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PE SATIRICON
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L'ouvrage qui nous a été transmis sous le nom de Pétrone, et auquel on donne d'ordinaire le titre de Satiricon, est, selon M. von Schanz, l’auteur de l’histoire la plus complète que nous possédions de la littérature latine, « la production la plus remarquable de toute la littérature impériale. » L’ouvrage, si l’on fait abstraction de son mérite littéraire, nous intéresse d’abord par le sujet qui y est traité, ensuite par le genre auquel il appartient, enfin par la recherche nécessaire de ses origines et de la place qui lui revient dans l’ensemble de la littérature romanesque gréco-romaine.
Le Satiricon est le plus important parmi les ouvrages orecs et latins que nous avons conservés et qui sont consacrés à la description de la vie quotidienne. Certains historiens de la littérature les réunissent sous le nom de « littérature mimique ». Ces ouvrages, dont nous avons perdu la plus grande partie, étaient nombreux et d’une forme très variée. La comédie n’appartient pas à la littérature mimique ; elle est soumise, en effet, dans le choix des sujets et des personnages, dans la conduite de l'intrigue, à des conventions qui restreignent beaucoup la liberté d’observation du poète. Mais on peut rattacher à la littérature mimique, entre autres, les mimes d’Hérondas, les 1dylles de Théocrite, l’élégie romaine, les satires d’Horace, Îles
romans d'aventure tels que l’Ane de Lucien et les Méta- … morphoses d’Apulée, les romans d'amour grecs. De tous ces . ‘ouvrages, celui de Pétrone est le plus intéressant, sinon par létendue (encore en avons-nous perdu une grande parte, très probablement au moins la moitié), sinon par le mérite littéraire (qui est à notre avis très grand), tout au moins par la liberté dans la reproduction de la réalité, dans la utunox. Dans les ouvrages que nous venons de citer, cette liberté est amoindrie, soit par la recherche d’un enseionement moral (Horace), soit par la place laissée à: Tlimagination (Apulée), soit par des conventions parfois presque aussi sévères que celles de la comédie (lidylle, le. roman d'amour). La forme poétique par elle-même empêche une reproduction entièrement exacte des objets décrits, elle oblige à modifier tout au moins le langage des personnages mis en scène. Dans le Satiricon, ou du moins dans des parties étendues de l’ouvrage, la reproduction de la réahté est dégagée de toutes ces entraves ; l’auteur y a échappé d’ailleurs peut-être moins par sa volonté que par la puissance de son tempérament.
Les ouvrages les plus nombreux et les plus connus de la littérature grecque et de la littérature latine, l'épopée, le drame, l’éloquence, l’histoire, le roman lui-même, ont une tendance à se conformer à un certain modèle, à obéir à des. règles qui en déterminent le sujet, la composition, la forme. Le Satiricon nous présente un exemple d'un genre tout différent, et même d’une conception exactement contraire ; l’auteur paraît n’obéir à d’autre règle qu’à sa fantaisie : Al s'éloigne de son sujet quand il lui plaît ; 1l passe à sa volonté de la prose au vers. Cette liberté est tempérée d’ ailleurs, nous le verrons, par un effort d’arrangement artistique, qui est très nettement sensible, bien qu'il ne soit pas toujours prémédité et calculé.
Nous nous proposons d'étudier sommairement les orioies du Satricon, et de déterminer, s’il est possible, la
part d'originalité qui revient à son auteur. Nous ne ferons que de très brèves allusions aux problèmes généraux que soulève l’histoire de la littérature romanesque en Grèce et à Rome. Avant d'aborder le problème posé, il est indispensable (et l’on n’a pas toujours pris assez de précautions à cet égard) de considérer le Satiricon en lui-même et d’en
définir les traits principaux. Nous avons donc à répondre
à deux questions : qu'est-ce que le Satiricon ; d’où vient- NAN
Nous considérerons successivement l'intrigue, les épisodes, les parties en vers, et enfin les caractères principaux du livre.