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Te) LE SATIRICON ET SES ORIGINES
vu que les parties épisodiques et les parties en vers ne pou-
vaient être présentées avec vraisemblance que si les per-
sonnages dans la bouche desquels l’auteur les met étaient
supposés avoir une certaine culture et une certaine hberté
de disposer de leur temps. On peut les expliquer aussi par la personnalité de l’auteur, telle que nous pouvons l’entre-
voir. Pour le grand seigneur que paraît avoir été Pétrone, : un Trimalcion ou un Encolpe peut être un objet d’atten-
tion, un esclave n'existe pas.
20 Le caractère parodique.
Ces scènes de la vie familière diffèrent de la réalité ellemême par une sorte d’atmosphère ou d’éclairage particuher. Cette atmosphère résulte de la parodie fréquente que l’auteur fait de la haute littérature, c’est-à-dire de la httérature d'imagination, et en particulier de l'épopée. La parodie est très abondante dans le Satiricon, maus 1l faut aussi l'indiquer tout de suite, plus ou moins abondante et apparente suivant les passages.
Elle est d’abord dans la donnée qui constitue l'intrigue et qui réunit les différents épisodes : la colère de Priape, qui poursuit Encolpe et amène l’échec successif de ses entreprises. Nous avons vu que cette fiction n’était pas seulement indiquée au début et à la fin du livre, mais encore rappelée au cours des événements. Cette donnée est évidemment inspirée de l’épopée, où elle était banale, plus banale encore pour les anciens que pour nous, parce qu'ils connaissaient mieux les poèmes consacrés aux léscendés épiques qu'Homère a néoligées. D'ailleurs c’est Pétrone lui-même qui établit le rapprochement entre le sujet du roman et l'épopée, dans le chapitre 139, que nous avons déjà cité.
Ce n’est pas seulement la donnée d'ensemble de l’ouvrage qui rappelle l’épopée, mais aussi un grand nombre des épisodes qui le composent. Certains d’entre eux nous font
. 24 CHENE ES Er AE
penser moins à l'épopée qu’à la tragédie ; mais le procédé parodique y est le même ; en outre les sujets du drame ont leur origine dans l'épopée, et depuis l’époque alexandrine les caractères des deux genres tendent à se confondre. Rappelons les principaux de ces épisodes qui rappellent et parodient des scènes de la poésie sérieuse. Dans la première partie du roman, que nous avons perdue, les scènes de
pillage et de meurtre qui se déroulaient à Tarente et ailleurs. Dans la ville inconnue où nous trouvons d’abord les personnages, l’altercation d’Encolpe et d’Ascylte se disputant Giton l'épée à la main (ch. 80), et le monologue d'Encolpe demeuré seul (ch. 81). Cette dernière scène rappelle aussi bien le drame que l’épopée, et la scène du double:suicide simulé d’Encolpe et de Giton (ch. 94) a un caractère nettement dramatique {dum haec fabula inter amantes luditur, 95, 1). Pendant la navigation entre la ville inconnue et Crotone se déroulaient deux sortes de scènes : des scènes licencieuses, que nous avons à peu près complètement perdues, et qui vraisemblablement ne venaient pas de l’épopée, et des scènes que nous avons conservées, et dont beaucoup ont un caractère épique : ainsi l'apparition de Priape à Lichas (ch. 104); de même, le déguisement d’Encolpe et de Giton, que nous ne songerions pas à rapprocher du déguisement d'Ulysse à Ithaque, si Pétrone ne faisait lui-même le rapprochement (ch. 105, 10); la bataille entre les deux partis (actes, ch. 109, 1) et l'ambassade de
: Tryphène (ch. 108); enfin la tempête, le naufrage et la
découverte du corps de Lichas (ch. 114-115). Pendant le séjour des héros du roman à Crotone se déroule l'aventure d’Encolpe, qui a pris le nom de Polyænos, et de Circé. lei Pétrone lui-même, par les noms qu'il a choisis, nous invite à nous souvenir de l’épopée ; le nom de Polyænos, en effet, est une des épithètes qu'Homère donne à Ulysse, et :1l semble indiquer que, dans cette partie du roman du moins, Pétrone veut. nous faire songer à Ulysse en nous parlant
d'Encolpe. L'aventure d’Encolpe-Polyænos et de Circé n’a pas d’équivalent dans l’Odyssée ; mais entre l'Odyssée et le Satiricon s’interpose toute une littérature mythologique et galante qui a déformé et aussi généralisé les figures tracées par Homère, celle d'Ulysse en particulier. Cet épisode nous présente une succession de scènes dont la plupart parodient l'épopée, quelques-unes l’élégie ; ce sont : la lettre de Circé à Encolpe et la réponse de Circé, qui sont des parodies des lettres d’amour de héros et d’héroïnes (ch. 129 et 130), le paysage d’élégie ou d’épopée (Pétrone le décrit en hexamètres) offert par la villa de Grcé (ch. 151), la peinture du désespoir d'Encolpe après sa deuxième entrevue malheureuse avec Circé (ch. 132), l’invocation d’Encolpe à Priape, écrite en hexamètres (ch. 133), la visite d’'Encolpe à la prêtresse Œnothea, qui l’accueille par un pompeux discours en vers dans lequel elle célèbre son pouvoir (ch. 134); enfin les scènes de magie (chez Proselenos, ch. 131 ; chez Œnothea, ch. 135 et suivants) ; ce dernier thème toutefois appartient à la httérature mimique aussi bien qu’à l'épopée, et c’est à la littérature mimique que sont empruntés la plupart des détails du récit de Pétrone.
La parodie de l'épopée et des autres genres de poésie sérieuse ne réside pas seulement dans les sujets traités, mais aussi dans l'expression. Les vers sont naturellement un des éléments principaux de la parodie dans la forme. Un des exemples les plus intéressants est la pemture de la pelouse émaillée de fleurs où Circé reçoit Polyænos (ch. 127, 9). nous montre comment Pétrone entend la parodie, et combien discrète elle est parfois chez lui. L'effet plaisant n’est sensible 1c1 qu’à un lecteur qui a des souvenirs littéraires et du goût. [Il consiste dans le contraste entre le tableau tracé dans les vers et la situation à propos de laquelle 1l est présenté, plus précisément dans le rapprochement que Pétrone nous invite à faire entre le mont Ida, les amours de Jupiter et de Junon, et le caprice sensuel de deux mortels médio-
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crement estimables. L’intention plaisante de Pétrone n’est ici pleinement sentie que par le lecteur qui sait que de telles comparaisons sont propres à l'épopée, et employées par elle à illustrer les amours des héros. Prises en elles-mêmes, les idées exprimées dans ces vers par Pétrone et les mots qui les traduisent ne contiennent rien de plaisant, à plus forte raison, sen de grossier. D'ailleurs les vers écrits par Pétrone dans le style épique sont toujours traités avec grand soin et le désir de l’auteur est certainement qu'ils ne paraissent pas trop indignes des modèles qu’ils rappellent.
: En dehors même des passages en vers, Pétrone prend volontiers, dans une intention plaisante, le ton et le style de l’épopée: Les passages suivants donneront une idée de sa manière : 80, 4 ; 135, 6 ; 127, 6-8. Ce dernier passage est particulièrement intéressant, parce que Pétrone fait intervenir l’idée de la fatalité, ou de la volonté divine, qui joue un si grand rôle dans l’épopée, et parce que dans l’expression il a su se garder de l’emphase qui aurait rendu l’idée entièrement invraisemblable et aurait donné au passage un caractère de burlesque grossier. Le passage dans lequel la parodie de l’épopée est le plus longuement développée se trouve au chapitre 1432 (6-15),
Les allusions à l'épopée sont nombreuses dans le roman. On peut compter parmi elles, tout d'abord, les noms d’un orand nombre de personnages. Il ÿ a exception pour les noms de Quartilla, Scintilla, Fortunata, ceux des affranchis amis de Trimalcion, ceux de beaucoup de personnages secondaires, dans lesquels l’auteur s'attache à reproduire les noms de la vie réelle, de même pour ceux de Giton et de Chrysis, qui viennent de la Httérature mimique. Mais tous les autres personnages principaux, et quelques personnages secondaires, ont des noms qui rappellent l’épopée, le plus souvent avec une intention de parodie. La plupart de ces
noms ont un sens, ainsi que nous l’avons vu ; ils désignent
un trait de caractère, et souvent ce sens devient plaisant
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hû LE SATIRICON ET SES ORIGINES
par la considération du personnage auquel le nom est appliqué. Il y en a de deux sortes : les noms proprement dits et les adjectifs épithètes employés comme noms. Parmi les premiers, on trouve Agamemnon et Ménélas, qui viennent de l’Iliade, Circé, qui vient de l'Odyssée. Lichas se trouve dans Sophocle ; mais Pétrone l’a peut-être emprunté au poème épique sur Hercule auquel il fait allusion au chap. 139. Tryphæna et Œnothea (parodie d'un nom de l'Odyssée, Eidothea) sont des noms significatifs, choisis en accord avec le caractère du personnage. Parmi les noms épithètes, on trouve Encolpe, qui indique le caractère du personnage et n’a de plaisant que de convenir plutôt à une femme qu’à un homme; Proselenos et Trimalcion, qui s'appliquent convenablement à une sorcière et à un parvenu («plus ancienne que la lune » et (très puissant ») et sont plaisants par leur emphase, enfin Ascylte, Eumolpe et Polyænos dont le dernier se trouve à la fois dans l’/lade et dans l'Odyssée ; ces trois noms sont plaisants par leur application aux personnages, le premier appelé « infatigable » (Pétrone traduit laboriosus, 92, 9) à juste titre, mais en un sens imprévu, le second appelé « charmeur » par dérision; le troisième appelé « digne d’éloges », alors qu’il ne mérite que des reproches. En dehors des noms de personnages, il y a des allusions plus directes encore à l’épopée, soit à l'Odyssée, par des rapprochements entre les aventures d’Encolpe et celles d'Ulysse (ch. 101, 7; 105, 10 ; 127, 5-7 ; 132, 18),'entre Giton et Ulysse (98, 5), soit aux œuvres de Viraile, sous forme de citations (ch. 39, 61, 111, 112, 132). Notre but n’est pas de donner une liste complète des allusions à l'épopée qui se trouvent dans le Satiricon, mais d'indiquer par des exemples la place que tient l’épopée dans le roman. |
Ce n’est pas seulement dans les passages dont le sujet rappelle l'épopée que l’on trouve le ton épique, mais aussi dans les autres, et ce sont ceux-là qui prouvent le mieux l'intention qu’a l’auteur d’accuser uné relation entre son
ouvrage et l'épopée. En voici quelques exemples. Nous faisons, pour ce genre de passages comme pour ceux que nous avons mentionnés précédemment, cette réserve que certains passages rappellent moins l'épopée que la tragédie ; mais nous rappelons la remarque faite plus haut, qu’à l’époque de Pétrone il n°y a plus depuis longtemps de différence sensible entre le ton de l’épopée et celui de la tragédie. Voic1 la rencontre de Quartilla avec les sacrilèces qu’elle poursuit et le langage qu’elle leur tient (17, 1-3 ; 18, 1) ; la déclaration d’'Eumolpe à Giton, qui parodie plusieurs passages de Viraile (94, 1-2) et qui nous offre un des meilleurs exemples de l’art avec lequel Pétrone peint les personnages par leurs discours; enfin la réconciliation d’Encolpe et d'Eumolpe, avant l’embarquement sur le navire qui doit les conduire à Crotone (99, 3). On remarquera la différence des trois passages : au chapitre 94, Pétrone emploie des mots poétiques, parce qu'il veut rappeler expressément au lecteur certains passages d’épopée ; dans les deux autres passages, l’expression est moins poétique que l’idée ; elle est faite de manière à se fondre sans peine avec les parties de récit toutes famihières qui la précèdent et qui la suivent.
Il y a enfin des passages qui excluent entièrement le ton et le style épiques, parce que les actions qu’ils décrivent ont ce double caractère d’appartenir au courant le plus ordinaire de la vie, et de n’éveiller chez les acteurs aucune émotion qui puisse rendre vraisemblable, dans l’expression, le tour poétrque. Telle est, par exemple, la scène du marché dans laquelle Encolpe et Ascylte retrouvent le manteau perdu, ou encore la plus grande partie de leur aventure avec Quartilla. Même dans ces passages, Pétrone rappelle parfois l'épopée — ou la haute littérature en vers —-; l’artifice auquel 1l recourt est l'insertion de parties en vers. Le passage de la prose au vers est uné sorte de convention d'interruption du récit, qui donne liberté à l’auteur d’employerlestyle de la poésie et avertit le lecteur de faire abstraction, un instant, des conve-
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nances de la narration. Par exemple 14, 2; de même 45, 9; 18, 6 ; 93, 2. Ces morceaux en vers sont, dans les cas de ce genre, autant que nous pouvons en juger, toujours de courte étendue, et c’est là une preuve de goût de la part de l’auteur. En effet, s’ils se prolongeaient, le contraste qu'ils forment avec le récit dans lequel ils ont place deviendrait trop sensible ; et alors, ou bien le lecteur oublierait l'aventure en lisant des vers qui ne la lui rappellent que de loin, ou bien il attendrait avec ennui, en hsant les vers, la fin de l'aventure interrompue.
Ainsi la parodie de la poésie sérieuse est presque à chaque page du Satiricon ; sur quels genres porte-t-elle ? C’est l'épopée qui de beaucoup fournit les éléments les plus nombreux et les plus importants. Elle ne les fournit pas tous. Certaines scènes rappellent la tragédie aussi bien que l'épopée, par exemple celles dans lesquelles Giton s’interpose entre Encolpe et Ascylte (ch. 80), entre Encolpe et Tryphène (ch. 108). D’autres rappellent l’élégie amoureuse (léchange de lettres entre Encolpe-Polyænos et Circé, ch. 129 et 130) : il est vrai que ce genre, comme le drame, emprunte la plupart de ses sujets à l'épopée. La parodie s'étend aussi à lPélégie morale, ainsi dans la scène du marché (ch. 14,2), à la poésie narrative dont nous trouvons l’exemple dans les Métamorphoses d'Ovide et qui vient de l’epyllion alexandrin (description de la maison d’'Œnothea, ch. 135), enfin à la poésie licencieuse des mystères, écrite en versioniques (ch. 23 et 132).
Pour en revenir aux éléments épiques les plus importants, il est évident que, ni dans l’invention du sujet, ni dans le détail, Pétrone ne s'attache à un poème en particulier. Dans le passage en vers que nous avons déjà eité (ch. 139, 2), dans lequel Pétrone indique lui-même la relation entre la conception du Satricon et celle de l'épopée, 1l nous donne le témoignage de la variété de son inspiration. Il cite l'Odyssée, mais 1l cite en même temps un certain nombre d’autres poèmes. Îl ne cite pas l’Enéide, et cela est tout naturel:
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Enée, héros national de Rome et ancêtre de la famille impériale, ne pouvait être signalé comme étant un objet de paro: die. Dans le détail, la plupart des allusions et des citations sont tirées de l'Odyssée et de l’Enéide, mais beaucoup de passages ne font allusion probablement à aucun poème en
particulier. D'ailleurs une étude de limitation des poètes
dans le Sattricon, même plus complète que la nôtre, ne pourrait conduire ni à des rapprochements toujours certains, ni à une conclusion certaine, car nous ne connaissons ni tout le Satiricon, ni tous les poèmes que Pétrone a pu imiter.
Pour terminer cette partie de notre étude, il nous reste à dire brièvement comment Pétrone comprend la parodie. Le principe de la parodie est le même chez lui que partout ailleurs, il consiste dans le rapprochement d'éléments disparates ; l’auteur évoque les héros et le style de l'épopée (ou plus généralement les sujets et le style de la poésie sérieuse) à l’occasion d'événements de la vie courante ; il fait (avec les précautions que nous allons indiquer) parler et agir des personnages vulgaires comme des héros d’épopée. Ce qui appartient en propre à Pétrone, c’est l’art avec lequel lé procédé de la parodie est employé par lui. Il sait, tout d'abord, que la parodie lasse vite et ne peut être continue. Il s’est rendu compte aussi que, pour que la parodie garde quelque délicatesse, 1l faut que les deux éléments rapprochés soient déformés le moins possible, Cette précaution est observée dans le Satrricon. D’une part, les héros de l'épopée, leurs actions, leur langage sont rappelés sans que l’auteur cherche à les rendre en eux-mêmes ridicules, ni même plaisants. D'autre part, si les personnages du roman agissent et parlent à l’occasion en héros d’épopée, ils ne le font que lorsque la situation y donne prétexte, et sans que Pétrone nous laisse jamais oublier leur caractère de personnages de la vie courante. Ce qui arrive quelquefois, c’est que Pétrone nous donne l'impression de se substituer à ses personnages et de parler en leur nom, par exemple dans les citations de
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Virgile que fait le soldat du conte de la matrone d’Ephèse
(ch. 411, 12: 419, 2):
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un épisode ns où le souci de reproduire exactement la réalité est moins sensible que dans le roman lui-même. Le contraste entre la situation ou la condition des personnages et le langage élevé qu’ils parlent ne va jamais jusqu’au ridicule, parce que Pétrone sait atténuer dans la mesure qui convient le ton de l'épopée qu’il leur prête. Nous trouvons un exemple de cette discrétion au chapitre 94, 1, en comparant le discours d'Eumolpe avec les passages de Virgile imités par Pétrone. Lorsque la situation ou la condition des personnages ne peut d'aucune manière se concilier avec les pensées et le style de la poésie sérieuse, Pétrone, nous l'avons vu, sépare nettement les deux éléments, 1l interrompt le récit et fait parler ses héros en vers. Grâce à cet art déhcat de la parodie, le lecteur ne sent point de disparate entre les parties du livre dans lesquelles [a parodie est sensible ét celles dans lesquelles elle tient peu ou pas de place. L'étude de la parodie dans le Satiricon nous conduit ainsi à la même conclusion que l’étude des épisodes ou des parties en vers : l’auteur aflirme son instinct de hiberté, son droit à la variété et au mélange des tons ; mais,en même temps, il obéit à la loi d'harmonie et de convenance qui gouverne toutes les œuvres d'art.
Les remarques’ qui précèdent ne s'appliquent pas aux passages dans lesquels Pétrone fait œuvre non pas de romancier, mais de poète, et dont les plus importants de beaucoup sont le poème sur la prise de Troie et le poème sur la Guerre civile. La parodie chez Pétrone romancier et limitation chez Pétrone poète sont deux sujets d'étude entièrement distincts, et dont le premier seul nous intéressé.
30 Le caractère érotique.
Cet aspect du Satiricon n’est n1 le plus séduisant, ni le
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plus original. Mais nous ne pouvons le passer entièrement sous silence, car cette partie de notre description nous fournira des indices précieux pour apprécier les rapports du Satiricon avec ce qu'on appelle le roman grec.
Le caractère licencieux se manifeste dans la donnée même
de lintrigue, dans la conduite de tous les principaux per-
sonnages, dans le sujet de la plupart des principaux épisodes, à l'exception du banquet chez Trimalcion. I suffit, pour le démontrer, de renvoyer à lanalyse que nous avons donnée du Satiricon. Mais ce qu’il importe de signaler, c’est l'application avec laquelle Pétrone recherche les spectacles licencieux. Cette recherche est sensible dans certaines des scènes décrites (ch. 7 et 8, 19 et suiv., 140). Dans les autres parties même du livre, certains des détails donnés n’ont pas d'autre raison d’être, par exemple les détails licencieux du banquet chez Trimalcion (ch. 67, 75), le côté déplaisant que Pétrone ajoute au caractère d’Eumolpe (ch. 94 et 140), enfin les passages 92, 9 et 105, 9, qui sont tout à fait dans la manière de Rabelais.
On peut s'étonner que ce parti pris de hhertinage ne rende pas le livre ennuyeux. Cela tient d’abord aux mérites qu'il possède à d’autres égards, mais aussi au caractère du hbertinage de Pétrone. L’auteur du Satiricon évite toute crudité dans l'expression ; 1l n’est n1 raffiné, n1 pervers ; 1l s’amuse lui-même des hbertés qu’il prend avec les bonnes mœurs et il ne craint pas de dépasser, pour l’amusement de son lecteur et le sien propre, les bornes de la vraisemblance. En somme, il apporte dans la licence quelque chose de la mesure et de la délicatesse qui est un des caractères de son talent.
Dans toutes les scènes voluptueuses, il y a du moins un sentiment vrai, que les personnages et l’auteur lui-même éprouvent : c’est le goût du plaisir ; il apparaît clatrement dans certaines des scènes auxquelles sont mêlés Giton et Circé. Mais amour au sens élevé du mot est à peu près complètement absent du livre. On n'en peut guère trouver
Uxiv. DE Lyon. — CAHEN. 4