‹ Le Satiricon et ses originesChapitre 19 sur 21 · F, — LES ÉLÉMENTS ROMANESQUES · texte numérisé non relu

F, — LES ÉLÉMENTS ROMANESQUES

Dans le chapitre précédent, nous avons employé déjà le mot roman; nous l'avons appliqué, en général, à tous les ouvrages dans lesquels l'imagination de l’auteur se donne plus ou moins libre carrière, sans s'attacher, soit à une tradition historique, soit à une tradition mythologique qui,

pour la plupart des hommes de ce temps, équivaut à l’histoire.

C’est ainsi que nous avons parlé du roman mythologique et du roman d'aventures, et nous les avons rattachés à l’épopée parce que le lien qui les unit au genre épique est étroit et facilement saisissable, et parce qu’ils ne paraissent pas s'être constitués, par opposition à l’épopée, en genres distincts. Nous emploierons désormais le mot de roman en un sens plus précis. D’autre part, les ouvrages dont il nous reste à parler n’ont avec l'épopée qu'une relation lointaine ; ils paraissent, de plus, avoir été soumis à ces règles traditionnelles par lesquelles se définit un genre littéraire et qui consistent dans le choix obligé de certains sujets, de certains personnages et de certains sentiments.

Nous parlerons d’abord du roman au sens précis où les historiens de la littérature grecque entendent ce mot, par lequel ils désignent le roman d'amour. Tous les ouvrages qui appartiennent à ce genre traitent un thème commun ; ils racontent les aventures d’un homme et d’une femme épris

l’un de l’autre, que les circonstances séparent d’abord pour

les réunir à la fin de l’ouvrage. Le roman grec est donc essentiellement une histoire d’amour, et par là 1l diffère de l'épopée; en effet, bien que l'épopée alexandrine fasse à l'amour une place plus grande que l’épopée classique, elle n’en fait pas cependant l’objet principal de son inspiration ; même dans la poésie érotique ou burlesque d’origine épique, le héros demeurait aussi intéressant, semble-t-1l, par son caractère épique que par ses sentiments amoureux. Le roman d'amour

se rattache à l'épopée, mais seulement par des intermédiaires, qui sont, d’une part, le roman d'aventures, d'autre part, l’histoire, dans la forme qu’elle tendait à prendre, dès l’époque alexandrine, chez certains historiens. Nous parlerons ensuite de la nouvelle, qui forme comme le roman d'amour un genre distinct, distinct en particulier du roman lui-même et bien plus éloigné encore que le roman de la tradition épique, parce que l’origine de la nouvelle paraît se trouver dans la Httérature mimique, et non dans l’épopée. Nous mentionnerons pour terminer certains éléments qui appartiennent à la littérature d'imagination sans se rattacher n1 au roman mi, semble-t-il, à la nouvelle, et qui d’ailleurs n’occupent dans le Satiricon qu’une faible place.

19 Le roman.

L'hypothèse suivant laquelle Pétrone aurait emprunté au roman d’amour la conception de son ouvrage est en défaveur. Elle a cependant toujours des partisans, et cela se conçort. Elle permet en effet d’embrasser dans une même explication, et de rapporter à une même origine, quelques-uns des caractères les plus importants du Satiricon, ceux précisément que l'influence épique n’explique pas, ou n’explique pas suflisamment : l'emploi de la prose, la mise en scène de personnèges pris dans la vie courante, la grande place donnée à l'élément érotique.

Cette hypothèse commode doit être abandonnée. Pour démontrer que le Satiricon n’a rien à voir avec le roman d'amour, 1l suffit d'indiquer sommairement le sujet d’un ou deux romans. Le plus ancien que nous connaissions est le roman de Vinus, dont deux fragments nous ont été conservés, La date en est incertaine : 1 siècle avant Jésus-Christ ou 1T siècle après. « Le sujet du récit est l’amour de Ninus pour Sémiramis, qui toutefois n’est pas nommée. Il était question d’abord de la jeunesse des deux héros, qui, de même que

Chitophon et Leucippe chez Achille Tatius, sont cousin et cousine, ensuite des efforts de Ninus pour plaire à la jeune fille, et probablement tout de suite après de leur mariave, puis de leur séparation par l'effet des guerres dont Ninus doit prendre la conduite, enfin de leur réunion. L’exécution accuse de très fortes influences rhétoriques et du mauvais goût. La sécheresse de l’exposition, l'absence du purisme attique dans son étroitesse, les emprunts, à la vérité très hbres, faits dans le sujet à l’histoire, sont autant de traits. qui caractérisent le type primitif, présophistique, du roman grec. » (Schmmid-Stählin, Lutt. Gr., (IIS, 480). Au contraire le roman d’Héliodore d’Emèse, l'Histoire des aventures éthiopiques de Théagène et Chariclée, appartient à l’époque où le type du roman a pris son plein développement (date : au plus tôt 11° siècle après Jésus-Christ). « L’héroïne du roman, Chariclée, est la fille d’un roi d’Ethiopie ; sa mère lexpose, par crainte de la jalousie de son mari; eile est amenée par la suite à Delphes ; elle y fait aux jeux pythiques la connaissance du beau Théagène; enfin, après de nombreux et graves dangers, et au moment même d'être sacrifée comme victime avec Théagène, elle est reconnue comme fille de roi, et solennellement unie à Théogène. Le récit. possède les principales qualités du roman, l’ampleur épique et la clarté, et aussi un intérêt soutenu. Toutefois, par rapport à la richesse des tableaux variés et saisissants et aux péripéties surprenantes de l'intrigue, la peinture des caractères passe tout à fait au second plan, d’autant plus que le couple amoureux est entièrement conduit en lisières par Hélos- Apollon. Il règne une décence dans les choses du sentiment et un ton (pythagoricien) d’édification, qui a inspiré aux Byzantins pour ce roman précisément une prédilection particulière. » (Même ouvrage, IF, 652). Voici maintenant l'indication de quelques traits généraux communs à tous les romans : « Dans la tenue morale, ce qui fait l'opposition entre l’ensemble des romans d'amour d’origine rhétorique

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et les romans de mœurs d’origine mimique, c’est la décence : l’amour des courtisanes et l’amour des jeunes hommes ne sont pas mentionnés, sinon pour être sévèrement condamnés. Le thème principal est la fidélité des amoureux éprouvée par toutes sortes de dangers ei de tentations. La recherche en ceci d’une influence morale est rendue vraisemblable par des plaintes élevées du côté des philosophes sur Paffaiblissement de l’amour et de la fidélité dans le monde.» (Même ouvrage, Il°, p. 481).

Ces indications suffisent à montrer combien est mal fondée l'opinion suivant laquelle le Satiricon aurait été conçu en imitation des romans d'amour.

Cette opinion se heurte d’abord à une objection d’ordre chronologique. Pour établir un rapprochement entre le Satiricon et les romans grecs, on ne peut songer qu’à ceux de ces romans dans lesquels le récit des événements présente une certaine ampleur ; or nous n’en connaissons aucun qui soit antérieur au 11° siècle. Le seul qui puisse être rapproché par la date du Satiricon est le roman de Ninus, qui paraît se placer au plus tard au 1 siècle ; mais 1l ne présente encore le genre du roman qu’à l’état d’ébauche.

Toutefois, l’objection la plus grave résulte des différences qui séparent le Sattricon des romans d'amour, et dont les principales sont les suivantes. Dans l’intrigue, le couple formé par Encolpe et Giton ne rappelle en rien les amoureux du roman ; de plus, tandis que les romanciers donnent plus d'importance à l’élément romanesque proprement dit, aux événements, qu'aux caractères, Pétrone donne plus d’importance aux caractères et aux scènes de mœurs qu'aux événements. Dans les sentiments, le caractère licencieux du Satiricon est exactement le contraire des préoccupations morales des romanciers grecs et de l’amour discret qu'ils décrivent. Nous avons signalé, 1l est vrai, dans un ou deux passages du PSatiricon, des traces d’un amour qui pourrait être autre chose que le simple hbertinage ; mais nous ne pouvons plus

apprécier m le caractère exact de ce sentiment, ni la place qu'il occupait dans l'ouvrage ; il paraît en tout cas plus voisin de l’élégie que du roman. Dans les descriptions et dans les caractères, les romans grecs sont aussi éloignés de la réahté que Pétrone en est voisin ; les personnages du roman grec ne sont pas à la vérité des dieux, ni des héros, mn même le plus souvent des personnages historiques : mais ce ne sont pas non plus ces personnages de la vie quotidienne dont la présence dans un long récit est le caractère le plus original du Satiricon. Enfin il y a dans les romans grecs un élément de rhétorique, analyse abstraite de sentiments argumentation et discussion, qui n’existe pas chez Pétrone.

On a essayé de rendre plus vraisemblable l'influence du roman grec sur le Satiricon en présentant l’ouvrage comme une parodie des romans. Cette interprétation ne supprime aucune des différences que nous venons de signaler. De plus, ainsi que le remarque M. von Schanz, si Pétrone avait voulu parodier le roman grec, il aurait suivi d’assez près son modèle pour rendre aisément saisissable au lecteur l’intention qu'il poursuivait. D'ailleurs, nous avons vu précédemment quelle est la place exacte et l’objet de la parodie dans le Satiri on ; elle s'applique aux éléments que Pétrone emprunte à la poésie sérieuse, et surtout à l’épopée ; elle est absente de la partie la plus importante de l'ouvrage, celle dans laquelle Pétrone décrit la réalité ; dans cette partie nous trouvons, et encore dans une mesure assez faible, ce que nous avons appelé la caricature, qui, s'appliquant directement à la

réalité, est par là même distincte de la parodie.

Une autre tentative a été faite pour mettre le Satricon dans la dépendance étroite du roman grec. Suivant certains savants, il aurait existé, dès l’époque alexandrine, tout au moins à l’état d’ébauche, une variété du roman d'amour qu'ils appellent roman réaliste-érotique, dont le caractère serait de nous présenter des personnages de la vie courante engagés dans des aventures amoureuses. Le Sattricon appar-

tiendrait à cette variété, et Pétrone n’aurait eu d'autre mérite que de transporter dans la littérature latine une invention de la Grèce. Nous dirons du roman réaliste-érotique ce que nous avons dit du roman picaresque à propos de l'épopée. D'abord, 1l n’est qu’une création arbitraire, qui ne s’autorise d'aucun témoignage, dans laquelle d’ailleurs lassociation des éléments tirés de la réalité avec les éléments conventionnels du roman paraît difficile à préciser, qui semble bien avoir été imaginée précisément pour expliquer l’origine du Satiricon, et pour l’expliquer de manière à réduire à peu de chose l'originalité de l’auteur. Ensuite, 1l ne semble pas que le Satiricon réponde à la définition que l’on donne du roman réaliste-érotique. Les personnages du livre ne sont pas plus, dans leur essence, des amoureux que des malfaiteurs. La plupart de leurs aventures sont des aventures d'amour parce que Pétrone se plaît aux peintures licenciéuses, mais toutes n’ont pas, il s’en faut, ce caractère (voir par exemple : les scènes du début, où apparaît le rhéteur Agamemnon, Phistoire du manteau volé (ch. 12 et suivants),le banquet, l’histoire du testament d’Eumolpe (ch. 125), et pour les parties perdues chapitre 81, 3). De plus, les scènes voluptueuses ne sont Jamais, du moins dans la partie que nous possédons, traitées avec autant de détail et de soin que les descriptions de la vie familière. | Une des raisons qui ont conduit les historiens de la hittérature à chercher à établir une relation étroite entre le Satiricon et le roman d’amour, est d'expliquer la grande place que tiennent dans l’ouvrage, dans les descriptions et dans l'expression des sentiments, les choses de l’amour. Nous entendons ici par amour et par sentiment l'instinct de hbertinage pur et simple, qui presque seul inspire les actions des personnages. Mais nous avons vu que l’amour tel que le décrivent les romans est très différent de l’amour tel qu'il apparaît dans le Satiricon. D'ailleurs le caractère lhicencieux du livre s'explique tout naturellement par l’intention qu’a

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eue l’auteur d'écrire pour le seul amusement de ses lecteurs, de donner à son ouvrage le caractère qui pouvait le mieux leur plaire, et celui qui était le caractère ordinaire de la littérature amusante. Quant aux matériaux nécessaires pour construire cette partie du livre, il les trouvait partout. Il a pu s'inspirer de certains ouvrages appartenant à la tradition épique, et dont nous avons parlé plus haut. Mais ceux- «1 donnaient, semble-t-il, dans leur ensemble, plus de place aux sentiments qu'à la description, aux propos valants qu'aux réalités ; or la tendance de Pétrone est exactement opposée à celle-c1, et les parties licencieuses de son ouvrage viennent sans doute plutôt de la satire et du mime que de l’épopée. Elles viennent certainement aussi, et pour une large part, de la nouvelle dont nous avons à parler maintenant.

20 Za nouvelle.

Dans la recherche des origines du Satricon, il y a lieu, à notre avis, de donner plus d'attention à la nouvelle qu’aux différentes formes du roman, celles qui se rattachent directement à la tradition épique, comme le roman mytholosique, et celles qui s’en éloignent sensiblement, comme le roman d'amour. En effet, rien ne prouve que Pétrone ait connu aucune des formes du roman : il a au contraire sûrement connu la nouvelle, car 1l a inséré dans le Satiricon deux nouvelles : l’aventure d’Eumolpe avec le jeune garçon à Pergame (ch. 85) et l’histoire de la matrone d’Ephèse (ch. 111). Peut-être l'aventure racontée au chapitre 140 est-elle inspirée elle aussi par une nouvelle dont le sujet, à la différence des précédentes, se trouverait inséré dans Île cours même de l'intrigue.

Pour connaître la nouvelle, Pétrone n’a pas eu besoin de s'adresser à des ouvrages écrits en grec, pas plus que pour connaître les autres genres qui, nous l'avons vu, ont con-

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tribué sûrement à la conception du Satiricon, c’est-à-dire la satire, le mime et l'épopée. Le plus connu des recueils de nouvelles, les Mnotæxa d’Aristide de Milet (fin du r1° siècle avant J.-C.), avait été traduit en latin dès le premier siècle avant J.-C. ; les Romains en avaient tiré le nom qu'ils donnaient au genre lui-même, celui de Milesia, et ce genre était chez eux très aimé. D'ailleurs, aucune des nouvelles insérées par Pétrone dans le Satiricon ne se passe à Milet ; nous n’avons donc pas lieu de supposer qu'il ait fait emprunt à Aristide de Milet lui-même. [Il y a toutefois, entre la nouvelle et la satire ou le mime, cette différence que la nouvelle ne semble pas avoir été traitée en latin par des auteurs originaux ; c’est donc par la nouvelle que l'influence de la Grèce se serait exercée sur Pétrone de la manière la plus directe.

C’est notre connaissance très incomplète de la nouvelle (et aussi du roman mythologique, la seule forme du roman à laquelle on puisse attribuer avec quelque vraisemblance une part dans la conception du Satiricon) qui nous empêche d'indiquer avec certitude l’origine de certains caractères du Satiricon. Les nouvelles insérées par Pétrone dans son livre, et par Apulée dans les Métamorphoses, sont à peu près es seuls documents qui nous permettent de nous faire une idée de la nouvelle. Nous savons que les Milesiae étaient des récits distincts et de courte étendue, peut-être réunis, dans l’intérieur d’un même recueil, par un cadre commun ; que le sujet en était toujours une histoire d'amour, et que le ton en était très libre. Les sujets traités ne pouvaient manquer d’avoir des points de contact avec les données du mime. [ls admettaient peut-être des personnages mytholooiques, et, dans ce cas, 1l serait séduisant de rattacher l’épisode de Polyænos-Circé à la nouvelle plutôt qu'à un ouvrage issu directement de la tradition épique.

L’imitation de la nouvelle fournit, à notre avis, l’explication la plus vraisemblable des caractères du Satiricon

qui ne se retrouvent pas dans les genres que Pétrone a certainement connus : la satire, le mime et l’épopée. Ces caractères sont, nous l’avons vu, la présence dans l’intrisue des personnages de la vie quotidienne, et l’emploi de la prose. Pétrone trouvait déjà dans les Milesiae, et c’est là sans doute qu'il l’a cherché, l'exemple d’une œuvre narrative écrite en prose et dont les personnages principaux étaient ceux de la satire et du mime. C'est en outre le caractère constamment licencieux des Mrlesiae qui a sans doute

encouragé Pétrone à aller dans cette direction au delà de

ce que permettaient d'ordinaire et la satire et même le mime, et à violer délibérément, dans tant de pages de son livre, les commandements de la décence.

Ce serait cependant aller beaucoup trop loin que de considérer Pétrone comme un simple auteur de nouvelles, ainsi que l’ont fait certains critiques, et le Satiricon comme une nouvelle développée, ou comme une collection de nouvelles. La donnée d’ensemble du livre est, nous l’avons vu, empruntée à l'épopée. Il existe, de plus, entre la nouvelle et le Satiricon des différences profondes dans la conception artistique et dans l'inspiration. Il y a d’abord la différence de l’étendue et du sujet : la nouvelle présente dans d’étroites limites le récit d’un fait isolé; le Satiricon, et le roman en oénéral, développe avec ampleur un ensemble de faits, distincts entre eux, mais réunis par le lien d’une intrigue commune. Ensuite, 1l semble que le but principal de l’auteur de nouvelles était de présenter au lecteur des tableaux licen-

cieux ; l'inspiration de Pétrone est plus large ; bien qu'il

s’attarde volontiers aux scènes et aux tableaux scabreux, son objet propre est la peinture de la vie quotidienne dans son ensemble. Enfin les héros de Pétrone sont non seulement plus proches de la vérité, mais encore plus complexes que ceux de la nouvelle, à cause des liens qui les unissent à la satire et surtout à l’épopée ; ils présentent un élément de comique, de fantaisie et de parodie, que nous avons

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défini lorsque nous avons parlé de la parodie et de la caricature dans le Satiricon, et qui devait manquer aux personnages de la nouvelle.

Aïnsi nous avons retrouvé dans la nouvelle les trois caractères que l’on a cherché à expliquer par limitation du roman : l'emploi des personnages de la vie courante, l'emploi de la prose et la grande place accordée aux choses de Pamour. Des deux hypothèses, imitation de la nouvelle, imitation du roman, la première dispense de la seconde, et elle nous paraît de beaucoup plus vraisemblable, d’abord parce que la nouvelle, issue de la même origine mimique que le mime et la satire, est plus voisine que le roman de l’inspiration d’ensemble du Satiricon, ensuite parce qu'il est établi que Pétrone a connu la nouvelle, tandis qu'il ne paraît avoir connu aucune des formes du roman.

90 Les éléments d'imagination en dehors de la nouvelle et du roman.

Sous ce titre, nous n’avons à mentionner que les deux histoires de démons malfaisants racontées par des convives du banquet chez Trimalcion : l’histoire du soldat loupgarou (61) et l’histoire des striges (63). Il a existé dans la hitérature grecque, dès l’époque alexandrine, de nombreux ouvrages qui décrivaient, avec plus ou moins de prétentions à l'exactitude scientifique ou géographique, les êtres et les phénomènes merveilleux de la nature ([apadcéa). Mais rien n'indique que Pétrone ait emprunté ces deux récits à un ouvrage de ce genre, pas plus que la légende du verre incassable (51). Il a pu les entendre raconter, ou en trouver le sujet dans une satire ou un mime. Pourquoi ces deux histoires ont-elles trouvé place dans le livre ? Elles y figurent sans doute à titre de trait de mœurs, parce que Pétrone avait observé que des fables de ce genre revenaient fréquemment dans les conversations des gens du peuple.

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