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LE SA: LT-AU-RÉCOLLET

Je me garderai bien de la moindre critique, avant reçu de connaisseurs émérites des explications fort intéressantes. Aïnsi on m'a fait comprendre que dans les langues sauvages, les mots sont verbes, de manière qu'ils n’ont rien d’arbitraire, et qu'ils vous racontent chacun leur fait. Prenez le mot elef,—on aurait bien pu dire autrement,—le sauvage appelle cet objet : ee qui ouvre, c'est avec cela qu'on otivre ; une table: c’est làdessus qu’on mange.

I fallait néanmoins beaucoup de courage et de patience pour déchiftrer ces dialectes barbares ; et si les missionnaires sont arrivés à un amour sincère pour ce genre d'étude, c’était comme le prélude de la récompense que Dieu leur réservait.

L'étude difficile des langues indiennes ne fut pas seulement abordée par nos premiers missionnaires, elle fut aussi embrassée par les filles de la vénéable Mère Bourgeois. Nous avons déjà vu cette bonne Mère adopter successivement trois petites Iroquoises auxquelles elle donna le nom de Marie &es Neiges. C’étaient les prémices de son œuvre chérie de conversion des sauvages.

Jusqu'en 1673, il en vint très peu se fixer dans

l'île de Montréal, et tout son zèle dut se borner

aux soins de quelques petites Indienn:s données

hear

par leurs parents à M. de Maisonneuve ou à M. de Courcelles (Faillon, Mère Bourgeois, I, 273).

L'idée de régénération cependant la dominait, elle se joignait aux personnes pieuses de Ville- Marie pour se rendre à la montagne, faisant des neuvaines à dessein d'obtenir de Dieu la conversion des sauvages, et que ceux-ci vinssent avec soumission pour être instruits (Ecrits autog.).

Ses prières furent exaucées. Catherine Tegahkouita, qui arriva au Sault-Saint-Louis en octobre 1677 (Charlevoix, Nouvelle-France 2, 446), aurait été poussée à se consacrer à Dieu d’une manière héroïque par ses rapports avec sa communauté. ‘“ Aussitôt qu’elle eut vu, écrit la Mère Juchereau (ist. de l Hôtel-Dieu de Québec, 151), des religieuses de Montréal et qu’elle eut appris comment elles s’étaient consacrées à Dieu, elle importuna le missionnaire pour obtenir la permission de faire le vœu de chasteté, ce qu’il lui accorda après avoir éprouvé son désir et s’être assuré de la solidité de sa résolution.”

M. Faillon affirme que ce passage doit s’appliquer à la Mère Bourgeois et à ses compagnes, puisque les sœurs de Saint-Joseph gardaient déjà la clôture (Vie de la Mère Bourgeois, I, 197).

Du reste la vie si édifiante de la Mère Bourgeois

devait produire des effets de ce genre, car le père

jouvart, supérieur des Jésuites à Québec, excellent juge en ees matières, écrivait: “Je ne crois pas avoir jamais vu de fille aussi vertueuse que la sœur Bourgeois, tant j'ai remarqué en elle de grandeur d'âme, de foi, de confiance en Dieu, de dévotion, de zèle, d’'humilité et de mortification ” ( Vie de la sœur Bouryeois, 1818).

Ses filles, une fois rendues à la montagne, virent bientôt leur dévouement couronné d’un succès consolant, et la Mère Bourgeoïs y cueillit pour sa communauté des fruits très précieux. Deux Iroquoises se joignirent à son institut, une d'elles s'appelait Marie-Barbe Attontinon ; “elle fut baptisée à la montagne, écrit la sœur Bourgeois (Ecrits autog.), et vint ensuite à la maison pour entrer en communauté, Elle y a été reçue, a pris Phabit et a fait les promesses comme on les faisait pour lors. Elle y demeura douze ans et est morte bien chrétiennement.”?

Une autre Iroquoise du nom de Gannensagonas fut baptisée à la montagne le 28 juin 1681 (Registres d'Oka, 28 juin 1681) et prit le nom de Marie-Thérèse. Elle était alors âgée de quatorze ans. Elle se dévoua au salut des filles de sa nation À la montagne pendant treize ans.

C’est d'elle que M. de Belmont à écrit: ‘Les

vertus qui brillaient le plus en elle étaient la

modestie, le silence et la mortification corporelle (Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, I, 294).

Elle mourut en odeur de sainteté à la montagne le 25 novembre 1695. $es restes reposent dans une des deux tours de l’ancien fort, qui a été convertie en chapelle.

Tant que les sauvages n’eurent pas complètement abandonné la montagne, les sœurs de la Congrégation y continuèrent leurs travaux.

Vers 1701, elles se rendirent à la Nouvelle- Lorette pour y occuper dans le fort, du même côté que la chapelle, un bâtiment à la construction duquel, écrit M. Faillon (Vie de la Sœur Bourgeois, IT, 169), “ elles avaient bien voulu contribuer au moyen de la gratification de 3000 livres que le roi leur faisait tous les ans.”

Quant à la construction du fort lui-même, de la résidence des messieurs, devant servir de presbytère pendant très longtemps, de la chapelle, elle est due à la générosité de M. de Belmont (Jacques Viger, Sabredache).

Nous donnons ici une gravure du couvent des srurs de la Congrégation au Sault-au-Récollet, , \ | OA d'après les documents que nous avons consultés à

ce sujet.

D Em ns

Couvent des sœurs de la Congrégation.

gre

Le recensement officiel publié par M. Benjamin Sulte ({Jist. des Canadiens-Français, VI), assigne pour la population sauvage de la Nouvelle- Lorette, en 1698, un chiffre de 113.

‘ I] y avait, dit cet auteur, près de seize cents sauvages domiciliés sous la protection des blancs. Ce chiffre n’a été dépassé À aucune époque; quelque mince qu’il soit, il fait honneur aux missionnaires dont les bourgades en question étaient l’œuvre.”

L'auteur ne doit faire allusion ici qu’à la popu-

lation des familles en permanence, car le chiffre

des sauvages appartenant en réalité aux diverses missions, et qui y revenaient à certaines époques, était beaucoup plus élevé.

Le déplorable incendie de la maison mère des sœurs de la Congrégation, ayant détruit presque tous les manuscrits, nous ne pouvons sortir de l’oubli une foule d'événements du plus vif intérêt.

D'après le catalogue de la communauté, Sœur des-Anges ou Marie-des-Anges, Sœur Guyon, dite de la Passion, Sœur Courtemanche, dite Sainte- Claire, ont pris part aux travaux du petit couvent de la Nouvelle-Lorette.

‘ Là comme précédemment à la montagne, écrit *.. bäslon, deux sœurs étaient uniquement occupées à l’instruction des petites sauvagesses, et leur fournissaient de la laine pour leur apprendre à travailler. La Sœur Marguerite Le Moine, en rendant compte de l’état de cette mission à M. de Callières, gouverneur général, et à M. de Champigny, intendant du Canada, ajoutait au sujet de ces sauvagesses : ‘ On en prend six d’entr’elles que l’on nourrit et que l’on entretient comme si eiles payaient pension. Ces six petites sauvagesses, étant sans cesse sous les yeux de leurs maîtresses, sont plus tôt formées, et servent ensuite à former les autres ?” (Faiïllon, Sœur Bourgeois, IT, 170).

Dans toutes les guerres entre la France et l’Angleterre, il y eut un grand nombre de prisonniers dans l Acadie comme dans le Canada.

Ces prisonniers étaient gardés À vue, ou envoyés soit en France, soit en Angleterre, et le plus so. nt échangés entre les administrateurs de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-France.

Il y eut des événements pleins d'émotions au sujet des prisonniers faits par les sauvages alliés

! de notre Lorette.

Sœur Marie-des-Anges, mentionnée plus haut, avait été capturée par les sauvages de l Acadie avec sa mère et sa sœur, comme le prouve l’extrait suivant des registres de Ville-Marie pour l’année

‘“ Le même jour, huitième de décembre, de Pan mil six cent quatre-vingt-treize, a été baptisée sous condition, une Anglaise de la Nouvelle-Anglecerre,

[FFE nommée en son pays Marie, laquelle née à York, ME le huitième jour de janvier de l’an mil six cent

soixante, du mariage d’Edward Richworth et

| jan Suzanne Willright, tous deux protestants de E Lincoln en la vieille Angleterre, et mariée en der-

nières noces à James Pleistead, protestant de la D Nouvelle-Angleterre, à été prise le vingt-cinquième jour de janvier de l’an mil six cent quatre-

vingt-douze, avec deux de ses enfants, Marie-

Geneviève Sayer, née le quatre avril 1681, et Marie- 4 Joseph Sayer, née le 9 mars mil six cent quatred vingt-cinq, par les sauvages de l’Acadie, et demeure présentement au service de demoiselle Catherine Gaucher, veuve de M. Jean-Baptiste Migeon, nommé par le roi premier lieutenant LARACNE général au baillage établi par Sa Majesté dans Ville-Marie. Son nom de Marie a été conservé, auquel a été ajouté celui de Madeleine ; elle a eu pour parrain M. Jean-Baptiste Juchereau, lieutel nant général au baillage royal de Montréal, et pour

marraine demoiselle Madeleine-Louise Juchereau.

4 (Signé) Mary MaAGDALAN PLEISTEAD, | | JUCHEREAU, ; M.-L. JUCHEREAU, C. GAUCHER, RE 0

JEAN FRÉMONT, Curé.”

D’après cet acte, Mary Richworth a épousé dernières noces James Pleistead.

Ses deux filles Marie-Greneviève et Marie- Josephte y portent le nom de Sayer, ce qui établit le nom de leur père, qui était John Sayword. Le

OU SE SRE

fait est prouvé par des actes signés par John Sayword et par son épouse Mary Richworth et mis au jour dans une conférence de Mlle Alice

D mm —

Baker, devant la Société littéraire de Dearfield (Story of «a York family, read Feb, 25, 1896).

Mile A. Baker à fait des recherches considérables sur les captifs enlevés par les sauvages de nos missions dans leurs nombreuses courses de guerre ; nous en tirons parti à plusieurs reprises au cours du présent chapitre.

Marie-Madeleine Richworth, épouse de James Pleistead, qui abjura l’hérésie et fut baptisée au jour mentionné plus haut, fut rapatriée et rejoignit son époux ; mais les deux filles de son premier mari restèrent à Montréal (A. Baker, Lis! of captives redeemed. Of those remaining still in the hands of the French in Canada. Mat. Carey, octobre 1695).

Elles furent dirigées et instruites par les sœurs de la Congrégation.

L’aïnée, Marie-Geneviève, entra au noviciat et tit profession sous le nom de Marie-des-Anges. Après avoir exercé son zèle au petit couvent de notre Lorette, elle fut envoyée à Québec, où elle mourut le 28 mars 1717 (Registres de lu cure de Québec, 28 mars 1717).

Sa sœur, baptisée sous le nom de Marie-Josephte, avait retenu le nom primitif d’Esther, et elle épousa, le 5 janvier 1712, le sieur Pierre de l’Etage,

marchand-bourgeoïs de Montréal, qui devint sei-

gneur de Berthier (en haut) en 1715 (Registres de Notre-Dame de Montréal, 5 janvier 1712).

Nous avons déjà vu M. Robert Gay se joindre aux partis de guerre et marchant à la tête de ses sauvages,

À mesure que leur nombre augmentait dans les diverses missions, les gouverneurs uütilisèrent leurs forces réunies.

Le secours de ces sauvages leur était d'autant plus précieux que la connaissance de tous les endroits de la Nouvelle-Angleterre leur était plus familière, Ils étaient redoutables par leur manière de combattre en dépit des saisons les plus rigour'euses,

Au moyen de leurs courses de pêche et de chasse, ils pouvaient fournir les renseignements les plus précieux. Aussi M. le marquis de Vaudreuil ne manquait jamais de témoigner son estime aux sauvages de nos missions par des présents, par des médailles destinées aux chefs des tribus, qui les ont soigneusement léguées à leurs successeurs jusqu’à nos jours.

Il leur adressait des lettres pleines de bons sentiments, de promesses de protection, Écrivant aux Algonquins en 1706, il dit, entre autres choses :

“Je suis bien aise que tous mes enfants jouissent

d’une même liberté, et comme mes enfants du

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