RARE BRENT TEE ERA
après tout, elles se voient encore dépassées dans leurs espérances d’immolation.
Impossible, il est bien vrai de dire, de faire plus, d'aller plus loin...
Ils convoitent encore le martyre; mais n’en subissent-ils pas l’étreinte chaque jour? C’est la faim, le froid, la fatigue, l’écrasement, la répugnance, la douleur partout, que dis-je, la mort menaçant toujours, et avec tout cela, peu ou point de succès !...
Deux longues années se passèrent ainsi pour le bon Père Viel au sein de la forêt, de l’oubli et des souffrances. Il allait de hutte en hutte, interrogeait par signes, montrant le crucifix et le ciel, puis, penché sur des écorces, il tâchait d'écrire ces sons si étranges de langues barbares pour faire connaître son Dieu et propager la foi.
Les missionnaires, cependant, après un temps difficile À préciser, parvinrent à se réunir en petite communauté pour s’encourager à partager les mêmes misères.
Le Frère Sagard décrit comme suit ce couvent improvisé de la forêt ({ist. du Can., vol. I, p. 224):
‘ Notre pauvre cabane pouvait avoir environ vingt pieds de longueur et dix ou douze de large, faite en la façon d’un berceau de jardin, couverte d’écorce partout, excepté au faîte, où on avait
laissé une fente ou ouverture, d’un bout à l’autre de la cabane, pour sortir la fumée, étant achevée de nous-mêmes au mieux qu’il nous fut possible ; nous fines des cloisons de pièces de bois, séparant notre cabane en trois, dont la première partie du côté de la porte nous servait de chambre et de cuisine, pour faire tout ce qui était de notre petit ménage et pour notre repos de la nuit, que nous prenions contre la terre, sur une petite natte de jones, avec un billot de bois pour chevet, et quelques bûches que nous avions accommodées, chacun devant nos couches pour n’être vus. Ce lieu nous servait aussi de salle pour recevoir, et entretenir les sauvages qui nous venaient voir journellement. La seconde chambre qui était la plus petite, était celle où nous serrions nos ustensiles et petits ameublements,. Et la troisième, dans laquelle nous avions dressé un autel, avec des pièces de bois piquées en terre, nous servait de chapelle, laquelle à été la seconde qui se soit jamais bâtie aux Hurons et pays circonvoisins où la sainte messe se disait tous les jours, au grand contentement et consolation de nos Âmes, car, auparavant nous ni prêtre, ni religicux, n'y avait mis le pied, que le seul Père Joseph Le Caron, qui y dit la première messe vers la bourgade de Tronchain. Et peur de la main larronnesse des barbares, nous
tenions les petites portes d’écorce toujours fermées