‹ Le Sault-au-Récollet [microforme]Chapitre 29 sur 92 · SEE · texte numérisé non relu

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Ananas

LE SAULT-AU-RÉCOLLET (ÿ

et attachées avec des cordelettes, n'ayant pas moyen de les mieux accommoder ”?.

Comme on le voit, la résidence des bons Pères en cet endroit que Sagard décore du nom de ville de Saint-Gabriel, n'avait rien du confortable même des cabanes de nos voyageurs.

Je dois dire qu'ils arrivaient, et n'avaient que tort peu d'expérience en ce genre d’habitation ; plus tard, ils feront de sensibles progrès. A l’aide des truchements, ils pourront remédier À beaucoup d’inconvénients,.

Afin d'apprécier les privations, il faut se rappeler nos pluies affreuses d'automne et nos tempêtes d'hiver, où la terre et les cieux semblent d'accord pour tout ensevelir.

Les provisions les plus indispensables à nos bons religieux s’épuisèrent, et le ‘ pain à chanter”? (c’est ainsi que Sagard désigne les hosties pour le saint sacrifice) vint } manquer. Quant au vin de messe, la vigne sauvage offrit à temps sa grappe pour le remplacer.

Les missionnaires, en bons Francais, surent en tirer parti; “le vin de messe, écrit Sagard (vol. I, p. 228), que nous avions apporté de Québec, dans un petit baril de deux pots, étant failli, nous en fîmes d'autre des raisins du pays, qui fut très bon,

même il arriva qu'après avoir pressuré, il resta un

excédent du jus de cette treille secourable : on en fit du raisiné pour les jours de récréation, et pour accueillir les compatriotes, et comme dit notre historien, en prendre un petit sur la pointe d’un couteau ” (vol. F, p. 228).

La joie des enfants de Dieu dilatait quand même ces natures d'élite, afin d'aider au sacrifice. Advenant la fête des Rois, nos religieux n’oublièrent pas leur gâteau traditionnel. On ne peut pas faeilement voir d’iei comment il était confectionné. Mais enfin, on trouva moyen d’y mettre un pois, puisque Sagard tient tant à rapporter qu'il lui arriva en partage, et qu’il reçut les honneurs de cette royauté si distante du faste, du luxe de celle qui wavait pas daigné jusqu'alors encourager nos pauvres missionnaires (vol. [, p. 232).

Ces innocentes récréations les aidèrent À persévérer dans leurs saints propos. Après les heures de prières, 1ls étudiaient les langues sauvages en essayant de tracer quelques pages de dictionnaire indien, de rattacher à la grammaire les difficultés qu'ils pouvaient découvrir dans ces idiomes, Ils usèrent de la plus grande prudence dans leur ministère, et n’admirent au saint baptême que les néophytes qui paraissaient les mieux disposés.

A cette époque, les missionnaires avaient déjà

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acquis un ascendant précieux sur les chets et les vicillerds des tribus (Sagard, vol. IT, p. 429).

Si les truchements et autres Français s’occupant du trafic n'avaient pas été si dissolus et si malhonnêtes, le travail du missionnaire eût été beaucoup plus facile.

Aux yeux des sauvages, si souvent trompés, il suffit qu'une figure de blanc apparaisse pour qu'une colère éclate.

Le Père Le Clereq, dans son livre (Prem. Ét.

de la Foi, vol. LD), parle d’un chef de sauvages qui exprimait à un agent de comptoir, la plainte de toute sa tribt varee qu'il n’y avait aucune proportion entre + 1. :rrures et les objets fournis en échange. Le commis consentit à offrir plus au chef pour sa propre personne, pensant sans doute qu'il apaiserait volontiers ses sujets en recevant plus lui-même, “Tu te moques done de moi, s'écrie le chef, puisque si je consentais À ce que tu me proposes, je mériterais d’être pendu par mes gens. Je suis leur capitaine, c’est pour eux que je parle, et non pour moi ”.

De retour au camp sauvage, à la vue des parts si minces échues à chaque famille de chasseurs, Pirritation se répandait par toute la tribu.

Sans doute la peur des armes françaises, les

besoins, les nécessités pour ces affamés des bois

faisaient taire leur ressentiment, mais que de fois, quand même, ces colères ont éclaté : témoin lPexécution de ce malheureux Bruslé, qui, d’après Champlain, avait attiré sur lui cette infortune (Champlain, pages 12,49), car il avait trahi son roi. “ Nous entrâmes, écrit Cham: lain, dans le port de Tadoussac, où je vis Étienne Bruslé, truchement des Furons, qui s’ecait mis au service de l'Anglais, et Marsolet, auxquels je fis une remontrance touchant leur infidélité, tant envers leur roi qu’à leur patrie. Vous dites qu’ils vous ont donné à chacun cent pistoles et quelques pratiques, et leur ayant ainsi promis toute fidélité, vous demeurez sans religion, mangeant chair vendredi et samedi, vous licentiant en des débauches et libertinages désordonnés, souvenez-vous que Dieu vous punira si vous ne vous amendez... Que si vous saviez que ce que vous faites est désagréable à Dieu et au monde, vous auriez horreur de vous-mêmes, encore que vous avez été élevés petits garçons en ces lieux, vendant maintenant ceux qui vous ont mis le pain à la main. Vous perdez votre honneur, on vous montrera au doigt de toutes parts, en quelque lieu que vous soyez; disant: voilà ceux qui ont trahi leur roi et vendu leur patrie, ét vaudrait mieux pour

vous mourir que de vivre de la façon au monde,

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