CENTRES
Sulpice, nous voyons à la côte Saint-François ou Longue-Pointe les noms suivants : Jacques L’Huilier dit Desvignes, René Moreau, Pierre Picot dit La Brie, Antoine Brunet dit Bellehumeur, Urbain Tessier dit Lavigne, Étienne Truteau, Robert Perroy, Jean Cadieux, Jean de Luzeau dit la Garenne, Michel Moreau, Toussaint Hunault dit Deschamps, Pierre Goguet. En 1666 apparaissent à la même côte Gilbert Barbier, Antoine Coïignon, Pierre Meusnier, Pierre Dagenets, Pierre Chicoine, Pierre Charros; puis, en 1667, Jacques Le Blanc, Claude Jodoin.
Ces noms nous traceat déjà l’origine d’un certain nombre de familles de notre paroisse.
Le défrichement fut poussé avec énergie de ce côté et, à la suite des habitants de Saint-François, d’autres colons vinrent se placer, ce qui donna naissance à la côte Sainte-Anne ; puis vint la côte Saint-Jean, appelée plus tard la ‘“ Pointe-aux- Trembles.”
Ce nom, écrit M. Faillon (Aist. de la Col. fr., III, 227), prit son origine d’une langue avancée de terre complantée d’arbres de cette espèce qu’on y voyait alors, et que les eaux du fleuve ont fait disparaître depuis longtemps.”
La colonisation s’arrêta de ce côté pendant quelque temps pour peupler le haut de l’île, toujours
sur la rive du fleuve, par prévision d'attaques des sauvages et pour surveiller leur descentes.
C’est en 1669 qu’un fief fut accordé à M. René Robert Cavelier de La Salle, par M. de Queylus. Comme cette concession fut faite gratuitement,
M. de La Salle, par reconnaissance, lui donna le
nom de Saint-Sulpice.
M. Faillon dit à ce sujet : “ M. de Queylus Paccueillit avec bonté (de La Salle), et pour lui procurer le moyen de servir la colonie de Montréal et de s’y établir avec avantage, il lui accorda gratuitement un fief noble en face du sault Saint-Louis, dans un endroit de lîle où le séminaire avait déjà résolu d'établir une bourgade ” (Histoire de la Colonie, III, 228). Ce fut le commencement de Lachine.
I faut noter ici un fait bien important et malheureusement trop ignoré, pour ne pas dire méconnu ; c’est que tous ces premiers colons des environs de Ville-Marie n'avaient presque ancunes ressources pour s'établir.
Non seulement le séminaire de Saint-Sulpice leur donna gratuitement des terres, mais il les aida à se pourvoir d'instruments d’agriculture et à rencontrer les premières dépenses.
C’est ce qui faisait écrire par M. Tronson à Colbert, en 1667 :
‘ Pendant treize ou quatorze années depuis qu'il (le séminaire) a le soin de l’île de Montréal, toutes les concessions qu’il a données à des particuliers pour défricher des terres ont été gratuites, sans autres redevances que de quelques deniers par arpent, ceux à qui illes avait données n'ayant pas pour la plupart le moyen de les défricher et même quelquefois de contribuer à une partie de la dépense nécessaire pour le défrichement de ces mêmes terres. Quant au revenu qu'il tire de celles qu'il fait défricher lui-même pour son usage particulier,il est si peu de chose, eu égard aux dépenses qu’il a fallu faire, qu'il ne rapporte pas le deux pour cent, sans compter les dépenses communes et générales, auxquelles il est obligé, pour l'administration de la justice et les autres charges publiques qu'il a soutenues jusqu'à présent, comme il paraît pour les comptes et les états de chaque année” (Faillon, IIT, 230).
A mesure que la sécurité publique augmentait, de nombreux colons s'échelonnaient sur la rive sud de l’île de Montréal, et même à divers endroits sur les bords du Saint-Laurent, ce qui faisait écrire au Père le Mercier dans sa relation de 1668 (page 2) :
‘IT fait beau à voir à présent presque tous les rivages de notre fleuve de Saint-Laurent habités de nouvelles colonies qui vont s'étendant sur plus de quatre-vingts lieues de pays le long des bords de cette
Se =
grande rivière, où l’on voit naître d’espace en espace de nouvelles bourgades qui facilitent la navigation, la rendant et plus agréable par la vue de quantité de maisons, et plus commode par de fréquents lieux de repos.”
En 1671, de nouveaux colons étaient venus se joindre à ceux de la côte Saint-Jean à la Pointeaux-Trembles, et à la date du 28 juillet de cette même année M. de Queylus concédait au sieur Picoté &e Bélestre les terres situées au bas de l'île de Montréal, À partir d'une concession déjà faite À Jean Bourdon, et de là, en suivant le bord du fleuve Saint-Laurent, jusqu’à la rivière des Prairies, sans autre charge, écrit M. Faillon (Histoire de la Colonie française, XIT, p. 332), que de payer aux seigneurs vingt soue de rente chaque année.”
Yette concession fut faite à M. de Bélestre en compensation des îles Courcelles cédées aux messieurs de Saint-Sulpice dans le but d’y établir une bourgade sauvage (1668), comme nous l’avons vu au cinquième chapitre de cet ouvrage.
Le bas de l’île de Montréal, étant désormais assuré à la colonisation, les plages de notre rivière commencèrent à être occupées, ee qui donna naissance à la paroisse de Saint-Joseph de la Rivière-
des-Prairies.
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Jusqu'à présent il avait été impossible de songer à s’y établir, parce que, depuis un bon nombre d’années, les Iroquois descendaient aussi par cette rivière pour venir jusqu’à Ville-Marie.
Afin de mettre un terme à leurs incursions de ce côté, M. Dollier de Casson établit deux fiefs de deux cents arpents, dont huit faisant face à notre rivière, et vingt-cinq en profondeur.
Ces deux fiefs se suivaient, et le sept décembre
1671, le premier fut donné au sieur Philippe de Carion de Fresnoy, lieutenant de la compagnie de la Mothe au régiment de l’Estrade, et le second au sieur Paul de Morel, enseigne de la même compagnie (Faillon, III, p. 338).
. Afin de donner de laide aux sieurs de Carion et de Morel, M. de Casson concéda des terres, en 1672, à un certain nombre de colons capables de se faire soldats au besoin.
M. de Belmont ne se contenta pas de la cunstruction du fort de la montagne pour défendre la ville des hauteurs. Il bâtit ici même un fort important muni de trois bastions. On voit encore de nos jours les traces de la chaussée principale, et en examinant les meurtrières dans les murs qui nous restent du vieux manoir, il est facile de comprendre que les petits canons et les arquebuses pouvaient couvrir la rivière sur toute sa largeur. Ce 4.
prouve une fois de plus que les messieurs de Saint- Sulpice ont fait tout en leur pouvoir non seulement pour fonder Ville-Marie au point de vue spirituel, mais pour faire prospérer dans leur seigneurie la colonisation et l’agriculture, en employant des
moyens énergiques et efficaces de protection.
: LS] 2 ZT LS MR Ts Os CE à - g PR, NE © ne ,
Prainits
Fort pbEe LA NOUVELLE-LORETTE.
A Eglise de Notre- Dane de Lorette, — B Maison des missionnaires, — C Maison des Sœurs de la Congrégation. — D Maison des fermiers. -— E Bustions, — 1" Entrée du Fort,
Voici les noms des premiers colons établis sur
la rivière des Prairies, vers 1672, le long du chemin actuel du bas du Sault, et nous pouvons dire dans notre paroisse, parce que les deux localités du Sault et de la Rivière-des-Prairies, depuis le départ des sauvages, furent longtemps desservies par le même prêtre : François Roulard dit Cambrai, François
Donnet dit La Lande, Paul Dazé, Jacques Hubert, Pierre Magné, Pierre Chantreux dit Tourangeau, François Fortin dit Pierre Mesle.
La plupart de ces noms se sont maintenus jusqu’à nos jours, avec certaines variantes, mais il est facile de voir que ce sont les mêmes, comme les Donnet, dont on a retenu seulement La Lande, les Dazé, les Fortin.
François Fortin dit Pierre Mesle, dont la nombreuse famille s’est perpétuée jusqu’à nos jours, épousa une des nièces de la Mère Bourgeoïs, Louise Sémillard.
Elles étaient trois sœurs, Louise, Catherine et Marguerite.
Depuis les premières années de son séjour à Ville-Marie, la vénérable Mère Bourgeois s'était dévouée à la formation honorable et vertueuse de nos familles. Et c’est sans doute son choïx judicieux des épouses qui assura le succès et le bonheur des premiers foyers du pays. Voyez comme elle en parle elle-même : ‘ Quelques années après mon premier voyage en France, il arriva à Ville-Marie environ dix-huit filles du roi, que j’allai quérir au bord de Peau, croyant qu’il fallait ouvrir les portes de la maïson de la sainte Vierge À toutes ces filles. Mais notre maison étant trop petite pour loger
celles qui arrivaient, nous fimes accommoder une
mL 4h. GR Guen ce vu
maison que nous avions achetée de $Saint-Onge, et Je demeurai là avec elles. J’étais obligée d'y demeurer à cause que c’était pour former des familles”? (Écrits autographes).
La bonne mère les entourait de sa tendre solli-
citude, leur donnant quelque instruction, les avertissant des dangers, éclairant leurs pas dans la vie, nourrissant l’âme et le corps, jusqu’à ce que leur fils | place eût été trouvée pour la formation de nou- Re veaux foyers domestiques. Louise Sémillard, iii NÉ épouse de François Fortin, fut une de ces privi-
4! lég'iées.
‘1 L'acte de son mariage fut passé le huit juillet Hal 1674, dans la maison neuve de la Congrégation. (1 Elle était fille d’Orsan Sémillard, huissier royal 1h RUE à la cour souveraine de Troyes, et de Marie Bour- AN H geois (Faiïllon, Histoire de la Colonie française, IT, MPENPUE p. 339).
HEURE La première page du registre de la paroisse de ji | la Rivière-des-Prairies fait voir l’acte suivant : AT ‘ Le 22 novembre 1687 a été baptisé Joseph, fils de EE François Fortin et de Louise Sémillard, sa femme ;
Se à.
L . . Li L ta! il a été nommé par Jacques Biétré dit le Chevalié UNE et Anre Charon.
LEUR CLÉ À . ; ANT (Signé) BARTHÉLEMY.” TRE (ER | 8:
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Les nombreux descendants de cette famille se sont successivement établis au bord de la rivière des Prairies, et un d’eux, M. Narcisse Fortin, a acquis la terre occupée jusqu'alors dans notre paroisse par feu Maxime Dagenais, pendant que d’autres colons se fixaient dans l’intérieur, formant une nouvelle côte appelée Saint-Michel.
Cette côte, qui a conservé son nom jusqu’à nos jours, fut desservie partie par messieurs les curés de la Longue-Poïinte et de la Pointe-aux-Trembles, et partie par monsieur le curé du Saul-au-Récollet, jusqu’à l’érection de la nouvelle paroisse de Saint- Léonard de Port-Maurice, dans ces dernières années.
Dès 1673 la population de la Rivière-des-Prairies avait déjà pris un bon développement, puisque M. d’Aillebout jugea à propos d’y nommer sergent d'office le sieur Pierre Cabasié, afin de régler les différends qui pourraient surgir (Faillon, Histoire de la Colonie française, IIT, p. 339).
M. Michel Barthélemy, prêtre de Saint-Sulpice, fut chargé, en 1687, d’y fonder une cure sous la protection de saint Joseph.
Il était arrivé de France en même temps que M. Dollier de Casson, le 7 septembre 1666, et il fut chargé de cette nouvelle cure de 1686 à 1692. C’était la troisième paroisse établie dans l’île. Le prêtre
ne s’y rendait d’abord que de temps en temps pour
y célébrer la sainte Messe dans la maison la plus
propre à cette fin, jusqu’à ce que l’on pût construire + une chapelle.
A mesure que les seigneuries et les fiefs con-
Rire, cédés aux officiers et soldats d’armées licenciées se
ROCHER partageaient le sol, ils prenaient les noms de leurs
1] 1h propriétaires. C’est là l’origine de nos villages, de nos paroisses avec leurs noms de Sorel, Chambly, EU IE Berthier, Saint-Ours, Lachenaie, Contrecœur, Ver- Ur REET chères, La Valtrie, ete, ete.
M. Barthélemy contribua d’abord à l’établissement de la paroisse de Lachine, ainsi que MM. de PHARES Fénelon, d’'Urfé, Le Fèvre, Trouvé et Bailly. | Une chapelle y fut construite, moyennant la Hi 11e générosité du sieur Jean Chevalier. IT affecta à HR cette fin une partie de ses biens, en 1671. REA Elle ne fut bénite et livrée au culte qu’en 1676. JFERR M. Gayotte, de Saint-Sulpice, bénit cette chapelle HQE ie jeudi saint de cette même année en lui donnant REAORLEE le vocable des saints Anges.
il pin Dès 1674, cependant, comme le prouve M. Fail- “Ne lon (Histoire de la Colonie française, IIT, p. 357), de ATTRE il y avait une chapelle au bas de l’île de Montréal, 4
se à
Wir et le prêtre de Saint-Sulpice qui la desservait était, |F HIT TATE À la fois, missionnaire au bas de l’île, à Repen- ; 4 : . L .
tigny, à l’île Sainte-Thérèse, À Lachenaie, et à
Verchères (Faillon, Registre de la Pointe-uux- Trembles).
Ce ne fut qu’en 1678, le treize niars, que la première église de la Pointe-aux-Trembles fut terminée, Elle fut bénite sous le titre de l'Enfant Jésus, “ayant alors pour curé M. Seguenot ” (Faillon, Registre de la Pointe-aux-Trembles, IT, p. 558).
Les habitants de la Rivière-des-Prairies furent alors desservis par le curé de la Pointe-aux- Trembles, jusqu’à ce que M. Barthélemy eût bâti sa chapelle. Et même après que Péglise fut construite, il arriva que le même prêtre fut chargé des deux paroisses, comme il appert par les registres de la Rivière-des-Prairies.
La population augmentant alors rapidement, les prêtres étaient obligés de se multiplier pour faire face aux exigences d’un ministère grandissant de tous côtés.
Les sages mesures de Louis XIV accéléraient ce développement, et il faut admettre qu’elles ineulquèrent dans les mœurs et coutumes de nos premiers habitants des principes de vraie force qui se sont heureusement maintenus jusqu’à nos jours.
“ C’est une chose prodigieuse de voir l’augmentation de la population dans ce pays, écrivait la
Mère de lIncarnation; outre ces mariages de
volons envoyés par le roi, ceux qui sont établis depuis longtemps dans le pays ont tant d’enfants, que cela est merveilleux, et tout en foisonne.”
Mgr Laval, dans une lettre écrite à M. Poitevin, curé de Saint-Josse, à Paris, exprimait la même opinion.— Pour l'ordinaire les familles des sauvages ne sont pas peuplées de beaucoup d’enfants, comme celles de nos Français, où, dans la plupart en ce pays, ils se trouvent 8, 10, 12 ei quelquefois
jusqu’à 15 et 16 enfants” (Rel. de 1668, p. 31).
Pendant que la Mère Bourgeois plaçait les filles
envoyées par le roi au Canada pour la bonne formation des familles, madame Bourdon travaillait à la même œuvre À Québec, et c’est d’elle que la Mère de l’Incarnation écrivait en 1668 : “Qu'elle était un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle est la mère des misérables et occupée à toutes sortes de bonnes œuvres.”
Je recueille, chemin faisant, ces traits de vertu, et je rends hommage à cette femme si charitable dont le dévouement a contribué au bonheur de nos ‘ampagnes.
Ces filles du roi, comme on les désignait dans le temps, ont été répandues un peu partout, et on peut aflirmer sans crainte qu’elles ont, d’une manière générale, répondu aux espérances de leurs
bienfaitrices.
rs
Certains auteurs, comme La Hontan, Beauchesne, n'ont pas craint d'attaquer leur vertu et de noircir leur réputation ; mais il est impossible de trouver dans les mémoires du temps des faits capables de prouver leurs allégués. Au contraire, la sévérité à réprimer les abus de toutes sortes dès qu’ils se manifestaient, de la part des autorités civiles et religieuses, l'esprit de foi et de piété dominant partout, tout cela établit clairement que l’immoalité publique n’eût pas été tolérée. Ce qui fait écrire à M. Benj. Sulte (Æistoire des Canadiens- Français, IV, p. 79) :
‘“ Les racontars de La Hontan ct du chevalier de Beauchesne ont fait croire que le Canada se remplissait de femmes qui étaient les rebuts de la société francaise durant la période qui va de 1670 à 1700.
‘“ Rien de plus faux que cette croyance,” et plus loin le même auteur ajoute : “ En 1668, le roi déboursa quarante mille francs pour aider à l’envoi de jeunes filles.
‘ Quelques historiens ont voulu jeter du louche sur la condition de ces personnes, dont un certain nombre jouissait d’une bonne instruction, si on en
juge par leurs écritures qui sont restées. Ce n’était, assurent-ils, que des pauvresses ramassées dans les rues de Paris. ?”
DST > à
Talon, s'adressant aux ministres (1668), dit : ‘Entre les filles qu’on fait passer ici, il y en a qui ont de légitimes et considérables prétentions aux successions de leurs parents, même entre celles q sont tirées de l'Hôpital-Général de Paris.”
Elles n'étaient done pas tout à fait destituées au côté de la fortune et de l'éducation.
De son côté le Père Charlevoix, en décrivant à Mme la duchesse de Lesdiguières les grandes réunions pour la vente des pelleteries à Montréal (Jour. hist, V, 210), écrivait :
“Si par hasard, Madame, vous tombez sur Île livre de La Hontan, où il est parlé de cette foire, donnez-vous bien de garde de prendre tout ce qu’il dit pour des vérités. La vraisemblance n’y est pas Montréal
jamais donné lieu à ce que cet auteur y met sur
même gardée. Les femmes de n’ont leur compte, et il n’y a rien à craindre pour leur honneur de la part des sauvages.—La Iontan ne pouvait pas ignorer ce qui est de notoriété publique en ce pays; mais il voulait égayer ses
v réussir, tout lui était bon. On
mémoires, et pour est toujours sûr de plaire à certaines gens, quand on ne garde aucune mesure dans la liberté qu’on se donne d'inventer, de médire, et de s'exprimer
sur certaines matières.”
C’est le lieu de citer les remarques si judicieuses de M. Ferland: ‘“ A l’appui des témoignages rendus à la pureté des mœurs de nos ancêtres, nous citerons une autorité qui ne peut être soupçonnée de flatterie: ce sont les registres mêmes où furent inscrits presque tous les baptêmes qui se firent dans le gouvernement de Québec jusque vers l’année 1672. Sur six cent soixante-quatorze enfants qui furent baptisés, depuis l’an 1621 inclusivement, jusqu'à l’année 1661 exclusivement, on ne compte qu’un seul enfant illégitime.
‘ Depuis 1661 jusqu’à 1690, on rencontre le nom d’un seul autre enfant né de parents inconnus. En sorte que, dans l’espace de soixante-neuf ans, au milieu d’une population composée de militaires, de marins, de voyageurs, de nouveaux colons, deux enfants seulement sont nés hors du légitime mariage de leurs parents.
“ Ces chiffres fournissent une réfutation péremptoire des calomnies inventées par les La Hontan et quelques aventuriers de même aloi contre la réputation de nos aïeules canadiennes. ”
Le lecteur comprendra facilement pourquoi nous insistons sur ce point.
Il s’agit de notre honneur à nous tous, car nous
descendons de ces premières femmes du pays. En
aidant à creuser le sillon, elles n’ont pas eu seule-
ment l’ambition des produits matériels, mais avant tout elles ont généreusement cultivé, pour elles et pour toute leur descendance, la noble plante de la vertu.
Au sein de leurs fatigues, de leurs combats, de leur abandon, je dois dire, nos habitants ont été pour la plupart vertueux, sobres et honnêtes ; les filles du roi, en devenant leurs épouses, les ont secondés dans tous leurs efforts, et ont créé dans notre patrie une race pure et généreuse, pleine de foi vive et de fervente piété ; c’est ce qui forme encore pour toutes nos campagnes notre gloire la plus précieuse.
Dès 1654, la sœur Morin, de l’ Hôtel-Dieu, écrivait au sujet de l’honnêteté et de la charité canadiennes ce qui suit :
‘“ Rien ne fermait à clef, ni les maisons ni les coffres, ni les caves, tout demeurait ouvert, sans que personne eût à se repentir de sa confiance. Ceux qui jouissaient de quelqu’aisance s’empressaient d’aider les autres, et leur donnaient spontanément, sans attendre qu’ils réclamassent leurs secours, se faisant au contraire un plaisir de les prévenir et de leur donner cette marque d’affection
et d’estime.”?
Plus tard, en 1721, le Père Charlevoiy écrira :
‘“ Toute l’île de Montréal ressemblait à une communauté religieuse, On avait eu dès le commencement, une attention particulière à n’y recevoir que des habitants d’une régularité exemplaire; ils étaient d’ailleurs les plus exposés de tous aux courses des Iroquois, et ainsi que-les [sraëlites au retour de la captivité de Babylone, ils s'étaient vus obligés, en bâtissant leurs maisons et en défrichant leurs terres, d’avoir presque toujours leurs outils d’une main et leurs armes de l’autre, pour se défendre d’un ennemi qui ne fait la guerre que par surprise ; ainsi les alarmes qui les tenaient toujours dans la crainte, avaient beaucoup servi à conserver leur innocence et à rendre leur piété plus solide.”
Les personnes les plus recommandables se dévouaient au choix des épouses, nous Pavons déjà dit; c’est ce qui fait écrire à M. Benjamin Sulte (Histoire des Canadiens- Français, IV, p.117) : “ Un bureau formé de femmes infiniment respectables du Canada : la Mère de lIncarnation, Mlle Mance, madame Bourdon et madame d’Aïllebout, supportées par des personnes pieuses de la cour et de la bourgeoisie de France, c’est plus qu’il n’en faut pour garantir nos mères canadiennes contre toute
accusation. L'influence de l'esprit religieux dans
le choix de ces filles avait été prépondérante. Les Jésuites, sans pitié pour eux-mêmes, ne l’étaient pas davantage pour les autres, surtout lorsqu'il s’agisait de la morale; on ne peut qu'applaudir à cela. Les Sulpiciens de même. Des femmes comme la Sœur Bourgeois, la Mère de lIncarnation, Mme Bourdon, Mme d’Aüïllebout, Mile Mance sont, plus que la femme de César, à Pabri de tout soupcon.” C’est des mères canadiennes que M. Napoléon Bourassa à tracé le superbe tableau suivant : Partout, à côté de leur mari, on les voit exposées À tous leurs dangers, surprises par les Iroquois pendant qu'elles recueillent au champ la moisson, ou préparent à la cabane provisoire le berceau des générations qui se précipitent, elles portent des armes à ceux que l’ennemi assaille à Pimproviste, elles défendent victorieusement nos forts et nos palissades pendant que les hommes courent vers d’autres points menacés, elles subissent la torture À côté de nos martyrs, elles sont ravies et retenues en captivité pendant des années, en captivité chez les Iroquois, sous des huttes d’écorce d’où elles reviennent plus intrépides et plus respectées. À Ville-Marie, un jour, or voit surgir tout autour de Penceinte, au milieu des éclarcis formés
par les nouveaux défrichemenuts, des bandes d’Iro-
quois ; ils se précipitent sur les colons occupés aux
travaux des champs. Ceux-ci, désarmés, ne voient de salut que dans la retraite. Mais les sauvages peuvent entrer aveg eux dans les retranchements, il ny a plus d'hommes à l’intérieur pour les défendre. Une femme, Mme Duelos, voyant le danger, charge sur ses épaules un faisceau d’armes et court Île porter aux fuyards que rejoint déjà l’ennemi. Armés, ils se retournent, ils combattent, ils vainquent, et Ville-Marie est sauvée.
** A Verchères, deux fois, le fort complètement vide d'hommes valides, surpris par des bandes sauvages, fut sauvé par le sang-froid, lintrépidité et intelligence des châtelaines du lieu ; par Mme de Verchères d’abord, et par sa fille, deux ans plus tard. Ces femmes assemblées à limproviste armèrent tous les enfants de fusils, déchargèrent les canons et, couvertes d’uniformes de soldats, se présentant à toutes les meurtrières, sur tous les points menacés, elles semblèrent légion aux yeux de l'ennemi, qui s'enfuit effrayé et vaincu” (Nos Grand'mères, pp. 63 et suivantes).
Cette admirable description met sous nos yeux de haute faits historiques, et quoiqu’ils ne se rattachent pas directement à nos plages, il est nécessaire de les connaître pour établir de plus en plus
la force, la noblesse de nos origines.
Les prodiges de valeur, en ces temps, étaient quotidiens, et le fait seul de se trouver disséminés tout le long de notre rive pour cultiver le sol, en élevant de nombreux enfants dans la crainte du Seigneur en dépit des surprises et des misères de toutes sortes, ce fait, dis-je, suffit À établir la gloire de nos aïTeux.
Disons que toute la population puisait alors le courage et l'énergie à bonne source.
Les missionnaires, les messieurs de Saint-Sulpice, ayant À leur tête un évêque comme Mgr Laval, marchaient dans tous les sentiers à la lumière de la colonne du feu divin; le petit peuple élu dont nous avons l'honneur de descendre, les suivait avec une foi profonde et une parfaite soumission.
Outre les filles envoyées par le roi, les mères se recrutèrent parmi les personnes attirées À Ville- Marie par les prôtres du séminaire pour alimenter les communautés naissantes.
Bon nombre d’entre elles, après un essai de la vie du couvent, se décidèrent à retourner dans le monde, obelles créèrent des foyers exemplaires de vertus ; ce qui faisait écrire à la sœur Morin, de Pâtel-Dieu : “ Dieu le permit ainsi, pour peupler la nouvelle colonie et lui donner des mères de famille remplies
de son esprit et de son amour.”
En même temps que Louis XIV envoyait des
filles recommandables dans notre pays, il pressait Mer Laval d'user de toute son influence pour que les garçons se mariassent À dix-huit ans et les filles à seize (Faïllon, Archives du Séminaire, TI, 217). Il aïitecta une somme de trois mille livres à la formation des mariages. Sur cette somme ses officiers devaient donner vingt livres aux garçons se mariant à vingt ans et au-dessous, et vingt livres à chaque fille s’établissant le plus tard à seize ans.
Comme la perspective d’une nombreuse famille pouvait effrayer les colons dans ces premiers temps parsemés de difficultés, le roi eut la généreuse idée d’assigner, en 1669, par une ordonnance spéciale, une pension de trois cents livres aux pères de dix enfants, et une de quatre cents à ceux qui en auraient douze.
Voici ce que fit le conseil souverain de Québec en
rapport avec cette bienfaisante ordonnance du roi
(Du lundy, vingtième octobre 1670. Jug. et dél. du Con. Souv., I, p. 638). Il ordonna aux pères de dix enfants d’avoir à représenter à l’intendant de justice, police et finances le nombre de leurs enfants au mois de juin et de juillet de chaque année, lequel après en avoir fait la vérification, leur ordonnera le paiement des dites pensions, moitié comptant et
l’autre année en fin de chaque année.” Faisant allu-
sion à Pargent donné aux garçons et aux filles mentionnés plus haut, le conseil décrète : Ce qui sera appelé le présent du roi—et que ceux des habitants qui auront le plus grand nombre d'enfants soient toujours préférés aux autres, si quelque raison puissante ne l'en empêche et qu’il soit établi quelque peine pécuniaire applicable aux hôpitaux contre les pères qui ne marieront point leurs enfants à l’âge de vingt ans pour les garçons et de seize pour les filles.”
Ces sages dispositions établirent les familles sur des bases solides de dévouement et de respect, et leur inculquèrent des sentiments de générosité pour embrasser la vie matrimoniale dans le printemps de la jeunesse, sans se préoccuper outre mesure de ses difficultés.
C’est là le secret de laccroissement moral et rapide de nos habitants: c’est ce qui à fait leur force nationale pendant que les rayons du soleil fécondaient leurs champs. Les bras vigoureux venaient vite s'ajouter aux autres avec la même
foi dans les Âmes et l’amour généreux dans tous les cœurs. Les rangs de nos paroisses allongeaient À vue d'œil, le travail et le courage surmontant tous les obstacles ; nos belles campagnes, à l'ombre
de leurs clochers, formèrent ainsi nos héritages.
On comprendra mieux encore la 1ormation de notre population rurale en montrant qu’elle eut de puissants protecteurs parmi des hommes descendant de familles nobles de France, et aussi parmi ceux qui furent anoblis pour leurs services signalés.
Des titres honorifiques furent décernés, non pour établir une distinction hautaine et exigeante, mais pour protéger l’action saine de lhabitant, l’encourager et l’éclairer au besoin.
C’est ce qui fait écrire à M. Benjamin Sulte au sujet des familles de notre noblesse canadienne : ‘“ L'introduction de ces personnes dans le Canada comblait un vide; à part les cultivateurs, groupe essentiel de la colonie, il fallait quelques hommes de profession, quelques gens habitués aux affaires, non pas du commerce, mais de ladministration en général, et comme Îles habitants ne pouvaient encore tirer de leurs rangs cette classe dont ils devaient plus tard fournir tant d’excellents sujets, ils furent heureuxle se voir aidés par des familles bien disposées et qui, ayant leur fortune à faire comme le commun des mortels, se mirent à l’œuvre avec eux, oubliant leur noblesse de sang et de rang, si toutefois ellcs sortaient de ce milieu,
ce qui, nous le répétons, n’est point prouvé, sauf
peut-être dans deux ou trois cas” (Histoire des Canadiens- Français, VX, p. 77).
Louis XIV motive ses lettres de noblesse en
faveur de Nicolas Juchereau de Saint-Denis, en disant que son père ‘fut Pun des premiers qui LH S’'attachèrent uniquement et suivant nos intentions à fuire des établissements considérables et À tra- + vailler au défrichement et à la culture des terres.” Le roi fait la même remarque au sujet de sieur | Aubert de Lachesnaye : D'autant qu’il a employé des sommes très considérables pour le bien et 14 l'augmentation de la colonie et particulièrement au défrichement et à la culture d’une grande éten- MIT due de terres, en divers établissements séparés, nous avons cru que nous devions le traiter favorablement et lui donner des lettres de noblesse”?
(Faiïllon, Aistoire de la Colonie française, TT,
of RE Nous le voyons, la protection du grand monarque s’étendait sur tout le pays, et en entourant le foyer domestique des @rtus chrétiennes, il en assura le bonheur et l’agrandissement, en y dl imprégnant l'amour ineffaçable de la France.
Aujourd’hui cet amour est encore vivace dans
UE toutes nos campagnes où l’on ne saurait avoir une
A1, 1 fête quelconque sane un drapeau qui le caractérise.
Complétons ce que nous avons dit au sujet de notre noblesse canadienne en ajoutant les judicieuses réflexions de M. Benjamin Sulte :
“Ce qui manque ordinairement aux colonies nouvelles, e’est une classe dirigeante et intéressée pour son compte au bien-être des habitants.
Colbert saisit cette vérité du premier jour de son administration, Sur les bases déjà solides de nos familles rurales, il placa la noblesse de talent et de bone volonté, et pour que lon comprit bien son intention, il appela à ce rang supérieur une dizaine de Canadiens, susceptibles de Phonorer dans leurs personnes où dans leurs enfants. 7% lors, tout imarcha avec ordre à la satisfact : Loacrale. A Chartier de Lotbinière, Rouer de Villeray, Les d’'Ailleboust, les Juchereau, les Leneuf les Le Gardeur, les d'Amour, les Denys, les Robineau de Bécancour, les Gourdeau, qui étaient venus isolément de France avant 1650, portant des noms de noblesse où regardés comime tels, il ajouta, par choix judicieux, une phalange de gentilshommes, la plupart militaires, qu’il induisit à faire souche en Canada pour y perpétuer le sentiment français, en un mot édifier une nouvelle France.
“ Un siècle de travaux et de combats glorieux atteste la valeur de ce présent royal, fait par un grand ministre à lPhumble colonie des bords du
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Saint-Laurent. La religion et la patrie en retirèérent un grand bénéfice. A la faveur de ce système, nous avons pu exister comime nation et soutenir des luttes qui rappellent les beaux temps de la Grèce et de Rome. Ceux qui, de nos jours, prononcent avec mépris ou indifférence le mot noblesse sont trop enclins à se rep.usenter Îles choses du moyen Âge ou des pays à moitié barbares. Rien de cela ne s’est reproduit parmi nous, il v à eu solidarité, attachement mutuel entre lPhabitant du Canada et sa noblesse. Ne Poublions jamais, car cest une des plus belles pages de nos annales” (Histoire des Canadiens- Français, Va p. 102).
Tout en admettant l’existence de notre noblesse canadienne et les précieux services qu’elle à rendus au pays, il ne faut cependant pas lui donner de trop grandes proportions, —en acceptant à l’appui de ses opinions ou plutôt de ses désirs la particule “ de”,
Comme règle générale on doit dire que le “de” provient d’une localité ou d’une terre.
Grand nombre de nos habitants portent la fameuse particule, tels les Lefèvre de Belle-fsle, Couillard de lPEspinay, Lemaître de Lottinville. Guyon de Buisson, Tarry de la Haye (Suite, V, p. 105).
À part de rares exceptions, notre noblesse a été, aux premiers temps de la colonie, ce que sont Îles titres accordés par notre gracieuse souveraine à nos citoyens distingués.
Nos ancêtres ont été décorés naguère à raison des services rendus et pour les inciter à en rendre À l’avenir de plus précieux.
A la tête de tous ces serviteurs insignes de la patrie se trouve M. Boucher.
M. de Lauzon voulut récompenser son zèle pour le bien général de la Nouvelle-France en lui obtenant des lettres de noblesse en 1661.
En 1667, Talon proposa au ministre cinq noms méritant des titres honorifiques : Jean Godfroid, Charles Le Moïne, Simon Denis, Mathieu Amyot, et Louis Couillard.
M. de Tracy proposa de son côté : Jean Bourdon, Jean Juchereau, Denis-Joseph Ruette d’Auteuil et Pierre Boucher.
Comme nous venons de le dire, ce dernier avait déjà été anobli en 1661.
‘Quant aux Canadiens, écrit M. Benj. Sulte, qui furent anoblis ou que la profession des armes nous fait connaître, tels que Le Moyne de Maricourt, Boucher de Niverville, Hertel de Cournoyer, Godefroy de Roquetaillade, Trottier de Beaubien, Sabrevois de Bleury, il y a lieu de croire qu’ils
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avaient emprunté ces noms à des localités ou à des familles de France dont ils tenaient à conserver le souvenir ” (Histoire des C‘'anadiens- Français, V, pp. 103-105).
Ces détails relatifs à notre noblesse ne sont pas
étrangers à mon sujet; ils éclairent nos origines,
HUE et en révèlent les beautés.
A is! Depuis 1663, notre pays est placé sur une base de solidité durable.
La population, peu nombreuse encore, va s’ac-
croître sous une influence enfin protectrice de ses . 0 A > : A vrais intérêts. Les guerres retarderont ses progrès,
mais la lutte deviendra moins funeste; la traite ne
PHARES sera plus l’unique objet en vue.
hi | La Mère de l’Incarnation exprime lopinion ou HITIE plutôt l’espoir de son temps, après le voyage de | M. Boucher en France pour exposer au roi Louis at XIV les besoins et lavenir de notre pays, en JM disant que ‘l’on peut faire en ce pays un dl UE . royaume plus grand et plus beau que celui de RENE France. (C’est le sentiment de ceux qui disent sy | ls gi connaître.” st Grâce au travail constant et si patriotique de | 1 ni M. Benj. Sulte, il nous est donné de puiser les renit il seignements les plus précieux dans lÆistoire véri- | FU à table et naturelle des mœurs et produclions du pays de At
LE TAN la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada.
Les extraits de ce petit livre écrit par un des pères les plus bienfaisants de la patrie, le sieur Boucher, nous montreront la condition de notre agriculture dans ses commencements.
On peut dire que Îles difficultés à vaincre par Phabitant ont été si ardues, qu'elles ont laissé chez lui des traces profondes.
“* La plupart de nos habitants qui sont ici, écrit M. Boucher, sont des gens qui sont venus en qualité de serviteurs, et après avoir servi trois ans chez un maître, se mettent À eux ; ils n’ont pas travaillé plus d’une année qu’ils ont détriché des terres, et qu'ils recueillent du grain plus qu’il n’en faut pour les nourrir. Quand ïls se mettent À eux, ils ont peu de chose; ils se marient ensuite À une femme qui n’en à pas davantage ; cependant, en moins de quatre où cinq ans, vous les voyez à leur aise, s'ils sont un peu gens de travail, et bien ajustés pour des gens de leur condition.”
Ces lignes font comprendre les heureuses eonséquences des dispositions royales mentionnées plus haut, Du moment que les colons purent librement se livrer À la culture, ils se lancèrent dans cette voie avec courage, et en quelques années ils obte-
naient des rendements merveilleux sur cette terre
si féconde. On voit aussi par ces paroles qu’une
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bonne aisance régnait dans les foyers parce que les dépenses étaient en rapport avec les revenus.
On fabriquait à la maison tout ce qui était nécessaire au ménage et aux habits. Heureux temps, où, d’après le témoignage si véridique du sieur Boucher, nos ancêtres étaient à leur aise et bien ajustés pour des gens de leur condition :
Les habits qu'ils revêtaient, étaient complètement l’œuvre de leurs mains. Leurs toiles, leurs flanelles, leur literie, leurs étottes étaient en hon-
neur dans les maisons du bon vieux temps,
LEP maisons si bien adaptées aux rigueurs du climat. ! C'était une fierté légitime pour l'habitant d’avoir | ps AE bâti sa demeure, pour l'épouse d’avoir taillé et cousu si A les vêtements de tous les siens. En jetant les re- RAA LP vards sur eux et sur les autres, ils pouvaient se A :} dire avec contentement qu'ils avaient tout gagné ll at par leurs fatigues et leur industrie, et qu’ils ne de- {e * | valent rien au marchand.
{nr Ua Les temps sont malheureusement bien changés... 1} MIRE La tuque, souvenir de Normandie, régnait alors } ik je: sur les têtes. Le luxe la chasgsée, comme la toile et LEUR Ni les bottes sauvages.
je jh C’est un malheur, écrit M. Benjamin Sulte. Il (in a raison.
‘ Mir Cette coiffure avait tant de sens pratique, et
è | { at: même de beauté réelle, que la mode l’a choyée de- # ‘] È
puis quelques années, Dans nos campagnes, il nous reste quelques bons vieillards qui la chérissent encore ; pour nos jeunes, il leur faut autre chose,
Dans ces temps où la modestie et le confort s’allinient si bien ensemble, l’étoffe grise était entourée de considération, et pour cause.
Les gentilshommes, assimilés aux habitants, s’en servaient avec bonheur. L'exemple en avait été donné par le sieur de Maisonneuve pendant tout son séjour à Ville-Marie, ce qui fait écrire à M. Faillon : # Quoique dans les occasions où il devait paraître comme gouverneur, il fût toujours vêtu ainsi que le demandait son rang, et montrât beaucoup de dignité dans toute sa personne, son habit ordinaire était le même que celui des simples habitants, un capot de serge grise à la mode du pays.” “ Il est regrettable que depuis quelques années, écrit avec raison M. Benjamin Sulte, un luxe mal appliqué et souvent ridicule, ait répandu dans nos campagnes les tissus à bon marché que les villes nous fournissent pour affubler le peuple d’un faux air de rentier ruiné” (Histoire des Cunadiens-Français, III, 120).
Notre étoffe du pays, communément grise, dès ce temps avait des nuances plus ou moins foncées,
Jusqu'à ces dernières années un bon nombre de
curés étaient heureux de se procurer de cette étoffe
canadienne noire pour leurs soutanes et d’autres habits de la froide saison.
M. Ferland dit au sujet des couleurs d’habits, que “ le bleu semble avoir été la couleur favorite des premiers habitants de Montréal. Ce goût paraît s'être conservé pendant longtemps ; encore au commencement de ce siècle, les bonnets des gens de la campagne étaient bleus dans le district de Montréal, tandis qu’ils étaient rouges dans celui de Québec, et blanes autour des Trois-Rivières.” Ce qui fait dire à M. Benjamin Sulte : ‘ Qui se serait
attendu à voir le futur drapeau tricolore sur la tête
pe des sujets de Louis XIV !” | fi ul, Il est bon de donner ici des détails sur les pro- | Fe 4 duits du sol.
if Ce que M. Boucher en raconte nous fait voir que 4 di l’agriculture prospérait sur un plan uniforme, qui Ft [à Wa guère varié depuis son temps jusqu'à ces der- 1} a [' nières années.
} qu +! Quant à la fécondité du sol, elle a toujours été | x fi reconnue.
lit 14 La relation de 1653 dit à ce sujet: ‘“ Pour ce 14 "A HE qui est de la fertilité des terres, elles sont ici de {1:08 a bons rapports. Les grains français y viennent heu-
RE: reusement, et nous pouvons en cela nous passer des AL +4 secours de la France, quelque nombre que nous
soyons ici. Plus il y aura d'habitants, plus serons-
Le.