LES RECETTES D AMOUR
Les poêles ont songé à la femme ; ils lui ont écrit en délicieux et pénétrant langage son rituel invincible de
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défense et même cFassaut'. Les alchimistes, les herboristes, les astrologues, les gribouilleurs de grimoires oui surtout recherché la clientèle des hommes; ils s'inquiètent de leur procurer les voluptés les plus délicates en enchaî nant davantage encore la pauvre Eve afiolée. Comme s'il ne suffisait pas déjà des lois, des cultes pour précipiter la femme, battue, violentée, suggérée, aux pieds du màle ! Ah ! il faut toujours davantage au despote sensuel K
J'avertis que je ne laisserai pas renifler aux cuisines des livrets sataniques, dont les sauces répuguantes ou sottes, trop souvent demeurent, je l'espère, inolïensivcs.
Il en est pourtant de touchantes et jolies ; la plupart ont leur logique à elles, employant le sang des animaux lascifs, colombe, moineau, caille, belette, suscitant les attraits avec la pierre qui attire, la pierre amoureuse, « l'aimant » ! célébrant le vendredi, ayant le culte du côté gauche, du doigt anuuluire et, vraiment subtiles en leur flair de tendresse, s'abreuvant au lait d'une femme qui allaite son premier enfant mâle !
LeRaphaël de Lamartine semble avoir utilisé la délicieuse conjuration à l'Étoile du matin, à l'Astre du Berger, à l'astre du sorcier donc ! Fleur délicate, épanouie en ces toxiques lys en une atroce pharmacie, aux odeurs d'abattoir ^ !
* Dans Virgile, je le sais bien, un berger incante et non une bergèremais c'est aussi pour un berger et Ton dirait qu'il recite la leçon de Thcocrite qui est dictée pour une femme.
^ Que la sorcellerie est clémente ! grâce à elle vous pouvez voir en songe celle que vous épouserez ; vous dégoûterez votre amie de tout autre que vous; vous empêchez ou précipitez les conceptions; vous pénétrez les secrets des filles ; vous arrivez même à connaître si elles sont vierges ou non; vou> héritez des vaillances d'Hercule; vous êtes garanti du cocuage ; et vous pouvez, exerçant votre malignité jalouse, faire se brouiller deux autres amants !
' Voici les gracieuses paroles : « Je te conjure^ Étoile lumineuse, ftam
Je diviserai les envoûtements d'amour en trois classes: la première se rapprochant du rite de Tliéocrite et de Virgile, usant de la poupée et du chant, la deuxième influençant les mets solides ou liquides, fruits, viandes ou breuvages; la troisième, les philtres, c'est-à-dire le plus souvent les liquides aphrodisiaques, les plantes, des pierres talis maniques ou aimantées.
Ricordi, adorateur des Diables et Carme, fabriquait des manies à la ressemblance des plus belles femmes de Carcassonne et de Toulouse; il les aspergeait avec le sang des crapauds, le flux rouge de ses narines, Técume de sa bouche, et les vouait à Satan. Porté par les vents dit un vieil historien, le Diable entrait dans ces effigie frémissantes. Le Carme se rendait de nuit devant lemaisons de ses amours, et les femmes descendaient, appelées par les simulacres posés sur le seuil. Puis, il jetait ses amulettes dans l'Ariège. En reconnaissance, il sacrifiaii à Satan un papillon.
« Si la femme est vierge, dit la Clavicules fais une effigie de cire vierge, sinon sers-toi de cire commune. Auparavant tu prononceras cette prière :
« Venus, Amor, Astaroth, — je vous conjure vous trois, ministres de lamour et des fornications, — par Celui qui peut tout létruire et tout édifier et par tous les noms de Celui qui sait chaque jour vous contenir, — de consacrer
boyante et amoureuse ! je te salue, la sainte d'Orient^ , semblable à celle qui parut à saint Léonard lorsqu'il monta au Ciel. Je te conjure au nom du grand Dieu vivant que tu ailles étincelante^ afin qu^elle soit forcée de faire ma volonté qui est... » On la fait les trois premiers vendredis du mois, à onze heures et demie du soir ; il faut fixer TEtoile, être aile à la messe ce jour-là, faire l'aumône et prier pour les âmes du purgatoire et les enfants mort-nés.
* Bibliothèque de l'Arsenal.
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cette cire convenable à mes desseins. Confirmez-la, afin qu'elle obtienne la vertu nécessaire, par la crainte du Très Saint Père Tout-Puissant Adonay, dont le règne est sans fin, dans les siècles des siècles. »
Puis en tïnclinant profondément écrie-toi : « Viens de ton siège sacré, Adonai, afin que ton pouvoir redouté se joigne à notre volonté ! »
Cela dit, sculpte l'image et sur elle prononce celte consécration :
« 0 toi, Oriens, roi qui commandes l'Orient et dont l'empire n'a pas eu de commencement, ô Payon, roi de l'Occident, ô Amaymon, roi grand, qui domines les plages australes, ô toi Egyn qui règnes au septentrion, — moi je vous invoque doucement et instamment et vous prie — par celui qui a parlé et il a été fait et d'une seule parole a tout créé — et par le nom saint de Dieu — de pénétrer et de confirmer cette effigie afin que s'accomplisse mon désir par le très puissant nom d'Adonay. »
Tu mettras ensuite l'image à la tête de ton lit. Elle viendra le troisième jour ou t'enverra un message !
De la sorte, le magicien imagine clore à la résistance de l'aimée, chaque coin de la terre ; et confluent sur Teffigie les irradiations des quatre espèces d'esprits, pour douer d'irrésistible pouvoir la volonté opératoire descendue en la cire; parfois il dessine un cœur à cette image et le pique avec une épine de citronnier en disant ; « Ce n'est pas toi que je perce, c'est le cœur, l'âme, le soutien, les cinq sens et tous les membres de... afin qu'elle ne puisse rien avant de venir accomplir mon dessein. »
Jean Wier raconte que l'on façonne une image à l'heure de Vénus, qu'on y inscrit son nom à elle, qu'on y appose un
caractère et qu'on V « échauffe » près du fourneau en pensant à un ange, qui ainsi sera de connivence ^
<i On a accoutumé, ajoute Wier avec une horreur louable, de composer un semblable monstre pour faire que quel- i qu'un obéisse en tout et partout. »
Les cheveux servent beaucoup à Tamour; celui qui enchaîne ses cheveux aux cheveux de son amie, celui qui, un cierge à la main, a ollert trois fois à l'autel un peu de la douce crinière chérie, tant qu'il la portera sur lui, dominera le cœur hésitant. On peut aussi les lier de fleurs et jetant ce lac d'amour au feu, dire : « Ure, Sancte Spiritus, pênes nostros et cor nostrum, Domine. »
L'hippomane triomphe encore dans la légende : très efficace, chantent les grimoires et les poètes ! Mais, sait-on bien ce que c'est? la crête d'un poulain, l'écume d'une jument en rut, ou une plante, qui ne pardonne pas, l'euphorbe ou la stramoine ?
C'est la pomme, de tous les fruits et « agents provocateurs de gourmandise », celui qui se prête le mieux au rôle de truchement érotique. Lorsque les sorciers veulent rendre quelqu'un démoniaque, ils lui offrent des pommes ; en quoi, constate Boguet, Satan renouvelle la voie par laquelle il tenta nos parents premiers, Ève et Adam ».
La Clavicule exhorte, afin que ce fruit soit souverain, à le parfumer et à l'asperger avant de le cueillir. Il faut dire ensuite sur lui : « 0 Dieu, vous qui avez fait Adam et Ève des quatre éléments, — de même que Ève communiqua
^ Certains magiciens modernes se plaisent à jeter au feu, en l'appelant, la photographie de celle qu'ils veulent voir revenir.
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vraiment à Adam le mal et Ta fait pécher— de même vraiment qui mangera de ce fruit fasse toujours ma volonté.»
Des exécrations plus importantes s'étendent à tous les mets. Celle-ci en fait foi :
« En quelque partie du monde que vous soyez et de quelque nom que vous vous appeliez, je vous conjure, — Daimons qui avez la puissance de bouleverser le cœur des hommes et des femmes, — par Celui qui vous créa et peut vous détruire, — cette nuit venez sur ces nourritures, et sans retard influez-les autant qu'il convient, afin qu'elles aient la vertu de forcer l'homme ou la femme que je voudrai, à mon amour. »
La pomme dispose aux voyages, oblige lapins lointaine personne à tout quitter pour revenir.
Soyez sur pied avant le soleil levé le jour de Vénus (soit un vendredi), entrez dans un verger, cueillez-y la plus belle rainette, coupez-la en quatre, ôtez-en le cœur et mettez à la place un billet avec des caractères et des noms divins; il faut incruster dans le fruit, sous la pelure soulevée, puis rebaissée, des paroles mystiques. Avec deux aiguilles en croix, vous traversez le fruit, disant : « Ce n'est pas toi que je traverse, mais qu'Asmodée traverse le cœur de celle que j'aime. » Jetez le tout au feu en marmottant : « Ce n'est pas toi que je brûle, mais, Asmodée, allume mon amour en cette femme comme brûle cette pomme. ^ Si vous avez glissé « le morceau de chair nommé hippomane », séché et réduit en poudre, au cœur d'une pomme rouge, faites manger Tun des quatre quartiers par celle que vous voulez soumettre. Ou faites boire cette poussière en un liquide; si vous la gardez en poudre, touchez-en les habits ou la chair de la désirée.
Tout objet peut devenir talismanique, après les cérémonies requises; ayant emmagasiné refflaence mystique d'esprits coadjuteurs, imprégné par la volonté de l'opérant, il devient apte à « charmer », à imposer la passion, se nomme « ipsullice ». Pour cela, il est indispensable de prononcer la formule suivante :
a Je vous conjure, Ceil, Cil, Cadid, ministres de l'amour et préfets d'amitié, par Celui qui vous a créés, par le jour du jugement, par Celui qui régit la terre et fait trembler le ciel, de consentir à ce caractère, à cette image, à cette figure; ainsi les personnes à qui je les aurai donnés ou montrés ou fait toucher me désireront, me chériront moi seul, tenant pour rien les leurs, abandonnant tout, et leur pensée sera toujours avec moi. »
L'expérience demande que l'objet passe une nuit sur une nappe d'autel. Le lendemain, l'ayant repris, vous direz, en regardant les étoiles :
c( Agla, Agioth, Ethel, Van, la, la, la. Va, Va, Va, Ta, Ta, Ta, Eh, Eh, Eh, Malchin, Yoy, Grabe, Yse, Agay, Phogomos, Hol, Phan, Gigeom, Oy, Anepheneton, Nehon, Yoa, Gach*.
« Seigneur, Père saint, qui as tout créé, et le cœur des hommes et des femmes, parles noms sacrés, dits au-dessus, illumine le cœur et Tesprit de cette femme, afin qu'elle me recherche d'un égal amour dont je l'aime et qu'elle fasse ma volonté, comme je ferai la sienne. Donne à cette expérience force et vertu, afin qu'elle soit conduite au résultat par Toi, Père Très Saint, qui vis et règnes, etc. Amen. »
* Il n'est pas nécessaire d'être fort hcbraïsant, ni très bon helléniste, pour reconnaître les divines appellations en ces sonorités que brouillèrent des bouches ignorantes et des scribes h3^pocrites.
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La Brinvilliers faisait écrire par un prèlre maudit les noms des deux amants sur une liostie; après la consécration on en faisait goûter la poudre à l'infidèle
Certaines plantes, dites attractives (la verveine citri odora, par exemple ou l'herbe dite hermaphrodite !) sont talismans d'amour en soi et sans conjuration. Van Helmont expose la manière d'en user et cite un exemple probant de sa puissance : « J'ai connu, dit-il S une herbe qui, chauiïée et triturée dans la main jusqu'à ce qu'elle devienne tiède, a cetle propriété, si vous serrez une main étrangère, de lui transmettre une telle affection pour vous que, pendant plusieurs jours, elle ne cessera d'en être enflammée. Ayant tenu le pied d'un petit chien, celui-ci se mit à me suivre avec un tel acharnement que, pendant toute la nuit, il ne s'arrêta de jnper devant ma chambre à coucher jusqu'à ce que je lui aie ouvert. » J'ai eu sous les yeux un <r charme » plus moderne non moins effectif. C'était un parchemin replié en forme de cœur; quelques signes y étaient inscrits^; il renfermait, au dire de celui qui me le montra, un peu de pierre d'aimant, mise en poudre, de la verveine et une fleur cueillie sur le tombeau d'une vierge. Il était impossible de le porter sur soi, sans subir un bizarre malaise. Ce parchemin influençait la boussole à quelque distance et troublait certainement la volonté. Cependant, d'après son fabricateur, il ne valait rien, si on le comparait au véritable talisman d'amour,
J Voir au chapitre des « Messes noires » (Messe de Guiboiirg), de plus bas sacrilèges en Tue de l'amour; ils subodorent le raient de passions comprimées de prêtres 1
' De magne lica vulnerum curalîone,
' En magie amoureuse tout billet est écrit avec de l'encre « de sympathie, d'esiime et d'amour » où il y a de la cendre d'une lettre tendre, de la poudre d'aimant et du lait de femme l
3Ii LE SATANISME ET LA MAGIE
dont le secret est figuré dans un des détails de Tarchitecture de TAlhambra, comme le mystère alchimique s'olîre à Tarchéologue sur le portail de Notre-Dame. Ce n'est, paraît-il, qu'une série de petites pierres, réunies en collier et intercalées de rondelles, produisant par leur contact une sorte de courant d'une électricité psychique tout à fait alarmante. Je n'ai jamais pu en savoir plus.
En fait, la grande ruse diabolique consiste à détruire l'équilibre dans l'organisme, à miner sourdement le vouloir par l'épuisement nerveux, anémiant l'âme et le corps, au point de ne laisser devant la brute assaillante qu'une forteresse démantelée aux soldats indécis et fiévreux. Le Diable érotique a peu de prises sur l'homme ou la femme sains ; il ne commence à devenir dangereux que lorsque, dit le Grimoire, « les enfants blancs ont tué les enfants rouges », c'est-à-dire lorsque la lymphe l'emporte sur le sang, quand les veines appauvries ne se gonflent plus que de globules pâles...
11 y a encore les breuvages aphrodisiaques... mais relèvent-ils de la magie? Le philtre, le poison, l'excitant ! Ah! ils infligent l'érotomanie, dans un vertige d'oubli, ils nous extériorisent, nous exaltent, font de nous des ivrognes qui se croient des dieux ou des amants. Breuvages d'illusion la plupart du temps, coupes que Circé dut faire vider à ces Grecs impétueux et grossiers qui la visitèrent. Consolants, ils abêtissent. Hilarants, ils égarent. Trop puissants, ils tuent. Un de ces philtres fit perdre à Caligula l'esprit; parfois ils poussent au suicide. En vérité, je ne m'explique guère l'enthousiasme de Michelet pour eux. Il y voit notre science médicale moderne en aurore; mais j'ai l'épouvante
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des abominables drogues, que dispensent nos ordonnances, je crois que notre débauche chimique a plus contribué à détruire les organismes, à précipiter les dégénérescences, que toutes les guerres, toutes les misères, les incurables maladies du moyen âge. Cet historien, qui délire devant ces infectes potions, va jusqu'à féliciter la sorcière faisant manger des excréments à la grande dame, aux seigneurs ses amants, sous prétexte de leur infuser l'amour. Ce philtre ne me déride même pas ; tout au plus, j'y vois le symbole des turpitudes charnelles, de la coprophagie, aboutissement logique de qui adora les organes par où l'humanité se débonde. Plus avisé, Jean Wier ne veut voir qu'âmes pourries en cette manie de l'ordure.
Nous avons connu une vieille, laquelle non seulemeat enchanta par boissons amoureuses, trois abbez consécutifs ; mais aussi les fit mourir, et mit le quatrième hors de son sens. Encore n'a-t-elle point de honte de confesser en public, qu'elle a faict cette meschancelé et fait encore, et que les abbez ne se sont pu retirer de son amour, pour autant qu'ils avaient mangé autant de sa fiente que son bras étoit gros...
Quant à moi, j'ay bien opinion que la fiente que elle disoit leur avoir fait manger, n'estoit autre chose que les ordes voluptez, lesquelles ces moynes, comme souillez en un bourbier, avoyent souventes fois expérimentées avec cette vieille exercitée en cest affaire et par lesquelles aussi ils estoyent tellement alléchez, comme par une cnsorcellcrie et empoisonnement, qu'onques ils ne peurent désister et rentrer leur bon sens. Voilà ce breuvage amoureux, voilà les ordures qu'avoient mangé aussi gros que le bras.
Avant de terminer, laissons encore la parole aux vieux auteurs; langage naïf, leur cerveau simple savent noter bien mieux que nous ces gauches enchantements. D'ailleurs, ilsy étaient plus experts, aussi bien pour les analyser que pour les combattre.
Communément les sorciers agissent dedans le corps ou par viandes ou par breuvages : auxquels ils meslcnt souvent les sacrements de l'Eglise calliolique. comme Thostie consacrée, ou non encore consacrée, mais marquée de certaines notes et lettres sanglantes, sur laquelle ils font dire et célébrer quelquefois une, deux, trois, quatre, cinq ou plusieurs Messes ; après ils la baillent à celui qu'ils veulent charmer, non pas entière comme elle est, ains fort subtilement pulvérisée; et la luy font avaler dans ses viandes ou dans son boire. Ils se servent aussi quelquefois de la calaminlhe en mesme façon, d'autant disent-ils qu'elle est d'une nature attractive, et qu'elle peut ravir le cœur et la volonté de celui qui l'avale à l'amour de celui qui la luy a présentée. Mais ce sont toutes faussctez et tromperies du Diable. Tels sorciers sont bien mesme si meschans que de faire bailler aux femmes leurs menstrues à boire aux hommes, et aux hommes de leur semence à manger et avaler aux femmes; de la fiente môme et autres excréments, comme plusieurs l'ont déposé parleurs confessions, et Sprenger l a laissé par écrit.
A cela se servent-ils aussi le plus souvent et par un très impie sacrilège, dict Grillandus, de l'eau bénite des fonts baptismaux ou de celle du Bénitier, du sainct huile du baptême, du chrême ou d'extrême-oncLion, de rameaux d'olives bénistcs, de rameaux de palmes, de chandelles bénistes, d'Agmis Dei^ d'encens bénits, de cierges de Pasques.
En dehors des aphrodisiaques, vraiment d'un effet et d'un emploi trop simples, qu'y a-t-il d'objectif dans les autres recettes d'amour? Je pense qu'elles se fortifient de Iluide vital, qu'elles s'arment du magnétisme d'être marinées, longuement, avec décision, qu'elles ne deviennent pas que des symboles d une volonté obsédante, mais encore des agents de cette volonté. Cependant cette concession faite à l'antique magie, combien ces ingrédients étaient plutôt de redoutables excitants pour l'imagination! plus l'opération est difficile (cueillir le fruit à une heure dite, à un jour dit, prononcer et inscrire des noms bizarres, etc.), plus la matière est épouvantante (hostie, eau bénite, saintes huiles)
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OU sordide (sang gâl6, excréments), plus 1 ame s'entraîne, fait effort, plus le délire s'accroît, a chance de devenir contagieux. Celle qui triture d'ignobles mélanges n'est-elle pas prête aux ultimes sacrifices, résignée à tout pour être aimée, — déjà sure de vaincre?
LES VRAIS REMÈDES CONTRE LES PHILTRES d'aMOUR
Nous aurions tort de nous imaginer trop crédule Tépoque des nécromants et des exorcistes. De tout temps des âmes raisonnables furent mystiques. Il serait aussi injuste qu'inexact de supposer notre siècle seul détenteur du sens critique. Aussi je veux que les docteurs du temps passé aient ici le dernier mot.
Par ces Philtres, la volonté d'aucune femme ne peut eslre forcée d'aymer celuy qu'elle ne veut pas aymer. Mais bien peut son imagination estre troublée, ses humeurs esmeùes et tout son corps intérieur comme embrasé, de sorte qu'elle vienne en fin a estre touchée des blandices de la volupté, et tirée aux plaisirs deshonnestes de la chair. Et si Tamoureux qui l'aime s'approche alors d'icelle, et la sollicite instamment avec les mesmes artifices dont les simples femmes ont coustumes d'être déçeûes, ou que le démon face assiduellement repasser devant sa mémoire et fantaisie les circonstances pour lesquelles il semble digne d'amour, et luy cache celles qui l'en rendroient indigne, il aduient aisément qu'elle se laisse gaigner.
Reste que nous parlions des remèdes propres contre tels philtres d'amour. Et premièrement il est certain que les antidotes et provisions que faisaient les Gentils à l'encontre d'iceux avec certaines incantations et purgations sont inutiles et défendues aux chrétiens.
Les remèdes chrétiens sont de très grande efficace contre ces Philtres tant ceux qui ont de la vertu contre toutes sortes de maléfices, que les moraux qui macèrent la chair et domptent la concupicence : coucher sur la dure, les haires, les disciplines et flagellations, les jeûnes : et de ceux-ci quelquefois les hommes sont obligés de se servir, sous peine de péché mortel si la nécessité le requiert. En Abstinence, comme éviter la vue de la chose aimée, fuir l'oisiveté et autres blandiccs de la chair dont discourt fort bien Ilclinan en ces termes : Veux-tu, dit-il, esteindre la volupté trop lascive? oste les bois du feu lorsqu'ils sont embrasez. Et ces bois sont en grand nombre, dont toutes fois voici les principaux ; l'oisiveté, la paresse, le sommeil, la chair, les femmes, le vin, la prospérité, le jeu, la musique, la beauté, les jeunes enfants. En pratique comme l'occupation de l'âme en choses sérieuses, la méditation de la mort et de l'enfer, la lecture des bons livres, les prières faites à Dieu, l'imploration des secours des Saincls et des Anges, et principalement de la bienheureuse vierge Marie, laquelle, comme très amoureuse de la chasteté, désire surtout délivrer les hommes de cette tâche d'amour impudique et dcshonneste. Il est aussi fort utile défaire souvent repasser devant les yeux, non cest forme et beauté extérieure qui doit périr dans peu de temps, fragile caduque, mensongère et fardée : mais l'intérieure et plus secrète constitution du corps, ce qu'elle estoit devant qu'on vit la lumière, sçavoir est une goûte de semence sale et puante : ce qu'elle est maintenant un sac plein d'excréments et d'ordures.
Ah ! nos misères physiologiques sont bien en vérité le meilleur dictame non seulement contre les philtres d'amour, mais encore contre toutes les tentations voluptueuses et perverses de Tamour I