‹ Le satanisme et la magieChapitre 54 sur 61 · LA SCIENCE MODERNE ET L ' EN VO UT E M E N T · texte numérisé non relu

LA SCIENCE MODERNE ET L ' EN VO UT E M E N T

En somme renvoûtement serait du magnétisme ritualisé. Dans les expériences modernes, d'une autorité scientifique bien supérieure aux phénomènes mal observés d'autrefois et souvent grossis par des imaginations ignorantes et superstitieuses, je trouve épars le rite de renvoûtement. Qu'est-ce qui vous trouble pour admettre la puissance de cette magique cérémonie? Vous répondez : < Il est impossible d'agir à distance sur qui que ce soit sans aucun des moyens usuels qui relèvent des sens. » Mais le magnétiseur La Fontaine endormait à distance, le docteur Richet a suggéré de loin, les expériences d'Ochorowicz ont prouvé que les forces du cerveau traversaient l'espace.

— Autre chose vous gêne? « Je ne crois pas, dites-vous, à la valeur de l'exécration magique ; comment des paroles peuvent-elles affecter un corps humain au point de modifier comme par miracle son état d'âme, faire descendre en lui l'infortune et la douleur? » Mais songez que l'abbé Faria a dédaigné, pour endormir, toute autre action que celle de la voix. « Dormez, » criait-il au sujet. Et le sujet dormait. Vous voyez bien que le verbe n'a pas seulement la mystique responsabilité de l'existence du monde; le verbe plonge dans l'âme, la perfore, la retourne, la recrée, l'exalte, peut aussi l'assommer. Un hypnotiseur peut grefier par la parole toutes les maladies à l'organisme de son sujet ; comme il peut le guérir, le transformer, le pousser

aux confins hyperterrestres de Textase. — C'est le geste qui vous semble superstitieux et vous raillez les fureurs cVun poignard iconoclaste? mais songez bien aux récentes expériences du lieutenant-colonel de Rochas. Jetez au feu le verre d'eau chargé de la sensibilité d'un somnambule ; vous lui conférez une crise redoutable. Quiconque appuie sur les membres d'une statuette chargée de la force vitale d'un sujet, transmet au sujet une douleur correspondante.

Mais, dites-vous, si l'envoûtement est possible de magnétiseur à magnétisé, comment croire à des opérations d'où l'hypnose est exclue? Je vous réponds qu'il ne faut pas être dupe des mots. Qu'est-ce qui met à la disposition du fascinateur le fasciné? La passivité, Finconscience de ce dernier, d'abord, la communication de l'un à l'autre ensuite. Or, il n'y a pas que l'hypnose pour instituer cette passivité, cette inconscience. A l'état ordinaire une volonté forte enchaînera vite d'adynamiques nerfs. Ensuite l'envoùteur a toujours soin de prendre contact au préalable avec l'envoûté. La nécessité d'un objet imprégné des énergies de la victime est, comme nous l'avons dit, inséparable de l'opération.

Bref, l'envoûtement établissait depuis l'aurore des siècles la puissance du magnétisme, la fréquence de la télépathie, l'évidence de la suggestion. Mais les anciens sorciers ne tâtonnaient pas comme nos savants modernes, ils recevaient oralement une tradition lointaine aux recettes précises ; sans en discerner le fin mécanisme ils maniaient les forces inconnues avec l'aisance de vieux praticiens.

Ceci ne revient point à dire que ne puisse avoir lieu effluence mystique, intervention dén\oniaque, autre que la coopération constante du démon à toute œuvre de mal.

L'ENVOUTEMENT DE HAINE

Le sacrilège s'unissant au sortilège lui confère une aimantation nouvelle; de plus sordides désordres se propagent dans le monde à la violation des principes divins.

Mais la grande objection je la sais. Vous allez me dire : je ne puis admettre que comme un rêve ingénieux l'infusion des fluides humains en une effigie; l'àme sensible ne quitte pas le corps, elle ne peut pas — je reprends la comparaison employée déjà — être emmenée prisonnière. Ou du moins rien ne le prouve jusqu'ici. — Vous n'avez donc pas connaissance des récentes expériences (1892) du D'* Luys à la Salpêtrière? Par le moyen d'une couronne en fer aimantée, ce savant transportait la sensibilité d'un malade en Torganisme d'un autre malade. Ce dernier, ayant sur la tête la couronne, répétait aussitôt et comme siennes les crises du premier. Le « transfert » ou possibilité d'emmagasiner et de transplanter les vibrations nerveuses d'un sujet est devenu maintenant scientifique.

M. de Rochas d'Aiglun développa cette découverte; il a su par des méthodes prudentes recommencer devant témoins, certains phénomènes de l'envoûtement primitif; il me paraît avoir apporté à l'efficacité de <t la charge » l'autorité surtout d'un nom docte et d'une expérimentation intègre. En effet, ayant réduit un sujet à l'état de passivité absolue et ayant approché de lui une statuette de cire, un verre d'eau ou une plaque photographique, cette statuette, ce verre ou cette plaque se chargent de l'énergie du patient rayonnée hors de lui. Quiconque ensuite agit sur l'objet atteint la personne, à la condition suivante :

Le sujet dégage jusqu'à une certaine distance sa sensibilité, la substance imprégnée a aussi un champ d'expansion

précis ; si l'on influence la substance, le sujet en recevra une sensation d'intensité égale, pourvu que la distance de la substance à Vobjet ne dépasse pas la somme des rayons des deux champs d'émission. Sans cela la communication est très faible ou nulle. Voilà « pourquoi, ajoute M. de Rochas, Tenvoûté ne ressentait l'effet du volt que lorsqu'il passait auprès de ce volt »

L'éminent professeur, n'ayant pas reconnu encore l'influence du rite exécratoire, n'est qu'au quart de la route. Car au delà de la volonté de l'opérateur, il y a aussi les influences des volontés invisibles, messagères du sortilège, l'intervention de l'od intelligent, du mercure ailé des kabbalistiques sorts.

Page 1