‹ Le Saut de l'élanChapitre 6 sur 7 · A CHACUN SELON SES ŒUVRES · texte numérisé non relu

A CHACUN SELON SES ŒUVRES

Dix jours s'étaient écoulés.

Les chasseurs campaient maintenant dans une position délicieuse, au milieu d'une campagne pittoresque, sur la rive gauche de la rivière Jourdan, au lieu nommé le Saut de l'Élan;

Près d'eux, à une demi-portée de fusil environ, s'élevait le camp des Bois-Brulés du capitaine Griffiths,

Et de l'autre côté de la rivière, comme formant le sommet du triangle, se dressaient les tentes d'un détachement assez considérable de Mormons,

Bien des événements s'étaient passés pendant ces dix jours.

Nous allons les analyser en peu de mots.

Quelques heures après le départ de Valentin Guillois pour aller rejoindre les confédérés, don Gregorio Pe-

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ralta avait conduit doîia Rosario à l'écart, et avait en avec elle une longue conversation;

Cette conversation avait fort ému la jeune fille ; elle avait beaucoup pleuré en écoutant don Gregorio, qui essayait vainement de la consoler, et elle s'était retirée en disant à don Gregorio d'une voix entrecoupée par les sanglots qui lui brisaient la poitrine -

— J'obéirai à mon père ; mais j'en mourrai.

Don Gregorio l'avait suivi des yeux d un air pensif, tandis qu'elle s'éloignait chancelante, et le visage inondé de larmes.

— Me serais-je trompé? murïnùrà-t-il, etferai-je réellement son malheur en croyant la rendre heureuse, en la priant d'obéir à la dernière volonté de son père?

Curumilla s'était alors approché de lui, et lui posant la main sur l'épaule.

—Pourquoi laTête-Grise a-t-il fait pleurer le Lis Rose, lui dit-il; Valentin triste de" la douleur de la jeune fille; laisser le Chercheur-de-Pistes parler, lui seulconnaître la pensée de son frère Luis; la Tête-Grise a eu tort.

Don Gregorio baissa la tête sans répondre ; le doute entrait dans son cœur.

Le soir, un peu avant le coucher du soleil, Èenitb Ramirez arriva à la grotte en compagnie des dix Bois-Brûlés; ils avaient réussi à s'emparer du capitaine Kild, qu'ils amenaient garrotté et ficelé comme une carotte de tabac.

Le bandit avait opposé une vigoureuse résistance ; ce

n'était 'qu'avec une difficulté extrême, que Ton avait réussi à s'emparer de lui.

Don Gregorio fit part aux Bois-Brûlés de Tordre de^ Griffiths.

Le Lingot avait réussi à échapper à toutes les poursuites.

.Benito Ramirez avait demandé à don Gregorio lapermission de saluer la jeune fille.

Celle-ci, avertie, était venue à sa rencontre; mais elle^ était si pâle et si défaite, un sourire si triste se jouait sur ses lèvres décolorées, que le chasseur avait été épouvanté.

— Mon Dieu l s'écria-t-il en l'apercevant et s'élançant vers elle pour la soutenir dans ses bras, tant elle semblait faible et chancelante; mon Dieu! que se passe-t-il donc? quel nouveau malheur vous a frappé?

— Un malheur terrible! répondit-elle en essayant vainement de retenir ses larmes ; oubliez-moi, Oclavio.

— Vous oublier, moi! s'écria-t-il avec force; c'est impossible !

— Oubliez-moi, reprit- elle défaillante; il le faut! Noussommes séparés à jamais; et elle tomba. à demi pâmée entre les bras de Curumilla qui remporta aussitôt.

— Oh! mon Dieu! s'écria le jeune homme d'une voix navrée, que signifie cela? je suis fou I c'est impossible !. Oh! je veux savoir!

Et il s'élança; mais Curumilln l'arrêta, et le ramenant doucement en arrière :

— Courage! lui dit-il, soyez homme.

— Du courage, murmura le jeune homme qui s'était laissé tomber sur un amas de fourrures et pleurait le visage caché dans les mains; du courage! j'ai le cœur brise,

— Oui, du courage ! reprit le chef avec force ; espérez, Curumilla vous dit; Valentin rien savoir; espérez, je vous dis.

En ce moment, Blue-Dewil, qui avait assisté de loin à cette scène, s'approcha de don Gregorio.

— Vous avez eu tort de ne pas consulter Valentin Guillois avant d'agir comme vous l'avez fait, lui dit-il rudement.

— Peut-être ! murmura tristement le Chacarero.

— Est-ce ainsi que vous aimez dona Rosario ? ne voyezvous pas que ces deux jeunes gens s'aiment; vous les tuez,

— Moi ! s'écria-t-il, vous voulez m'effrayer? cela ne peut être !

— Je vous dis que vous les tuez, reprit-il plus rudement encore.

— Valentin aime le Lis-Rosé comme sa. fille; il ne pardonnera pas à la Tête-Grise le mal qu'il lui a fait, dit Curumilla.

— Il vous maudira, ajouta Bludewil.

— Cela ne sera pas, je veux qu'elle soit heureuse.

— En l'enlevant à celui qu'elle aime ? fit Blue-Dewil avec ironie.

— Mais la volonté de son père?

— Son père voulait son bonheur, non sa mort; elle mourra, si elle n'épouse pas celui qu'elle aime.

— Ah ! c'est ainsi ! s'écria-t-il en prenant une résolution soudaine; eh bien, si elle meurt, vive Bios! ce, ne sera pas moi qui l'aurai tuée*

Et il se précipita comme un fou dans la grotte où doîia Rosario s'était réfugiée.

Son absence fut assez longue.

— Eh bien? lui demanda Bïue-Dewil lorsqu'il reparut.

— Eh bien, elle est beaucoup mieux, elle est plus calme ; je lui ai dit d'espérer.

— Vous auriez mieux fait de ne rien lui dire du tout, elle serait encore heureuse et tranquille; n'a-t-elle donc pas assez souffert?

— Pauvre enfant! s'écria don Gregorio en se frappant le front, décidément je suis un niais.

— Peut-être non, fit Blue-Dewil avec ironie; mais vous avez oublié de réfléchir.

— C'est vrai, c'est vrai; j'ai eu tort, dit-il avec conviction*

Cependant, grâce au changement de front opéré par don Gregorio, aux consolations de Curumilla et de Blue- Dewil, la douleur des deux jeunes gens se calma un peu; et l'espoir, cette panacée divine, rentra dans leurs cœurs.

Ils espéraient, parce que tous deux avaient apprécié le grand et noble caractère de Valentin Guillois, qu'ils étaient aimés de lui et qu'ils avaient foi dans son immense bonté.

Et pourtant ils étaient tristes ; le doute existait encore en germe 'au fond de leur cœur*

Avec cet égoïsme cruel de l'amour qui rapporte tout à soi-même, ils ne se demandaient pas si leur bonheur jie briserai! pas à jamais celui de Valentin, cet homme auquel ils devaient tout !

Ils ne songeaient qu'à leur amour, cet amour dont •dépendait leur existence, et qu'à tout prix ils voulaient voir récompensé.

Le troisième jour après le départ de Valentin. Guillois, un peu après le lever du soleil, les chasseurs cornmandés par le Castor arrivèrent à la grotte.

Leur arrivée causa une joie générale.

Le Castor raconta ce qui s'était passé.

Dona Rosario se sentit heureuse en apprenant la noble conduite de son frère, et comment il n'avait pas îhésité à risquer sa vie pour sauver celle de Valentin Guillois,

Le Castor arrivait chargé des instructions de Valentin -GuilJois.

Ces instructions portaient que le Castor ferait reconduire à Fort-Snelling les pauvres femmes et les enfants <qu'il avait sauvés des mains du capitaine Kild.

Deux cents dollars seraient .comptés à chacune .de ces malheureuses pour subvenir à leurs premiers besoins, >cent à chacun des enfants ; de plus, les ex-prisonnières seraient recommandées aux autorités de la ville, avec prière de les rendre à leurs familles.

Une escorte de quinze chasseurs devait les accompagner jusqu'à Fort-Snelling.

Cette escorte était faible à la vérité, "mais elle était

suffisante ; l'alliance contractée par le Chercheur de pistes avec les Peaux-Rouges mettait les voyageurs à l'abri de toute insulte.

D'après le conseil de Gurumilla, en <qui il avait la plus grande confiance, don Octavio Vargas, ou Benito Ramirez, comme il plaira au lecteur de le nommer, «consentit à prendre le commandement^de cette escorte.

Le Castor lui remit alors deux lettres.

La première était adressée au banquier du Coureur des bois, la seconde au gouverneur du Fort-Snelling.

La joie des prisonnières fut immense lorsqu'elles apprirent qu'elles allaient enfin être rçndues à leurs familles.

Mais elles regrettaient de quitter la grptte sans qtfii leur fût possible d'exprimer à leur sauveur toute la reconnaissance qu'elles éprouvaient pour sa ;génére$ise conduite envers relies .

C'était par .excès de délicatesse,, et pour se soustraire à l'expression de cette reconnaissance, qu'au lieu ;de ♦revenir ;au Voladero de l'Ours gris, le Chercheur :de Pistes s'était immédiatement dirigé vers le rendez-vous général du Saut de l'Élan.

.Don Octavio et dona Rosario eurent une longue *et touchante conversation en présence de don Gregorio Peralta. Leurs adieux furent tristes et surtout péni*toles ; cependant ils fS^ résignèrent, en se promettant de se revoir bientôt au Saut de l'Élan, <où, selon toutes probabilités, ce long et .terrible tdrame devait avoir son dénouement.

Le lendemain, au lever du soleil, don îBenito Raini-

rez se mit en route; il avait hâte de partir afin d'être plus tôt de retour.

Deux heures après son départ, Curumilla, qui avait longuement causé à part avec le Castor, se mettait sur la piste du jeune homme, emmenant avec lui quatre chasseurs déterminés.

Comme toujours, Curumilla commençait une expédition dont seul il avait le secret.

Le Castor et ses compagnons se préparèrent alors à abandonner le Voladero de l'Ours gris.

Les préparatifs furent assez longs; ils avaient de nombreux bagages à ejnporter. Heureusement les chevaux ne manquaient pas.

Les chasseurs, en partant pour leur expédition T avaient laissé leurs chevaux au Voladero.

Enfin, quarante-huit heures après le départ de Benito Ramirez, le matin, vers huit heures, tous les chevaux, chargés des bagages, furent réunis en manada.

Les chasseurs se mirent en selle sur les montures qu'ils s'étaient réservées, et, après avoir déposé dans des grottes secrètes, et inabordables pour tous autres que les initiés, les objets précieux qu'ils n'avaient pas reçu Tordre d'emporter; après avoir placé les prisonniers sous bonne et sûre escorte, le Castor donna Tordre du départ, et les chasseurs abandonnèrent définitivement le Voladero de TOurs gris, qui demeura désert.

Les deux premiers jours du voyage s'accomplirent sans incident digne de remarque ; il n'en fut pas de même du troisième.

Deux heures environ avant la balte de nuit, au moment où les voyageurs traversaient un passage assez dangereux, et qu'il s'était produit un encombrement parmi les chevaux, dont avait résulté un certain désordre, plusieurs coups de feu éclatèrent à l'improviste, tirés par des ennemis invisibles sur les chasseurs, assez empêchés; et qui s'occupaient à rétablir Tordre au milieu des animaux effarés.

Au même instant, une espèce de démon, s'élançant de derrière un rocher, s'élança par un bond de tigre, renversant tout ce qui lui faisait obstacle; et, se ruant sur dona Rosario, que son cheval, blessé d'une balle à la tête, avait désarçonnée, il saisit la jeune fille, et, l'enlevant dans ses bras puissants avec un rugissement de bête fauve, il s'enfuit, l'emportant sur son épaule.

Mais il n'alla pas loin.

Deux hommes s'étaient lancés à sa poursuite, le Pelon, et Curumilla qui venait d'apparaître subitement.

Le Pelon attaqua bravement le brigand en face; celui-ci, brandissant son fusil par le canon, en asséna un coup terrible au jeune homme, qui se jeta vivement de côté, sans pouvoir cependant éviter complètement le coup terrible qui lui était adressé ; mais, en tombant, le jeune homme lança son couteau avec une telle force et une telle adresse au bandit, que la lame tout entière disparut dans sa poitrine.

Le misérable, qui n'était autre que Lingot, poussa un rugissement de tigre.

k — Ah ! je t'écraserai, vermine! s*écria-t-il avec rage.

lEt il brandit sa redoutable massue au-dessus de sa tête.

C'en était fait du Pelon, renversé et à demi évanoui*

Tout h coup, Lingot se sentit saisi parles cheveux; sa tète fut violemment tirée en arrière. Il laissa échapper dona Rosario, qui roula sur le sol; et, malgré une 'résistance désespérée, il tomba sur les genoux.

Alors ses yeux, agrandis par la terreur, aperçurent le Tisage implacable de Curumilla.

Le Chef, tout en tenant de la main gauche la tête du 'bandit, violemment renversée en arrière, brandissait de Ja main droite son terrible couteau à scalper, tandis <que son genou pesait lourdement sur ses reins.

— Je suis perdu 1 murmura le bandit avec épouvante.

— Meurs, chien! lui cria le Chef d'une voix stridente.

Et, lui donnant une forte secousse avec les genoux, •en même temps qu'il tirait fortement les cheveux qu'il avait empoignés , il lui enleva la chevelure d'un seul «coup; puis il le repoussa dédaigneusement du pied.

Mais<ee n'était pas tout; l'implacable Chef, contraignant le bandit râlant, aveuglé par le sang qui coulait à flots sur son visage, et presque à demi-mort, à'se réle- Ter, le fît marcher, chancelant et tombant à chaque pas, jusque sous le bouquet d'arbres où ses complices, -après avoir été tués , avaient été pendus par les chasseurs.

— Tu vas être pendu, toi aussi, M dit le Chef -arec

-une voix si menaçante, que le 'bandit se sentit frémir.

Une:corde lui fut passée sous les >bras r et, au bout de quelques secondes, il se trouva -enlevé h unefhauteur considérable, vBt Ûottaiit dans l!air.

«■'ï!uez.-moi, ^par pitié*! tuez-moi! hurlait le bandit.

— Non, .dit durement le Chef; »tu as été sans .pitié pour tous,, ion sera sans .pitié .pour ttoi ! Souffre «jusque €e qu'il .plaise à la mort de te .prendre.

:Sur iun geste péremptoire <du*Chef indien, les chasseurs, .attérés-de cette effroyable justice, se 'hâtèrent de s'éloigner.

Le Lingot se tordit ;dans des douleurs horribles Tpendant ^plusieurs heures. Ce ne fut que le lendemain, *au lever. du jour, iqueEieu eut pitié de lui, .et qu'il «rendit Tâme t en .proférant mx dernier blasphème -; :mo.ura&t sans <se repentir^de ^sesxrimes, comme une brutetimmonde.

En;arriyant:à la jhalte, Xorsque les *cha$seurs déchargèrent îles Chevaux, ils ^s'aperçurent que v Brown .était mort.

Une ;baUeisoiîtie sans tdoute du ifusil de d'un .de ses -camarades, . ou, -pour mieux dire, complice, et dirigée par le ftasard, qui est le psQudonyme.de la providence, l'avait tué roide.

Il jfut jeté 4ans un trou recouvert de /terre, et itout ïut «dit.

Grâce au 'dévouement du tPêlon, dôfia JEtosario >qn avait été quitte pour la peur>quelui avait îfait éprouver la ^brutale attaque du 'Lingot.

Revenue à elle, la jeune fille se hâta de prodiguer les soins les plus affectueux au jeune homme, heureux de lui avoir prouvé son dévouement, et dont la blessure quoique grave, n'était cependant pas dangereuse.

Une heure plus tard, le Chef, froid et calme comme à son habitude, avait rejoint le campement avec les quatre chasseurs qu'il avait amenés avec lui.

Curumilla avait appris que le Lingot, après avoir réussi à récolter, on ne sait où, quatre ou cinq misérables de sa trempe* avait réussi à tenter une attaque désespérée pour s'emparer de Rosario, pour se venger sur elle ou, au besoin, s'en faire un otage précieux.

Le Chef s'était lancé sur ses traces, mais, trompé par une fausse piste, il avait failli arriver trop tard, ce qui aurait amené d'irréparables malheurs ; le dévouement du Pelon lui avait permis heureusement d'atteindre le bandit, qui, sans cela, se serait probablement échappé avec sa proie; grâce au désordre qui régnait parmi les chasseurs, que cette attaque imprévue avait frappés de stupeur.

Trois jours plus tard, les chasseurs atteignirent, mais cette fois sans aucun autre incident fâcheux, le Saut de TÉlan, où, depuis trois jours déjà, Valentin Gruillois était campé.

Grâce à la courtoisie de John G-riffiths, qui avait offert au Chercheur de Pistes la hutte,^ qu'à une autre époque il avait fait construire pour dona Dolorès de Castelar, et que la jeune femme avait même habitée pendant quelques jours, Dona Rosario trouva à son ar-

rivée un logement des plus confortables prêt à la recevoir ; rien n'y manquait*

On sait avec quel soin John Griffiths avait veillé à son installation ; les maisons de New- York ou de la Nouvelle-Orléans n'auraient rien pu offrir à la fois de plus commode et de plus* luxueusement coquet que cette hutte, qui se démontait comme un jeu de patience, qu'il fallait deux heures à peine pour monter et installer complètement, et qui renfermait parloir, salle à manger, salon, chambre à coucher, cabinet de toilette et salle de bains; enfin un -appartement complet, petit, à la vérité, mais charmant et meublé avec le meilleur goût, *

Valentin Guillois avait été très-reconnaissant au capitaine Griffiths de lui avoir fait ce charmant cadeau.

Aussitôt son arrivée, le chasseur se hâta d'y conduire la jeune fille, qui éprouva la joie la plus vive en retrouvant en plein désert ce luxe, cette commodité et ce confortable qui ne se trouvent ordinairement que dans les grandes villes, et dont les femmes les moins coquettes aiment à s'entourer; car ce luxe et ce confortable sont une partie de leur vie.

La jeune fille remercia chaleureusement son père adoptif, qui prenait un grand plaisir à lui faire tout visiter en détail ; puis il se retira, laissant dona Rosario et Harriett Duinbar s'installer dans leur nouvelle demeure.

Une hutte en branchages avait été construite, à quelques pas plus loin, pour Navaja et son fils ; afin que le

230 LES BOIS-BimkÉS

Pelonipût toujours être AUX i ordres 4o jc.elle ,gu 5 iLcfffl^idérait comme sa maîtresse.

Lorsque Valentin Guillojs eut conduit dan Ccregorio Peralta à laJmtle qu'il lui, destinait; gu'U eutîserréja -main des chasseurs et se fut .assuré que rien m XfiSDr quait.,à .leur jnstaUaUoji;il .fit entrer Je £a£ tondais la hutte qu'il s'était , réservée :et ,dans Jaquelle .Gurumilla s'était déjà .établi, et il lui demanda rdejuiirapporter.ee «qui s'était : pass.é depuis J.e jour où ils s'étaientséparés à la plaine des Anglais,; (.datait le noto /que Jîon axait donné ;à la (plaine de Ja iffall&Aïï&iixfi depuis Je .terrible massacre de .la colonne du coloixel-sir George Mliptt; nom qui lui a été conservé et qu'elle porte encore (aujourd'hui.

Le Castor raconta alors dans les plus .gran&s .détail^ tous les événements qui.avaient eu lieu.

— Comment seiait-il i que^Benito 1 Racoipez?a.it accepté la .mission déporter, ces pauvres Jfemm es jusqu'à ; £ort- Snelluig.

— Une l'a ;pas acceptée ; <c< est lui, au contraire, , qui l'a, sollicitée.

— Voilà qui est singulier; dit Yalenlin en .regardant ■Curumilla .comme ( pour,lui demander une e^iication.

Le chef sourit sans. répondre.

-— JB.enito Jïamkez semblait J;riste t7 ^préoccupé,; ;dit Je Castor.

— Triste, préoccupé, Benito Ramirez ! fît Valentiiude plus en plus surpris.

Lorsque. le Castor arriya;à l;atfàquembite<du^ingQt<:

— Ah ! je ne m'étonne plus maintenant de la tristesse que j'ai cru remarquer tchez ma fille adoptive, et qu'elle essayait de me cacher; une telle scène est bien faite pour abattre le moral d'une jeune fille.

Curumiila sourit de nouveau; mais cette fois son sourire avait quelque chose d'ironique, qui inquiéta Valentin.

Le Chercheur de Pistes laissa le chasseur achever •son récit, puis, lorsqu'il eut terminé, il lui serra chaleureusement la main en lui disant :

— Mon brave ami, vous m'êtes tous tellement dévoués, que je ne sais réellement comment je m'acquitterai jamais envers vous.

— Bah ! fit le Castor en riant, que cela ne vous ; in-

quiète pas Yalentin; laissez notre compte ouvert comme il Test en ce moment, et c'est nous encore qui seront yos débiteurs.

Il se leva alors, prit congé et se retira*

Valentin resta un moment pensif,

Curumiila fumait son calumet en le regardant de temps en temps à la dérobée ; au bout d'un instant le -chasseur se leva et alla s'asseoir auprès de lui.

—'Vous avez quelque chose à me dire? fit le chasseur.

— Oui, répondit Curumiila,

— Vous connaissez les motifs secrets qui ont engagé Beriito Ramirez à demander une mission au Castor?

— Curumiila les connaît.

— Tous savez les causes de la tristesse de dôûa Rosarîo.

— Curumilla les sait.

— Et vous me les direz, Chef?

— Si mon frère le désire.

— Parlez, Chef, j'ai hâte de tout savoir.

— Deux mots suffiront; le Chasseur Pâle aime le Lis Rosé.

— Je le sais, Chef, les deux jeunes gens s'aiment d'un saint et pur amour. C'est dans le seul but de sauver Rosario que Ramirez, qui est très-riche, a tout abandonné pour se faire chasseur.

— Ramirez est un homme , un grand cœur.

— C'est mon opinion, j'approuve cet amour; ils ont

eu sans doute quelque querelle d'amoureux? fit- il en essayant de sourire.

Curumilla hocha la tète.-

— La Tête-Grise a fait tout le mal, dit-il,

— Comment! don Gregorio qui aime tant Rosario? lui mon ami le plus cher! c'est impossible, vous vous trompez. Chef.

— Curumilla ne se trompe pas, que mon frère écoute le jour du départ de mon frère, la Tête-Grise a longtemps causé avec le Lis-Rosé ; il lui a fait lire un Collier y le Lis-Rosé a pleuré beaucoup, puis elle a dit : c'est bien, j'obéirai à mon père, mais je mourrai !

— Mon Dieu! que signifie cela!

— Le soir Ramirez est arrivé, continua le chef, le Lis* Rosé lui a dit : oubliez-moi; nous sommes séparés à jamais, et elle s'est évanouie. Ramirez était fou de douleur. Curumilla a consolé les deux pauvres enfants,*

Blue-Dewil aussi, en leur disant : attendez, Valentin seul a le droit de décider.

— Pauvres enfants !

— Puis, Curumilla et Blue-Dewil ont adressé des reproches à la Tête-Grise ; il a répondu : j'ai cru bien faire, je veux qu'ils soient heureux, je me suis trompé, Valentin décidera. Les enfants attendent et souffrent.

— Ah ! je veux à l'instant même savoir le mot de cette énigme ; je veux m'expliquer avec don Gregorio.

—Non, pas encore; que mon frère attende; Ramirez sera bientôt ici; tout s'éclaircira.

En ce moment Belhumeur parut.

— Cher ami, dit-il, il y a là des Mormons qui désirent vous entretenir.

— Qu'ils entrent, mon ami, qu'ils entrent; et, s'adressant à Curumilla : soit, lui dit-il, j'attendrai l'arrivée de Ramirez, Chef.

Les Mormons parurent alors introduits par Belhumeur, qui se retiVa aussitôt.

Valentin se hâta d'aller à la rencontre des visiteurs, et, après les avoir salués et les avoir invités à s'asseoir :

— A qui ai-je l'honneur de parler, et que désirezvous, messieurs?

— Capitaine, répondit un des visiteurs au nom de ses deux compagnons,* nous sommes des Mormons, des Danites envoyés par le prophète Briggam's Young au capitaine John Griffiths pour lui réclamer un Danite apostat nommé Harry BroAvn, lequel a méchamment

234 ïiES BOJS-BRULES

•assassiné, par trahison, tua de ses .collègues nommé •Gédéon Kild.

— Ensuite, monsieur?

— Le capitaine Griffiths nous a annoncé que le coupable était entre vos mains.

— En effet, monsieur.

— Nous venons donc vous demander si vous consentez à nous livrer c e .misérable, afin que justice soit faite de lui?

— Justice sera faite de cet, homme, monsieur, mais il a commis plusieurs autres crimes dont.irdoit rendre ■ compte; je ne puis le remettre entre vos mains; aujourd'hui même, dans une heure, lui et un autre .misérable, son complice, seront jugés par un tribunal, composé de trois JBois-Bjûlés, trois Coureurs des Bois et trois jyEorjnons; Je jugement .sera rendu ici dans mon • camp et immédiatement exécuté.

— Très-bien, capitaine; .dans une heure .trois Danites se rendront ici pour siéger comme juges ; ce que nous voulons, c'est que justice .soit faite.

— Elle ie ,s.e ra, soyez tranquilles .

Les Mormons saluèrent et se retirèrent.

Valentin, après avoir donné ses ordres jiBelhumeur ■qui lui servait de lieutenant, et avoir expédié une estafette à John Griffiths afin de le prévenir de ce .qui avait été convenu avec les .Mormons; se rendit auprès de sa fille adoptive; afin de iui.re.com mander de.nejp.as quitter .sa hutte, pendant le jugement qui allait .avoir lieu.

Il causa assez longtemps avec la jeune .fille, saps

paraître remarquer la tristesse de la pauvre enfant, qui, <lu reste, faisait les plus grands efforts pour la dissimuler; puis il la "quitta, en lui disant en souriant que le Pelon l'avertirait, de sa part, quand ses arrêts seraient levés.

Une heure plus tard, neuf personnes étaient réunies sous une vaste tente dressée au centre du camp, afin de servir de tribunal.

Sur une table derrière laquelle des sièges avaient été disposés, se trouvaient les fontes en fer-blanc du capitaine Kild, tous les papiers dont on s'était emparé, et différents autres objets, servant de pièces de conviction.

Tous les chasseurs avaient pris les armes; le Castor commandait le camp.

Xes neuf juges étaient, pour les chasseurs, Valentin Ouillois, Belhumeur, Curumilla ; pour les Mormons, Jonathan Maubert et deux autres Danites ; enfin, pour les Bois-Brûlés, John Gretfiths, le lieutenant Margottet et le capitaine James Forster.

Le capitaine Forster était arrivé le jour même, ce que Valentin avait prévu avait eu lieu.

Le gouverneur de la Colombie anglaise, en apprenant la catastrophe de la colonne du Colonel sir Georges Elliot, avait contremandé le départ de ses troupes, qu'il ne voulait pas exposer aune semblable défaite, en présence des intentions hostiles que montraient les Indiens de la colonie, et surtout de l'alliance formée par les Bois-Brûlés avec les chasseurs et les Peaux-Rouges de la région des Hautes-Herbes.

Le capitaine James Forster, après avoir poussé une pointe audacieuse en avant, avait rétrogradé et était venu rejoindre le capitaine John Griffiths.

Les neufs juges procédèrent alors à la nomination du. président. Valentin Guillois fut élu à l'unanimité.

Les juges prirent place.

Une corde attachée à deux piquets séparait la tente en deux parties inégales : la première, c'est-à-dire le prétoire, était d'un tiers de la tente au plus ; la seconde, destinée au public tenait les deux tiers.

A chaque extrémité de la corde, trois chasseurs armés furent placés en sentinelles.

. Puis, sur Tordre de Valentin, le rideau de la tente fut levé.

L'espace réservé aupublip,fut immédiatement rempli par des chasseurs, des Bois-Brûlés et des Mormons, attirés par la curiosité, et par l'intérêt qu'un jugement excite toujours; mais qui était plus vif dans ce désert,, où la justice humaine était encore inconnue, et dans lequel jusque-là, la force brutale et la scélératesse avaient jusqu'alors constamment primé le droit, et régné en maîtres.

Dans une tente assez petite, communiquant avec la grande, et qu'un cordon de chasseurs armés enveloppait complètement, les accusés, placés sous la garde spéciale de Pawlet, avaient été conduits.

Au bout de la table derrière laquelle siégeaient les juges, une plus petite avait été placée, ainsi qu'une chaise ; mais cette chaise n'était pas encore occupée.

Après s'être consulté à voix basse avec les juges, Valentin Guillois donna Tordre que le premier accusé fût introduit*

Un rideau se leva et quatre chasseurs, commandés par Pawlet, amenèrent l'accusé.

C'était le soi-disant capitaine Kild ; sa contenance était assurée ; il salua les juges, et s'assit sur un banc préparé exprès pour lui servir de siège*

— Accusé, dit Valentin d'une voix triste mais calme, comment vous nommez-vous?

— GédéonKild; répondit-il, après un moment d'hésitation.

— Où êtes-vous né ?

— A New-Bedford dans l'état de Massachusetts.

— Quel est votre âge?

— Cinquante trois ans,

— Affirmez-vous la vérité de votre dire? je crois devoir vous avertir, que l'on assure que vous n'êtes pas celui que vous prétendez être.

— J'affirme que j'ai dit la vérité; qu'on me prouve le contraire.

— On vous le prouvera; continuons. Quel métier faites-vous?

— Vous le savez aussi bien que moi.

— Répondez.

— Je fais, pour les Mormons, le trafic des femmes et des enfants.

— C'est-à-dire que vous faites la traite des blanches,

— Comme il vous plaira, je ne tiens pas aux mots.

— Vous êtes accusé d'avoir volé à leurs familles plusieurs jeunes filles et plusieurs enfants pour les vendre aux Mormons.

— Ce n'est pas vrai,

— On vous, accuse d'avoir enlevé une jeune filleespagnole.

— Ce n'est pas vrai ; je l'ai achetée à un de ses parents* Cherchez dans mes papiers vous trouverez l'acte.

— Vous êtes, en sus, accusé de plusieurs meurtres, entre autres de celui du nommé Gédéon Kild.

— Ceci est trop fort, fit-il avec un rire qu'il essaya de rendre ironique, puisque c'estmoiqui suis Gédéon Kild.

— On vous prouvera le contraire.

Il y eut un silence.

— Vous ne voulez rien avouer? demanda Valentin ? un aveu pourrait vous être utile,

— Je n'ai rien à avouer, fit-il en -haussant les épaules, puisque je ne suis pas coupable.

— C'est bien ; nous vous accordons une demi-heure pour réfléchir ; faites retirer l'accusé et amenez son complice.

Le soi-disant capitaine fut emmené.

Le lieutenant Margottet, assis à l'un des bouts de la table, avait écrit toutes les questions et toutes les réponses.

Le second accusé parut

C'était un homme d'apparence assez débile, au regard louche et à la physionomie sournoise ; il semblait assez. peu rassuré.

LE' S^Uf' DE L ÉLAN 239'

Valentin lui adressa les mêmes questions qu'au premier accusé.

Il répondit qu'il se nommait David' S'tilder; qu'il était né de parents anglais S Lima, capitale du Pérou ;. qu'il avait quarante-sept ans, et qu'il s'était engagé à Saint-Louis du Missouri au service du capitaine Kild ;, qu'il ne savait rien de plus, et qu'il ne comprenait pas pourquoi on le traduisait devant un conseil de guerre, lui qui n'était coupable tout au plus, que d'avoir défendu, l'homme au service duquel il se trouvait.

— Vous oubliez que vous avez été surpris espionnant nos positions, lui dit sévèrement Valentin; 1 vous êtes de plus accusé de vous cacher sous un faux nom et d'avoir, de complicité avec l'homme qui se dit être le capitaine Kild, enlevé plusieurs jeunes filles, et commis, plusieurs assassinats.

— C'est faux! dit-il d'une voix étranglée.

■— - Ainsi, vous ne voulez rien avouer?

L'accusé sembla hésiter un instant.

— Non, dit-il enfin avec effort; je ne suis coupabled'aucun crime, je n'ai rien à avouer.

— C'est bien; Pawlet, faites rentrer le premier accusé.

Le capitaine Kild fut ramené et assis auprès de son complice,

— Avez-vous réfléchi ? demanda Valefitin à Kild.

— > Je n'avais pas à réfléchir, n'ayant commis aucun des crimes dont on m'accuse, dit-il d'un air bourru. ■ — On va vous prouver le contraire;

— Je serai curieux de voir cela, fit-il en haussant les épaules.

Valentiû fit un geste à Pawlet, qui sortit aussitôt.

Un instant après il rentra, Blue-Dewil raccompagnait.

Pour cette circonstance Blue-Dewil avait quitté son costume de chasseur.

Il s'était vêtu en gentleman, c'est-à-dire qu'il était habillé de noir des pieds à'ia tête.

En l'apercevant le capitaine Kild tressaillit ; ses regards lancèrent un éclair à travers ses lunettes bleues; il 'fit un mouvement comme pour s'élancer, mais les chasseurs commis à sa garde le surveillaient; ils l'arrêtèrent, et il retomba sur son banc en maudissant son impuissance.

— Connaissez-vous ce gentleman? lui demanda Valentin.

— Ce gentleman I s'écria le bandit avec un rire railleur, est un brigand, un traître, un misérable rascal ; c'est mon ancien lieutenant.

— Et vous ? demanda Valentin au second accusé.

— Je le connais. Il était le lieutenant du capitaine, qui avait toute confiance en lui; il l'a lâchement trahi pour le voler, répondit-il tandis qu'un frisson nerveux secouait tous ses membres ; de quel poids peut être la déposition d'un pareil misérable ?

— Vous en avez menti tous les deux ! s'écria Blue- Dewil avec énergie. Assez de comédie comme celai II est temps que nous nous regardions à visage découvert.

LE SAUT DE i/ÉLÀN 241

Bas les masques 1 A moi d'abord à vous donner l'exemple.

D'un mouvement rapide il enleva sa perruque, sa fausse barbe, en même temps qu'il passait sur son visage un mouchoir qu'il tenait à la main gauche.

Il semblait transfiguré ; la métamorphose était complète,* c'était un autre homme.

— Maintenant, me reconnaissez-vous, misérables? s'écria-l-il en relevant la tête et en faisant un pas en avant.

— John Estor! Le chef des détectrices secrets de la Louisiane ; s'écrièrent les deux bandits avec un inexprimable accent d'épouvante.

— Je suis perdu, murmura le capitaine d'une' voix sourde.

Son complice tremblait de tous ses membres ; il ne pouvait même plus parler.

— Oui, John Estor, le chef des détectrices secrets de la Louisiane, reprit-il avec force; voilà cinq mois que je vous guette, brigands! cinq mois que je vous suis, pas à pas, et que j'épie tous vos mouvements. Pawlet, mon ami, je vous prie, veuillez servir de valet de chambre à ces deux drôles!

Avant que ceux-ci songeassent même à s'y opposer, ils furent mis dans l'impossibilité de faire un mouvement.

Pawlet s'approcha, leur enleva les perruques et les fausses barbes qui les déguisaient et leur passa avec force une éponge mouillée sur le visage afin d'enlever

toutes traces de maquillage, — nous demandons pardon au lecteur de ce mot de la langue verte, c'est le ternie consacré,

La transformation fut cette fois plus complète encore que pour John Estor.

L'ex-capitaine Kild se trouva être un jeune homme de trente ans à peine, beau, fier, hardi, mais à la physionomie essentiellement féline; nous avons fait son portrait en détail dans un chapitre précédent.

Quant au soi-disant David Stilder, c'était-un homme d'une cinquantaine d'années, dont les traits avaient le type espagnol très-prononcé ;. son portrait aussi ayantété fait, nous ne dirons rien de plus.

— Eh bien ! oui, je suis Harry Brown, finita la cornedia ! dit-il en ricanant. Après ?

— Oui, dit John Estor, à qui nous rendrons son nom, oui, vous êtes Harry Brown, mais vous êtes aussi Cor-

* nelio de Bustamente, le caissier infidèle.

— Comment diable savez^vous cela? dit-il en ricanant. John Estor ne lui répondit pas ; il se tourna vers le

tribunal et s'adressant aux juges :

— Gentlemen, dit-il, ce Cornelio Bustamente dit Harry Brown, dit le capitaine Kild, et «bien d'autres noms encore, a été condamné à mort par sept États de la confédération; cinq fois étant présent devant les juges, deux fois par contumace. D'après la loi, son identité étant reconnue, la justice doit avoir son cours; voici toutes les preuves de ce que j'avance, ajouta-t-il en jetant une liasse de papiers sur la table. Je demande

qu'il soit exécuté immédiatement, selon le vœu de la loi.

— Allons, c'est bien jouél fit le bandit toujours railleur; j'ai perdu, je dois payer; il n'y a rien à dire à •cela. Mais, ajouta- t-il en riant, est-ce que mon esti-, mable parent, don Miguel de Castel Léon, incendiaire, assassin, et qui m'a vendu comme esclave sa nièce qu'il avait enlevée des bras mourants de son père et de sa mère, assassinés par lui, ne sera pas récompensé, lui

♦aussi, de toutes ses belles actions; ce ne serait pas juste, gentlemen.

Don Miguel ne répondit que par un regard de tigre aux abois à cette dénonciation de son complice. . Valentin, après s'être consulté avec les juges, se leva.

— Gentlemen, dit-il, à l'unanimité les deux accusés •sont reconnus coupables; ils sont condamnés à mort*

— A la bonne heure! comme cela je ne serai pas seul! 'dit Harry Brown en se frottant les mains.

— Tous deux seront exécutés ce soir au coucher du soleil; Miguel de Castel Léon sera pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive ; quant à Cornelio de Bustamente, son dernier assassinat ayant été commis sur le territoire de TUtah, sur un Mormon, et lui-même appartenant à •cette secte religieuse, il sera immédiatement livré aux Mormons campés sur l'autre rive, qui en feront justice .aujourd'hui même, au coucher du soleil.

— Non, s'écria Harry Brown avec épouvante, je suis un criminel, je suis condamné à être pendu, on doit me (pendre ! Je ne veux pas être livré à ces monstres qui m'infligeront d'horribles tortures.

Il fît un effort si puissant pour s'élancer qu'il faillit réussir; les chasseurs eurent une peine extrême à le contenir et à se rendre maîtres de lui.

— Tel est le jugement du tribunal. Obéissez ! •

Pendant que les chasseurs emmenaient don Miguel Tadeo de Castel Léon à demi-mort de terreur, sur un signe de Pawlet, une troupe composée d'une quinzaine de Mormons armés s'emparèrent de Cornelio Bustamente, que, malgré la plus vigoureuse résistance, ils garrottèrent et entraînèrent avec eux.

Le bandit proférait les plus sales injures et les plus odieux blasphèmes.

Au coucher du soleil, le double jugement fut exécuté.

Miguel Tadeo de Castel Léon fut pendu ; sa prostration fut telle que ce fut presque un cadavre que Ton exécuta.

Quant à Cornelio de Bustamente, les Mormons, avant de lui donner la mort, lui firent subir les tortures les plus atroces.

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