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CHAPITRE SIXIÈME

PAROISSE

Coup d’œil sur la colonie.— Le mouvement de la population.

— Les seigneurs.— Les habitants.— M. Boucher, leur insigne protecteur.— La population descend l’île, la contourne pour arriver au Sault. —Générosité de Saint-Sulpice envers les colons.— M. Picoté de Bélestre.— Fiefs des sieurs Philippe Carion de Fresnoy et de Paul Morel.— Paroisse de Saint-Joseph sur la rivière des Prairies.— Les filles du roi sous les soins de la Mère Bourgeois.— M. Michel Barthélemy.— Nos mères canadiennes.— Sages dispositions du roi pour l’heureux développement de la colonie.— Noblesse canadienne.—$es services.— Condition de l’agriculture.— Vie, travaux, coutume, vêtements. —Maisons des habitants.— Le cheval canadien.— Les bestiaux.— L'île Jésus.— Concessions de terres les plus anciennes de la paroisse du Sault.— Formation du village. L'ile de la Visitation.— Terrain concédé pour l’église et le presbytère.— La.paroïisse a succédé à la mission.— La chapelle de la Nouvelle-Lorette servit d'église paroissiale. —Ancienne cloche.—- Nomination des curés Prévost et Chaboillez.

‘Il nous faut quelque chose, en cette triste vie,

Qui nous parlant de Dieu, d'art et de poésie,

Nous élève au-dessus de la réalité,

Quelques sons plus touchants dont la douce harmonie, Echo pur et lointain de la lyre infinie,

Transporte notre esprit dans l’idéalité,

Or, ces sons plus touchants et cet écho sublime, Qui sait de notre cœur le sanctuaire intime,

C'est le ciel du pays, le village natal ;

Le fleuve au bord duquel notre heureuse jeunesse Coula dans les transports d'une pure allégresse ; Le sentier verdoyant, où, chasseur matinal,

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Nous aimions à cueillir la rose et l’aubépine ;

L= clocher du vieux temple et sa voix argentine : ie vent de la forêt glissant sur les talus,

Qui passe en effleurant les tombeaux de nos pères, Et nous jette au milieu de nos tristes misères

Le parfum consolant de leurs nobles veitus.

O.CREMAZIE, Æmisrution,

Les rapports de nos plages avec les origines de la Nouvelle-France ont été mis sous nos yeux ; notre amour pour la patrie y à puisé sans doute un salutaire accroissement.

Les hauts faits du passé nous paraissent comme des fleurs autour du berceau de notre paroisse ; ceux qui vont suivre, d’un intérêt si attachant pour nous tous, nous montreront notre famille paroissiale grandissant sous les regards de Dieu, et entourée jusqu’à nos jours d’une protection bien spéciale.

Le plus grand nombre des familles indiennes quittèrent la Nouvelle-Lorette en 1721 ; plusieurs cependant ne se décidèrent que plus tard à les rejoindre au Lac; bon nombre aussi de familles de colons s’établirent bientôt, ce qui fut canse que la chapelle continua d’être ouverte au culte. Elle fut desservie par un prêtre de Saint-Sulpice qui s’y rendait de la ville, ou encore par M. le curé de Saint-Joseph de la Rivière-des-Prairies.

A mesure que les familles de colons arrivaient

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LE SAULT-AU-RÉCOLLET 22 de France, elles étaient placées sur des concessions de terres par les MM. de Kaint-Sulpice.

Il fallait bien les établir le long du fleuve, c’étuit leur seul chemin de communication.

Le danger constant des surprises des sauvages exigeait qu'ils fussent placés près les uns des autres, pour se défendre et s’entr’aider dans leurs travaux.

M. Jacques Viger à copié un écrit du bureau des terres de la Couronne, attribué au Père Jérûrme Lalemant, en date de 1664, au sujet des environs de Québee ; en voici un extrait :

“ L'on peut dire que dans tout le Canada, il n’y à rien de semblable en matière de terres promptement défrichées, car depuis deux ans seulement que lIroquois a donné plus de repos à ces quartiers-là, l’on voit déjà deux belles campagnes habitées par des Français.

‘“ Ces deux campagnes sont si belles et chargées d’une si belle moisson, que quiconque les voit ne peut assez admirer comme en si peu de temps se soient pu faire de si grands et si beaux déserts.”

Remarquez, c’est en 1664, et dans toute la région, le bon Père ne peut admirer que deux campagnes habitées par des Français.

Où étaient-ils donc, ou plutôt où se plaçaient-ils, ces Français, en mettant le pied sur notre 80l ?

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Pour la plupart, là où il y avait un trafic profitable, ou des fonctions civiles à remplir.

Un petit nombre pendant ce temps se dévoua à la culture de campagnes ‘“ belles et chargées de riches moissons,”” comme le dit le Père Lalemant.

Il n’y avait pas lieu de s’étonner de les voir défrichées en si peu de temps, mais au contraire qu’elles n’eussent pas été cultivées plus tôt.

Les ressources du sol et surtout la perspective d’un avenir lucratif pour tout le commerce, grand et petit, ont fort bien incité de nombreux gentilshommes À s'assurer d’immenses lopins de terre dans les positions les plus avantageuses du pays, mais ce ne fut malheureusement pas en vue de l'agriculture.

Nos seigneurs, ayant reçu leurs titres indiecutables de propriétaires, ont fait la vie de ville et des affaires payantes, pendant que les petits habitants luttaient contre la forêt et l’ennemi commun, bêchant la terre pour façonner l’avenir de nos campagnes d’aujourd’hui.

Voici ce qu’écrit à ce sujet M. Léon Gérin (Mémoires de la Société Royale, 1896-97, p. 79) :

‘ En 1679, après quarante années de régime seigneurial, doublées de quinze années d’intervention directe de l’État, il n’y avait encore que 22,000 arpents de terre en culture; quarante-deux ans

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plus tard, en 1721, on ne pouvait ajouter à ce premier chiffre que cinquante-deux mille arpents, soit une misérable augmentation moyenne de 1200 arpents par année (Garneau, II, 100). Encore faut-il reconnaître que presque tout ce travail était le fait, non du seigneur, maïs de l’habitant.”

Il y eut cependant parmi ces seigneurs des

hommes qui se distinguèrent par un admirable dévouement pour leurs censitaires.

Un des plus remarquables fut Jean-Baptiste- François Deschamps, seigneur de la Bouteillerie (Rivière-Ouelle), dont Talon écrivait : “ Si les gens de cette localité prennent aisément cette route, bientôt le Canada se remplira de personnes capables de le bien soutenir.”

“ I] travailla, écrit M. Benjamin Sulte (Jist. des Canadiens-Français, IV, p. 48), plus de trente ans À la prospérité de sa seigneurie, et mourut (1703) entouré du respect et de l’amour de ses censitaires.”?

De 1633, époque du retour de Champlain à Québec, après la prise des Kertk, jusqu’à 1661, les statistiques fournies par M. Benjamin Sulte

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