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CHAPITRE V

INFLUENCES QUI PEUVENT MODIFIER LÉTOUlTtON DU SATURNISME. - SATURNISME ET HÉRÉDITÉ. - DRQXI- CATIONS SIMILAIRES.

§ I. — Influence de la race, de l'âge et du sexe sur le développement des accidents saturnins. — Saturnisme et hérédité.

Influence de la race. — On croyait autrefois à l'immunité de certaines races, la race nègre en particulier. De fait, la colique sèche faisait autrefois moins de ravages chez les hommes de couleur, parce que ces derniers, moins sujets aux affections qui assaillent les Européens dans les colonies tropicales, résistaient mieux à toutes les maladies. Une étude plus attentive permit de constater que les nègres étaient fréquemment intoxiqués par l'usage de poteries mal cuites et par la consommation de rhum ou de tafia distillés dans des appareils garnis de plomb (Gardanne). Plus tard, quand l'emploi de la vapeur se répandit dans la marine, on observa que les nègres employés dans' les cuisines et les chaufferies étaient aussi fréquemment atteints d'intoxication que les sujets de race blanche.

Influence de l'âge. — L'âge du sujet est un facteur important dans la marche du processus d'intoxication. Les enfants par exemple, sont, toutes choses égales d'ailleurs, plus sensibles que les adultes à l'action des poisons. Les barèmes établis par Gaubius et par Young sont très explicites sur ce point, vérifié d'ailleurs par l'expérience journalière. Chez les vieillards, par contre, on remarque souvent une résistance assez considérable malgré le mauvais état de fonctionnement ,des émonctoires, parce que les éléments sont moins impressionnables. Ce que nous disons s'applique évidemment au

saturnisme accidentel, car le saturnisme chronique (surtout le saturnisme professionnel) vient apporter une perturbation, chez l'enfant issu de saturnin, par suite de la dégénérescence héréditaire, chez le vieillard, à cause de la débilité précoce qu'entraîne l'imprégnation plombique.

Saturnisme chez l'enfant. — Nous avons vu au chapitre « Etiologie », que l'enfant se trouvait exposé aune foule de causes d'intoxication qui passent facilement inaperçues. Le diagnostic se complique encore si l'on considère la variabilité des symptômes observés chez les jeunes sujets et Y absence •fréquente du liséré saturnin.

Au point de vue de l'évolution spéciale du saturnisme chez l'enfant, l'anémie ne présente rien de particulier ; la colique souvent fébrile peut affecter l'allure d'une dothiénentérie, d'une crise d'appendicite ; les crises d'encéphalopathie, qui accompagnent toujours les formes aiguës ou subaiguës, prennent la forme convulsive et peuvent faire songer à la méningite; quant à la paralysie, ses allures tout à fait particulières peuvent encore plus facilement égarer le de diagnostic,

La paralysie débute généralement par le membre inférieur, et les phénomènes paralytiques sont le plus souvent accompagnés de fièvre et de douleurs. L'enfant ne peut plus supporter ses chaussures ; il marche lourdement, traîne les pieds, tombe à chaque instant. A la période d"état, le malade prend ladémarche décrite par Variot : il soulève difficilement le pied du sol et projette sa cuisse en avant, tout en maintenant sa jambe pendante et légèrement fléchie sur la cuisse ; la pointe du pied gagne rapidement le sol et le talon retombe lourdement. Le malade étant couché, on constate, en soulevant la jambe, que le pied est ballant.

La paralysie s'étend secondairement au membre supérieur; son approche est signalée par la maladresse de l'enfani qui ne peut saisir son verre qu'à deux mains. Cette paralysie du membre supérieur est d'ailleurs moins marquée que celle du

membre inférieur. Par son allure générale, cette paralysie saturnine infantile est parfois difficile à distinguer de la poliomyélite antérieure.

Le malade présente des troubles de la sensibilité cutanée et articulaire, qui affectent la forme hypéresthésique. On a signalé «'^aliment des troubles nerveux rappelant par leurs symptômes Yhémichorée et le tabès héréditaire. Notons encore les lésions oculaires^ les troubles de la mixtion (Brown), la paralysie delà vessie (Duciienne fils, Archiv. gén. méd., 1861}.

Le rein, qui est un des derniers organes lésés chez l'adulte, peut être frappé de bonne heure chez l'adolescent, et, dans ce cas, la néphrite évolue avec rapidité : c'est dans ces conditions spéciales que l'albuminurie peut se montrer au début d'une intoxication (Lancereaux).

Dans une thèse consacrée à l'étude du saturnisme chez l'enfant, DufourLabastide a réuni 80 observations empruntées en majeure partie à la littérature médicale anglaise et allemande (Pi'twm, in Encyclopédie de Keating, Brown, Oliver, Sinclair, Newmark, Stephenson), et au récentes communications de Varie! t (voir Étiologie saturnine chez V enfant). L auteur parait tirer de ces observations et de celles qui lui sont personnelles cette conclusion que l'enfant parait moins susceptible que l'adulte, grâce à l'intégrité des organes d'élimination et à l'activité plus grande de la sécrétion urinai re.

Cependant, en analysant des faits comparables, c'est-à-dire ies cas relevés au cours des épidémies causées par l'eau de boisson par exemple, on constate que les enfants sont assez fréquemment touchés. Dans l'épidémie de Bacup, Brown a relevé sur 302 cas, 4 au-dessous de 5 ans, 18 de 5 à 10, 20 de 10 à 15, 68 de 15 à 25, 144 de 25 à50, enfin 48 cas au-dessus de 50 ans.

II paraît cependant acquis que l'empoisonnement est moins grave chez l'enfant. Mais le polymorphisme des symptômes et raljscnce fréquente du liséré permettent-ils de déceler tous les cas ?

Putnam, in Encyclopédie de Keating. — Dufour-Labastide, Thèse, Paris, 1902. — Intoxication aiguë, Thèse More au, 1875. — Annale* à* hygiène publique et de méd. lèg., 1874. — Bouchut, Gazette des Hôpitaux, 1875. — Variot et Rémy, Journ. clin. thér. infant., 1894. — Friedmann, Kinder Arzt., Leipzig, 1901. — Intoxication chronique. Barth, Soc. mèd. Hop., 1852. — Gazette des Hôpitaux, 1854. — Bonfrs, Union méd., 1857. — Lefèvre, Gaz. Hop.. 1838. — Union mèd., 1859. — DvcREimE(de B.), û\s, Arch. gèn. ma*., 1864.— Flemming, Brit. med. Journ., 1865; Gaz. méd., de Paris. — Bronvin, Union méd., 1867. — Ducamp, Trib. méd., 1877. — Gazette des Hôpitaux, 1879. — Landrieux, Rev. d % Hyg., 1879. — Moizard, Rev. XByg., 1879. — Chapin, N. Y. M. Record, 1884. — Raymond, Clin, des mal. du syst. nerv., 1897, Observation de Wadsworth, Boston, M. A. S. Journ., 1885. — Van Hove, Bull. Soc. méd. Gaud, 1889. — Sinclair, Brit. med. J., Lond., 1889. — Brown, Brit. med. J., 1890. — Oliver, Brit. med. J., 1891. — Variot et Gastou, Soc. méd. H. P., 1891. — Mesny, Thèse, Bordeaux, 1893. — Sinclair, Med. news, Philad., 1894. — Newmark, Med. news, Phiiad., 1895. — Rendu, Soc. méd. H., 1896. — Stephenson, Lancet f L., 1898. — Variot, Bull. Soc. méd. Hop., 1901. — Variot, Soc. méd. Hop., 1902.

Intoxication chez la femme. Saturnisme et hérédité. — La femme est très sensible à l'action du plomb. Chez elle, les manifestations cliniques du saturnisme sont très analogues à celles que Ton observe chez l'homme; mais elles ont une tendance à se rapprocher des accidents de saturnisme infantile. C'est ainsi qu'une coloriste, empoisonnée par les voies digestives en suçant son pinceau aura par exemple une paralysie des membres inférieurs. Mais c'est surtout par son influence manifeste sur la menstruation, la conception et la grossesse que le saturnisme présente quelque intérêt chez la femme.

La fonction menstruelle est toujours irrégulière chez les saturnines; on constate de l'aménorrhée et de la dysménorrhée. Passant aux fonctions génitales proprement dites on observe une anaphrodisie presque constante (Hermann, Manouvrier) et une inaptitude à la conception en rapport avec les désordres menstruels. Les troubles pathologiques

on*

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sont fréquents au cours de la grossesse elle-même ; les avortements à répétition, les couches prématurées se présentent aussi bien dans le saturnisme que dans la syphilis. Le saturnisme du mari paraît avoir une action non douteuse sur la conception et sur la gestation, ce qui établit une nouvelle similitude entre les deux maladies (Seligmuller).

Tous ces faits ont été mis en lumière par les recherches de Constantin Paul (1860), de Roques, de Porak, de Balland et de Garnyaire.

D'après Constantin Paul, sur 43 grossesses après intoxication on constaterait 32 fausses couches, 3 mort-nés, 2 vivants très chétifs. Selon que les femmes abandonnaient ou reprenaient leur profession, les enfants arrivaient à terme ou mouraient.

Sur 141 grossesses provoquées par des pères saturnins, on trouverait 82 avortements, 4 avant terme, 5 mort-nés. Sur les 30 vivants il y aurait .20 morts avant 1 an et 15 de 1 à 3 ans.

Chez 30 femmes intoxiquées et ayant eu 82 grossesses, Balland a trouvé 24 accouchements à terme, 48 accouchements prématurés, 10 avortements, 8 mort-nés, 20 morts précoces.

Roques a étudié plus spécialement l'influence du saturnisme sur ce que l'on pourrait appeler la statique nerveuse des enfants issus de saturnins. Voici les conclusions de son travail : « Des faits que j'ai observés, écrit-il, je crois pouvoir conclure que l'intoxication saturnine lente, chez le père ou chez la mère, non seulement provoque des fausses couches, amène une grande mortalité des enfants* surtout dans les premières semaines de la vie, mais encore peut déterminer chez eux des convulsions, l'idiotie, l'imbécillité, Tépilepsie. »

Rennert déclare que, chez les enfants des potiers, la macrocéphalie est souvent héréditaire. Il ajoute que la plupart de ces enfants sont atteints d'affections cérébrales, de convulsions, et meurent dans la première année.

Dans ses études sur la dégénérescence héréditaire et l'idiotie, Bourneville place au premier rang des professions exercées par les parents de dégénérés, celle de peintre

en bâtiment. Sur 87 cas se rapportant à des professions insalubres, 51 reviennent à celles où Ton manipule le blanc de céruse, alors que la syphilis ne fournit que 19 cas.

Ceci confirme ce que nous avons dit plus haut, touchant le rôle de l'hérédité nerveuse dans le développement de certaines névropathies d'origine saturnine.

Les recherches de laboratoire apportent ici encore de précieuses indications, qui viennent à l'appui des constatations cliniques. En 1889, Legrand et Winter publient leurs observations sur le cas d'un prématuré issu de parents saturnins (typographe et compositrice). La présence du plomb est constatée dans le foie et le rein; ces deux organes sont atteints de cirrhose saturnine. Porak, en 1894, remarque que le plomb, administré à des cobayes en gestation, diffuse davantage chez le fœtus que chez la mère. Balland (1896) reprend cette étude et constate que le plomb provoque fréquemment l'avortement chez le cobaye. Le plomb est retrouvé dans les principaux viscères du fœtus par le professeur Pouchet. Balland constate en outre que le poison peut passer dans le lait d'une chienne et dans le corps du jeune chien allaité par celle-ci. Une recherche de plomb dans le placenta et dans le lait d'une femme exposée à l'imprégnation saturnine, a donné des résultats positifs. Des déterminations analogues ont été faites par Patein sur deux fœtus et un placenta (Thèse Garnyaire, 1900).

Nous avons constamment observé des faits analogues chez les nombreux animaux que nous avons intoxiqués au cours de nos recherches. Nos recherches ont également porté sur des placentas humains et sur des fœtus.

Ces organes constituaient pour nous des prélèvements faciles à opérer, et représentant une portion notable du corps d'un individu (1/125 en moyenne). Nous avons constamment retrouvé le plomb en quantité appréciable dans le placenta et les cheveux des femmes exposées par leurs occupations à l'imprégnation plombique (voir Plomb normal). Les recherches qui ont pu être effectuées parallèlement sur des fœtus nous ont conduit à des constatations de même ordre. On com-

prend sans peine que le placenta, organe à croissance rapide et par suite riche en glycogène, voué d'ailleurs par sa fonction à une irrigation sanguine intense, soit particulièrement apte à fixer le poison. D'autre part, l'anémie et les troubles vasculaires qui accompagnent le saturnisme, mettent le placenta dans des conditions qui ne lui permettent pas d'accomplir le rôle physiologique qui lui est dévolu.

On peut également invoquer l'action élective du plomb sur les fibres lisses pour expliquer la facilité avec laquelle le plomb provoque des crampes utérines précoces ayant une répercussion sur l'hématose fœtale et pouvant amener l'expulsion prématurée du fœtus. La céruse est couramment employée dans certaines parties de la Russie pour rendre les femmes stériles (Pallas). Les matrones anglaises emploient au môme usage le diachylon, emplâtre à base de savon plombique; cette pratique amène parfois des intoxications très graves (voir Etiologie).

Il conviendrait donc que les femmes abandonnassent, au moins pendant la durée de la grossesse, les professions qui les exposent à l'intoxication. Hirt et Gôttisheim conseillent de renoncer à ces occupations pendant la deuxième moitié de la grossesse et six semaines après l'accouchement.

Constantin Paul, Arch. gèn. méd., 1860, t. W; Société biologie, 1861; Thèse agrég., 1861. — Arlidge, Ann. d'hygiène, 1865. — Benson-Baker, London obst., t. VIII, 1867. — Roques, Thèse, Paris, 1873. — Renaut, Thèse, 1875. — Rennert, Archiv f. Gynœcol., 1881. — Sinclair, Dégénérescence héréditaire, Med. news, Phil., 1894, et Thèse Dufour-Labastide, Obs. LXXIV, LXXV, LXXVI. — Daniel, Journ. cC accouchement de Liège, 17 mai 1896. — Balland, Thèse, Paris, 1896. — Legrand et Winter, Soc. biologie, 1899. — Bourneville, Comptes rendus de Bicêtre, 1900. — Ganyaire, Thèse, Paris, 1900. — Gazette gynécologique, avril 1900. — Seligmuller, Soc. méd. de Halle, 10 février 1901; Trib. méd., 3 juillet 1901. — Dufour-Labastide, Thèse, Paris, 1902. — Legendre, Descendance des saturnins, Pathol. gèn., de Bouchard, t. I, p. 356.

§ II. — Influence des dlathèses et des maladies générales sur révolution du saturnisme.

Il conviendrait d'examiner sous ce titre l'influence de l'hérédité, des infections, des intoxications, du surmenage et des traumatismes.

L'influence de Yhérédité névropathique a été étudiée au chapitre iv sous les titres : « Hystérie saturnine, hémianesthésie; saturnisme chez l'enfant et chez la femme. »

V hérédité scrofuleuse, lymphatique, arthritique ou herpétique et Yhérédité goutteuse placent l'organisme dans des conditions de moindre résistance. Les constitutions arthritique, herpétique, artérioscléreuse et goutteuse présentent de nombreuses analogies avec la constitution saturnine : elles provoquent les mêmes troubles de la nutrition générale. Il est donc vraisemblable d admettre qu'il y aura continuité d'évolution morbide quand l'imprégnation saturnine frappera un arthritique, un artérioscléreux ou un goutteux.

Il conviendrait d'examiner Yhérédité saturnine chez des individus exerçant de père en fils la même profession. En pareil cas, le saturnisme héréditaire confond ses manifestations avec celles de l'hérédité nerveuse, quand il ne crée pas cette dernière.

Parmi les infections, il convient de distinguer entre les infections lentes, syphilis, tuberculose, et les infections à évolution rapide, telles que la pneumonie, par exemple.

La syphilis, par quelques-unes de ses manifestations : syphilis cérébrale, néphrite, artérite, paralysie générale, se rapproche singulièrementdusaturnismechronique. Lediagnostic est parfois difficile entre l'encéphalopathie saturnine et certaines formes de syphilis cérébrale. La syphilis prédispose d'ailleurs un saturnin aux attaques d'encéphalopathie.

Les deux affections conduisent à la paralysie générale. Certaines observations tendent à prouver que le saturnisme prédispose, comme la syphilis, aux scléroses et aux dégénérescences du système nerveux central (sclérose en plaques, tabès).

On croyait autrefois à l'antagonisme de la tuberculose et du saturnisme. Cette idée préconçue était largement exploitée par les guérisseurs vers la fin duxvn 6 siècle. James. Tissot et Combaluzier s'élevèrent sans succès contre cette singulière médication, en signalant les nombreux cas d'empoisonnement qui lui étaient imputables. Beau et Pidoux essayèrent de remettre ce traitement en honneur en se basant sur d'anciennes statistiques de Grisolle et de Tanquerel, qui paraissaient établir l'immunité du saturnisme vis-à-vis de la tuberculose. Ludwiz Hirt a montré, au contraire, que les ouvriers maniant le plomb et ses dérivés étaient particulièment frappés par la phtisie (Potain, Clinique de Necker, 1881 ; Gaz.Hdp., p. 130, 1881).

En examinant la question sans parti pris, on est forcé de convenir que cette méthode thérapeutique n'est pas aussi illogique qu'elle le paraît au premier examen. L'acétate de plomb administré à l'intérieur modifie avantageusement les principales manifestations de la tuberculose pulmonaire : sueurs nocturnes, hypersécrétion bronchique et pleurale, fièvre hectique. D'autre part, le professeur Richet a montré, dans ses travaux sur la tuberculose expérimentale, que le plomb était la substance qui paraissait retarder le plus nettement le développement de la tuberculose. Il est d'ailleurs vraisemblable d'admettre que la plupart des poisons métalliques, agents antiseptiques par excellence, peuvent retarder le développement d'une infection prise à ses débuts, comme nous l'avons montré dans notre étude sur la médication hydrargyrique (Tribune médicale, 1900). A cette action thérapeutique fugace succède une dépression de l'organisme, qui favorise au contraire l'évolution du processus microbien.

Les intoxications à évolution rapide trouvent chez le saturnin, comme chez l'alcoolique, un organisme incapable de réagir. De là l'extrême gravité de la pneumonie, par exemple, dans les intoxications chroniques. Il paraît également établi aujourd'hui que l'appendicite prend facilement une allure grave chez le saturnin.

Parmi les intoxications ayant une influence sur le saturnisme, l'alcoolisme tient assurément la première place par sa fréquente association et la similitude de ses symptômes. Grisolle a remarqué le premier que les ouvriers sobres échappent au saturnisme. Archambault, puis Pôtain insistèrent sur le rôle joué par la gastrite acide des intempérants ou des alcooliques dans la solubilisation et l'absorption des poussières plombiques (Archambault. Arch. gén. méd., août 1861. — Potain. Cliniques médicales. — Pauvert, Thèse, 1877). Brissaud, de son côté, range les paralysies alcooliques et saturnine dans le groupe des paralysies toxiques (Thèse d'agrégation). Combemale et François montrent l'influence de l'alcool sur l'intoxication saturnine expérimentale (Acad. Sciences, 4 août 1890). [Consulter sur ce sujet: Paris, Alcoolisme et saturnisme paralytiques (Revue méd. de V Est, 1893). — Vallon, Pseudo-paral. gén. alcoolique et saturnine (France méd., 1893). — Thèse Baron, Saturnisme chez les alcooliques, 1899, n° 445.]

Les intoxications métalliques peuvent également s'associer d'une façon manifeste avec le saturnisme. Le cuprisme, généralement mieux toléré que le saturnisme, acquiert une certaine gravité quand il associe ses effets à ceux de cette dernière intoxication, comme on peut le remarquer chez les fleuristes, les ouvriers qui travaillent le laiton et le bronze, les fabricants de papiers peints, etc.

Le surmenage a également une influence sur la marche générale du saturnisme et sur ses localisations. Les observations cliniques montrent que la paralysie atteint de préférence les muscles surmenés. Les expériences de laboratoire établissent que le poison se porte de préférence sur les régions traumatisées ou fatiguées (Charrin et Carnot).

Les rapports du saturnisme avec les affections chirurgicales ont été étudiés par Sabatier (Thèse, Paris, 1877). On pourra consulter également sur ce point la thèse de Bernard sur la Colique de plomb (p. 54).

§ III. — Intoxications similaires et intoxications mixtes.

Nous ne parlerons pas ici de l'intoxication alcoolique, dont les multiples affinités avec le saturnisme ont été exposées plus haut. Nous n'envisagerons que les intoxications métalliques professionnelles ou médicamenteuses, que leur pathogénie et leur symptomatologie rapprochent plus particulièrement du saturnisme.

Toutes ces intoxications peuvent provoquer des accidents nerveux [tremblements, hystérie toxique, paralysies motrices frappant surtout les extenseurs, pseudo-paralysie générale, incoordination motrice) et des troubles gastro-intestinaux (dyspepsie, stomatite, colique). L'appareil cardiorénal est alTecté d'une façon analogue par tous ces poisons : Y end® rtêrile, Y artériosclérose, Y augmentation de la pression artérielle, Y hypertrophie du cœur gauche, sont autant de manifestations morbides qui s'entretiennent en quelque sorte réciproquement sans qu'il soit toujours possible de déterminer par quel symptôme a débuté ce processus. Si le début est parfois méconnu et incertain dans son mécanisme pathogénique, 1 issue n'est pas douteuse : la néphrite d'origine vaseulaire, les troubles nerveux, dans leurs diverses modalités, sont les aboutissants inévitables de toutes ces intoxications.

La similitude se poursuit si l'on étudie l'absorption par les leucocytes et l'endothélium vasculaire, la localisation primitive dans le foie, l'élimination par la bile, la localisation ultérieure dans les organes ectodermiques et plus particulièrement dans les phanères (Meillère. Soc. Biologie, 1902).

On rencontre dans la plupart de ces intoxications — parfois même à un plus haut degré que dans le saturnisme — le phénomène du liséré et du tatouage buccal. Ce sont d'ailleurs ces intoxications qui permettent d'élucider le mécanisme formateur de ces pigmentations.

Nous nous proposons d'entreprendre ultérieurement la description de ces intoxications métalliques, en suivant le plan que nous avons adopté pour l'empoisonnement saturnin.

Nous nous bornerons pour l'instant adonner quelques brèves indications.

V intoxication bismuthiquene se produit qu'à la suite du pansement des plaies, ulcères ou brûlures par la méthode de Kocher. Cette question a été parfaitement étudiée par notre ami Héret (Thèse Paris, 1890), dans le travail duquel se trouvent relatés, outre les expériences de Héret, les travaux de J. Regnauld, de Villejean et Dalché, de Bulzer, de Peterseu, de Steinfeld et Hans Meyer, etc.

Les observations les plus récentes sont due? à Gaucher et Balli (Soc. méd. Hôp., 29 nov. 1895 et thèse Souiller 189a), Mathieu (Soc. méd. Hôp., 6 décembre 1895], Muhlig (Miïnsch. med. Woch., 9 avril 1901).

V intoxication cuprique, à laquelle on imputait autrefois les coliques de Poitou « métalliques », a été l'objet de nombreuses polémiques depuis Dubois et Bordeu [Journ. med., 1762, t. XVII). Les travaux les plus importants sur cette intoxication sont dus à Galippe, Armand Gautier, Itrotiiirdel, Thoinot. D'après A. Gautier, un adulte absorberait régulièrement par jour 1 à 7 milligrammes de cuivre.

Millon, Cuivre et plomb, Bull, de VAcad. de mèd., t. Xlï } l&M- 1847 (Notion du cuivre normal). — Galippe, flbfc de biologie, 1871- 1875. — A. Gautier, Le plomb et le cuivre dwi* Vtrtimênttttim* — Broimrdel, Méd. moderne, 17 septembre 1902.

Vargyrismc a été étudié par Charcot et Hall Dict. enrycl. Se. méd.), Charcot et Liouville, Fromann, Van (îcuns. L'argent se localise avec une remarquable ténacité; son élimination se fait par voie indirecte, par révolution cxpulsive des phanères : cellules épidermiques, productions cornées ou pileuses (Meillère). Le collargol permet d'étudier avec facilité les localisations de l'argent.

Vhydrargyrisme chronique est caractérisé par l'intensité d3 la stomatite (généralement sans liséré), les ulcérations intestinales, l'œdème des jambes, Yalbuminurit\ les hémorragies multiples, signe d'insuffisance hépatique. Les urines sont rares et l'on observe souvent des signes

d'urémie. Les désordres de la sensibilité rentrent dans le cadre des hystéries toxiques. Les troubles de la motilité consistent généralement en un tremblement vibratoire, h petites oscillations, débutant par les muscles de la face, disparaissant au repos et pendant le sommeil. On observe également des éruptions érythémateuses suivies de desquamation et des arthralgies analogues à celles que présentent les saturnins. Les travaux de Stassano ont mis en lumière le rôle joué par les leucocytes dans l'absorption et la localisation du mercure.

D'après les travaux de Cooper (1837) et de Embden (Deut. med. Woch., 14 nov. 1901), X intoxication manganique présenterait d'étroites affinités symptomatologiques avec l'hydrargyrisme et le saturnisme.

Le stannisme étudié spécialement par Riche et par Laborde en tant qu'intoxication distincte, doit avoir été confondu dans bien des cas avec l'intoxication saturnine; les accidents imputés au chlorure d'étain ou à l'étain, devant généralement être attribués au plomb qui souille ce dernier métal et ses dérivés. La même observation s'applique au cuprisme et au zincisme. (Consulter pour le Stannisme le Rapport général du Conseil (F hygiène de la Seine; 1878-1880, p. 3) (Bouchardat), et le Rapport de 1890-1894 (Travaux de Riche et Laborde), p. 21-26. — Rapport de Schutzenberger, p. 31, sur les laques employées à la coloration des sucreries. — Lancereaux et Paulesco, Traité de médecine, art. « Stannisme »).

Le zincisme exige une mention particulière. On sait, en effet, que tous les hygiénistes, depuis Guyton de Morveau (1785) conseillent de remplacer la céruse par l'oxyde de zinc dans la plupart de ses applications.

Les sels de zinc, introduits à haute dose dans l'organisme, agissent sur le système nerveux et sur les muscles dont ils provoquent l'impotence fonctionnelle, se rapprochant en cela des sels de cuivre, d'ailleurs beaucoup moins toxiques euxmêmes que les préparations plombiques.

L'innocuité relative du blanc de zinc a été mise en évi-

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dence par Laborde dans des expériences qui consistaient à maintenir des animaux au sein d'une atmosphère chargée de . poussière d oxyde de zinc. Les sujets soumis à cette épreuve n'étaient nullement incommodés, tandis que les animaux témoins exposés aux poussières plom biques mouraient rapidement. Tous les organes de ces derniers animaux renfermaient du plomb (Meillère). La substitution du zinc au plomb présenterait donc au point de vue de l'hygiène professionnelle des avantages inappréciables (voir Législation).

(Brochure de Laborde sur la substitution du blanc de zinc au blanc de céruse. — Rapport de Bouchut sur l'Hygiène de la peinture au blanc de zinc, Acad. mèd., t. XVII, 1851-1852. — Traité de pathologie générale de Bouchard; les Intoxications, par Roger. — Vibert, Toxicologie, 1902. — Brouardel, Empoisonnements , 1902. — Tanquerel, Thèse, Paris, 1902; les Intoxications. — Lancereaux et Paulesco, Traité de médecine, 1903.)

La plupart de ces intoxications sont faciles à dépister, môme en l'absence de tout signe clinique bien tranché, grâce aux commémoratifs qui font rarement défaut, au moins dans les cas d'intoxication professionnelle. Le diagnostic peut être hésitant quand il s'agit d'ouvriers fabriquant ou manipulant journellement des alliages complexes. Il parait exister en effet de véritables intoxications mixtes, F intoxication cupro-plombique en particulier qui frappent les fondeurs, lamineurs, repousseurs, polisseurs de bronze ou de laiton ; les fleuristes, les coloristes et les ouvriers des fabriques de papiers peints, etc.

Toutes ces intoxications provoquent des troubles de la nutrition et une cachexie spéciale que Ton pourrait appeler cachexie métallique, dont la cachexie saturnine représente la modalité sinon la plus fréquente du moins la plus grave.

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