la mitrale. Au contraire, à l'ouverture de l'oreillette, on aperçoit une masse bourgeonnante du volume d’une noix, faisant saillie dans la cavité, entourée de caillots ; cette masse fait manifestement partie de la néoplasie qui a envahi la paroi cardiaque. Ce champignon cancéreux est très visible sur la figure.
Les cavités cardiaques droites (oreillette et ventricule) ne
-sont pas modifiées dans leur volume et ne sont le siège d’aucune altération.
En résumé, nous nous trouvons donc en présence d’une
BERNARD à