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LE SA'ILT-AU-RÉCOLLET

Montréal, il n'y « aucune apparence de réduit que celui des sauvages de la montagne, que M. de Belmont a fait fermer avec beaucoup de soin et d'application, Ainsi lon peut dire avec vérité que depuis la rivière du Loup jusqu’à la pointe de l'île de Montréal, qui sont plus de cent lieues de long, il n’y a pas un seul endroit ä pouvoir mettre quoi que ce soit à couvert d’un ennemi” (Corresp. générale, vol. VII, p. 205).

M. de Denonville fait ici erreur de distance (peut-être est-ce la faute d’un copiste !), autrement il faut dire que le gouverneur perd de vue les forts de Sorel, des Trois-Rivières, comme aussi le souvenir du fort érigé à Sillery par le Père Paul Le Jeune dès 1637, mentionné plus haut.

Dans un écrit copié par M. Jacques Viger (Sabredache, Vabbé Verreault) attribué au Père Jérôme Lalemant, en date de 1664, il est dit : ‘“ Les Pères ont fait bâtir deux forts avec de grandes dépenses, l’un pour les Français, l’autre pour les Algonquins, qui est composé de quatre murailles de pierre flanquées de quatre tourelles, étant aux quatre coins, dans lequel les Pères ont fait de plus contruire une église.”

‘“ Le nombre des villages fortifiés, écrit M. Benj. Sulte (ist. des C.-F., V, 138), où plutôt de ceux qui renfermaient des fortins en bois et quelquefois en

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pierre, était égal aux seigneuries ; surtout dans le gouvernement de Montréal on cite Châteauguay, Saint-Ours, Sorel, Saint-François du Lac, Contrecœur, Boucherville, Verchères, Lougueuil, Laprairie, Lachenaie, Repentigny, ayant des garnisons régulières, faibles, il est vrai, mais qui pouvaient se renforcer au besoin des habitants et même des femmes, car il y a plus d’une mention de ces héroïnes faisant le coup de feu, pour défendre leurs maisons.”

À part ces réserves, on peut dire que l’honneur du fort le plus important dans l’île de Montréal, ‘ fermé avec beaucoup de soin et d'application,” revient à M. de Belmont.

La communauté à laquelle il appartenait, non ‘seulement a approuvé son dessein, mais elle a constamment tenu la même conduite. Les forts de la Nouvelle-Lorette au Sault, et du lac des Deux- Montagnes, en sont des preuves historiques.

Pendant que M. de Denonville entretient le ministère de l’urgence de postes ou de forts à la ville même, au bout de l'île de Montréal, à Chasteauguay, À La Chesnaye, à l’île Jésus (Corr. gén., vol. 8, 176, Bib. du Parl., Ottawa), il écrit aussi : Messieurs du séminaire de Montréal, pour favoriser l’augmentation des établissements dans

l’île de Montréal, ont, À ma prière, concédé au

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sieur Le Bert le privilège de bâtir un moulin de pierres que j’ai vu commencé, qui nous servira de redoute sur une hauteur au bout de l’île de Montréal, qui voit la rivière des Outaouak, le lac des Deux - Montagnes, et la rivière des Prairies, qui ferme l’île du côté du nord; auprès de celui-là, on travaille à une église pour faire une cure dont M. l'abbé d’Urfé sera le prélat (vol. 8, 200).

L'acte de cette concession porte la date du dixhuit août 1686. M. Dollier y déclare qu'ayant une parfaite connaissance du grand bien que M. Le Ber avait fait depuis plusieurs années à ce pays, et de celui qu’il y faisait enco journellement; et qu’étant très avantageux d'attirer des habitants dans cette extrémité de l’île pour la fortifier, il accordait de l’avis des messieurs du séminaire, à M. Le Ber l’autorisation de bâtir un moulin sur son fief de Senneville, et d’en jouir lui et les siens, en toute propriété (Faïllon, Jacques Le Ber, p. 321).

C’est ainsi que la défense du pays et le salut des âmes étaient sagement pourvus de moyens de sUCCÈs,

Quand les messieurs de Saint-Sulpice dirigèrent une partie de leurs néophytes du côté de nos

plages, ils bâtirent encore un fort à trois bastions

aux coins d’un grand carré de fortes palissades :

la chapelle fut construite à l’angle de l’est, sur le plan de Notre-Dame de Lorette en Italie. Et c’est pour cela que la mission prit le nom de Nouvelle- Lorette.

Les sauvages ayant quitté Notre-Dame des Neiges de la montagne, pour se rendre au Sault, du côté nord de l’île de Montréal, se dirent dans leur langue: “Ska8anoti, — de l’autre côté de l’île. C’est pourquoi les documents de l’époque disent Notre-Dame de Lorette ou de la Nouvelle- Lorette, pour la distinguer sans doute de celle près de Québec, ou simplement, comme les sauvages : Ska8anoti.

Nous sommes arrivés à une époque où les eftorts des missionnaires pour l’évangélisation des sauvages vont produire les plus précieux résultats.

La cour, au lieu d'imposer un plan irréalisable de francisation, favorisa enfin leur zèle basé sur la connaissance approfondie de leurs néophytes.

Les Jésuites avaient depuis longtemps tenté l'établissement de séminaires, où ils se flattaient de pouvoir non seulement affermir dans la foi les jeunes Indiens de leurs diverses bourgades, mais encore de les pousser plus loin dans le développement intellectuel, pour en faire des citoyens franais et même des apôtres dans leurs anciens foyers.

Le premier dessein de la résidence de Québec,

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écrivait le Père Le Jeune (Rel. 1635), est de dresser un collège pour instruire les enfants des familles qui se vont tous les jours multipliant.

‘“ Le second dessein est d'établir un séminaire de petits sauvages, pour les élever dans la foi chrétienne. En 1636 (Rel.) le même Père disait :

“ Nous changeons la pensée que nous avons eue autrefois d'arrêter là le séminaire. L'expérience nous fait voir qu’il le faut nécessairement placer où est le gros de nos Français, à Québec, pour arrêter les petits sauvages par les petits Français.”

Les bons pères espéraient de cette façon réussir, comptant sur Pefficacité d’une saine influence. Un pareil projet nécessitait des dépenses considé- “ables, et il faut reconnaître que les pères se sont imposé de grandes privations pour les rencontrer.

En dépit de leurs sacrifices, après avoir plusieurs fois changé d’endroit, il fallut ouvrir les yeux devant une complète impossibilité.

Plus tard, vers 1668, la cour insista pour tenter de nouveaux essais.

Colbert, animé du désir sincère de promouvoir l’heureux développement de la colonie et d'assurer le salut des sauvages, écrivit À Mgr Laval, au nom du roi, pour le décider à oftrir à ces derniers les bienfaits de la civilisation française (Wie de

Mgr de Laval, par l'abbé Gosselin, T, 558).

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Sa Grandeur s’empressa de se rendre à ce désir.

Le ministre du roi fit la même demande aux messieurs de Saint-Sulpice, M. de Queylus répondit à ce sujet que % volontiers le séminaire de Ville- Marie tiendrait une école pour l’éducation des sauvages grands et petits, et appliquerait deux de ses prêtres à leur enseigner la langue française et à les civiliser, si Mgr de Laval lavait pour agréable (Faïllon, ÆT. de la C,, ITI, 270) C’est alors que les sauvages furent reçus dans le séminaire même, comme nous l’avons déjà rapporté (Ibidem, III, 281).

je fut peine perdue, et bientôt tout le monde fut obligé d'admettre que ni les efforts de Mgr Laval, ni ceux des Jésuites et des Sulpiciens, ne pouvaient triompher des difficultés.

L’obstacle le plus terrible venait précisément de l'association française que la cour voulait favoriser, ce qui faisait écrire à M. de Latour (Mémoires,—97) que le mélange des Français ne serait de rien aux sauvages et nuisait aux Français.

Plus cette association devint facile à raison des temps de paix, plus elle fut pernicieuse pour les pauvres sauvages. Une fois installés À la mon-

tagne, la proximité de la ville leur fut désas-

treuse ; et même ils se trouvèrent au Sault encore

trop près des occasions divrognerie et de débauche.

M. de Belmont parle dans ses notes sur la colonie, d'horribles désordres commis tout le long du chemin de la Nouvelle-Lorette, et qui le rendaïent très périlleux.

Quand les missionnaires eurent réussi à les grouper autour d’eux, à l’ombre de leur chapelle, loin des scandales et des séductions des Européens, il y eut des merveilles opérées par leur vie de sainteté. On les voyait, écrit le Père Charlevoix au sujet de la bourgade du Sault-Saint-Louis (Journal hist, V, 260), dans le fort de la guerre, parcourir, au péril même de leur vie, tous les cantons pour y faire des prosélytes, et quand ils tombaient entre les mains de leurs ennemis, qui souvent étaient leurs plus proches parents, s’estimer heureux de mourir au milieu des plus affreux supplices, par la raison qu’ils ne s’y étaient exposés que pour procurer la gloire de Dieu et le salut de leurs frères.”

Mgr de Saint-Vallier, en 1688, disait de cette mission : ‘“ La vie commune de tous les chrétiens de cette mission n’a rien de commun, et l’on prendrait tout ce village pour un monastère.

Comme ils n’ont quitté les commodités de leur

pays que pour assurer leur salut, on les voit tout

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portés à la pratique du plus parfait détachement, et ils gardent parmi eux un si bel ordre pour leur sanctification, qu'il serait difficile d’y rien ajouter ” (Charlevoix, Jour. hist., V., 261). Le même évêque donne aussi à la mission de la montagne léloge suivant: “Les habitants de ce village sont des lroquois et des Ffurons non seulement bien convertis, mais parfaitement fervents, qui ont été assemblés et cultivés par le zèle et les soins des MM. de Saint-Sulpice: on v vit comme dans un cloître, et toutes les vertus sy pratiquent selon les règles de la plus haute perfection évangélique... quand ïls sont les uns avec les autres, ils s’entr’animent à la vertu par la sainteté de leur conversation, et ils exercent entre eux, en toute occasion, une charité continuelle ?” (Faiïllon, Vie de la Sœur Bourges, I, 291). Au sujet de ces paroles, M. Faillon fait la remarque que Mgr de Saint- Vallier n’eut pas le temps de connaître À fond l’état des missions : ‘du moins, dit-il, si un grand nombre de sauvages étaient tels qu’il les dépeint, il est certain que tous ne donnaient pas les mêmes sujets de consolation à leurs missionnaires, et que parmi ceux de la montagne en particulier, il s’en trouvait alors qui les afHigeaient par leur penchant À la boisson, et par leur rechute dans ce malheu-

reux vice?” (Tbidem),

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Vers le 27 septembre 1696, les sauvages de la montagne furent transférés au Sault-au-Récollet, sous la direction de leur fameux missionnaire M. Robert Gay.

# Il était prêtre du diocèce d’Autun, d’après M. Pabbé Cuoq (Mémoires). D'abord missionnaire à la montagne de 1688-1696, il déploya d’après les mémoires du temps, les qualités d’un apôtre et celles d’un général d'armée, Son zèle et sa bravoure n’éclatèrent pas moins au Sault-au-Récollet, où il fut employé de 1696 à 1721: son dernier poste fut la nouvelle mission du lac des Deux-Montagnes, dont il fat le premier supérieur de 1721 à 1725.”

La mission de Notre-Dame de la Nouvelle-Lorette devait durer vingt-cinq années, et pendant tout ce temps, il lui fut donné de recueillir les exemples de zèle, de courage et de dévouement de cet illustre personnage.

IT en est de M. Gay comme de tous ses confrères de ces temps héroïques; si lon arrive à mettre la main sur quelques documents précieux où leurs actes apostoliques sont mentionnés, on recueille trop peu de détails.

C'est alors que Îles relations des pères Jésuites apparaissent dans toute leur utitilité.

Chaque missionnaire y entre dans les plus mi-

nutieux détails au sujet des travaux de tous genres,

du progrès, des œuvres, des obstacles, des périls, des tortures et des immolations. Vous voyez li part que chacun apporte au développement de la colonie, au point que les vies de tons leurs héros de ce temps se trouvent écrites de leurs propres mains, pour ainsi dire.

M. Gay est un des plus fameux missionnaires des premiers temps de la colonie. T’anréole du martyre ne brille pas sur son front, mais il a eu le généreux courage de la mériter; ilnous reste assez de détails sur sa vie pour prouver que les supplices, la mort même qu’il a souvent affrontée, n’ont fait qu'activer son zèle.

Après avoir passé huit ans à la montagne, vngtcinq au Sault, nw'abandonnant jamais ses chers sauvaues, il les accompagne à Oka et leur consacre les quatre dernières années de sa vie. Voilà donc trente-sept ans employées à la sanctification des Indiens.

Il avait acquis un merveilleux ascendant sur ses nombreux néophytes. D’une haute et forte stature, avec un sang bouillant et ce courage français qui ne recule devant rien, aux museles de fer, à la tête de ses sauvages il affrontait tous les feux de l'ennemi.

Le 7 mai 1691, le moulin-fort bâti par le sieur

Le Ber et dont nous avons déjà parlé, fut détruit

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par le feu, et c'est là que M. de Verchères succomba sous les coups des féroces ennemis (Belmont, ÆHist. du CC, 35). “Jacques Le Ber, écrit M. Faillon, construisit à la tête de l’île de Montréal un fort de pierres, il fut ainsi le premier ou plutôt le seul d’entre les particuliers qui sacrifia une partie de sa fortune à la sécurité publique (Vie de Mile Le Ber, 319).

M. de Vaudreuil écrivait au ministre, “que ce fort de Senneville mettait la colonie à couvert de ce côté-là de l'invasion” (Idem, 321).

Le 2 juillet de la même année, une bande nombreuse d’Iroquois, côtoyant notre rivière, arriva jusqu'à Repentigny et ÿ fit un grand massacre, Vingt Français y perdirent la vie et trente Troquois resterent sur le champ de bataille (Belmont, Hist. du Canada 32).

I fallut prendre la revanche : M. de Vaudreuil forma un parti de guerre vers le 12 octobre suivant, M. Gay prit part à cette expédition à la tête de 40 guerriers, les plus intrépides de sa mission de la montagne ; 120 hommes de celle du Sault-Saint- Louis et 20 de Lorette de Québec, se joignirent à eux.

En février 1692, il y eut un autre engagement

contre les Froquois au lac Saint-François.

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Sur soixante hommes, vingt-quatre furent tués

et vingt furent faits prisonniers, # M, Gay, écrit

M. de Belmont (Hist. du Can., 34), vint en Peau

glacée jusc x genoux, couchant sur la neige, A À jeûnant Île ne avec une grosse fluxion sur les

dents et la joue.” Ce récit démontre lPintrépidité de cet homme de Dieu.

Rien n’arrêtait l’ardeur de son courage.

Au mois de mai 1692, il apparaît encore à la tête de ses braves sauvages; cette fois, il en compte cent plus courageux et mieux disciplines. Is font bonne figure à côté des cinq cents Francais qui prenaient part à l'expédition.

A cette époque, l'ennemi s'était tellement enhardi par certains succès désestreux pour la colonie, qu'il surgissait presque à chaque instant. C’est ce qui fait écrire À M. Dollier dans son Histoire du Montréal: “ De tous côtés on était en crainte à cause des embuscades. Ni on voulait faire savoir à Québec ou aux Trois-Rivières des nouvelles importantes à la guerre, il fallait chercher les meilleurs canotiers, les faire partir de nuit ; et ceux-ci, avec une diligence extrême, qu'aujourd'hui on aurait de la peine à croire, tâchaient de se rendre au lieu désigné, et d'éviter par leur vitesse la rencontre

des ennemis.”

Il était donc urgent d'arrêter ces descentes terrifiantes des Iroquois, en se rendant jusqu'au sein de leur pays pour les subjuguer et les forcer à respecter les colons.

M. Jacques Le Ber écrivit à son fils la description d’une de ces campagnes, entreprise pour la gloire de Dieu et le maintien de la colonie. Elle a été copiée par M. Faillon à la Bibliothèque royale de Paris et fut écrite vers la fin de Pannée 1693. # Ce

parti se composait, dit M. Faillon (Notice sur la

Jumille Le Ber, 313), de cent soldats choisis parmi

toutes les troupes, et de deux cent trente sau- “ages chrétiens du Sault-Saint-Louis où de la montagne, à exception de trente venus de Québec. Pour pénétrer au pays des Froquois, il fallait une marche longue et pénible au milieu des neiges et des glaces pendant près d’un mois (Même auteur). Les vaillants soldats se rendirent jusqu'à un des villages ennemis, Agnié, dont ïils s’emparèrent d’abord. ITS réussirent à en conquérir un autre, et se rendirent maîtres de deux cents prisonniers. D’après les paroles du sieur Jacques Le Ber, notre héroïque missionnaire fut l’âme de cette armée intrépide dont il enflammait le courage par ses propres exemples. ‘IT faut présentement vous faire le détail de, particularités. Les trois chefs, M. Manthet, M. Courtemanche et M. Lanoux,

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154 LE SAULT-AU-RÉCOLLET Canadiens, furent unis, et toutes leurs troupes les initérent, Dieu fut servi pendant toute cette campagne comme si é’avait été une communauté de religieux. Ilne faut pas que j'oublie lt manière avec laquelle M. Gay, ecclésiastique de la montagne, s’est signalé. [la agi en apôtre et en général d'armée, Dans la seconde sortie que Pon fit, il s’apereut qu'une partie de nos gens chaïent pied : il courut À eux, leur criant : Vous ne faites done pas réflexion que vous avez à votre tête la sainte Vierge que nous avons prise pour notre protectrice ; que nous avons recu d'elle tant de marques de son assistance, et qu’elle est notre bouclier ? Que eraignez-vous ? Nous avons affaire à des infidèles qui mont que la figure d'homme ; et ne vous souvenez-vous pas que vous êtes les sujets du roi de France, dont le nom fait trembler toute l'Europe? Voudriez-vous ternir la gloire de votre monarque par une lcheté indigne du nom français ??

Ce discours, ajoute M. Le Ber, remit le courage à beaucoup de nos gens, qui retournèrent au combat. [ ne s’est point fait de parti de guerre où M. Gay Wait été présent, et où il ne se soit fait aimer des Français et des sauvages par son zèle et par sa charité qui n'a pas de bornes.”

Impossible d'ajouter quoi que ce soit à cet éloge.

Quelle reconnaissance nous devons au célèbre his-

Ce

LE SAULT-AU-RÉCOLLET 155 toi on Faillon d’avoir tiré de l'oubli un document si précieux !

C’est une gloire pour notre localité d’avoir possédé pendant de longues années ce modèle de courage et de vertus héroïques.

M. Robert Gay mourut au séminaire de Montréal, le 28 juillet 1725, à l’âge de 62 ans,

Un autre fameux missionnaire qui a assisté M. Robert Gay dans tous ses travaux apostoliques, c’est M. Maurice Queré de Tréguron.

Il vint au Canada en 1691, et conformément à ses désirs, il fut immédiatement employé au ministère des Indiens de la montagne.

Lorsque la mission sauvage fut transtérée au Sault, il suivit ses sauvages et, comme M. Gay, il ne les abandonna que lorsque, accablé d’infirmités, suite des excès de son zèle plus encore que du nombre de ses années, il vint terminer <a longue carrière au milieu de ses confrères au séminaire de Montréal, le 7 août 1754 (labbé Cuoq, Mémoires).

Il faut comparer les dates pour apprécier la somme prodigieuse de travail et de généreux dévouement fourni par ce nouvel apôtre.

Arrivé de France avec un nom qui dit assez ce qu'il y avait de noble dans son sang, il venait offrir à notre pays toute la vigueur de son âge avec

les prémices de son sacerdoce.

L'étude de la langue huronne oceupa d’abord ses loisirs. IT la posséda mieux que lPalgonquin afirme M, Cuoq, la plus grande autorité en cette matiere, Cependant 11 savait assez cette dernière langue pour répondre à presque tous les besoins.

Son zèle se maintint sans relâche depuis 1691 à 1754, ce qui donne 63 années de vie héroïque en face des mêmes dangers, des ennuis de toutes sortes et d'angoisses poignantes.

Sans doute il n'y avait pas toujours ici, :omme au Luc,les souffrances des prairies et des bois : mais que de tracas de toutes sortes de la part des néophytes si SOupeconneux, si passionnés pour la pêche et la chasse. passant tous leurs jours de jeu, de nonchalance, à Pabri des forts de nos messieurs, et nourris de leurs constantes aumônes. Qui ne se rappelle parmi ceux qui ont visité la mission du Lac, il y à une quarantaine d'années, le soin vigilant des sauvages à garder leur tradition d’encombrer le parloir et surtout d’assiéver la cuis ne ?

Je ne fais que mentionner es désagréments, des embarras inhérents à ces natures toujours plus ou moins barbares. Au temps cependant où nous sommes, 11 y avait plus que tout cela.

Les détails déjà fournis mettent sous nos yeux

des dangers tres sérieux, des surprises fréquentes.

Les deux missionnaires dont nous venons de

parler demeurèrent attachés à la mission de la

Nouvelle-Lorette tout le temps de sa durée.

Vers la fin, cependant, le séminaire en désigna un troisième, M. [famon Gouin.

D’après le mémoire de M. Cuoq déjà cité, il était de l’ancien diocèse de Saïint-Pol-de-Léon et il arriva à Montréal en 1614.

Envoyé tout de suite à la mission du Sault, il demeura jusqu'au départ des sauvages pour le lac des Deux-Montagnes. Il fut remarquable par sa connaissance de l'iroquois surtout, et il possédait assez bien le huron pour pouvoir exercer Île ministère en cette dernière langue.

Pour nous faire comprendre les difficultés des langues indiennes, M. labbé Cuoq affirme que liroquois et le huron se ressemblent À peu près comme l'espagnol et le portugais, ce qui veut dire que ce sont deux dialectes différents.

Malgré cela, les langues espagnole et portugaise vous arrivent avec des sons qui ne surprennent pas trop, avec des similitudes latines indiquant quelque sens ; mais vous entendez parler lPiroquois, ouvrez vos oreilles toutes grandes, jamais vous ne distinguerez quoi que ce soit vous donnant une lueur

d'espérance.

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