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Sault aussi bien que ceux de la montagne et du Sault-au-Récollet, vont à Orange (Albany) pour commercer avec leurs frères les Iroquois, je n’ai pas voulu que vous fussiez les seuls privés de cette douceur. Je ne suis point en guerre avec le Flamand : ainsi je n’envoie aucun de mes enfants dans le gouvernement d'Orange. Je suspends même votre hache de ce côté, mais à l’égard de P'Anglais qui est dans le gouvernement de Boston, jusques à ce qu'il m’ait fait une entière satisfaction, je laisse à tous mes enfants d’y aller en
guerre,
“ Vous avez raison, mes enfants, quand vous
dites que je vous aime,
“ Bien loin de vous exposer seuls dans la guerre que j'ai avec l'Anglais, vous savez que je vous donnai un nombre considérable de mes Francais dès la première fois, quoique je n’aie commencé cette guerre que pour l’amour de vous. Vous savez que depuis ce temps-là, je vous en ai donné encore, et que tous ceux du Sault, de la montagne et du Sault-des-Récollets y sont tous les jours en guerre comme vous” (Collection des Manuscrits de Québec, IT, 468).
Ces paroles montent l’importance qu’il attachait
À son alliance avec nos sauvages.
Elles font voir aussi que ceux du Sault-Saint- Louis, de la montagne et de notre Lorette, formaient un même parti de guerre contre les Anglais.
Cette guerre, ils la faisaient à leur façon, mais dans le même but. Ceci est important à noter pour arriver à connaître les prisonniers faite par ces sauvages.
Is les conduisaient invariablement au village de leurs missions après les batailles. Rien d'étonnant que les membres d’une même famille fussent dispersés et qu'il devint si difficile de les retrouver.
Si le concours des sauvages avait sa grande utilité, il donnait lieu aux actes de barbarie que les gouverneurs regrettaient sincèrement, je puis dire, mais qu'ils ne pouvaient réprimer sans froisser ces alliés si importants.
Pour eux, la civilisation ne faisait qu’apparaître. Les missionnaires augmentaient le nombre de leurs néophytes, mais il leur était impossible d’abolir subitement leurs coutumes de guerre, et surtout les trophées de chevelures ensanglantées.
“Il est vrai, écrit M. de Vaudreuil, dans la même correspondance citée plus haut, qu’à l'égard des chevelures, je ne vous les fais point payer.
‘ Vous devez vous souvenir que dès le commencement de cette guerre, je vous ai déclaré que
cette manière de payer des chevelnres me semblait
trop inhumaine, mais que je vous ferais donner dix écus d’Espagne pour chaque prisonnier”? (Man. de Québec, IT, 459).
Le gouverneur Dudly, de Boston, blâma vertement M. de Vaudreuil pour cette dernière proposition faite aux sauvages. “Je fus surpris, écrivaitil, en arrivant dans ce gouvernement, lorsque J'appris que dans la dernière guerre, la tête des Anglais était mise à prix aux sauvages et bien payée dans votre gouvernement, comme si les chrétiens devaient être comptés pour des bêtes sauvages, et conformément destinés à la destruction ”? (Manuscrits de Québec, IT, 426).
Ce gouverneur devait savoir que l’Anglais en avait fait autant, et plus même, ce qui lui attira de la part de M. de Vaudreuil la réponse suivante : Quant à vos reproches sur la grande cruauté que nous exercons envers vos prisonniers, elle n’a jamais été jusqu’à assassiner personne de sang-froid, après avoir promis quartier, comme le commandant de votre flotte, qui allait à l'Acadie, la pratiqué envers le sieur Gourdault, Vous me marquez que vous êtes surpris d'apprendre que nos sauvages soient si fort les maîtres qu’on leur attribue toutes les cruautés qui sont commises. Vous
savez comme moi, que lorsqu'ils sont supérieurs,
ils font toujours connaître qu’ils sont sauvages ” (Manuscrits de Québec, IT, p. 429).
Ces sauvages gardaient leur térocité, et quand ils se joignaient aux Français, il était impossible de les contrarier dans leurs pratiques. L’'engagement terminé, les chefs surtout tenaient au grand nombre de chevelures.
C'était pour eux le vrai signe de la victoire, comme les tourments étaient celui de la bravoure, Si M. de Vaudreuil ou autre eût trop insisté pour arrêter les excès, Dieu sait quels troubles en seraient résultés.
‘ Lorsque les Européens, écrivait À cette époque la Hontan, s’ingèrent de reprocher à ces sauvages leur férocité, ils vous répondent froidement que la vie n’est rien, qu'on ne se venge pas de ses ennemis en les égorgeant, mais en leur faisant souttrir des tourments longs, âpres et aigus, et que, sil n’y avait que la mort à craindre dans la guerre, les femmes la feraient aussi librement que les hommes ” (Baron de la Hontan, Mémoires de l'Amérique, 193).
Les missionnaires ont employé toute leur influence pour atténuer et faire complètement disparaître les cruautés et les mauvais traitements ; leurs néophytes néanmoins restèrent toujours sauvages, plus où moins, et afin de ne pas les éloigner
d'eux, ils devaient fermer les yeux sur bien des atrocités.
De retour aux cabanes du tort, pendant long-
temps il y eut des rigueurs sanglantes parmi Îles
rainqueurs ; c’est ce qui fit écrire à la Hontan (Mém., 202) : “Si tôt qu’un parti de ces barbares approche du village, ils font autant de cris de mort qu'ils ont perdu d’hommes, et lorsqu'ils n’en sont plus éloignés que de la portée d'un mousquet, ils recommencent le chant funèbre et le répètent autant de fois qu’ils ont tué d’ennemis. Alors la jeunesse au-dessous de seize ans et au-dessus de douze, se met en haie, armée de bâtons pour en frapper les prisonniers, ce qu’ils exécutent de toute leur force dès que les guerriers ont fait leur entrée, portant au bout de leurs ares les chevelures de ceux qu’ils ont tués.”
Grand nombre de Français, parmi lesquels des Jésuites, eurent à subir cette sanglante épreuve.
Voici un court extrait du récit que le père Bressani à fait de ses propres tortures :
‘“ À la nouvelle de notre approche, ils vinrent au-devant de nous, et à 200 pas de leurs cabanes, ils m’enlevèrent tous mes vêtements et me firent marcher devant eux. Les jeunes gens formaient une haie à droite et à gauche, tous armés d’un bâton, à l'exception du premier, qui tenait un cou-
teau. Quand je voulus m’avancer, celui-ci me barra le passage, et saisissant ma main gauche, il la fendit avec son couteau entre l’annulaire et le petit doigt, avec tant de force et de violence, que je crus qu'il voulait m'ouvrir la main entière, Les autres commencèrent alors à me frapper avec leurs bâtons, et ils ne cessèrent que quand je fus arrivé à l’estrade qu'ils avaient préparée pour nous tourmenter” (Les Jésuites Martyrs du Canada, 65).
Il n'entre pas dans le cadre de notre ouvrage de décrire les supplices des missionnaires : nous donnons ces quelques détails dans le seul but de montrer les cruels traitements des sauvages envers leurs prisonniers.
Je dois remarquer cependant que toutes les tribus n’usaient pas de la même cruauté, —cest ce qui faisait écrire à la Hontan, témoin oculaire à cette époque :
“ Les [roquois brûlent la plupart de leurs captits, pendant que les autres se contentent de les retenir dans l’esclavage sans en faire mourir aucun” (La Hontan, Mémoires de l’ Amérique, 201).
Pour les Français, les Bostonnais (c’est le nom donné dans le temps aux gens de la Nouvelle- Angleterre), sous la dépendance immédiate de nos gouverneurs, il y avait toujours espoir d'échange et de délivrance ; il n’en était pas ainsi des pri-
sonniers que les sauvages détenaient en lieu de leurs parents et amis tués ou disparus.
Un certain nombre, jeunes lors de leur capture, après un séjour prolongé parmi les sauvages, prétérèrent s'attacher aux tribus ; d’autres, ayant abjuré l’hérésie pour embrasser la religion catholique, restèrent dans la Nouvelle-France.
Le mémoire de messieurs de Frontenac et de Champigny, un an après le traité de Ryswick (20 septembre 1697), établit ce dernier fait.
Ce mémoire, daté de Québec le 15 octobre 1698, disait : “Les premières nouvelles que nous avons eues de la paix faite en Europe nous sont venues l'hiver dernier par quelques Anglais que leur amour pour leurs parents qui étaient prisonniers de guerre ici a engagés de venir à Montréal sur les neiges, aussitôt qu'ils eurent advis de cette paix. Elle nous a été confirmée, avant l’arrivée des vaisseaux de France, par les envoyés de M. de Belmont, gouverneur-général de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-York, qui ont ramené en même temps quelques prisonniers français qui étaient chez eux, et repris ceux qu’ils avaient parmi nous, à la réserve de quelques-uns qui sont établis dans la colonie, et qui ent embrassé la religion catholique, qui vous supplient, Monseigneur, aussi bien que nous, de leur accorder des lettres de naturalité,
LE SAULT-AU-RÉCOLLET 175 afin de pouvoir être réputés Français. Il n'y a eu que les enfants au-dessous de douze ans qui n'ont pas eu la liberté de rester, nonobstant le désir qu'ils en ava:ent, ce que nous permimes sur ce qu’ils nous représentèrent qu'ils ne pouvaient pas avoir assez de discernement pour se déterminer avec connaissance à rester par le motif de la religion, à condition que cela serait réciproque pour ceux que nous avions chez eux” (Man. de Québec, II, 309).
Le roi envoya des secours à ces convertis, comme le prouvent les paroles suivantes de M. de Beauharnois au ministre :
‘ Dès que M. l’évêque aura fait distribuer aux pauvres Anglais qui furent faits prisonniers à Boston et préférèrent s'habiter ici et embrasser la foi catholique, la somme de mille livres qui lui a été accordée par Sa Majesté” (Manuscrits de Québec, IT, 396).
L'historien Garneau déclare qu’il y a sur les registres de Québec une foule de nome de prisonniers enlevés au Massachusetts et au New- Hampshire ; on peut en dire autant des registres de Notre-Dame de Montréal, ce qui confirme notre avancé au sujet de leur conversion au catholicisme.
M. A. Decelles, dans son excellent ouvrage sur les États-Unis, dit à ce sujet :
“ Ces individus traînés en captivité étaient traités avec bonté par les Canadiens et leurs alliés.”
Eggleston reconnaît ce fait : “The Canadians were generally kind to the captives that tell into their hands, and some of the prisoners were very sorry to return.”
L'auteur aurait dû ajouter qu'un très grand nombre furent enchantés de demeurer en Canada, ayant eu le précieux avantage de s’allier À nos meilleures familles. Nous l'avons déjà vu pour les Miles Sayword, dont l’une a associé sa vie à un
des hommes les plus respectés de son temps, le
sieur Pierre de l’Étage, seigneur de Berthier ; aussi
bien, les nombreux détails qui suivent, établiront d'une manière irréfutable la tendre sollicitude avec laquelle ils ont tous été traités.
Rien de plus intéressant que de parcourir les registres où les noms des captits apparaissent.
Les actes de régénération par le saint baptême, sont écrits avec un soin tout spécial, —et renferment les détails les plus précieux au sujet du lieu de leur naissance et des noms de leurs parents.
La solennité avec laquelle la cérémonie se fait À l’église, le soin que l’on apporte à choisir les parrains et les marraines parmi l'élite de la société du temps, tout démontre non seulement le bonheur de leur conversion, mais le désir sincère d’aider de
LE SAULl-AU-RÉCOLLET
soulager, de remplacer le home perdu par un toit hospitalier, par la substitution de liens honorables, au sein d’une patrie nouvelle mais non moins chère.
Ainsi le jeune fils de Jacques Smith et de Marthe Wilkes, est tait prisonnier à Batwick, le 26 juillet
Baptisé le 3 mai 1693, sous le nom de Jean-Baptiste, il est placé chez son parrain, M. Jean-Baptiste Daillebout, sieur de: Musseaux,—où il est entouré des soins les plus assidus (/Æegistre de Ville-Marie, 1693).
Marie-Madeleine Waren, veuve de Richard Otheys, faite prisonnière avec sa petite fille âgée de quatre ans, Christine, au même endroit, en juin 1689, est très avantageusement placée chez M. Le Moine, sieur de Maricourt (Registre de Ville- Marie, 1693),
Esther Pleistead à pour parrain le sieur Hector de Callières, chevalier, gouverneur pour le roi de Pîle de Montréal et lieux avoisinants, et pour maraine Ja marquise de La Pérade, née demoiselle
Marguerite René Denis (Registre de Ville-Marie,
1693). Le baptême fut donné solennellement par
M. François d'Ollier de Casson, grand vicaire de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évèque de Québec.”
En 1690, la mère du jeune Smith, dont nous avons parlé plus haut, fut prise par Hertel dans une de ses excursions de terreur,
Elle se nommait Marthe Willset fut baptisée sous ce nom, le 29 juin 1693, par M. Mériel qui, à raison de sa connaissance de l'anglais, s'occupait de tous ues captifs.
‘ Elle demeure, dit le registre de Ville-Marie (1693), depuis trois ans au service de M, Crevier, de Saint-François. Son parrain fut Pierre Boucher, écuver, sieur de Boucherville, officier du détachement de la marine, et sa marraine fut dame Marie Boucher, veuve de M. de Varennes, gouverneur pour le roi des Trois-Rivières,
“Une autre prisonnière du sieur Iertel dans la mème excursion fut Elizabeth Wintworth,
* Elle fut confiée à M, Boucher, seigneur de Boucherville. Elle eut pour parrain M, Claude de Ramesal, gouverneur des Trois-Rivicres, et pour mar ruine, Jeanne Crovier, épouse du sieur Boucher (Aèegistre de Ville-Marie, 1693).
Mer de Laval baptise lui-même solennellement Ann Herd, et lui donne la confirmation le 10 avril 1094 (Reustre de Ville-Marie, 1694).
Elle épouse Sébastien Cholet, —imarchand de blé, le 19 octobre 1705 (Registre de Ville-Marie, 1705).
LS
is
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de
Charles Trafton, baptisé le 12 septembre 1694, recoit le nom de Louis-Marie, Il avait été pris par les Abénaquis en mai 16935, et ilest placé chez M. le gouverneur Frontenac, son parrain, ayant eu pour marraine “Marie-Madeleine Chaspouse, épouse de Messire Jean Bochart de Champigny ? (Registre de Ville-Marie, 1694).
Lydie Magdalen Longley, née à Grotton, “à une ou deux lieues de Boston, prise par les Abénaquis, en juillet 1694, est placée chez les sœurs de la Congrégation,” où elle fait profession sous le nom de Sœur Madeleine ( Registre de Ville- Murie, 1696).
William Jaunes, fait prisonnier par le sieur d’Iberville dans une expédition de guerre x Terre- Neuve, dans l'été de 1696, est baptisé le 6 janvier 1698, “et demeure depuis deux mois parmi les pensionnaires de Messire Léon! Chaignon, prêtre, maître d'école de cette paroisse” (Aegistre de Ville. Marie, 1698).
Elizabeth Price, prise à Dearfield, le 29
29 février 1704, est placée chez les sœurs de la Congrégation. Elle est baptisée le 25 août 1705, et épouse plus tard Jean Tourneau. Son mariage est célébré par M. Vachon de Belmont (Aegistre de Ville-Marie, 1707).
Une autre captive d’une excursion de nos sau-
vages à Dearfield, en mars 1704, Elizabeth Case on
em + sn
| ni 2]
Casy, est soigneusement placée chez M. Pierre Roy, de Saint-Lambert (Registre de Ville-Marie, 1705).
hs. C’est dans cette même excursion que Mary Brooks, petite fille de neuf ans, fut enlevée par nos sauvages.
Elle était fille de Nathunaël Brooks et de Marie Williams; née à Dearfield, le 5 septembre 1696, elle reçut au saint baptême le nom de Claire 4Reuistre de Ville-Marie, 1705).
= Michel Searls, dont on fit plus tard Sears ou Seer, était fils de Jean SN rls et de Abigaïl Pommery, de Northampton, Nouvelle-Angleterre.
I fut pris dans la même excursion de mars 1704. M. Mériel, prêtre de Saint-Sulpice, le baptisa le 29 septembre 1705, et il demeura chez son parrain, Jean-Baptiste Céloron, sieur de Bienville (Registre de Ville-Marie, 1705).
M. Jacques Le Ber prit soin de Samuel Williams, | enlevé dans la même exeursion de nos sauvages, le Htut 11 mars 1704, à Dearfield.
:e | IT était fils d’un ministre protestant du dit lieu, et de défunte Eunice Mather (Æegistre de Ville- Marie, 1705).
ÿ en Notre mission de la Nouvelle-Lorette a donné 2 it | : refuge à un grand nombre de ces prisonniers, au
moins temporairement.
nA a ñ
En voici un mentionné dans l'extrait suivant des registres de Ville-Marie pour l'année 1706 :
“ Le dimanche, dizième jour de janvier, mil sept cent six, les cérémonies du baptême ont été par moi, prêtre soussigné, suppléées à Mathias Farnett,
lequel né à Grotton en la Nouvelle-Angleterre le
de Pan mil six cent quatre-vingt, du mariage de défunt Mathias Farnett, tisserand, et de Sarah Nuttir., cant été pris le—(dl'’août de lan mil sept . 1: 1atre, et emmené en Canada, demeure en la n sion de Notre-Dame de Lorette en l’île de Mor al, [la eu pour parrain Messire Claude de Ramesay, chevalier de l’ordre de Saint-Louis, seigneur de la Gesse Boisfleurant, et gouverneur de lîle de Montréal et autres lieux, qui lui à ajouté le nom de Claude, et pour marraine Dame Elisabeth Souart, épouse de Charles Le Moine, chevalier de l’ordre de Saint-Louis, baron de Longueuil et capitaine d’une compagnie du détache-
ment de la marine, qui ont signé.
* (Nigné) DE RaMEsAY, MarQuEe + DE MaTHias, CLAUDE FARNETT, ELISABETH SouaART, Métier, Prêtre.”
PE
Disons en passant que Elisabeth Souart, épouse du baron de Longueuil, était la nièce de l'abbé Nouart, premier curé de Ville-Marie.
L'honorable juge Gill, de Montréal, est le descendant d'un habitant du New-Hampshire, enlevé par un parti d’Abénaquis de Saïnt-Francois du Lac.
Il raconte lui-même le fait dans un opuscule muni des documents les plus sérieux, * afin, dit-il, de perpétuer dans la famille des souvenirs que mes enfants et arrière-neveux aïmeront sans doute à lire dans l'avenir” (OC. Gill, Notes hist, 5).
Un nombre considérable de ces prisonniers demeurerent parmi nous et contribuèrent par leur excellente conduite et leurs beaux talents an succès de la colonie,
Dieu le permit pour faciliter lévangélisation des tribus auxquelles plusieurs s’attachèrent.
Arrivés en bas âge au sein des missions, ils attirerent l'attention des prêtres ou des religieux qui les dirigeaient, et ils devinrent ici l’objet du géné reux dévouement des sœurs de la Congrégation.
C'est ce qui arriva pour Abigaïl Nims et Josiah Rising, traînés en captivité par les sauvages de notre mission durant l’hiver 1704.
Île furent la joie et l'honneur de la Nouvelle-
Lorette.
Abigaïl Nims portait le nom de la femme de Nabal, qui épousa le roi David dont elle avait conquis ladmiration en réglant une difficulté entre Nabal et le roi prophète (1 Rois, XXV, 3, 42).
Quant à Josiah Rising, les Francais eurent bien vite changé son nom en Raisenne.
[n’y à jamais eu grand serupule à ce sujet.
Les registres nous prouvent à chaque page que nos pères, ne pouvant supporter ces consonnances anglaises, sempressaient de les détruire.
Si l’on ne pouvait pas absolument franciser, il n'v avait aucune hésitation À ajouter un nom bien français indiquant larrêt de prise de possession complète pour ainsi dire.
Ainsi, Rising, c’est Raisenne.
A peu près dans le même temps Julian Corbett, que le livre terrier (n° 1711) montre comme propriétaire d’une terre dans le bas du Kault, vers 1702, appellera Corbett dit La Rose, comme Thomas French, captif de Deartield, se nommera Laframboise,
Avec le temps Corbett sera Corbeil, et on ne dira guère plus que Laframboise.
Les noms anglais étaient changés, effacés même, avec la plus grande facilité, et cenx qui les portaient se faisaient naturaliser avec empressement.
De nos jours, c’est tout le contraire.
On m'alléguera le changement du drapeau, lin-
fluence de lautorité qui nous régit. C’est vrai, mais il faut admettre que la malheureuse tendance à tout anglifier vient de notre facilité à l’accepter, et dune certaine gloire qu’une foule de nos familles canadiennes y attachent.
Les sauvages donnèrent à leurs deux captits de Lorette, Josiah Rising et Elizabeth Nims, des noms spéciaux, d’après leur cérémonial accoutumé, et, de père en fils, ils se considérèrent agrégés à la nation dont les membres les avaient enlevés à leur patrie.
Un fait analogue se renouvela plus tard à Caughnawaga, en 1750, pour deux jeunes frères Bostonnais du nom de Tarber ou Tarbill. Ils furent gardés par les sauvages pour remplacer deux des leurs, faits prisonniers à la Nouvelle- Angleterre. Ils épousèrent des Iroquoises, et un de leurs fils, du nom de Joseph Karihohe, devint le fondateur de Saint-François-Régis, vers 1759 (M. abbé Mainville).
Je mettrai ici à protit une lecture de Mile A. Baker devant la société littéraire de Dearfield au sujet de nos deux captifs (A Romance of real life, 200 years ago, February 1889. Pocumntnck, Memorial Valley Association of Deurtield, Mass.)
D’après des recherches de cette contérencière, il appert que le nom de Summer’s Island donné aux Bermudes, ne vient pas de son climat, comme on pourrait le croire, mais bien de sir treorge Summer, qui y fit nautrage en 1609, avec ses compagnons, en se dirigeant vers la Virginie.
Sir George vendit ses droits à une autre compagnie de cent vingt associés qui obtinrent, en 1612, une charte reconnaissant leurs droits. Ils envoyerent soixante colons.
D’après un livre de statistique, mentionné par Mile Baker, contenant les noms de serviteurs vendus ou loués pour un temps de 1612 à 1700, se trouve à la date du treize septembre 1635, parmi les passagers du Dorset faisant voile aux Bermudes, James Rising, âgé de 18 ans.
De là il passe à Salem, en avril 1657, où il épousa Elizabeth Hinsdale. John naît de ce mariage. John épousa Sarah Hale, et Joseph Rising, notre captif de Lorette, naquit de ce mariage, le deux fevrier 1694.
Le père de Josiah avant contracté un second mariage, le petit Josiah, pour une raison ou pour une autre, fut expédié dans la famille de sa mère à Dearfield.
Son père ne se doutait pus qu’il vouuit ainsi son enfant à l'exil.
RCE svt
Héjà, en septembre 1677, les sauvages du Canada avaient marqué leur apparition par des attaques sanglantes, traînant avec leurs coutumes barbares un grand nombre de captifs. La paix de Ryswick (1697) suspendit ces fureurs, mais que de scènes douloureuses le silence des bois à ensevelies !
Dès 1701, la guerre de la succession d’Espagne déchaîna toutes les fureurs francaises et anglaises en Europe et en Amérique.
Les exeursions des sauvages recommencèrent.
Les combattants étaient encouragés des deux côtes par l’argent et les présents de toutes sortes,
I faut dire aussi que le fanatisme v mit sa large part. Voici comment M. Decelles, dans son livre des Etats-Unis (136) dépeint l’état des esprits en ces années qui se succédèrent jusqu'à la prise de Louisbourg : “ L'expédition de Louisbourg revêtit le caractère d’une guerre sainte, d’une croisade protestante. Le pasteur Moody portait à son côté une hache destinée à abattre les images et Îles croix de l’église de Louisbourg. Un autre ministre, resté à Boston, écrivait à Pepperell: “Que ne m'est-il donné d’être auprès de vous et du cher parson Moody pour démolir les images de cette
église, et y entendre prêcher le véritable Evangile
Le
de notre Sauveur ! ?”
Les événements de ces jours à jamais regrettables font voir un flot grossissant avec les préjugés, les injustices, les cruautés jusqu’à la haute et terrible mer qui engloutit le drapeau de la France.
La foi roigieuse, heureusement, n’a pas sombré dans les désastres, elle s’est noblement maintenue jusqu’à nos jours. Elle repose sur la foi des traités, mais il reste à la descendance des premiers colons, de continuer les traditions de piété et de vertu exemplaires de leurs aïeux.
MM. de Beauhamoiïs et de Vaudreuil écrivaient au ministre, à la date du 15 novembre 1703, ce qui suit :
‘ Les Anglais ont voulu faire soulever les Sonontouans et les Onontagués contre nous pour faire diversion, mais ces deux nations viennent d’envover de leur chef, à Montréal, assurer M. de Vaudreuil qu'ils ont pris le parti de conserver leurs missionnaires et de vivre en paix avec nous.”
On cherchait donc à éloigner d'eux les missionnaires, et ils ajoutent :
‘C’est ce qui à fait prendre au sieur de Vaudreuil la résolution de joindre au parti qu’il envoyait vers les côtes de Boston un détachement des dits sauvages Abénaquis, qu’un de leurs missionnaires jésuites a suivis dans l'expédition qu'ils
ont faite sous le commandement du sieur de Beau-
PA
bassin, qui à ravagé plus de quinze lieues de pays, et pris ou tué plus de 300 personnes (Manuscrits de Québer, IT, 406),
[ est facile de comprendre letfroi qui empara des familles de Boston et de tous les pays environnants.
Voici comment l’historien Bancroft Sexprime à ce sujet :
* Les sauvages, divisés par bandes, assaillirent avec les Francais toutes les places fortifiées et toutes les habitations à la fois, n’épargnant, selon un chroniqueur, ni les cheveux blancs de la vieillesse ni l'enfant sur le sein de sa mère. La cruauté devint un art. [l semblait qu’à la porte de chaque maison, un Indien caché épiât sa proie. Que de personnes furent massacrées ou traïnées en captivité! La mort planait sur les frontières.”
[Il n’y a ici rien d’exagéré. Le lecteur doit se appeler la longue liste des prisonniers mentionnés plus haut. Elle se compose presque complètement de jeunes filles, de petits enfants cruellement ravis à leurs mères, de mères séparées de leurs enfants, de leurs époux, arrachées à leurs foyers, et obfigées aux longues marches, sans pitié pour leur faiblesse et leur sexe.
Sans doute les horreurs du saccage, de la dévas-
tation de la florissante Acadie, surpasseront plus
tard ces lugubres scènes en gravité et surtout en conséquences ; mais quand même, ce sont des procédés inhumains qui étonneront toujours, pour ne pas dire plus: vestiges de barbarie heureusement disparus des nations civilisées de notre temps.
Une des gloires de Ville-Marie à été d’avoir accueilli si charitablement ces femmes éplorées, ces petits enfants endoloris et terrifiés, de leur avoir offert de doux foyers en compensation de ceux de leurs pères, d'avoir fait couler l’eau sainte sur leurs fronts, tout en respectant la liberté de leur conscience, d’avoir facilité leur retour suivant leur désir, et de les avoir dirigés avec une tendre sollicitude, quand ils ont préféré s'attacher au sol de notre patrie.
Grand nombre de requêtes furent présentées au gouverneur Dudly, de Boston, au sujet des constantes surprises des sauvages, et lon y voit mentionnés les noms de prisonniers, entre autres ceux de John Nims, frère de notre petite Abigaïl, de Zébédiah Williams.
Une de ces requêtes est datée du 22 octobre 1703 (A. Baker): elle est empreinte de douleur profonde, et d’effroi au sujet des malheureux captifs: elle exprime l’urgence de dresser des chiens
sour découvrir les Indiens À leurs pistes et donner Ï
POP Lu 2
190 LE SAULT-AU-RÉCOLLET l'alarme, ‘eur, agissant à la sourdine comme des loups, ils doivent être traités comme tels.”
Dans un post-scriptum, il est ajouté que Godtrey Nims, père de deux captifs, insiste fortement pour leur délivrance.
Pendant l'hiver de 1704, en février et en mars, nos sauvages de Lorette partirent en guerre avec le corps d'armée française,
“ Des ruisseaux de sang, écrit M. Decelles (ist, des États-Unis, 130), rougirent les établissements anglais, aux lueurs de l’incendie allumé par les compagnons et émules de ees terribles sabreurs qui avaient nom Hertel de Rouville, Saint-Ours, Deschaillons,
+ Dearfield (1704, surpris la puit, ent le sort de Corlar, tandis que Haverhill (1708), s1s sur ses vardes, les Canadiens eurent à enlever le village d'assaut. De Casco à Wells, immense lisière de pays, M. de Beaubassin promenait la tuerie.”
Ce fut dans la nuit du 11 mai 1704 (Peyistre de Ville-Marie, 1704), pendant que le feu dévorait les maisons de Deartield, que nos sauvages traïnèrent en captivité Meatable Smead, épouse de Godfrey Nimes, avec sa petite fille Abigaïl, âgée alors de
quatre ans.
La mère mourut en route, n'ayant pu sans doute supporter la fatigue de la marche forcée, peut-être même suecombant aux mauvais traitements.
Mile Barker cite dans sa lecture les noms d'autres prisonniers, tels que Ebenezer Nims, âgé de 17 ans, l'épouse et l'enfant de Mehuman Hisdule, frère de la première femme de James Resing. Josiah avant été placé dans cette famille Hisdale, fut compris dans la même capture. C’est de cette facon qu'il arriva avec Abigaïl dans nos parages où désormais nous pourrons décrire quelque chose de leur vie éditiante.
La petite Abigaïl fut adoptée par une Indienne du nom de (ranastarsis (Aegistre de Ville-Marie, 1704), épouse peut-être de celui qui Pavait enlevée, et Josiah demeura aussi sous la dépendance de son “avisseur,
Les sauvages s'empresserent de leur donner des noms, afin de les attacher à leur tribu. [ls ont toujours eu un cérémonial particulier et bien significatif, pour hnposer des noms aux nouveaux venus, à ceux qu'ils jugeaient dignes de leur appartenir.
“ Il est probable, écrit M. Pabbé Mainville, que le cérémonial suivi maintenant pour ladoption, est substantiellement le même qu'autrefois.
“ La tradition est une grande puissance chez les
sauvages.
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De prime abord, c’est fort étrange.
ώnie de la
Le
Pour celui qui ne comprend pas le langue, et ne se donne pas la peine d’approfondir les choses, il y a de quoi rire. Mais demandez des explications aux gens renseignés, suitout aux missionnaires, et vous verrez qu'il se dégage de cette cérémonie tout un enseignement,
Le conseil à siégé, le sujet a été accepté À cause de son courage, par reconnaissance pour ses services, où comme propriété de la tribu.
La personne est alors introduite dans l’assemblée des chefs et des membres de leurs familles. Elle est accueillie par des cris d'approbation, et après ces témoignages d'amitié, le nom de l’élu est solennellement proclamé par le chef,
Or ce nom fait toujours image, et vous met clairement sous les yeux un trait de caractère, une fonetion utile, un but À atteindre.
Aïnsi notre captif Josiah Resing reçut le nom de Shoentak8ani et Abigaïl Nims celui de Téatog8ach.
Shoentak8ani, “on lui a Ôté son champ” ; comme ce nom décrit bien la situation ! Pauvre enia. enlevé au champ de ses pères, arraché de ses foyers, chassé loin de ses parents, pour s’assimiler à une nation si différente de la sienne !...
L’émotion gagne le cœur à la vue de ces sacrifices
avec leurs effrovables conséquences !
Attendez cependant, et votre douleur se changera en joie devant la régénération que ce captif va apporter à la Nouvelle-Lorette, N° descendance sera bénie, et elle ira d'âge en âge jusqu'à nos jours. donnant l'exemple des plus belles vertus.
La petite Abiguïl fut appelée TRatogSach, ce qui veut dire: ‘elle retire de Peau; c’est bien le rôle de l’eselave d'aller chercher de Peau à la rivière pour calmer la soif de son maître.
Elle demeura d'abord dans la cabane de Ganustarsis, d'où elle fut transportée au Sanlt-au-Récollet pour être placée sous Les soins des sœurs de la Congrégation ‘dès qu'elle fut en état de profiter de leurs soins,” écrit M. Faillon ({Listoire de lu Congrégation, IT, 445).
Voici Pacte de baptême de Penfant : * Le même jour, quinzième de juin de lan mil sept cent quatre, les cérémonies du baptême ont été suppléées par moi prêtre soussigné à une petite fille anglaise nommée en son pays Abigaïl, et maintenant Marie- Elisabeth, née à Dearfield, en la Nouvelle-Angleterre, le (31 mai, vieux style) onzième jour de juin de lan mil sept cent, du mariage de feu Godfrey Nims, cordonnier, et Meatable Smead, aussi défunte, l’enfant prise au dit lieu, le onzième jour d: mai dernier, et demeurant en la cabane d’une san vagesse de la montagne appelée Ganastarsis. La
194 LE SAULT-AU-RÉCOLLET marraine a été demoiselle Marie-Elisabeth Le
Moine. fille de messire Charles Le Moine, écuier,
baron de Longueuïi, chevalier de Pordre de Saint- f Louis et capitaine d’une compagnie, avec François ; Brunette, qui a déclaré ne savoir signer de ce requis par l'ordonnance, (Signé, Marie Étsasgrin be LoNGGEUR, \IÉRIEL,. prêtre 7 (Rey. de Ville-Marie, 1704.
Josiah Resine fut baptisé deux ans plus tard que à sa petite compatriote et reçut le nom d’Ignace.
Raïisenne sera le nom que la famille porter: : désormiuis dans les registres et des divers actes à qui la concernent, b
Abagaïl où plutôt Marie- Elisabeth Nims ou Naïm, avait done près de quatre ans lors de son baptôme, et Ignace Raïsenne était dans la dixième
’ A année de son âge.
Nos deux eaptifs eurent à passe, par les épreuves de la vie dure et vagabonde des sauvages, jusqu’à
ce que les missionnaires pussent leur assurer une existence plus en rapport avec leur origine.
* Des temps plus heureux, écrit Mile Baker (Pomwmtuck, Yecture), attendaient les pauvres pros-
crits, quand ils purent fréquenter les écoles du fort.
* Alors ils furent plus proprement vêtus parce que les filles de la mère Bourgeois savaient que les premiers pas menant à la vie chrétienne, sont ceux de la décence dans lextérieur et de Pamour du travail.
#f'aime à me représ-nter les jours d’étude et les gais dimanches passés par les jeunes captifs de la Nouvelle- Angleterre, sous les soins des bienveillantes sœurs et des charitables prêtres. Nous ne devons pas oublier que le fort du Sault, “O0.” comme lPappelaient ces chers enfants, avait aussi des jours sombres et pleins d’inquiétudes.”
Ce devait être à l’occasion de la prise de nouveaux prisonniers des environs de Boston et de Deartield.
Marie et Elisabeth ne pouvaient éprouver d’émotion à ce sujet ; mais Fgnace avait des souvenirs.
Même il vit de ses parents, des amis de sa famille trainés en captivité: les nombreuses lettres du gouverneur Dudly et de M. de Vaudreuil en font toi.
Parmi ces amis de famille, je dois nommer Freedom French, Marth French, et André French. C'étaient Les voisins de la maison Resing.
Voici ce que M. Faillon dit dans sa notice sur les French :
‘ Durant ces temps de guerre, les sauvages do-
miciliés À la montagne de Montréal ou au Sault-
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au-Récollet, ceux du Sault-Saint-Louis, faisaient
fréquemment des courses. En 1704, un parti de ces à sauvages se rendit par lelac Champlain à la grande î rivière du Connecticut, aux environs de Boston, et li fondirent sur un village anglais, appelé Deartield. Là ils prirent plusieurs enfants anglais, le 11 mars 1704, entre autres trois enfants du sieur Thomas French, qu’ils amenèrent eaptifs à Montréal. C’étaient Freedom French, Marthe French,et André, 3 leur frère. Freedom, lPaînée de ces sœurs, placée 3 d’abord dans la famille du sieur Le Ber et ensuite ni dans celle du sieur Charles Guillemin, fut instruite î
danse la foi catholique et baptisée par M. de Mériel, de Saint-Sulpice, seul prêtre qui sût alors l'anglais. Marthe fut donnée par les sauvages aux sœurs de la Congrégation, qui linstruisirent aussi dans la foi et la firent baptiser le 23 janvier 1707.
“Elle prit les noms de Marthe-Marguerite.” Après le traite d'Ultrecht, les trois captits French prirent la même décision que nos prisonniers de Lorette : “ils préférèrent rester au Canada, quoique leur père fût encore vivant, et demeurât toujours à Deartield,” écrit M. Faillon (Notice sur la famille French).
Une résolution si édifiante et si généreuse fut
cause qu’on s'empressa d'établir ces enfants dans
ce pays pour procurer à chacun une honnête existence (Faillon, Notice).
Murthe-Marguerite épousa, le 24 novembre 1711, Jacques Roy, sieur de Saint-Lambert, natif de la paroisse de la Prairie.
Freedom où Marie-Françoise épousa, le 6 février 1715, le sieur Jean Davelui, de Montréal.
De ce mariage naquit une fille qui prit le nom de Marguerite. Cette dernière épousa Jean-Louis Mesnard.
Marie-Louise Mesnard épousa, le 24 juillet 1752, Joseph-Amable Plessis (Plessis-Bélair), et c’est de ce mariage que naquit le célèbre évêque Plessis, qui devait illustrer notre pays par sa sage et énergique administration.
Dans le projet des articles de trêve, en date du 6 octobre 1705, il est dit : À l’égurd des prisonniers français où anglais qui sont entre le mains des sauvages, les deux susdits gouverneurs nommés s’obligent de faire tout leur possible pour les retirer des mains des sauvages, et ensuite les renvoyer dans leur pays” (Wan. de Québec, IL, 445).
Il y eut de nombreuses ambassades au sujet de échange de ces prisonniers. Des rançons furent offertes par les familles en proie aux douleurs de la
séparation de leurs parents et amis.
Les lettres du gouverneur général de la Nouvelle-Angleterre mentionnent les noms des messieurs Livingstone, William Sheldon, comme charwés de négocier une foule de délivrances,
“Je vous envoie à présent MM. Livingstone et Sheldon, envoyé avec Jean Wells? (Dudly, 20 décembre 1704, (Wan. de Québec, IX, 4261.
“Unotflicier de Boston étant venu en Canadaavec passeport pour une négociation qui n'a pas réussi touchant Péchange des prisonniers? disait une lettre de M. de Ramesay au ministre 12 octobre 1705).
[ne faut pas oublier que, du côté de la Nouvelle-Angleterre, il + eut une foule de Francais détenus par des sauvages, soumis aux tortures, et qui n'ont jamais été rapatriés.
Cette même lettre que je viens de citer, dit “ Les Français qui ont accompagné M. de Courtemanche À Boston v ont reconnu une fumille franeaise qu'un Anglais nommé Vetehe v avait amenée furtivement, il v a quatre ans, dans un voyage qu'il fit au Canada ? Wan. de Québec, 11, 448).
Le gouverneur Dudlv, dans une lettre, disait à M. de Vaudreuil (4 juillet 1705) que si vous ne voulez pas retirer ces Anglais prisonniers des mains de ces sauvages, je serai obligé de permettre à
nes sauvages, qui sont 6n aussi grand nombre et
Dr ir ARABES
de meilleures gens, de garder les prisonniers qu’ils feront sur votre nation, alors la chose sera égale des deux côtés, et vos gens seront réduits à s'accommoder d'une vie sauvage aussi bien que les miens”? (Manuscrits de Québec, 11, 439).
M. de Vaudreuil s’empressa de répondre: Je vous avoue, monsieur, que là manière que vous agissez envers les sieurs Baptiste et Fénoe, me paraît d'autant plus dure que c’est mal correspondre aux manières douces que lon a pour vos prisonniers en ee pays, et aux soins que je ne suis donnés d’en rêtirer des mains des sauvages, et à Phumanité qu'ont eue les peuples de ce pays, d’emplover leur argent à les racheter pour faire cesser leur servitude, Je vous prie de me renvoyer les prisonniers que vous avez du Canada et qui sopt de ce pays, savoir le sieur Gourdean et sa famille, les nommés Dion et Picrrottière, et le Fénoe et ses enfants? (CWanuserits de Québec, AT, 455).
M. de Vaudreuil n'insista cependant pas auprès des sauvages pour leur faire rendre les prisonniers, I'en donna la raison dans la lettre suivante au gouverneur Dudly: ‘Je suis surpris, monsieur, que vous me parliez encore dans votre lettre des prisonniers qui sont entre les mains des sauvages.
Je vous ai écrit sur ce sujet, et vous ai mandé que
je vous envoyerais seulement les prisonniers qui
sont entre les mains des Français, et que à l'égard des autres, je ferais mon possible pour les retirer, comme nous avons toujours fait?” {Manuscrits de (Québec, TE, 454).
En 1708 le sieur Sheldon fut envoyé pour délivrer de: captifs, et bien spécialement pour la délivrance de Josiah et Abigaïl. I réussit à réunir cinq prisonniers dans les missions, mais il lui fut de toute impossibilité de se rendre au Sault-au- Récollet. IT est facile d'en voir la raison. Les sauvages de la Nouvelle-Lorette habitaient toute l'étendue du domaine des MM. de Kaïnt-Sulpice, depuis le chemin de Saint-Michel jusqu'au fort bâti sur la rivière. Il y avait lieu de craindre des surprises bien funestes sur le parcours de cette longue route qui y conduisait.
La nouvelle de cette ambassade arriva cependant au Sault, et quatre au moins des captifs réussirent à s'évader: John Nims, Martin Kellogg, Joseph Petlv et Thomas Baker (A. Baker, Porumfuck, lecture).
Ce dernier explique probablement l'intérêt porté aux captifs par la contérencière que nous citons souvent; elle a été à même de vérifier bien des
faits dans des papiers de famille.
Ainsi, elle cite un compte pour deux voyages en “arriole au Sault, un de 12 livres et un autre de 4 livres.
Ces voyages furent faits à l’occasion d’une nouvelle ambassade du sieur Sheldon en 1707.
Les membres des familles Rising et Nims firent les démarches les plus sérieuses pour que, cette fois, il pût au moins voir les jeunes captifs. Il les vit en eftet, mais il ne put opérer leur délivrance.
Je n'ai pu découvrir le véritable obstacle, mais ce qui est certain, c’est qu’à cette époque, M. de Vaudreuil mwétait pas disposé À accorder des faveurs.
[1 venait d’être insulté dans la personne de M. de Chambly, son représentant. Aussi écrivait-il au gouverneur de Boston (Québec, octobre 1707) : “Je vous avoue que j'ai été surpris de voir par votre lettre et par celle du sieur de Chamblv, que vous lavez envoyé à la Nouvelle-York après Pavoir tenu comme prisonnier à Orange (Albany) pendant le séjour qu'il y à fait. Je suis persuadé que M. de Cornbury me renvoyera le sieur de Chambly et ceux qui sont allés avec lui. Si non, je vous avoue que Pon viole en moi le droit des gens en retenan, cette escorte; je me ferai justice ” (Manuscrits de Québec, IT, 486).
M. de Vaudreuil subit beaucoup de contrariétés
de ce genre, ce qui le détourna de faire aucune concession : même il ne chereha plus à arrêter les SAUVALgES.
Je continue, éerivaital à la date du 30 mai 170%. d'envoyer des partis dans le gouvernement de 3oston, afin de faire des prisonniers?” Maruserits de Québer, LI, 487.
Il ven eut en effet, et parmi le grand nombre, il faut nommer Martin Kellogg, qui s'était évadé, mais qui fut repris par les sauvages de la Nouvelle-Lorette en cette même année 170$. Puis. au printemps 1709, Mehuman Iinsdale, cousin de Josiah Rising ‘Tenace), Toseph Clesson et John Arms sont également conduits au Sault (Baker).
Ces nombreuses captures déterminèrent encore le sieur Sheldon, de Boston, faire un nouvel essai de délivrance ; mais le marquis de Vaudreuil aceueillit de Ta facon la plus sévère, au point qu'il en eut des scrupules, puisqu'il en référa à la eour de Versailles pour savoir ce qu'on en penserait.
Voici la réponse qui lui arriva (Versailles, 6 juin 1708): Sa Majesté, écrivit le ministre, a approuvé que vous ayez parlé comme vous avez fait au nommé Sheldon, que ce gouverneur vous à envoyé par les lettres, pour venir chercher les pri-
sonniers anglais qui étaient à Québec, et quand
LE SAULT-AU-h ÉCOLLET 203
bien même vous l’auriez fait mettre en prison avec les gens de sa suite, il n’y aurait pas eu grand mal”? (Manuscrits de Québec, TE, 488).
Les partis de guerre augmentérent done et nos sauvages de Lorette, comme ceux des autres missions, rivalisèrent de zèle et de courage pour dévaster et faire un plus grand nombre de prisonniers,
Is y furent de plus encouragés par des récompenses, comme le prouve un mémoire en date du 10 mai 1710, adressé anx sieurs de Vaudreuil et Raudot. Sa Majesté à accordé trente médailles d'argent et dix de vermeil pour faire des présents aux sauvages. Elle les envoie au dit sieur de Vaudreuil, et elle désire qu’elles soient distribuées aux chefs des sauvages qui lui sont les plus attectionnés et dont on peut tirer le plus de secours (Manuscrits de Québec, TT, 014).
Après la prise du fort de Port-Royal, le général Nicholson éerivit à M. de Vaudreuil une lettre de sommation :
“Ayant plu à Dieu de bénir avec succès la juste et royale entreprise de Sa Majesté Anne, par la grâce de Dieu, reine d'Angleterre, France et Irlande, défenderesse de la foi, en réduisant à son obéissance le fort de Port -Roval et le pays
adjacent, ainsi que les articles de capitulation,
pourront vous informer particulièrement, à quoi, monsieur, nous vous prions de vous rapporter.
“ C’est pourquoi nous avons jugé à propos de vous informer que comme vous aviez fait plusieurs courses sur quelques-unes des frontières de Sa Majesté, par vos cruels et barbares sauvages et Français, ayant inhumainement tué plusieurs pauvres gens et enfants, c’est pourquoi nous vous faisons savoir qu’en cas que les Francais après que celle-ci vous sera parvenue, commettent quelques hostilités où mauvais traitements, que sur les premiers avis que nous en aurons, nous exXercerons surle-champ la même exécution sur les principaux de votre peuple de l’Acadie, présentement à notre discrétion. Mais, comme nous abhorrons la cruauté de vos sauvages en guerre, nous espérons que vous ne nous donnerez pas d'occasion de les imiter à cet égard, et comme nous sommes sûrement informés que vous avez sous votre commandement grande quantité de prisonniers, particulièrement une jeune demoiselle, fille du Rév. M. Williams, ministre de Dearfield, nous espérons que vous aurez tous les dits prisonniers prêts à être délivrés au premier pavillon de trêve qui sera envoyé à cet effet, et cela au mois de mai prochain ; autrement vous devez vous attendre que le même nombre des
habitants de ce pays seront mis esclaves parmi
Lea
nos sauvages jusqu’à une entière restitution des sujets de Sa Majesté qui sont sous votre domination, soit dans la possession des Français ou sauvages” (Manuscrits de Québec, XX, 524).
C'est sur ces entrefaites que le gouverneur Dudly donna ordre au colonal Partridge de rassembler tous les captifs is.ançais qu'il pourrait trouver, afin de les rapatrier et de ramener en échange les sujets anglais du Canada.
Dès que la nouvelle fut répandue à Dearfield, qu'il s'agissait de former une escorte pour Îles accompagner, un grand nombre de volontaires offrirent leurs services,
Le lieutenant-colonel Williams connaissant le français, au dire du colonel Partridge, le lentenant Wells, John Nims et Thomas French, sachant aussi le francais, furent désignés pour l'expédition (A. Baker, Pocruntuck, lecture).
Le détachement, sous les ordres du leutenantcolonel Samuel Williams, partit le 10 juillet 1712, et revint avec quelques captifs dont les noms ne peuvent Ôtre vérifiés.
À peu près à cette époque la petite Marie fit sa première communion.
Tout porte à croire que cette sainte action fut accomplie avec la plus angélique ferveur ; sa vie
fut si vertueuse ! Tant il est vrai de dire que les
dispositions de ee jour béni se projettent sur toute l'existence !
Parmi les orisonniers de Deartfield se tro 1. aient aussi les membres de la famille de Thomas Hurt. Sa veuve, Sarah Getfreys, avait été traînée en capuvité par les sauvages avec ses six enfants.
Distribués en diverses familles, ils furent traités avec la plus grande bonté,
Ebenezer Hurst demeura à Montréal, comme le prouve Pacte de son baptême: “Le dimanche,
sixième jour de décembre mil sept eent cinq, les
cérémonies du baptême ont été par moi, prêtre soussigné, suppléées à un enfant anglais, nommé Ebenezer dans le baptème qu'il a recu en son pays, lequel né À Dearfield en la Nouvelle-Angleterre, le douzième jour de mai de Pan mil six cent quatre-vingt-dix-huit, du mariage de défunt Thomas Hurst, habitant de ce lieu, et de Sarah Greffreys, ayant été pris onzième mars de lan mil
six cent quatre et emmené en Canada, demeure
chez le sieur Jacques Charbonnier, marchand de
ji cette ville. TT a été rommé Antoine-Nicolas par
à son parrain M. Antoine Adhémar, greffier en la