L ENVOUTEMENT A TRAVERS LES PAYS ET LES SIECLES
Il semblait que depuis peu de temps le monde respirât, délivré de la peur du maléfice et de l'envoûtement. Aujourd'hui le Diable souple s'arme de la suprême hypocrisie ; il rit de lui-même. Mieux encore, il est sans préjugés, sceptique, pas même négateur, il sourit. L'antiquité fut plus crédule, plus sincère. Les livres sacrés des peuples enregistrent l'universelle terreur de la mort mystique. La Perse, la Khaldée, la Judée, l'Égypte, l'Inde frémirent sous le vent des flèches malfaisantes qui sifflaient à Tare
1 M. de R^ochas devrait dire plus exactement « la charge » magique. Cette expérience concorde avec cette phrase de Paracelse : « Si l'on couvre de terre et de pierre une image en cire, Thomme représenté par elle, est inquiet et tourmente dans le lieu où les pierres ont été amoncelées.*
L'E.N VOUTEMKNT DE HAINE
invisible des démous. Et les lois frappèrent de mort celui qui stipendie et enrégimente les larves homicides. La Rome païenne n'a pas plus de pitié que nos inquisiteurs. Les papes fulminent, les rois décrètent ^ les tribunaux exterminent, les foules font quelquefois justice de leurs propres mains. C'est que le sorcier, comme je l'ai soutenu dans la première partie de ce livre, apparaît le véritable anarchiste éternel. Sa bombe, d'autant plus pernicieuse qu'elle est moins perceptible, éclate au temple, au palais, dans les étables, au milieu des moissons, dans le ventre des hommes ou des animaux, aux entrailles de la terre. Pire ennemi. Il tue, les bras croisés. Aussi je m'explique les efiroyables tortures; je n'ai pas contre elles l'épileptique pitié d'un Michelet. Je les condamne, mais je les comprends. Légitime défense, affolement de persécutés, devenant par épouvante des bourreaux.
Les imprécations, qui agissent, disent les textes, pareilles aux démons, restent le grand rite chaldéen ; elles « saignent l'ennemi comme un mouton », elles « font la maladie dans le corps et mettent dans l'âme le tourment ». Mieux que les hommes de guerre, elles défendent le seuil des temples, les murailles des villes, les chars des guerriers, les tablettes des souverains. (Voir les imprécations d'Apil Schim, fils de Zabu, celles de Rammaru-Nirari 1%
' Une grande tablette de la bibliothèque du Palais Royal de Ninive contient Tingt-huit versets d'une litanie dcprécatoire contre les néfastes influences. La sixième formule est tout à fait significative, groupant l'envoûtement, le sort, lincantation, la fascination, le mauvais œil, les philtres, le maléfice enfin sous toutes ses formes.
« Celui qui forge l'image, celui qui enchante, la face malfaisante, l'œil malfaisant, la langue malfaisante, la lèvre malfaisante, le poison malfaisant, — Esprit du Ciel, conjure-les ! Esprit de la Terre, conjureles. » {La magie des Chaldéens, par François Lenormant.)
celles de Schalmanu-AscharidP^) Elles atteignent, pareilles aux fatalités héréditaires, la semence du profanateur, ses enfants, ses petits-fils, son pays même où elles déchaînent l'inondation, l'incendie et la tempête*.
M. Chabas, qui a déchiffré le papyrus Harris, y a découvert les procès d'un berger égyptien, mis à mort, comme si déjà nous étions au moyen âge, pour sortilèges. Moïse ne veut pas que Ton laisse vivre la sorcière. Platon, qui n'est pas très sûr de l'efficacité des figures de cire, cite le décret ordonnant de tuer l'enchanteur. La loi des Douze tables ne pardonne point à l'envoûteur, si exécré qu'il en est devenu sacré : «( sacer ! »
Pline (livre XXVIII, ch. n) « cite ceux qui arrachent les bleds étant sous terre ».
Il est impossible d'être catholique ou seulement chrétien et de ne pas croire à l'envoûtement.
Dans le « livre de Sapience t> (ch. xn, vers 4) il est écrit : 1 Pour ce qu'ils (les Chananéens) usaient de sorcelleries exécrables et de sacrifices contraires à toute sainteté.
Saint PauljS'adressant aux Galathes (chap.m, vers l),les interpelle ainsi : ^ 0 Galates mal advisés, qui vous a ensorcelés? 3>
Les conciles de Carthage et de Constantinople n'omettent point « les maléfices mortels ».
Troïle de Maluets, grand jurisconsulte ; Martin d'Arles, théologien; saint IlieVosme, Tertullien croient aux enchantements. Le sermon 207 de saint Augustin s'adresse aux
* Voir dans la Haute Science (IS93) La Magie et la Divination chez les Cha Idco- Assyriens,
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sorciers « qui peuvent tuer ou guérir par suggestion du Diable ».
Un pape lui-même a été envoûté et le déclare (1317).
C'est Jean XXII, second pape d'Avignon, qui, dans un bref, adressé aux cardinaux et parlant de Pierre d'Artige et autres conspirateurs, dit en propres termes :
« Ils ont préparé des breuvages pour nous empoisonner, nous et quelques cardinaux ; et n'ayant pas eu l'occasion de nous les faire prendre, ils ont fabriqué des images de cire sous notre nom, pour attenter à notre vie en piquant ces images avec incantations magiques et évocations des démons; mais Dieu nous a préservé et fait tomber entre nos mains trois de ces images. » {Bibliothèque archéologique historique de Tarn-et- Garonne, t. IV, 1876.)
En 337, ceux qui vc de loin font mourir leurs ennemis », sont voués au bûcher par l'empereur Constance. En France, Çbildéric III, Cbarlemagne, Charles VIII, Charles IX, Henri III, Louis XKI, Louis XIV même s'acharnent en édits contre les sorciers.
Le 30 avril 1315, Eoguerrand de Marigny, convaincu de diablerie contre la vie du roi, fut pendu par ordre de Charles de Valois, oncle de Louis X.
Mais l'aventure de Robert d'Artois, telle que nous la rapportent les mémoires de l'Académie (p. 627) est plus édifiante encore :
« Entre la Saint-Remy et la Toussaint de l'année 1333 frère Henry fut mandé par Robert, qui, après beaucoup de caresses, débuta par lui faire derechef une fausse confidence, et luy dit que ses amis luy avoient envoyé de France un volt ou voust, que la Reine avait contre luy. Frère Henry lui demanda « que est-ce que voust? C'est une image de cire, répondit Robert, que l'on fait pour baptiser, pour grever ceux que l'on veult grever. L'on ne les appelle pas en ces pays voulz, répliqua le moine, l'on les appelle manies. » Robert ne soutint pas longtemps celte imposture : il
avoua à frère Henry que ce qu'il venoit de lui dire de la Reine n'estoit pas vray, mais qu'il avoit un secret important à luy communiquer ; qu'il ne le lui diroit qu'après qu'il auroit juré qu'il le prenoit sous le sceau de la confession. Le moine jura « la main mise au piz )). Alors Robert ouvrit un petit écrin et en tira « une image de cire enveloppée en un quevre-chief crespé, laquelle image estoit à la semblance d'une figure d'un juenne homme, et estoit bien de la longueur d'un pied et demi, et si le vit bien clèrement parle queuvre-chef qui estoit moult-delicz et avoit entour le chief semblance de cheveux aussi comme un jeune homme ». Le moine voulut y toucher. « N'y touchiez, frère Henry, lui dit Robert, il est tout fait, icesluy est tout baptisez; il n'y faut rien à ccstuy, et est contre lehan de France et en son nom, et pour le grever : Ce vous dis-jebicn en confession, mais je en vouldroye avoir un autre que je voudroye que il fut baptisé. Et pour qui est-ce, dit frère Henry. C'est contre une deablesse, dit Robert, c'est contre la Royne, non pas Royne, c'est une dyablesse ; ja tant comme elle vive, elle ne fera bien ne fera que moy grever, ne jà que elle vive je n'auray ma paix, mais se estoit morte et son fils mort, je auroie ma paix, tantôt au Roy, quar de luy ferois-je tout ce qu'il me plairoit, je ne m'en double mie, si vous prie que vous me la baptisiez, quar il est tout fait, il n'y faut que le baptesme, je ay tout prest les parrains, et les maraines et quant que il y a mestier, fors de baptisement... il n'y fault à faire fors aussi comme à un enfant baptiser, et dire les noms qui y appartiennent. » Le moine refusa son ministère pour de pareilles opérations, remontra « que c'étoit mal fait d'y avoir créance, que cela ne convenoit point à si hault homme comme il estoit, vous le voulez faire sur le Roy et sur la Royne qui sont les personnes du monde qui plus vous peuvent ramener en honeur. » Robert répondit : « J'aimerais mieux estrangler le dyable que le dyable m'estranglast. »
Le frère révéla tout, ayant été relevé du secret de confession par la Sorbonne ; mais Robert d'Artois, qui avait comme complice le duc de Brabant, des conseillers du parlement et une foule de seigneurs, resta impuni. Philippe VI eut beau exiger la peine de mort. Le tribunal prononça son verdict en tremblant et prit la fuite. Le roi
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n'osa faire Tapplication de la sentence, et permit que Robert s'évadât...
M. Falgairolle^ substitut du procureur de la République à Nîmes, a publié récemment selon les pièces des archives de la Lozère le procès intenté à Pépin, prêtre du diocèse de Glermont en 1347. Pépin avait envoûté Tévêque de Mende par une « manie », fabriquée un vendredi et sur la poitrine de laquelle il écrivit les noms des Dominations. Cela pour obéir au seigneur d'Apcher. Il s'était conformé pour la méthode au livre de magie De Natiiralibm, composé par le roi de Majorque.
Jaloux de Glocester, le cardinal de Winchester prétendit que la duchesse, secondée par une sorcière et un prêtre, attentait magiquement à la vie d'Henri VI, roi d'Augleterre. Les trois accusés furent déclarés coupables et diversement châtiés.
Personne n'ignore le sort de ce malheureux Trois- Échelles, qui expia au bout d'une corde de sataniques conspirations. Gôme Ruggieri, astrologue de Galherine de Médicis, plusieurs fois torturé, avoua un joli chillre d'envoûtements pour le compte de la feue reine mère. On le relâcha; car il jura en avoir fait pénitence.
Vengeurs du duc et du cardinal de Guise, des prêtres ligueurs consacraient à la messe des effigies de Henri III, dont ils traversaient le cœur en l'appelant : « Tyran Ilérode ! >
Léonora Galigaï, maréchale d'Ancre, fut brûlée vive quoiqu'elle niât avoir géhenné avec « des boulettes de cire » plusieurs personnes de la cour. Elle eut beau s écrier :
• t/n envoûtement en Gévaudan en l'année 1347. Nîmes (1892).
« J 'avais seulement Tasceodant d'une âme forte sur des âmes faibles. » On lui répondit : « Mais cela, c'est déjà Tenvoûtement. »
Le xvn® siècle, si correct, si raisonnable, le siècle de Descartes et de Bossuet, du débauché Racine aussi, qui savait demander aux drogues l'agrément de nouvelles maîtresses, est gangrené de vénéfices. Le procès de La Brinvilliers et de La Voisin a établi qu'un quartier de Paris tout entier était le mauvais lieu des messes noires et des envoûtements
Déjà, dès l'aurore du siècle, « les sorcières de Macbeth, dit M. Frédéric Delacroix, conseiller à la cour d'appel de Rouen ^ ont été dépassées ».
Par une rayonnante nuit d'été en 1619, le gardien du cimetière de Saint-Germain des Prés aperçoit trois vieillardes déposant en une fosse de la chair sanglante. Il les fait arrêter. On déblaie la terre souillée, on y trouve « un cœur de mouton plein de clous à lattes, bordé en forme de demicroix et force longues épingles y tenant t>. L'une des sorcières avoue que c'est un maléfice d'envoûtement.
A peu près à la même époque, une femme, jalouse d'un jeune lord, s'empare du gant de la main gauche, le fait bouillir, le traverse d'épingles, l'enfouit avec des malédictions. A l'heure dite, l'Anglais voit sa main atteinte; peu de jours après il meurt ^ Un livre imprimé en 1610 : « Le second jour des jours caniculaires », rapporte qu'une honnête femme menacée par une sorcière souffrit atrocement dans
* Voir le chapitre des Messes noires.
* Les Procès de sorcellerie au XVW siècle^ librairie de la Nouvelle Revue, 1894.
^Margaret eiFloYer, Dc'cûiiverte €ton?icmte, \(j\9.
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ses boyaux percés de part en part. Un potier fouilla le seuil et y trouva une image longue d'une palme, perforée d'une aiguille. Le sortilège jeté au feu, la femme est guérie.
Tous les livres qui ont touché de près ou de loin au satanisme parlent longuement des maléfices de Gaufiridi (1610), de Grandier (163^), de David, Picard, Boullé (1647), je n'y reviendrai plus. Nul n'en ignore.
Combien plus instructif, quoique sans argutie théologique, le procès des sorciers de Pacy et du fameux berger Hocque. Beatrix, un mouchard, parvient à lui extraire après boire son secret. « Je me suis servi, dit Hocque, d'un engin composé d'eau bénite, de fragments d'hostie, d'excréments d'animaux, de riz corrompu et de grains de chapelet. Nous appelions ce charme « les neuf conjurements » ou « le beau Ciel -Dieu ».
Bras-de-Fer, autre liseur de grimoires, est chargé par Ilocque de déterrer le paquet qui est en effet découvert aux écuries. Au moment môme où on le brûle, Hocque dans sa prison meurt « avec des convulsions étranges », comme un possédé !
Malgré la guerre du scepticisme, menée par Voltaire et les encyclopédistes contre les superstitions, le xviii^ siècle fermente de satanisme, un satanisme de cloître, plus redoutable et plus hypocrite, qui permet au souffle révolutionnaire de l'emporter bientôt sur l'esprit chrétien, celui-ci étant lourd d'impuretés cléricales. En 1731, le prêtre Girard envoûte d'amour La Cadière. Le vieil Androgyne du temple se redresse et s'agite aux conjurations de Cagliostro. La Révolution française n'est peut-être que l'orage suprême, d'un formidable cyclone d'envoûtements
Notre siècle, si stérile en miracles, avoue çà et là, par quelques procès étranges, la persistance du rite maudit sous rindilïérence et l'épaisse raillerie des MM. Homais.
Un conseil de guerre, présidé par le lieutenant-colonel de Cantillon de Ballaliègue, faisait comparaître le 28 août 1824 le soldat Lebel, lancier en garnison à Sézanne, prévenu d'avoir escroqué une somme à la famille Tournecuellière. « Oui, répond Lebel, j'ai accepté de l'argent de ces gens-là, mais pour avoir guéri d'un euvoùtement leur fille. » Lebel fut condamné, quoique la famille, loin de se plaindre, confirmât par ses dépositions la réalité du prodige. En appel, le lancier fut acquitté, et on inscrivit au jugement que le mal dont la jeune fille fut sauvée avait échappé aux médecins et ne semblait pas le résultat d'un désordre des organes.
Eu 1842, une pétition est adressée aux Chambres par M. Croissant, qui demande à être protégé contre trois malandrins qui Texterminent à coups de fluides. On en rit. MaisLavaud, l'un des magiciens désigné, ayant été arrêté, M. Croissant va mieux. On relâche Lavaud sans en faire part au persécuté. Celui-ci s'en aperçoit aussitôt à la reprise des hostilités magiques. Sans que nul n'en soit avisé, Lavaud est arrêté encore. Le lendemain, Croissant est sauf de tout malaise
L'affaire du berger Thorel est plus concluante encore.
En 1851, le berger Thorel, si j'en crois le marquis de Mirville, qui eut en mains les pièces du procès et fut même témoin oculaire, attaque devant la justice de paix le curé de Cideville pour trois coups de gourdin dont ses
* Des esprits et' de leurs manifestations ftiddiques (t. I", p. 331-363).
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épaules furent meurtries. Voici le fait : le presbytère était, depuis assez longtemps déjà, secoué par des manifestations diaboliques : les murs résonnaient d'insolites rumeurs et les meubles entraient en danse. Un sorcier du pays avait en effet comploté de se venger du curé et des deux jeunes gars, ses élèves. Le berger Thorel fut choisi par le magicien comme l'instrument de sa haine. C'est lui, Thorel, qui apparaît à un des enfants et lui inflige devant témoins un vigoureux soufffet de cinq doigts, qui, quoique fluidiques, n'en laissent pas moins sur la joue leurs traces bleues. Les ecclésiastiques appelés trouent le fantôme à coups d'épée; une fumée blanchâtre et fétide empuantit Tappartement : « Pardon, t> clame une mystérieuse voix. Aussitôt on questionne l'invisible, qui avoue la complicité de cinq magiciens. L'après-midi, Thorel arrive au presbytère. L'enfant persécuté le reconnaît; il ressemble tant au fantôme harceleur! Et ce^i le caractérise davantage encore : des écorchures sur tout le corps... les épées n'ont pas été vaines!... Thorel demande pardon dans le presbytère et à la mairie, mais, se traînant sur les genoux, il tente de toucher soit le petit, soit le curé, sans doute pour accroître hypocritement l'effet du maléfice. Le prêtre ne se prête pas à la ruse criminelle ; il roue de coups le coquin. Le jugement du tribunal de simple police d'Yerville (4 février 1851) déboute Thorel et le condamne aux dépens. Le sorcier garde sa raclée, et renvoùtement est cassé par le gourdin. En somme, le mage le plus habile cède à l'éloquence d'un bâton solide ; c'est toujours l'histoire du merveilleux Androïde d'Albert le Grand, aui ne résiste pas à une correction bien appliquée. Il y a peu d'années, si j'en crois M. J.-K. Huysmaus,
un certain comte de Lautrec faisait don aux églises de statues pieuses qu'il maléficiait pour sataniser les fidèles. Et les récentes mésaventures du docteur Johannès n'ontelles pas défrayé toutes les chroniques d'Europe et d'Amérique les années 1892 et 1893 ' ?
Mais à Tenvoûtement moderne, j'ai réservé un paragraphe spécial.
En fait, l'envoûtement pousse en branche sordide au grand arbre mystérieux des hétérodoxes cultes. Le paganisme le connut et le reconnut. Hécate et Gottyto étaient les déesses des envoûteuses. Le sabbat, après le triomphe du christianisme, perpétua, — de par le culte du Vieux Pan, réveillé du sépulchre et la présence stercoraire et formidable du Diable, synthèse des divinités mortes, — Tart des maléfices d'amour et de haine. L'envoûtement est bien sacré {sacer/), mais sacrilègement, horriblement. Il faut le considérer comme un rite religieux, célébré à la synagogue du Diable. Vous vous expliquerez alors sa continuité, sa terreur et môme son efficacité. La sorcière du
* Les autres parties du monde n'ignorent pas non plus renvoûtemcnt. Le Père Charlevoix nous apprend qu'au xviii° siècle les Illinois fabriquaient des « marmousets » afin de liàter la mort de leui's ennemis. Le Père Matliias Garcia, dans sa Sixième lettre d'un voyage aux îles Marquises^ narre Tastuce des sorciers du pays, emprisonnant dans une feuille d'arbre la salive et en même temps la volonté de celui dont ils tentent de devenir les maîtres. (Voir encore Vllistoire de V Empire ottoman, par Briot.) Si je m'en rapporte à un article intitule : La citasse aux bêtes paru dans la Revue des Deux-Mondes de janvier 1863, une nécromancienne de Bornéo extermina de fièvre et de langueur au moyen d'une effigie en cire qu'elle exposait au feu chaque matin. Récemment encore, en Chine, à Kouaï-Thao (province de Canton), on faisait périr à distance des hommes ou des femmes au moyen de statuettes de terre représentant des porcs, que l'on plaçait dans les maisons ou sur des tombes. Ces figures avaient reçu des bonzes une sorte de baptême. (Voir Vlntermédiaire des chercheurs et des curieux^ réponse du Père Léon-Marie Guerrin, sous-procureur de la Grande-Chartreuse.) Le rite de l'envoûtement est bien universeL
L^ENVOUTEMENT DE HAINE
moyen âge, exaltée par Térotisme salanique, armée des reliques de son Dieu : crottes, os de mort, crapauds consacrés, simples cueillis au cimetière ou dans les landes désolées, exerce son sacerdoce de nuisance avec une autorité exécrablement mystique. Elle trouve dans les cérémonies occultes le délire, Tébriété nécessaires à conforter, à imprégner aussi le maléfice inanimé, sans force. Son magnétisme répand une phosphorescence aveuglante, octroie une vie féroce aux matières les moins dynamiques, aux cendres même de la mort ! L'Église du Diable, c'est la vraie fabrique des engins du mal.
Aussi l'envoûtement se filie à la messe noire comme un sacrement qui ne peut exister sans le prêtre et sans l'autel.
l'envoûtement moderne (attaque et défense)
J.-K. Huysmans nous a transmis par son roman Là-bas d'étonnantes recettes du moderne envoûtement.
Le fameux chanoine Docre (on sait que ce pseudonyme cache une personnalité encore vivante) entretient dans des cages des souris blanches * nourries d'hosties consacrées et de poisons dosés avec science. Précieux engins, dont il ne saurait se séparer, môme en voyage. Ces bestioles saturées de maléfices, il les perce au jour dit d'un
* Agrippa dans sa Philosophie occulte (Lïy. III, ch. xxxii) cite un oracle d'Hécate qui recommande qu'on lui fasse présent des rats de la maison. Elle est trcs friande de leur sang, la Déesse noire.
habile couteau et leur sang ruisselle en un calice. Remarquez que poulets et cochons d'Inde, rassasiés de mêmes mets sacrilèges et vénéfiques, sont massacrés semblablement afin de suppéditer leur graisse infecte. Parfois c'est <^ un hachis composé de farine, de viande, de Pain Eucharistique^de mercure, de semence animale, de sanghumain, d'acétate de morphine et d'huile d'aspic ». Autre recette : Le poisson qui, d'après la symbolique chrétienne, est une des formes figurées du Christ, on le gave de toxiques et d'espèces saintes ; suffisamment imbibé, il est retiré de l'eau, pourri, distillé, et une huile qui rend fou en est extraite. En 1879, à Chàlons-sur-Marue, le sang des souris servit aux pratiques envoûtantes d'un groupe démoniaque, et en 1883, en Savoie, un cercle de prêtres prépara l'huile horrible.
Ces substances seraient perfides à manier. Aussi Docre use de moins complexes engins contre les bonnes gens sans défense. Ayant distillé des venins, il les augmente d'acide sulfurique, propre à incendier la plaie, et c'est une lancette qu'il trempe en ce mélange.
Car voici les méthodes diverses pour transporter à qui de droit la mort mystérieuse et imprévue :
Ou bien, l'opérateur endort une femme habituée à ces exercices, la dégage de son corps, la met en situation de s'en aller, « esprit volant », vers le lieu et la personne désignés. Dans sa main la lancette volatilisée frémit et l'âme messagère entraîne avec elle l'âme de l'arme et des gouttes toxiques. Obéissante et aveugle, elle est l'inconscient bourreau d'un verdict qui est tu. Le danger de cette méthode consiste en la passivité justement de la voyante ; elle peut tout raconter si un autre magnétiseur la tient
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SOUS sa fascination et réveille en sa mémoire le souvenir du geste mortel.
Le plus pratique serait donc un esprit désincarné, une pauvre larve errante, qui, arrêtée par l'impération du magicien, s'armerait de la lancette et du philtre, accomplirait le crime en les régions difficilement explorables des au-delà de la vie. Je sais bien qu'en ce cas encore le secret n'est pas absolu. Qui sait si un sorcier hostile évoquant la même « écorce » ne lui fera pas rendre gorge, lui extirpant l'aveu de complicité? Mais tout de même il est plus délicat de faire parler un mort que de scruter un vivant...
Comment se défendre contre ces violations de l'invisible ?
Certes, si l'attaque est malaisée, la défense ne saurait l'être moins. L'espace de trois jours seulement est donné pour se couvrir. Après ces 144 heures, si le bouclier n'a pas été forgé, la bataille est perdue. Bref, vous êtes condamné à mort. Mais s'il n'y a pas sortilège, pendant cet intervalle la loi de retour est applicable ; celui qui a porté le coup pourra en pâtir. Il existe encore deux églises qui servent à cette revanche : l'une en Belgique, à Tougres (18 kilomètres de Liège), se nomme clairement Notre-Dame de Retour; l'autre en France, c'est l'église de Lépine, petit village près de Châlons, dont le nom révèle aussi le sortilège ; car en cette contrée les cœurs symboliques étaient torturés par les épines du terroir.
Parfois le magicien agit, en son couard attentat, avec un certain appareil de loyauté. Il avise, par une condamnation officielle, surchargée de pantacles et de malédictions, qu'il frappera à telle date, sans délai. Alors, on peut se dissimuler sous les fortifications mystiques, creuser des fossés,
élever des tourelles ; mais le plus souvent il ne se paie pas de bravade, il attaque en tapinois. Or, comment prévoir la ruse mortilère ?
Parbleu ! étant avisé, c'est plus simple. Au moment venu, vous fuyez, déroutez l'invasion, vous réfugiant en un appartement nouveau. Ou bien, une demi-heure avant, vous criez : « Frappez! me voici. y> Les fluides s'égarent. Mais, si la ruse hostile s'augmente d'être incertaine, employez les voyantes, pressentez les stratégiques manœuvres grâce à leur regard extralucide qui s'avance au delà des cercles fermés par les démoniaques noms. Si le ciel vous favorise assez, écoutez d'une oreille mystiquement perspicace l'avis des volucres, des éperviers surtout, qui furent toujours les hérauts des déclarations de guerre entre mages. Certains sorciers, si j'en crois M. Christian fils, disposent chez eux, en un coin sensible et propice, un timbre délicat, harmonique aux vibrations élhérées et qui résonne à la première alerte. C'est un téléphone astrale Dans les campagnes, Tenvoùté court après son persécuteur. Si possédant des biceps supérieurs et des jambes alertes, il a la chance de l'atteindre et de le maîtriser, il l'oblige à jurer sur un crucifix une promesse de bienveillance. Le sorcier ayant renoncé à son attentat, ayant c fait les serments t> (car telle est l'appellation de cet exorcisme) le malandrin est désarmé pour toujours.
* Les lucifériens ou palladistes , disciples d'Albert Pike, au dire d'un assez insane compilateur, fabriqueraient leur dagyde avec une cire mêlée à la cendre d'un objet familier à leur ennemi. Ils ne la perceraient pas avec des épingles, mais feraient le vide autour d'elle par une pompe pneumatique ; le maléficié en subirait un intolérable malaise.
Pour résister à l'envoûtement par la photographie, la même secte, tous les lundis au septième coup de midi, s'enduirait le cou, les tempes et la région du cœur. « d'un Uniment composé d'essence de térébenthine et
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