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mais comme les épées et les mousquets n'étaient pas de notre gibier nous leur fîmes dire par notre truchement que nos armes étaient spirituelles avec lesquelles nous les instruirions et conserverions à l'encontre de leurs ennemis moyennant la grâce de Dieu, et que s'ils voulaient croire nos conseils, les diables mêmes ne leur pourraient plus nuire. Cette réponse les contenta fort, et nous eurent dans une haute estime, tenant à faveur de nous avoir, comme nous de les accompagner et servir en une si belle occasion.”
On peut voir déjà les natures farouches fléchir. La sincérité des missionnaires plaît, captive ; leur présence ne fait plus peur et n’inspire aucune défiance. Leurs pas seront désormais suivis ; et si le malheur d’une mort apparaît À l'horizon, on pourra encore lattribuer à l’influence délétère des mauvais colons et À la contagion du scandale enselgnant le crime sur toutes les plages qu'il infecte de son venin.
Voilà nos missionnaires installés dans divers canots et se suivant jusqu’à la rivière des Prairies où ils se distancent pour ne plus se revoir de longtemps. Ce stage sur notre jolie rivière était devenu traditionnel, et depuis la première messe en ce lieu, les missionnaires et leurs bateliers se plai-
saient À mettre pied à terre au même endroit.
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“ Notre premier îte, dit Sagard, fut à la rivière des Prairies, qui est cinq lieues au-dessous du Sault Saint-Louis où nous trouvâimes déjà d’autres sauvages cabanés, qui faisaient festin d’un grand ours qu'ils avaient poursuivi et pris dans la rivière, comme il pensait se sauver aux îles voisines ”? (Hist, du Canada, X, p. 177).
Nos voyageurs avaient done mis pied à terre vis-à-vis de ces îles qui se succèdent au bout de l'île Jésus.
Après ce festin auquel prirent part nos missionnaires, ils reprirent la route des grands lacs. ‘“ Pour ce coup, écrit Sagard (vol. [, p. 177), je ne pus manger de leur sagamité pour ce qu’elle me semblait trop fade et dégouttante.”
Ces quelques paroles font comprendre la pénitence constamment pratiquée par ces généreux missionnaires. Que dire de toutes ces longues nuits sans abri suffisant, sous la morsure des insectes, des moustiques, pieds nus, avec des vêtements si peu conformes à la rigueur de nos saisons? Il y à là des secrets de constantes mortitications que les brises canadiennes ont emportés vers les cieux, pour en faire descendre des grâces et des secours
bien mérités. Sur tout le parcours de cette route
sauvage et parsemée de mille dangers, il y avait
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de quatre-vingts à cent sauts où il fallait faire portage autant de fois (Sagard ; Relations).
Le missionnaire donnait Pexemple de la vigilance et de la promptitude dans Paction. Maïs aucun, parmi les derniers venus surtout, ne savait la langue sauvage, et au sein des fatigues de chaque jour et de chaque nuit, le chant de quelques psaumes, des hymnes de l’Église, pouvait seul réconforter ces Âmes de héros et soutenir leur courage. ‘ Il se faut étudier à la douceur, et montrer une face joyeuse et modestement contente, écrit Sagard (vol. I, p. 178), et chanter parfois des hymnes et cantiques spirituels, tant pour sa propre consolation et le soulagement de sa peine, que pour le contentement et édification de ces sauvages.”
On le voit, le charme de la vertu captivait déjà, et le chant de ces hymnes si belles, trouvait dans ces natures farouches un écho insaisissable d’abord, mais dont la persistance ne laissait pas d’implanter un germe d’attachement et de fo. La ae de ces hommes, vivant de leur vie, ne se plaignant jamais, n'ouvrant la bouche que pour prier, gagna l’admiation de ces Indiens ; ils ne tardèrent pas À découvrir qu’ils n'avaient plus À traiter avec des gens cupides et fourbes. Une lueur divine pénétra sous ces huttes de barbares, et en voyant ces
hommes se pencher sur les malades, su” les blessés,
sur les vieillards abandonnés, ils comprirent quelque chose de ce constant dévouement et de tous ces miles sacrifices.
Parmi ces privations, il faut mentionner lisolement. Les missionnaires étaient séparés, cheminant dans leurs eanots À des distances parfois considérables, suivant les chances du gibier nécessaire à la vie, comme aussi à raison des fatigues et des haltes.
C’est ainsi que le Père Le Caron qui connaissait déjà bien la route et avait été initié À ces dangers précédait les voyageurs.
Le Père Nicolas Viel suivait de loin, et il y avait déjà longtemps qu'il s'était séparé de ses confrères quand le frère Sagard le revit. Il raconte lui-même cette joyeuse entrevue dans des termes bien dignes d’être eités. ‘“ La rencontre que nous fîmes ici du Père Nicholas (au pays des Ebicerings) pour être la première fois, depuis notre partement de Québee, nous oblige puissamment de nous entrecaresser et de nous réjouir en Not:e-Seigneur, de cette heureuse entrevue, laquelle fut suivie d’un festin, que ce bon Père ordonna à la facon du pays, qui me semblait excellente, au delà de toute la bonne chère que j'ai jamais faite en notre Europe, mais pour ce que la merveille ne s’est pas portée jusque dans un tel
excès, que je doive appréliender de le dire ; figurez-
vous quels pouvaient être les mets de ce festin, un peu de poisson blanc avec des citrouilles du pays, le tout cuit ensemble, en de l’eau pure sans autre sauce, que du bon appétit, qui ne pouvait manquer À un homme qui avait très mal soupé, et encore plus mal couché, mouillé dessus et dessous d’un grand orage qui nous avait duré toute la nuit. Pour de la boisson, il ne s’en parle point, que de la belle eau elaire du lac, qui était là, devant notre cabane, non plus que de linge, de pain et de sel, qui ne leur sont point en usage, ni beaucoup d’autres choses que notre Europe nous fournit abondamment (ist.
du Can., p. 193).
Ces paroles mettent sous nos yeux les misères quotidiennes des généreux missionnaires. Quel exil navrant pour le religieux, habitué à déverser son âme si souvent dans celle d’un vertueux confrère ! Où sont ces exercices de piété faits en commun, dans ces murs sanctifiés par les plus beaux exemples, témoins des plus saintes ardeurs, évoquant les échos du cloître par les plus suaves cantiques ? Quelle solitude en ces forêts où l’on n'entend que des cris farouches, des bruits étranges, et où les nuits recèlent des terreurs que l’on ne peut maîtriser !
Jamais l’on ne pourra décrire les émotions de ces âmes d’élite ; elles avaient rêvé d'offrir à Dieu ce
qu'elles croyaient être le plus grand sacrifice, et,
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