‹ Le Sault-au-Récollet [microforme]Chapitre 20 sur 92 · SEE SEEN ES · texte numérisé non relu

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neurs et nos premiers missionnaires se faisaient un honneur et un devoir d’y assister.

Dès 1606, Lescarbot rapporte que le vaisseau sur lequel il accompagnait la colonie de Poutrincourt arriva sur le banc de Terre-Neuve ‘ le point du jour étant venu,” qui était la veille de saint Jean- Baptiste, à bon jour, bonne œuvre, nous passâmes la journée à la pêcherie des moules avec mille réJouissances et contentement. Sur le soir, nous appareillâmes pour notre route poursuivre, après avoir fait bourdonner nos canons, tant À cause de la fête de saint Jean, que pour l’amour de sieur de Poutrincourt, qui porte le nom de ce saint ” (Cité par B. Sulte, Histoire des Canadiens - Français, t. III, p. 126).

On le voit, l’antique fête de saint Jean et ses feux de joie, si populaires en France, nous arrivent avec les premiers colons, et comme le dit B. Sulte, “le christianisme, prudent et sage, n’attaque pas de front les coutumes populaires, il se contente de leur imprimer un caractère religieux ” (Histoire des Canadiens-Françuis, t. TII, p. 126).

Deux événements de grande importance vinrent ajouter une valeur nouvelle aux feux de la Saint- Jean en Canada : le 24 juin, jour de la Saint-Jean- Baptiste, 1610, l'abbé Jessé Fléché baptisait, au Port-Royal, vingt et un Souriquois, prémices de la

foi chrétienne dans la Nouvelle-France, et le 24 juin, jour de la fête du même saint, 1615, la première messe fut célébrée sur les bords de notre rivière, comme nous venons de le raconter.

Ces faits des premiers jours de la colonie créèrent une heureuse coïncidence entre les souvenirs, et firent de la Saint-Jean-Baptiste une fête encore plus précieuse et plus chère pour la descendance. ‘“ Les origines de la Saint-Joseph et de la Saint- Jean-Baptiste, écrit B. Sulte (Histoire des Canadiens-Français, t. IT, p. 130), nous sont clairement indiquées, la première de ces fêtes à son caractère religieux, l’autre ses allures populaires. Sans se séparer de la religion, celle-ci réunissait les deux qualités requises pour devenir notre fête nationale, lorsque M. Ludger Duvernay lui donna une constitution en 1834. Après ces remarques, il est facile de comprendre pourquoi j'ai attaché tant d’importance à la première messe célébrée sur nos plages.

Il ne pouvait y avoir grand apprêt, puisque tout avait été improvisé si vite. L’autel portatif était soutenu par des troncs d’arbres coupés à la hâte, dont la sève, perlant sur le gazon vierge, symbolisait la vigueur évangélique qui devait s’épandre de ces premiers prédicateurs de la bonne nouvelle

partout où ils porteraient leurs pas.

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Le ciel devait être beau et sourire à la terre au moment où la note délicieuse de la préface résonna sur cette plage privilégiée. Comme la voix pieuse et vibrante du saint missionnaire devait produire uu merveilleux effet, jointe à la brise faisant tressaillir les feuilles et se mêlant aux murmures de l’onde avoisinante !.…

Quelles pensées de douces espérances devaient traverser l’esprit de l’heureux célébrant au moment de la consécration, noyé dans cette belle nature, immense, grandiose comme Dieu lui-même !

Et ces chants d’oiseaux, rappelant ceux de France, gazouillant de tous côtés ; voix d’anges volant de feuille en feuille, comme pour répandre les premières bénédictions du bon Dieu !

Aussi, voyez le recueillement de ces héros de la patrie. Ils apportent tout ce qu’ils peuvent donner. Ils ont laissé bien loin ce qu'ils avaient de plus cher : et comme ils paraissent réjouis de leur sacrifice en l’associant À celui de l’autel !

Ils chantent eux aussi la louange à Dieu, à son Christ, À sa divine Mère: et, penchés sur ce sol pour lequel ils ne forment que des vœux de lumière, de force et de bonheur, ils sont prêts à le défendre, à le garder pour leur roi et À le léguer riche et prospère à leur descendance.

O jour béni de cette sublime manifestation, je suis trop heureux de redire ta grandeur et ta beauté !

Terminons ce chapitre en nous occupant du lieu où cette première messe a été chantée.

Rien de précis n’est indiqué dans les ouvrages que nous avons parcourus : nous en sommes réduits À des suppositions. Néanmoins, d’après les paroles de Champlain et le récit de Sagard, nous pouvons arriver à une conclusion satisfaisante.

Champlain dit que c’est en descendant du saut Saint-Louis à la rivière des Prairies qu’il rencontra le Père Joseph revenant de Québec. Nécessairement, sil Peût rencontré dans le fleuve Saint-Laurent, il n'aurait pas manqué de lindiquer, mais il désigne la rivière des Prairies comme endroit où la première messe a été chantée ; on doit done supposer que c'était à quelque distance le long de cette rivière, autrement sa parole n'aurait pas de sens plausible.

Comme le Père Le Caron se dirigeait vers le pays des grands lacs, il suivait la nouvelle route, “ qui était plus facile et plus commode” (Relation de 1635, p. 25).

L'endroit où la rivière des Prairies se jette dans le Saint-Laurent est passablement large : il y a plus

de trois milles de la pointe de Repentigny au bout

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