CHAPITRE HUITIEME
La Rivière-des-Prairies et le Sault desservis par le même prêtre jusqu'en 1814. — Manoir seigneurial. — M. Noël Pouget. — Sa naissance. — Ses travaux. — Anciens candélabres.
— M. Jean-Marie Fortin. — M. Esprit-Zéphirin Chenest.
— Premier presbytère. — Grande charité de M. Chenest. M. Amable Prévost. — Le sculpteur Hébert. — M. Auguste Chaboillez. — Il meurt du choléra en I80L — M.Pierre- Joseph Périnault. — Ses études à Paris, — à Baltimore. — — Lettre de nomination au Sault, de Mgr. Plessis. — M. Périnault se rend à St-Raphaël de Kingston. — Lettres édifiantes de Mgr Plessis. — Mort de M. Périnault. Il est inhumé dans l'église du Sault. — M. Huot succède à M. Périnault. — L'intérieur de l'église est réparé comme il existe encore. — Dévotion de M. Huot pour la sainte Vierge et pour le Saint-Sacrement. — Belles paroles de Mgr Plessis à M. Huot. — Commencements de Mgr Bourget. — Mort de M. Huot. — M. Belcourt vicaire et desservant. — M. Laurent Aubry. — M. Barthélémy Fortin. — École du village.
— Érection canonique de la paroisse. — Mort de M. Fortin aux Ursulines des Trois-Rivières. — M. Pierre Mercure. — M. Rémi Gaulin lui succède. — Ses travaux. Il devient évêque de Kingston. — M. Thomas Papin. — M. Vincent
Plinguet.
" J'ai vu tout près, assise, une femmeplus blanche
" Que l'écume des flots où la lune se penche,
" Plus belle que la fleur éclose le matin !
" bon langage, plus doux qu'un chant d'oiseau lointain,
" Faisait «u loin vibrer le verdoyant feuillage J*
" Ses vêtements de neige et son divin visage
" Brillaient comme un foyer allumé sous les bois ;
" Ses bras avec amour enveloppaient la croix.
Pamphile I„emay (Le Chef indien et la croix).
Depuis 1775 jusqu'à 1814, les paroisses du Saultau-Récollet et de la Rivière-des-Prairies étaient desservies par le même prêtre.
Le manoir seigneurial des MM. de Saint-Sulpice, dont les vieux murs subsistent encore, a toujours servi de résidence aux desservants depuis la mort de M. de Perthuis (1775) jusqu'à la construction du premier presbytère sous l'administration de M. Chenest, en 1787.
Au 1er octobre 1775, M. Noèl Pouget fut nommé curé de notre paroisse. Il naquit à Montréal le 25 décembre 1745. Cette date nous explique parfaitement le nom qu'il reçut au saint baptême. Ordonné prêtre à Québec le 19 septembre 1772, il y demeura vicaire jusqu'au 12 octobre 1773. Il fut alors nommé à la cure de St-Cutbbert.
Après deux années de ministère, il passa à celle du Sault-au-Récollet.
Dès son arrivée, il s'occupa de l'ornementation intérieure de son église, moyennant le fonds laissé par M. Chambon pour cette fin.
L'entreprise fut confiée à un sculpteur du nom d'Hébert, pour le montant de 14,201 livres.
Toutes les boiseries furent peinturées pour une somme de 700 frs.
Un item de 300 livres est mentionné au livre des comptes : " Pour compagnons pour le retable."
•C'étaient deux petites statues en bois, l'une représentant l'évangéliste saint Jean, et l'autre saint Etienne.
Placées dans les petites niches du maître-autel, elles ont heureusement gardé leur position jusqu'à nos jours.
Les anciens se rappellent les fameux candélabres du temps passé, en bois habilement tournés, aux couleurs voyantes, et munis de nombreux bras en broches de fer symétriquement disposés tout autour.
Il y en avait dans toutes nos vieilles églises, et d'habiles ouvriers avaient réussi à leur donner une jolie apparence ; un certain nombre, en petit format, descendaient des rosaces décorant les voûtes surbaissées, pendant qu'un ou plusieurs à proportion plus imposante, présidaient à l'éclairage du saint lieu.
C'est avec peine qu'on a vu supprimer ce luminaire chéri de nos ancêtres.
Ces anciens candélabres, au nombre de cinq, sont portés au chapitre des dépenses du sieur Laurent Dagenet (fils) " rendant compte en la maison curiale, le 7 septembre 1777," pour la modique somme de 40 livres.
M. Poujet quitta le Sault au premier octobre de la même année, pour aller desservir les paroisses de Bertbier (en haut) et de Lanoraie.
En 1785, il alla établir une paroisse sous le vocable de sainte Elisabeth, et c'est là qu'il termina ses jours, le 17 mai 1818, à l'âge de 72 ans et cinq mois.
Comme tous les confrères de son temps, il avait bien raison de signer prêtre-missionnaire. Leur vie étant parsemée de courses longues et pénibles, leur ministère ne leur laissait aucun repos.
Aussi ils arrivaient au bout de leur carrière bénis de Dieu et des hommes, et léguaient à leurs successeurs au sanctuaire, l'héritage le plus précieux de leurs vertus héroïques et de leurs œuvres indestructibles.
M. Jean-Marie Fortin succéda à M. Pouget au commencement d'octobre 1777, et il fut chargé de l'administration de notre paroisse, ainsi que la desserte de la Rivière-des-Prairies, jusqu'au mois de juillet 1787.
Il était né à Saint-Joachim, côte de Beaupré, le 6 novembre 1751. Il reçut l'onction sacerdotale à Québec, le 17 août 1777, et dès le mois d'octobre suivant, il fut nommé curé du Sault-au-Récollet.
Notre église était dans un bon état de prospérité, et sans aucune dette.
Elle venait d'être embellie ; il ne restait plus que la construction d'un presbytère pour compléter l'établissement religieux.
La maladie l'empêcha d'accomplir ce dessein, et le força d'abandonner sa paroisse.
Après deux années de repos, il fut chargé de la cure de Lotbinière, ainsi que de la desserte de Ste- Croix, jusqu'en 1791. Nommé en 1792 à la cure de Ste-Foye, il passa de là à celle de St-Jean de l'île d'Orléans, où il exerça le saint ministère le plus longtemps, de 1800 à 1822. Il se retira à cause de ses infirmités, suivant les Notes de M. Noiseux (J. Viger), à l'Hôpital-Général de Québec, où il mourut le 9 décembre 1829, âgé de 80 ans.
M. Esprit-Zéphirin Chenest succéda à M. Fortin au mois de juillet 1787.
Il naquit à Montréal le 16 février 1763, et fut ordonné prêtre à Québec, le 11 mars 1786, où il exerça le saint ministère en qualité de vicaire jusqu'à sa nomination à la cure du Sault-au-Récollet.
Comme ses prédécesseurs, il était également chargé de la desserte de la Rivière-des-Prairies. Quoiqu'il n'ait passé que trois années à la tête de notre paroisse, il est facile de constater, par les archives, la sagesse de son administration. ».
Dès son arrivée, il se trouva en face d'une sérieuse difficulté, au sujet des comptes de deux
marguilliers ; mais il réussit bientôt à apaiser les esprits et à régler le différend.
Les comptes pour l'année 1787, montrant un excédent de 1724 francs, M. Chenest crut que l'occasion était favorable de bâtir un presbytère sur le terrain déjà concédé par les seigneurs pour cette fin.
Un grand nombre des paroissiens se rappellent l'ancien presbytère, où ils ont eu tant de bons rapports avec leurs dignes curés ; ils liront donc avec plaisir certains détails qui le concernent.
Les syndics désignés pour la surveillance des travaux étaient MM. Joseph Harel et Louis Dagenais pour le rang du bord de l'eau, et M. François Dagenais représentait les habitants de la côte de Saint-Michel. Les anciens reconnaîtront facilement à quelles familles ces noms se rattachent.
La famille Harel a complètement disparu de notre paroisse, tandis que les descendants des deux autres syndics se sont succédé sur les terres de leurs ancêtres.
Voici quelques extraits des actes de délibérations ; ils nous fourniront d'intéressants détails sur le vieux manoir seigneurial, et sur les dimensions du premier presbytère de notre paroisse.
" Les habitants de la paroisse de la Visitation (Sault-au-Récollet) en l'île et seigneurie de Mont-
réal, voyant depuis quelque temps qu'il est nécessaire d'assurer à leur curé ou missionnaire desservant la paroisse, un logement décent et convenable, après en avoir plusieurs fois parlé entre eux, sont convenus de bâtir ou faire bâtir un presbytère ou maison curiale, vu que leur curé, depuis l'établissement de la paroisse, avait toujours été logé dans la maison des seigneurs, qui lui en laissèrent la jouissance sans rien exiger jusqu'à ce jour, qu'elle est si vieille qu'elle menace ruine, et qu'elle est même déjà si ruinée, qu'il faudrait des frais aussi considérables pour la réparer, que pour en bâtir une neuve.
" Sur la demande des anciens et principaux qui parlaient au nom de tous, nous curé et missionnaire, desservant actuellement la dite paroisse, avons recommandé, le jour de la Toussaint, au prône de notre messe paroissiale, trois assemblées des habitants dans la salle de notre maison servant de presbytère, pour en conférer à loisir. Le dix novembre mil sept cent quatre-vingt-sept, nous soussignés habitants de la paroisse du Saultau-Récollet, assemblés pour la troisième foisr sommes convenus entre nous de bonne volonté et d'un commun accord, de bâtir une maison curiale en pierre à nos frais et dépens.
" La maison aura soixante-sept pieds de long sur le devant et vingt de profondeur ; là-dessus nous voulons donner à M. le curé et à ses successeurs, la valeur de trente pieds sur trente pieds à prendre où il voudra. "
L'acte est signé par 122 propriétaires ayant feu et lieu. M. Chenest suivit la coutume de tous les curés du temps, en désignant, pour la résidence curiale, la partie de la bâtisse avoisinant l'église ; le reste servit aux habitants de salle d'attente et •de délibérations.
Le zèle de M. Chenest pour le lieu saint fut remarquable. Il fit mettre tous les ornements dans l'ordre le plus parfait, et se procura toutes les argenteries nécessaires au culte, et que nous avons encore le bonheur de posséder. Les actes d'assemblées de fabrique mentionnent les montants votés pour l'achat de ces objets, qui méritent d'autant plus notre vénération, qu'ils ont servi aux rites sacrés pendant plus d'un siècle.
Que de pieux souvenirs ils doivent évoquer dans l'âme de la génération présente, comme dans celle du prêtre succédant à tant de vertueux prédécesseurs, en se servant des mêmes vases sacrés pour les augustes fonctions î
Dans la dernière année du séjour de M. Chenest au Sault, en 1789, la récolte manqua presque complètement dans toute la paroisse.
Le digne pasteur s'empressa de venir en aide à tous les indigents. Nous avons sous les yeux le montant de tous les grains qu'il put recueillir parmi ses paroissiens moins éprouvés, comme aussi auprès des seigneurs de l'île.
La liste se termine par ces mots : " et le reste fourni par nous. "
Or il arriva que la charité poussa le bon curé à donner quelques minots de blé appartenant à la fabrique, ce qui lui a fait écrire au livre des délibérations, qu'il ne l'avait fait que " pour empêcher quelques personnes de crever de faim, n'ayant plus rien, dans le temps, du nôtre à leur donner. Il a été mis aux tas en la présence de Dieu, sans témoin, comme nous l'avons pris." Voilà certes un beau trait de caractère où l'on voit la délicatesse de conscience jointe à la générosité.
M. Chenest fut transféré, au mois d'octobre 1790, aux Ecores de l'île Jésus, où il demeura jusqu'en 1801.
Il passa alors à la cure de Saint- Augustin, jusqu'en 1804. Sa dernière cure fut Varennes, où il mourut après un peu plus d'une année de ministère, à l'âge de 42 ans et deux mois.
Notre paroisse fut desservie, de 1790 à 1799, par M. Amable Prévost.
Né à Montréal le 22 juillet 1757, il fut ordonné à Québec le 8 octobre 1786.
Immédiatement après son ordination, il fut nommé à la cure de Saint-Nicholas de Lauzon, avec la desserte de Saint-Gilles, jusqu'en octobre 1790. C'est à cette époque qu'il vint prendre l'administration de notre paroisse et de la Rivière-des- Prairies.
Les archives ne montrent aucune entreprise importante pendant son séjour ici. Il est facile de le comprendre, après les améliorations et constructions de ses prédécesseurs. Il fit cependant construire la première chaire.
Ce beau morceau d'art, comme du reste les chaires et les autels, dans l'île de Montréal au moins, étaient, à la lin du dernier siècle, les œuvres d'un fameux sculpteur nommé Hébert.
Ce nom est donc depuis longtemps uni à la beauté artistique jusqu'à notre célèbre sculpteur national, un descendant peut-être de celui qui nous occupe, dont les œuvres, au dire des meilleurs artistes français, portent le cachet d'une haute inspiration.
Cette chaire a coûté à la fabrique au delà de 1000 francs, et, détail intéressant à noter, c'est qu'elle
fut faite sur le modèle de celle de l'ancien Hôtel- Dieu de Montréal (Livre des dél., 1-5).
M. Prévost, après neuf ans de ministère, passa d'abord à la cure de St-Philippe jusqu'en 1807, puis à Chambly jusqu'en 1816. A cette date, il fut envoyé à Belœil, où il mourut le 10 septembre 1820, à l'âge de 63 ans un mois et 15 jours (Noiseux, J. Viger).
M. Augustin Chaboillez remplaça M. Prévost, au mois d'octobre 1799.
Il était né à Montréal, le 1er décembre 1773. Après avoir reçu l'onction sacerdotale àLongueuil, des mains de Mgr Denault, coadjuteur de Mgr Briand, le 4 décembre 1796, il y demeura vicaire jusqu'à sa nomination à la cure du Sault-au-Récollet, en octobre 1799.
Pendant les sept années qu'il dirigea notre paroisse, il dut se contenter de faire face aux dépenses courantes, vu que, à son arrivée, il n'y avait que vingt francs au coffre de la fabrique.
En 1806, il y laissa au delà de 3000 francs, ce qui est une preuve évidente de sa bonne administration.
Les seuls détails de son temps qui peuvent intéresser les paroissiens, se rapportent aux tabernacles des autels latéraux et à un nouveau banc-d'œuvre.
Ces tabernacles sont ceux que nous avons encore sous les yeux, et le banc-d'œuvre est celui-là même que tous les anciens ont vu pendant longtemps.
M. K. Chaboillez quitta le Sault au mois de février 1806, pour aller prendre possession de la cure de Longueuil. Il y exerça le saint ministère jusqu'en'1834, et le 29 août de cette année, il mourut d'un attaque violente de choléra, maladie alors régnante dans le pays, âgé de 61 ans (J. Viger).
Nous voici arrivés à l'époque de notre histoire, où les récits vont être confirmés par les souvenirs de nos plus vieux paroissiens.
Jusqu'à présent nous avons consulté les anciens documents, la lumière s'est faite sur une foule de faits glorieux et ignorés du plus grand nombre.
De tous les événements que l'histoire a mission de faire revivre, ceux qui sont plus rapprochés de nous ont un charme spécial. Ils forment le trésor des souvenirs de nos familles, et, quand ils se rattachent aux églises, aux cérémonies religieuses, aux presbytères et aux prêtres qui les ont habités, ces souvenirs ont toujours été les plus chers aux foyers canadiens.
Nos paroissiens avancés en âge aiment à parler de M. Périnault, dont le zèle, le dévouement et surtout la charité sans bornes ont laissé dans l'âme de leurs pères la plus sincère reconnaissance.
Ils racontent encore avec émotion ses nombreuses visites aux familles indigentes, auxquelles le généreux pasteur distribuait des pièces d'argent, cachées dans un bas au fond d'une fameuse calèche, devenue plus tard la propriété de la famille Dagenais.
M. Pierre-Joseph Périnault naquit à Montréal, le 2 juillet 1771. D'après les notes de M. l'abbé Ebiseux ( J. Yiger), il passa en France pour y faire une partie de ses études. Il vint les terminer à Baltimore, où il acquit une connaissance approfondie de l'anglais, ce qui permit à Mgr Plessis de le transférer de la cure du Sault à celle de Kingston, en 1816.
Ordonné prêtre à Québec, le 17 août 1794, il exerça d'abord le saint ministère à Longueuil, en qualité de vicaire, jusqu'au 1er octobre 1796. Il fut alors nommé à la cure de la Bivière-des-Prairies, et le 23 février 1806, il vint remplacer au Sault M. Chaboillez, dont nous avons parlé précédemment. Voici sa lettre de nomination de la part de Mgr Plessis...
" Monsieur et cher Périnault,
" Ce que vous craignez vous arrive. Voilà la cure de la Visitation sur vos charges, et malheureusement, je n'ai point de successeur à vous donner pour la Rivière-des-Prairies. Il faudra donc que
le zèle supplée à la santé, que vous vous partagiez en deux, et que vous régliez votre desserte selon les besoins plus ou moins grands de chacune de ces deux paroisses, les dimanches et fêtes seront alternatifs. Dans la semaine vous verrez auquel des deux endroits il faudra donner plus de temps et de soins. C'est assurément au Sault. Vous y transporterez donc votre demeure. Quand nous vous verrons ce printemps, il faudra calculer les moyens de vous donner un successeur à la Ri vière-d es-Prairies. Rien ne me sera plus agréable que d'adoucir un fardeau que vous redoutez avec raison, mais que vous acceptez par obéissance et avec une bonne grâce qui m'édifie.
" Je suis, etc.,
" t J.-O., Évêque de Québec."
(Archives de Varch. de Québec.)
Les prédécesseurs de M. Périnault avaient réussi, À force de zèle et d'économie, à compléter l'intérieur de l'église. Pendant ces longues années l'extérieur s'étant détérioré, il fallut faire des réparations considérables. Ce fut la tâche imposée à M. Périnault, et, en l'accomplissant avec succès, il lui donna la physionomie extérieure qu'un grand
nombre de paroissiens actuels se rappellent parfaitement.
Il ne sera pas sans intérêt de citer quelques passages de la requête présentée par les paroissiens du temps à leur évêque au sujet des travaux en vue.
Elle porte la date du 20 mai 1814. Les paroissiens représentent à Sa Grandeur que " la couverture actuelle de leur église aurait été posée, il y a déjà plus de quarante ans, qu'elle serait aujourd'hui dans le plus grand désordre, faisant eau de toutes parts, que le mal est si grand qu'ils ont vu M. le curé incapable de célébrer le service divin sur le maître-autel, pendant des temps d'orage... Que par vétusté, la charpente du clocher actuel est aussi tellement gâtée que pour prévenir les accidents qui pourraient en résulter, il devient nécessaire de l'abattre, et de reconstruire et élever un autre clocher avec deux lanternes, de le couvrir en fer-blanc, et le3 ponts en tôle peinturée avec des balustrades en fer à chaque lanterne, dont la charpente sera partie en chêne, et partie en épinette blanche, au jugement d'ouvriers experts."
Ces experts furent MM. Charles et Louis Laporte, maîtres charpentiers, demeurant alors à la Rivière-des-Prairies, et ils certifièrent que lès allégués de la requête étaient parfaitement justifiables. Toutes les formalités en rapport avec la construc-
tion ou la réparation des églises étaient déjà en usage depuis bien des années ; à l'époque ou nous sommes, elles font encore partie de la législation paroissiale. Par la simple lecture de la requête, nous pouvons reconstruire l'ancien clocher avec la plus parfaite exactitude.
Ceux qui l'ont vu avant 1851, le reconnaîtront avec plaisir et ils en feront comprendre aux plus jeunes les beautés.
M. Périnault venait d'accomplir ces travaux importants à l'église du Sault, quand, au mois d'octobre 1815, Mgr Plessis le désigna à la mission de Kingston.
C'était alors un voyage très pénible et très long, et il fallait déployer beaucoup de zèle pour aller au secours des âmes en danger de se perdre ; aussi Monseigneur écrivait-il à M. Périnault (16 octobre 1815) :
" La portion la plus nécessaire de votre bagage pourra vous accompgner en trames. Le reste vous sera mené par eau au printemps, suivant M. Mc- Donell, s'il y a urgence, et j'espère que les mêmes glaces qui vous conduiront à Kingston vous donneront la facilité d'en parcourir les alentours, et de vous faire juge des besoins de ces pauvres brebis,
qui deviennent protestantes faute d'avoir des pasteurs catholiques " (Arch. de l'arch. de Québec).
La peine de se séparer de ses chers paroissiens, les difficultés d'un long voyage, n'empêchèrent pas M. Périnault d'acquiescer au désir de son évêque.
Il lui écrivit aussitôt son consentement dans une lettre où son zèle apparaissait dans toute son ardeur. Aussi Mgr Plessis lui répondit :
" Monsieur,
" Votre dernière ne sert qu'à me faire applaudir d'avoir jeté les yeux sur vous pour la mission de Kingston. La manière édifiante dont vous l'acceptez, nonobstant certaines répugnances de la nature, deviendra exemplaire pour d'autres à la suite qui, avec moins de motifs, seraient peut-être tentés de résister aux ordres de leur supérieur, par des objections qui ne mériteraient point d'être considérées.
" Votre successeur n'est pas encore connu, ni peutêtre encore rendu dans le pays. Dès qu'il sera possible de vous l'envoyer, sa présence vous ^mettra en liberté d'aller voir M. McDonell, peut-être Kingston même, car quand vous êtes une fois à
Glengarry, vous avez fait la partie du chemin la plus pénible.
" Je suis bien parfaitement, etc.,
" t J.-O., Évêque de Québec." (Arch. de l'arch. de Québec.)
M. Périnault fut forcé, par le retard de la nomination de son successeur, de ne partir qu'à la fin de janvier pour se diriger vers sa lointaine mission* Il allait contempler les plages où les enfants de M. Olier avaient naguère tenté d'établir leur première mission sauvage de la baie de Quinte.
Là fut construit le fameux fort Katarakoui ou de Frontenac. Le souvenir des anciens missionnaires devait l'encourager dans l'accomplissement de la tâche ardue qu'il avait si généreusement acceptée.
Au moment de son départ, Mgr Plessis lui écrivit avec une bonté toute paternelle. Entre autres excellentes choses, il lui disait :
" Qui sait si, au printemps, je n'irai pas vous voir dans votre nouveau poste? Les brebis éloignées ont pour moi je ne sais quel attrait, que je ne sens pas également pour celles qui sont sous mes yeux.
" Apparemment il y a plus de bien à faire avec celles-là qu'avec celles-ci. J'aime à voir des prêtres
partager cette sollicitude " (Archives de Varch. de Québec).
M. Périnault se livra avec le plus grand zèle aux travaux de ses missions ; mais sa santé ne put résister longtemps aux fatigues de ce pénible ministère. Il fut obligé d'abandonner la tâche au bout de deux ans, et il revint à Montréal au mois d'octobre 1818.
Il fut le premier prêtre nommé à la cure du Saint-Esprit, mais l'état de sa santé s'étant beaucoup aggravé, il se fit transporter à Montréal.
Il y mourut le 29 juin 1821, jour de la fête de saint Pierre, son glorieux patron.
Il avait gardé un tel attachement pour le Saultr qu'il voulut être inhumé dans son ancienne église. Le service funèbre eut lieu le 2 juillet 1821, et fut célébré par M. Ignace-Raphaël Leclerc, curé de Saint-Laurent à cette époque, " au milieu d'un grand concours," disent les registres ; en présence de M. Charles Bégin, curé de Saint- Vincent, Michel Brunet, curé de Saint-Martin, Joseph Boissonnault, curé de Saint-Joseph, et François-Mathias Huot, curé du Sault. Il était âgé de 50 ans moins 18 jours (Registre de 1821, p. 109, R.).
Il fut le premier prêtre inhumé au caveau de l'église. Ses restes reposent sous le plancher du sanctuaire, près du mur, du côté de l'évangile.
Mgr Plessis écrivait à M. Périnault, le 6 novembre 1815 : " C'est l'abbé Huot qui doit finalement être votre successeur dans vos dessertes. Il ne s'y rendra que dans le cours de janvier, aux approches de votre départ pour Kingston " (Archives de Varch. de Québec).
Vers la mi-janvier, en effet, M. François- Mathias Huot prit possession de son nouveau poste.
Il avait quitté la cure de Sainte-Anne des Plaines, où il avait été remplacé par M. Saint- Germain (Lettre de Mgr Plessis, Arch. de Québec). -
Né à l'Ange-Gardien, près de Montmorency, le 25 février 1784, ordonné prêtre à Québec, le 11 octobre 1807, il y exerça les fonctions de vicaire jusqu'au mois d'octobre 1810.
Après avoir été envoyé missionnaire à Caraquette et à Miramichi, il revint de ces postes éloignés, au commencement de décembre 1813 (ISToiseux, J. Viger).
Nommé alors à Sainte-Anne des Plaines, il en partit en décembre 1815, pour venir prendre possession de la cure du Sault-au-Récollet, dont il devait avoir la direction pendant onze ans.
Un des premiers actes d'administration de M. Huot fut de faire construire un jubé avec des bancs pour y donner place aux paroissiens, dont le nombre s'était considérablement accru. Le
recensement de 1790, assignant à notre paroisse une population de 1017 âmes (Benj. Suite, Hist. des Canadiens- Français, VII, p. 149), il est évident qu'elle dépassait de beaucoup ce chiffre à l'époque où nous en sommes (1816).
Aussitôt que ces travaux furent accomplis, M. Huot fit construire une nouvelle voûte à l'église.
L'entreprise fut confiée au sieur David-Fleury David, sculpteur émérite du temps, dans une assemblée régulièrement convoquée à la date du 16 mars 1816, moyennant la somme de vingt-trois mille livres, ancien cours, comme on peut le voir au livre des délibérations de la fabrique (Ier vol., p. 13).
Les marguilliers Laurent Turcot, Jean-Charles Guilbault et François Dagenais furent désignés " pour faire passer la convention par-devant notaire sous la surveillance de M. le curé ".
Mgr Bernard-Claude Panet, étant alors coadjuteur de Mgr Plessis, approuvait le projet de restauration de l'église dans les termes suivants : " Nous avons autorisé le marché passé entre Fleury David, architecte et sculpteur, et les marguilliers, en date du 16 mars de la présente année, pour une voûte et un jubé dans l'église de cette paroisse ; en conséquence d'une assemblée de maguilliers, tenue le
29 février dernier, et en outre la résolution prise dans l'assemblée, le 26 mai dernier, de faire mettre dans le mur de la sacristie le coffre-fort de la fabrique, à condition qu'on fera préalablement poser des barres de fer aux croisées de la sacristie, et qu'on en renforcera les portes, ce que nous recommandons aux soins de M. Huot, curé de cette paroisse, et des trois marguilliers de l'œuvre.
" Donné au Sault-au-Récollet dans le cours de nos visites, le 15 juin 1816.
" Bern.-C, Évêque de Saldes."
L'endroit qui parut le plus favorable pour le coffre-fort, fut le mur qui sépare le sanctuaire de la sacristie. Le vestiaire actuel fut construit de façon à être facilement retiré. Le coffre-fort fut inséré dans le mur avec une bonne porte en fer, et du moment qu'on n'avait pas besoin d'y arriver, le vestiaire était soigneusement ramené dessus.
Cette voûte dissimulée et ces barres de fer recommandées par l'évêque, indiquent qu'il y avait de bonnes raisons de se mettre à l'abri du brigandage. Les injonctions de Sa Grandeur ont été bien suivies ; les barres de fer, les forts volets intérieurs
des croisées et les robustes doubles portes sont encore là de nos jours pour l'attester.
M. Huot fit à ce temps l'acquisition d'une cloche.
D'après un acte du registre (15 juillet 1816), elle fut bénite par M. Bégin, alors curé de St- Vincent de l'île Jésus, le 15 juillet 1816, et reçut les noms de Marie-Charles. Elle pesait 504 lbs.
Avec les deux autres cloches dont nous avons parlé plus haut, il y eut donc au clocher trois cloches en tout.
Marie-Charles a disparu un jour pour aller je ne sais où.
Peut-être a-t-elle été remplacée par la fameuse cloche fondue à Rome par ordre de Mgr Yinet, et donnée à quelque paroisse pauvre. Il nous est impossible de vérifier le fait.
Les travaux de la nouvelle voûte, avec toutes ses ornementations, ses dorures, la corniche et sa frise, les colonnes corinthiennes du sanctuaire, les arceaux tout le long des murs, donnèrent à l'église ce beau cachet d'architecture religieuse qui mérite l'admiration et inspire la piété.
Mgr Plessis écrivit à M. Huot, le 26 décembre 1815 :
" Il serait désirable que les laïcs ne passassent pas par le sanctuaire pour aller à la sacristie. La disposition des gens et celle de l'église ne favori-
sent pas toujours ce désir. Il faut de longue main faire sentir aux paroissiens l'indécence qu'il y a dans ces allées et venues, puis du moment que les esprits seront suffisamment préparés, proposer aux marguilliers un chemin couvert, qui partant de la porte extérieure de la sacristie, passerait le long du mur, et aurait son entrée par la chapelle la plus voisine. C'est, je crois, celle de St-Michel.
" S'il n'est pas possible d'y pratiquer ce chemin couvert, il faudra prendre patience jusqu'à ce qu'il se présente quelque autre moyen d'accommoder la chose" (Arch. de Varch. de Québec).
Il ne fut pas possible à M. le curé de se rendre au désir de son évêque avant 1823.
Cette construction, une fois accomplie, met sous nos yeux l'église, sauf le frontispice, telle qu'elle existe présentement.
M. Huot se distingua par sa tendre dévotion à la sainte Vierge, en obtenant l'érection canonique de la confrérie du Carmel.
Il est facile de voir par les lettres échangées à ce sujet entre Mgr Plessis et M. Huot, que cette faveur était, â cette époque, beaucoup plus rare que de nos jours. Elle constituait un véritable privilège attaché à une église importante, vers laquelle les fidèles se portaient en grande foule, le jour du Mont-Carmel. Il y avait concours de tous
les prêtres des environs, prédications, confessions, communion générale des plus édifiantes. Le doux souvenir de ces fêtes est resté profondément gravé dans l'âme des anciens.
Nous touchons à l'époque où la ferveur et la piété s'affirment de plus en plus par les œuvres dans nos campagnes.
Jusqu'à présent, la lutte pour l'existence, les défaites sanglantes de la patrie, le changement d'allégeance avec ses sacrifices, tout cela avait absorbé le temps et les ressources.
La nation, assise désormais à l'ombre de ses clochers, va accroître ses pratiques religieuses pour assurer son vrai progrès et mettre le nom catholique en grand honneur.
Dieu lui avait ménagé pour sa gouverne un des hommes les plus illustres du pays dans l'auguste personne de Mgr Plessis.
Parmi les plus belles dévotions du temps, il faut mentionner l'adoration du Saint-Sacrement, que Sa Grandeur cherchait à répandre le plus possible dans son immense diocèse. Elle l'établit dans la paroisse du Sault, par la lettre suivante adressée à M. Huot en date du 31 mai 1821 :
" Un induit que j'ai obtenu du saint-siège,, m'autorise à attacher une indulgence plénière à une exposition du Saint-Sacrement, que je permet-
trai dans les églises les premiers mardi, mercredi et vendredi du mois de juillet, en faveur de ceux qui pendant ces trois jours se seront confessés, auront communié et prieront à l'intention du souverain pontife, dans telle église où cette exposition aura lieu pendant les jours ci-dessus désignés. Cette exposition que je permets dans votre église de la Visitation, pour cette année et les autres indéfiniment, doit avoir lieu depuis le matin jusqu'au soir. Il est laissé à la discrétion du curé de décider à quelles heures elle doit commencer et finir.
" t J.-O., Évêque de Québec.
{Arch. de Varch. de Québec.)
Ce fut le commencement, pour les paroisses de la campagne, de la belle dévotion des 40 heures, qui, avec le temps, devait se généraliser, et produire des fruits abondants de sanctification.
Il est aisé de comprendre que les travaux du saint ministère s'accrurent considérablement à cette occasion, d'autant plus que les prêtres avaient à leurs charges des dessertes populeuses. M. Huot écrivit à son évêque pour lui représenter l'impossibilité où il était de faire face à tant d'obligations.
Mgr Plessis lui répondit dans les termes les plus touchants :
" Vous m'êtes présent à l'esprit, mon cher fils, comme tous les autres bons prêtres de mon diocèse. Scio opéra tua, et laborem et patientiam. Priez Dieu qu'il m'envoie des ouvriers, je vous soulagerai, vous et bien d'autres. Les bornes d'une lettre seraient insuffisantes pour vous donner le tableau de tous ceux qui sont surchargés et dont les lamentations me déchirent le cœur" (Arch. de Varch. de Québec).
Quelles consolantes paroles pour le prêtre, au sein de ses rudes labeurs. Comme elles sont propres à raviver son zèle, surtout quand elles tombent des lèvres d'un homme comme Mgr Plessis, dont la constante énergie et le courage à toute épreuve, étaient universellement reconnus.
Un des derniers actes d'administration de M. Huot fut de s'occuper de l'érection canonique de sa paroisse, avec les limites qu'elle a toujours eues, jusqu'au démembrement de St-Léonard de Port- Maurice ; mais elle ne fut régulièrement érigée qu'en avril 1834, par un décret de Sa Grandeur Mgr Signay.
M.Huot,sentant les atteintes d'une maladie grave, quitta le Sault au mois de mars 1827, pour aller chercher quelque soulagement à l'hôpital général
de Québec ; ce fut inutile, le mal augmenta de plus en plus et il mourut le 6 août 1827, à l'âge de 43 ans. Suivant son désir, il fut enterré à l'Ange- Gardien, sa paroisse natale (Noiseux, J. Viger).
En jetant les yeux sur l'approbation des comptes par Mgr Lartigue, le 30 juin 1822, il apparaît un nom auquel se rattachent les plus beaux souvenirs.
C'est celui d'un jeune lévite qui accompagnait Sa Grandeur en qualité de sous-secrétaire. Il commençait dès lors à parcourir nos belles campagnes et à visiter ces paroisses qui, plus tard, devaient être confiées à sa tendre et ferme sollicitude.
Il était appelé à devenir l'illustre évêque Ignace Bourget ; et par une coïncidence d'événements des plus glorieux pour le Sault-au-Récollet, il débute dans ses premiers travaux, en juin 1832, dans cette paroisse où, 63 ans plus tard, retiré à la maison Saint-Janvier, il rendra sa belle âme à Dieu, en juin (8) 1885.
Dès que la nouvelle de la mort de M. Huot arriva au Sault, une assemblée fut convoquée, le 12 août, dans laquelle MM. les marguilliers s'empressèrent d'exprimer leur reconnaissais pour les services qu'il leur avait rendus.
Une résolution passée à l'unanimité décida :
" Qu'il était juste et à propos de faire chanter, aux frais de la fabrique, un service pour le repos
de l'âme de feu F.-M. Huot, leur curé, décédé le 6 du présent mois (août 1827), à Québec, et inhumé dans l'église de l'Ange-Gardien y,[ (Livre des dêl.y II, 7,.
M. Georges- Antoine Belcourt, ayant été ordonné prêtre, le 10 mars 1827, avait été nommé vicaire de M. Huot.
Mgr Lartigue, qui se trouvait en visite pastorale au Sault, le 8 août de cette année, deux jours après la mort de M. Huot, lui confia la desserte dans l'ordonnance suivante :
" Nous autorisons, par les présentes, M. Belcourt, vicaire de cette paroisse, à convoquer et à présider, en l'absence de M. le curé, les assemblées de paroisse ou de fabrique qu'il jugera à propos de faire, et de dresser les actes authentiques de leurs délibérations.
" Sault-au-Récollet, le 8 juin 1827.
" J.-J., Ev.de Telmesse." (Liv. des dél., II, p. 8.)
C'est ce même M. Belcourt qui se dévoua, en 1831, aux missions de la Rivière-Rouge.
Mgr Tanguay dit à son sujet (Bépert. duy clergé can., p. 197) :
" M. Belcourt est le premier missionnaire cana-
dien qui ait fait une étude spéciale de la langue sauteuse ; il est l'auteur de la grammaire et du dictionnai re sauteu x-f rançais. "
M. Laurent Aubry, à la mort de M. Huot, fut nommé curé du Sault-au-Récollet.
Il naquit à Montréal, le 17 juillet 1756, de François Aubry et de Cécile Groulx. Ordonné prêtre, le 15 août 1784, il fut, après deux ans de vicariat, nommé curé de Sainte-Geneviève. Il passa en 1796 à la cure de Contrecœur où il demeura jusqu'en 1808. A cette époque, il fut nommé curé de Soulanges.
Après avoir exercé le ministère pendant 9 ans, il revint à la cure de Contrecœur en 1817, et y demeura jusqu'en 1827.
Ce fut au mois d'août de cette année, que Mgr Bernard-Claude Panet le nomma curé du Sault-au-Récollet (18 août 1827) (Archives de Varch. de Québec). Mais M. Aubry ne put prendre possession de sa nouvelle cure qu'au mois de septembre suivant. A la fin de décembre de cette même année, M. Aubry fut nommé archi-prêtre du diocèse par la lettre suivante :
" Monsieur,
" Ayant succédé à M. Huot dans sa cure, la présente est pour vous informer que vous allez
lui succéder comme archi-prêtre. Je vous adresse donc des patentes avec les pouvoirs que vous pouvez exercer dans les lieux qui vous sont marqués, et cela sur la recommandation de Mgr de Telmesse.
" Je suis, etc.,
" Bern.-Cl.., Evêque de Québec."
(Arch. de Varch. de Québec.)
M. Aubry n'exerça ces fonctions que trois ansr après quoi il quitta le Sault pour la cure de Sainte-Anne du bout de l'île ; mais son âge avancé ne lui permit pas d'y rester longtemps.
Il dut se retirer complètement du ministère en 1831, et il mourut le 7 août 1839, à l'âge de 83 ans.
Suivant son désir il fut inhumé dans le caveau du sanctuaire de notre église, où ses restes reposent à côté de ceux de M. Périnault.
M. Barthélémy Fortin succéda à M. Laurent Aubry, au mois d'octobre 1830.
Il naquit à l'Islet, le 22 mai 1779, de Charles Fortin et Madeleine Pin.
Ordonné le 24 septembre 1808, il fut nommé vicaire à Saint-Hyacinthe et, au bout d'un an, il fut desservant de Notre-Dame de Foye, de 1809 à 1812.
Il devint alors chapelain de l'hôpital général de Québec jusqu'en 1815. Après avoir été, à cette époque, chargé de la cure de Saint- André, pendant une année, il passa aux cures de la Pointe-Claire et de Sainte-Anne du bout de l'île en 1816.
Il desservit ces deux paroisses jusqu'en 1830. En octobre de cette année, il fut nommé curé du Sault (Noiseux, J. Yiger, Mgr Tanguay).
Sous son administration, l'école du village, connue aujourd'hui sous le nom de Saint-Gabriel, a été définitivement placée à l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui.
La paroisse lui est redevable de la solution d'une difficulté financière qui aurait pu entraîner de graves conséquences.
Nous avons vu que sous l'administration de M. Huot, la fabrique avait voté une somme considérable pour décorer l'intérieur de l'église. Malheureusement, l'entreprise n'avait pas été suivie d'assez près ; certains travaux avaient été accomplis sur parole, et sans fixer le prix ; le sculpteur David présentait à la fabrique un compte considérable quelesmarguilliers n'étaient pas d'humeur à payer.
M. le curé réussit cependant à apaiser les esprits, et l'affaire fut définitivement réglée par une quittance où le sieur David reconnut avoir reçu en
divers temps une somme de 43,701 livres, et comme dernier paiement 2,298 livres, ce qui met sous nos yeux, pour la décoration intérieure de l'église, telle qu'elle existe présentement, une somme de 46,000 livres ancien cours.
M. Fortin présenta une nouvelle requête pour l'érection canonique de sa paroisse. En voici quelques extraits ; ils nous feront comprendre l'état exact de la paroisse en 1830.
" Les habitations et terres comprennent une étendue de territoire de cent arpents de long au nord-est et de trente-huit seulement au sud-ouest, et de soixante-dix-sept arpents de large au nordouest, et de cent trente-deux au sud-est.
" Ce territoire est borné au nord-ouest par la rivière des Prairies et autre partie par la paroisse de Montréal, et autre partie par celle de la Longue-Pointe, et au nord-est, partie par Saint- Joseph de la Ri vière-d es-Prairies, et autre partie par la dite paroisse de la Longue-Pointe, et au sud-ouest par la dite paroisse de Saint-Laurent."
Après cette description générale du territoire de la paroisse, la requête déclare que, " dans l'espace compris entre ces quatre lignes contenant le dit espace de la côte du Sault et celle de Saint-Michel, et une île appelée île de la Visitation, il se trouve cent trente-cinq terres, les terres et emplacements
tous habités par deux cent soixante familles, ces familles forment une population de quinze cent treize âmes (non compris les protestants) et de neuf cent trente communiants " (Arch. de Varch. de Québec).
Ces chiffres font voir que la paroisse du Sault était arrivée, au commencement du siècle, à l'apogée de son développement. Tout le territoire était occupé par des cultivateurs, sauf un certain nombre d'emplacitaires, formant le village. A mesure que les familles augmentèrent, les terres furent divisées en deux, et même trois parties. Les protestants ont tous abandonné leurs fermes du bas du Sault, et il en reste si peu à la côte Saint-Michel, que leur église, bien fréquentée en 1830, a été complètement abandonnée.
M. Fortin ne passa qu'une année au Sault. Il fut nommé, en 1831, chapelain des Ursulines des Trois-Rivières. Il mourut le 12 mars 1850, à l'âge de 71 ans (Mgr Tanguay, Répertoire du clergé canadien).
M. Pierre Mercure remplaça M. Fortin, en octobre 1831.
D'après le Répertoire du clergé canadien (Mgr Tanguay), il naquit au Cap-Santé, le 21 octobre 1792, de Pierre Mercure et de Geneviève Lamotte. Il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1822, et fut
aussitôt envoyé à Yarennes en qualité de vicaire jusqu'en 1824. Il passa de là au vicariat de Saint- *Hyacinthe pour deux ans. Sa première cure fut Sainte-Martine, en 1826.
C'est de cette paroisse qu'il partit pour prendre la direction de celle du Sault-au-Récollet en 1831.
Il n'y demeura qu'une année, après quoi il fut chargé de la Présentation, de 1832 à 1841.
A cette dernière époque il se retira complètement du saint ministère.
Il mourut à l'asile de la . Longue-Pointe, le 1er juin 1862, à l'âge de 70 ans.
La cure du Sault-au-Récollet fut confiée, en octobre 1832, à la direction d'un homme remarquable par ses nombreux travaux apostoliques.
La Providence le destinait à l'épiscopat.
C'était Mgr Rémi Gaulin.
Ee à Québec le 30 juin 1787, il y fut ordonné prêtre le 13 octobre 1811.
Mgr Plessis l'envo}7a aussitôt au secours de M. McDonell, qui exerçait les fonctions de vicaire général pour toutes les missions du Haut-Canada depuis 1807, et qui devint premier évêque de Kingston en 1829.
Il faut jeter les yeux sur la carte géographique pour bien se représenter les courses interminables et périlleuses des missionnaires de ce temps.
De nos jours, la vapeur nous transporte à des distances considérables sans même déranger nos heures de sommeil et de repas.
Les bateaux somptueux nous enchantent, en déroulant sous nos yeux les paysages ravissants de nos rivières et les beautés de nos lacs immenses ; mais au début du siècle, c'était bien différent.
Songeons aux longues journées passées par nos prêtres sur des routes affreuses, dans de mauvaises voitures, ou même très souvent à pied, ou ballottés sur les flots au fond de misérables embarcations.
Que dire de leur ministère en un pays où le fanatisme ajoutait à toutes les autres misères l'insulte et la persécution !
M. Gaulin fit comme les autres confrères : il affronta les dangers et accepta généreusement les privations.
Pendant les quatre années qu'il passa à Saint- Raphaël de Kingston, il se distingua tellement par son zèle, que lorsqu'il s'agit plus tard d'assigner un coadjuteur à Mgr McDonell, son nom fut proposé pour occuper ce poste important.
Nous avons vu plus haut les lettres par lesquelles Mgr Plessis déterminait M. Périnault à se rendre à Kingston. C'était précisément pour y remplacer M. Gaulin.
Mgr Plessis transférait alors ce dernier missionnaire d'une extrémité à l'autre de son vaste diocèse, puisqu'il l'envoyait aux provinces maritimes, où pendant six ans il parcourut les missions d'Antigonish, de Chetigan, de l'île du Cap- Breton.
Il revint de ces lointaines missions en 1822 pour desservir les paroisses de Saint-Luc et de Saint- Athanase.
En décembre 1824, il fut nommé curé de l' Assomption, avec le titre d'archi -prêtre, jusqu'en
Après avoir passé l'année à la cure de Sainte- Scholastique, il arriva au Sault en 1832.
Il y demeura jusqu'au mois d'octobre 1833, et le 20 de ce mois, il fut sacré par Mgr J.- J. Lartigue, dans la cathédrale de Montréal.
Il se rendit aussitôt à sa destination. Après la mort de Mgr McDonell, il prit possession de son siège le 14 janvier 1841.
Mgr Tanguay dans son répertoire dit qu'il fut frappé de paralysie en 1849, et qu'il mourut à Sainte-Philomène le 8 août 1857.
Ses restes furent transportés dans la cathédrale de Kingston le 13 du même mois.
C'est un grand honneur pour la paroisse du Sault, de pouvoir compter parmi ses curés un
homme dont les qualités et les talents ont été si hautement reconnus par l'Eglise.
Le Sault-au-Récollet fut dirigé par M. Thomas Papin de 1833 à 1836.
Il naquit à Charlebourg le 20 avril 1800.
Ordonné prêtre le 3 octobre 1824, il demeura à Québec comme vicaire jusqu'en 1827.
Sa première cure fut Saint-Pierre-les-Becquets, avec la desserte de Saint-Jean, et il partit de là pour le Sault en 1833.
Son administration est signalée dans les archives par des travaux au presbytère pour le rendre plus salubre et plus confortable.
Il quitta le Sault en 1836 pour aller à Saint- Roch de l'Achigan, où il demeura jusqu'en 1840. Ce fut alors qu'il prit la direction de la cure de Boucherville.
Il y mourut en décembre 1877.
Sa bonté toute paternelle, sa prudence, sa sagesse, et surtout sa sainteté, jointes aux manières les plus aimables, ont laissé dans le cœur de ceux qui ont eu l'avantage de le connaître, un impérissable souvenir.
Terminons ce chapitre par une courte esquisse sur M. l'abbé Plinguet. Il succéda à M. Papin au Sault en 1836.
M. Vincent Plinguet naquit à Montréal le 7 juillet 1810.
Il était fils de Vincent Plinguet et de Félicité Cousineau.
Après avoir été ordonné à Montréal le 21 septembre 1833, il fut d'abord vicaire à Saint-Benoît jusqu'en 1835, puis à Longueuil une année. Il partit de Longueuil pour venir prendre la direction de la cure du Sault-au-Récollet au commencement d'octobre 1836.
Son premier soin fut de refaire les finances de la fabrique, et tout en accomplissant des travaux à l'intérieur et à l'extérieur de l'église, il réussit à payer les dettes, et laissa en caisse, à son départ, au delà de 6,500 francs.
M. Plinguet fit construire la chaire actuelle, dont la forme élégante et les détails de fine sculpture attirent l'admiration de tous les connaisseurs.
C'est un riche bocal, décoré de médaillons autour desquels des guirlandes de roses pendent avec grâce. L'abat-voix est bordé d'une dentelle en bois d'une délicatesse parfaite ; au centre une colombe étend ses ailes et l'ange du jugement plane au-dessus, effleurant du pied la terre, et sonnant la trompette.
Elle est due à l'habileté d'un sculpteur du nom de Vincent Chartrand.
Il a passé inconnu comme la plupart des artistes canadiens, dont les œuvres ont été échangées pour des nouveautés dépourvues du cachet de beauté idéale.
Après avoir passé cinq ans au Sault-au-Récollet, M. Plinguet desservit successivement les cures de Saint-Philippe, de Saint-Georges et de Sainte- Scholastique.
Il fut chargé de Pile Dupas en 1861, et il dépensa les trente dernières années de sa vie au sein des œuvres les plus utiles et les plus édifiantes.
Parmi ces œuvres, il faut mentionner un tableau généalogique de toutes les familles de sa paroisse.
Il est facile de comprendre les immenses services qu'un pareil travail est appelé à rendre, non seulement à l'île Dupas, mais à beaucoup d'autres localités.
M. Plinguet a aussi fait l'histoire de sa paroisse, ouvrage qui lui a demandé beaucoup de recherches.
C'est en grande partie à sa généreuse initiative qu'est due la compilation des mandements et circulaires des évêques du diocèse de Montréal depuis sa fondation.
Grâce à cette œuvre, complétée par la collection de Mgr Têtu pour les évêques de Québec, toutes
les phases les plus importantes de l'Église du Canada seront sauvées de l'oubli.
Ces précieux documents où la piété, le dévouement et la sage direction de nos grands évêques sont consignés sur des pages de la plus belle littérature, méritaient bien de passer avec honneur à la postérité.
M. Vincent Punguet.
Mgr J.-J. Vinet. m. F. Rocmmx
M. C.-P. Beaubien.