‹ Le Sault-au-Récollet [microforme]Chapitre 19 sur 92 · RUES · texte numérisé non relu

RUES

né Hana

dut se chanter le lendemain matin 24, jour de la Saint-Jean-Baptiste ; c’est du moins ce qui paraît le plus vraisemblable, quand on a bien examiné toutes les circonstances rapportées par Champlain luimême, qui était sur les lieux, et par le frère Sagard, dont le témoignage comme auteur contemporain doit avoir ici une grande valeur, puisqu'il a vécu avec plusieurs de ces premiers missionnaires ”.

Mais écoutons Champlain lui-même : “ Je partis de là (du Sault), dit-il, pour retourner à la rivière des Prairies, où étant avec deux canots de sauvages, je fis rencontre du Père Joseph qui retournait à notre habitation avec quelques ornements d'église pour célébrer le saint sacrifice de la messe, qui fut chantée sur le bord de la dite rivière avec toute dévotion par le R. P. Denis et Père Joseph devant tous ces peuples qui étaient en admiration de voir les cérémonies dont on usait, et des ornements qui leur semblaient si beaux comme chose qu’ils n'avaient jamais vue, car c'était les premiers qui y ont célébré la sainte messe. ”

Sans doute, Champlain ignorait ce qui se passait en ce moment à Québec ; mais il était renseigné quand il rédigea plus tard ses notes et ses observations. Il n’a pas manqué de s'informer

avec soin, auprès du personnel de son habitation,

avant de les livrer à l’impression, qui ne se fit que ‘quatre ans plus tard, en 1619.

Du reste, mon interprétation est celle de M.

Laverdière. Je présume que sil eût pu le faire, il eût gardé pour sa ville cette gloire religieuse, et ne l'aurait pas abandonnée à une plage lointaine. Il cite À l'appui de son opinion le passage du mémoire des Récollets publiée en 1637 (Archives de Versailles), qui dit formellement que * la première messe, qui fut jamais dite en la Nouvelle-France, fut célébrée par eux, à la rivière des Prairies. ?

Par cette expression, ‘ en la Nouvelle-France,” il faut entendre que l’auteur du mémoire fait allusion à cette partie de la Nouvelle-France, parce qu'il ne pouvait ignorer que les Jésuites célébraient la sainte messe dix ans plus tôt dans cette autre partie de la Nouvelle-France appelée V'Acadie.

« I] est vrai, ajoute M. Laverdière, que le Père d'Olbeau affirme de son côté avoir dit à Québec la première messe qui ait été dite en ce pays, et il avait bien quelque raison de Île croire, puisqu'il y avait si peu d'apparence que le Père Le Caron fût rendu au Sault, on qu'il se fût arrêté en chemin pour la dire. Cependant, tout bien considéré, il

semble que le mémoire a raison, et que la première

messe dite en ce pays depuis l’époque de Jacques

LA

Cartier fut célébrée à la rivière des Prairies par le Père commissaire, selon toutes les apparences, et la seconde à Québec par le Père d’Olbeau (Voyage de Champlain, 1615, p. 16, Nate 4).

M. Ferland (vol. 1, p. 170), dans son cours d'histoire, après avoir dit: ‘“ Le Père d’Olbeau eut le bonheur de dire la première messe qui eût été célébrée à Québec depuis les voyages de Cartier et de Roberval, insère la note suivinte : “ suivant un mémoire, dit-il, présenté au roi par les Récollets en 1637, une messe avait été célébrée quelques Jours auparavant par un des Récollets à la rivière des Prairies.”

Enfin, M. Faillon, dans son Histoire dé la colonie française en Canada, dont l'autorité est d’une grande

aleur, décide aussi la question de la même manière

en plaçant comme titre d’un paragraphe : “ Première messe célébrée par les Récollets à la rivière des Prairies, et la seconde à Québec, par le Père Dolbeau.”

Cet événement historique auquel nous attachons une importance précieuse pour nos rives, peut, il me semble, servir à expliquer l’origine de notre fête nationale de la Saint-Jean-Baptiste.

Bien souvent on s’est demandé quel avait pu être le premier motif de cette célébration.

Il y a plus d’un rapprochement à faire entre Îles vertus du saint précurseur et celles que nos nationaux doivent s’efforcer de pratiquer pour la prospérité de la patrie et le bonheur des familles qui la composent ; mais il à été impossible de trouver jusqu'ici aucun document officiel de la part des autorités au sujet de cette coutume canadienne.

Champlain, Sagard, tous nos missionnaires dans leurs écrits ont eu à cœur de signaler les endroits où le saint sacrifice de la messe a été ottert. Ces endroits restaient par la suite comme un lieu de halte salutaire, bien choisi sous tous les rapports pour se remettre des fatigues, refaire les forces dans la prière.

Les voyageurs conservaient ces souvenirs et les léguaient à leurs successeurs. Ne peut-on pas dire que ce jour de la première messe sur nos bords est resté dans la mémoire de tous comme inoubliable et naturellement choisi comme fête nationale, surtout si l’on considère l'esprit de foi de nos ancêtres où le patriotisme et la religion ne faisaient heureusement qu’une seule et même sainte chose ?

Ajoutons à cela que nos ancêtres ont gardé les coutumes de la vieille France sur nos plages.

Les feux de joie de la Saint-Jean-Baptiste étaient pompeusement allumés, et comme les rois de France

ne pouvaient pas les contempler ici, nos gouver-

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