CHAPITRE VI
L'ENVOUTEMENT DE HAINE
Tout le grand secret magique gît dans renvoùtement, qu'il soit d'amour ou de haine.
Que veulent le mage et le sorcier? Dominer en quelque façon l'univers dont ils ont besoin, asservir les âmes, qui trop souvent les méprisent et les oppriment, régner sur leurs propres maîtres. Et cela non par la force brutale, — la pire débâcle les attendrait; non parla force mentale qui risquerait, n'étant ni écoutée ni respectée, de n'être pas subie; mais par une force mystique, à la fois naturelle et invisible, rets de fils durs et souples, tissés par le rat du bon La Fontaine et sous lequel peut se débattre vainement un lion.
C'est le secret de puissance.
« Mangez de ce fruit, a-t-il été dit, et vous serez comme des dieux. » Le magicien recommence sans cesse l'aventure édénique ; il recrée à son profit et pour sa vie propre le péché originel dont se lamentent toutes les races. Non plus cet Adam innocent, fasciné par le serpent, par la grande force astrale de vertige, par 1 ame torse du monde, mais l'insidieux évocateur de ce serpent. Il lui commande
de céder la pomme cyclique, et il ingurgite la science des clavicules et des kabbales, afin qu'une énergie inconnue régénère ses infirmités d'homme. Il n'est pas tout à fait volé, cette fois; non plus la dupe inconsciente comme le fut légendairement le premier couple, mais, conscient instrument du serpent, recevant de ce serpent une investiture, je puis dire, sacerdotale. Le jus du fruit damné ruisselle jusqu'aux plus secrètes veines ; un esprit réel de tristesse et de puissance douloureuse s'est incarné en le pécheur qui a voulu librement son péché.
« La conscience dans le mal, » chantée par Baudelaire, c'est bien le premier arcane intérieur, la noire investiture magique ^
l'envoûtement de haine et ses rites
Qui dit <t envoûtement » dit cerne, enveloppement, enroulement d'une volonté par une autre, dans une autre.
* « Mais lorsque les péchés se multiplient dans le monde, que le sanctuaire est souillé, que le masculin se détourne du féminin (par la sodomie).
« Par là le serpent fort (Satan) commence à être suscité. Alors malheur au monde qui, dans ce temps, est alimenté par la justice du mal. Car il existe sur la terre par de tels crimes un grand nombre de bourreaux et de licteurs (magiciens noirs).
Le Souar {Traité de la petite Assemblée sainte^ n° 367 et suivants).
u Pour être un vrai magicien noir, il faut commettre les crimes dont parle le Sohar. A cette condition, « un pacte avec l'enfer » peut être signé, et une « alliance avec la mort » a lieu; nous nous servons ici des paroles mêmes du prophète Isaïe (ch. xxviii, 15, 18).
« La collectivité des magiciens noirs, c'est ce que nos Livres saints nomment TAntcchrist ; la messe noire, c'est l'abomination de la désola tion dans le lieu saint et l'envoûtement c'est le crime des crimes. »