LA CONFESSION ET LE PACTE
On se confessait de tout le mal omis; le Diable imposait des pénitences, usait de l'amende et du fouet, n'absolvait qu'à mauvais escient. Les initiés apportaient alors leurs recrues, qui, après les épreuves, les examens et les serments, gagnaient leur diplôme de sorcier.
Voici les onze points communs aux pactes du sabbat. Je les cite tels quels ; je doute que de nos jours on soit aussi
* Tolède fut longtemps la grande université kabbalistique.
difficile. Mais le moyen âge n'admettait pas les tièdes. Il fallait adopter une église ; la blanche ou la noire. Celui qui entrait dans la dernière devait s'y dénuder de tous les souvenirs et de tous les rites antérieurs, pour se vêtir de nouveaux sacrements :
On abjurait le baptême et la « foi Christine ^, on se retirait de l'obéissance de Dieu, on répudiait le patronage de la Vierge Marie, appelée la « Rousse », on reniait les sacrements, on foulait la croix, les images de la Vierge et des saints. Fidélité et vasselage éternels au prince de la Ténèbre étaient jurés sur ses écritures maudites et noires. « Jamais, s'écriait-on, je ne retournerai à ma première -foi, je ne garderai les ecclésiastiques mandements ; mais j'irai sans retard au lieu des assemblées. J'y ferai ce que les autres sorciers font, je m'efforcerai d'amener autrui à leur créance. Et le Prince répondait : « Je t'assure, en retour, des joies que tu n'as point encore savourées, immenses, en ce monde et pour l'autre, et que ton imaginalion elle-même ne rêva point. »
Ensuite le néophyte est rebaptisé au nom d:i Diable; (par exemple, Cuno de Roure y fut appelé Barbe de chèvre).
Le saint-chrême et le signe sacré sont grattés du front par la griffe maudite.
De nouveaux parrains et marraines sont assignés, et les anciens bannis.
Le Diable reçoit un morceau de vêtement en gage de possession. Par la foi et )e baptême il règne sur les biens spirituels, par le sang sur les biens corporels, par les enfants sur les biens naturels, par les vêtements sur les biens terrestres.
L'àme est abandonnée au maître noir dans un cercle,
LA MESSE DU SABBAT
symbole de la divinité qu'on lui octroie, sur la terre qui est l'escabeau de Dieu.
Le néophyte dit : « Raye-moi, ô Satan, du livre de vie, inscris-moi sur le livre de mort. »
Puis : a Je te promets les sacrifices qui te plaisent e j'occirai magiquement chaque mois, voire chaque quinzaine, un petit enfant dont je sucerai le sang. j>
Et encore : « Je t'apporterai en tribut une fois l'année, en rachat de mes anciens démérites, l'impôt d'une victime ayant la couleur noire qui t'agrée. »
Alors le Seigneur obscur marque d'un ineffaçable coup d'ongle les hommes à l'épaule, aux paupières, aux lèvres, sous les aisselles, au fondement, les femmes aux mamelles ou en les chairs secrètes ; c'est une patte de lièvre ou de crapaud, d'aragne, de cl/Rtton ou de lice. Les inconstants surtout sentent profondément l'incision satanique.
Enfin l'initié s'écriait : ^Je m'engage à ne jamais plus adorer l'eucharistie, à briser et à conspuer les saintes reliques; jamais je ne me confesserai entièrement de mes péchés, et je garderai un sempiternel silence sur mon commerce avec toi. Diable ^ . »