LES BIJOUX
L'argent et l’or sont trop mous pour qu’on puisse les employer à la fabrication des bijoux et des monnaies sans les allier préalablement à un autre métal plus résistant : ce métal, c’est le
cuivre. Les proportions suivant lesquelles on allie l’or et le cuivre varient selon l’usage auquel l’alliage est destiné. Les monnaies d'argent de France contiennent 900 parties d'argent et 100 parties de cuivre. Pour la vaisselle, l’argenterie et les médailles, il y a 950 d'argent et 50 de cuivre; pour les bijoux, il n’y a plus que 800 d'argent et 200 de cuivre.
La quantité d'argent qui entre dans chacun de ces alliages constitue le titre de l'argent. Plus la quantité d'argent est grande dans l’alliage, plus le titre de cet alliage est élevé. Les bijoux qui sur 1000 parties renferment 800 d'argent sont au titre de 90, mais la monnaie est au titre, plus élevé, de 9. Il serait bien difficile, dans la préparation de l’alliage, d'obtenir rigoureusement le titre légal. Aussi la loi fixe-t-elle une limite aux variations qui peuvent se produire pendant la préparation de lalliage. Pour la monnaie et les médailles ce qu'on appelle la t0lérance‘est de 2 au-dessus et au-dessous du titre légal. Pour
la vaisselle, l’argenterie ct la bijouterie, la tolérance au-des-
sous a été fixée à 5 : il est aisé de comprendre pourquoi il n’y à pas eu lieu de fixer de tolerance au-dessus.
Ce n’est pas le public qui pourrait vérifier lui-même le titre des alliages qui lui sont présentés. Il s’en rapporte, pour cela, au contrôle, c’est-à-dire à la marque apposée sur le bijou, ou l’objet d’orfévrerie, qui fait connaître que l'administration a fait la vérification du titre légal.
Le titre légal de l’argent est vérifié dans les bureaux de garantie de l’État, au moyen de deux procédés que nous allons décrire successivement. L'un est l'essai par la coupellation , l’autre est l'essai par la voie humide.
Voici sur quel procédé est fondée la méthode de coupellation pour l'essai des alliages précieux. On appelle coupelle une petite capsule poreuse, à parois épaisses, faite avec des cendres d'os. Le fourneau de coupelle dont on voit la section sur la figure 202 présente en b une chambre mobile, à minces parois, appelée moufte. C’est un demi-cylindre couché sur un plateau horizontal. Une de ses extrémités est fermée; l’autre qui est ouverte touche à la porte b. Si le fourneau, depuis la grille d jusqu’à la partie B de son réverbère, est rempli de charbons incandescents, la moufle sera portée à une température considérable et
traversée de dehors en dedans par un courant d'air qui attaquera les métaux oxydables qu’elle pourra contenir. Examinons maintenant le rôle que joue la coupelle. Nous avons dit qu’elle était ji faite d’une matière poreuse. Or, elle fill jouit de la propriété remarquable de 7" dé ne pas se laisser pénétrer par les métaux fondus, mais d'être traversée par 5»
leurs oxydes fluidifiés : c'est un véri- 4) 41 table filtre qui laisse passer les oxydes : Li métalliques fondus et ne laisse pas Hi passer les métaux. Qu'on place dans la LA Higil coupelle un peu de limaille de cuivre, | À Lil le métal s’oxydera; mais comme l'oxyde ” n | Lit A 2 de cuivre n’est pas fusible, il ne sera =°è ER pas absorbé par la coupelle. Qu’on y mette du plomb, l’oxyde de plomb étant TU fusible, sera absorbé à l'état liquide ‘8 *? Fonrnean de couper. par la coupelle. Qu'on y mette à la fois du cuivre et du plomb, il arrivera que l’oxyde de cuivre, tout infusible qu’il est par lui-même, se trouvant enveloppé d’une masse relativement considérable d'oxyde de plomb fusible, passera avec ce dernier dans les parois de la coupelle. Qu’arrivera-t-il, d’après cela, si l’on opère avec 1 gramme d’alliage des monnaies qui renferment du cuivre et de l'argent ? Si l’alliage était seul, il ne se présenterait rien de particulier. Mais qu’on y ajoute 8 grammes de plomb, il se formera un alliage fusible ; le plomb et le cuivre s’oxyderont, passeront dans la coupelle, et l'argent restera seul sous la forme d’un petit bouton. Son poids indiquera, par différence, celui du cuivre.
Ce mode d'analyse est remarquable par sa simplicité. Mais diverses circonstances, qu'il serait superflu d'examiner ici, font qu’il n’est pas d'une exactitude rigoureuse. Aussi emploie-t-on concurremment, dans les hôtels des monnaies, une autre méthode connue sous le nom d'essai par la voie humide, et qui a été imaginée par Gay-Lussac. Elle consiste à précipiter l'argent à l’état de chlorure insoluble par une dissolution titrée de sel marin. Cette dissolution est telle que 1 décimètre cube de la
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liqueur précipite exactement 1 gramme d'argent pur. Pour déterminer le titre d’un alliage d'argent, on en dissout 1 gramme dans 5 ou 6 grammes d'acide azotique, et l’on verse, goutte à goutte, dans la liqueur, la dissolution de sel marin contenue dans un vase gradué, jusqu'à ce qu’il ne se forme plus de précipité à l’addition d’une dernière goutte. Le titre de l’alliage est le nombre de centimètres cubes qu'il a fallu employer pour la précipitation complète de l’argent.
L'or étant encore plus mou que l’argent doit, comme ce dernier métal, être allié au cuivre, pour pouvoir être converti en monnaies, ustensiles et bijoux. Voici dans quelles proportions légales les deux métaux sont combinés :
Or. Cuivre.
Monnaié-d'Ôr de France, 5 méme eme 900 100 D'releT lre re 920 80 Vaisselle et ustensiles d’or...... (# fire. 0 840 160 RITES IR ROUE 100: 7T4QU Médailles at seen Ro rres UNE PNR EL TE à Là 916 84
Il résulte de là que la monnaie d’or est au titre de 2% et
que les ouvrages d’orfévrerie peuvent être à ceux de 29, ic 8%. La loi accorde une tolérance de -2; au-dessus et au-dessous pour la monnaie et les médailles. Pour les objets ouvrés elle est de -Ë au-dessous, et il n’y a naturellement pas de limite supérieure.
On peut faire l'analyse des alliages d’or et de cuivre en opérant de la même manière que pour les alliages d'argent et de cuivre, c’est-à-dire par la coupellation. Mais l'or natif contenant toujours un peu d'argent, ce dernier métal fait nécessairement partie de tous les ouvrages d’or, et cet argent resterait allié à l'or à la fin de la coupellation. Pour éviter cette cause d’erreur, on ajoute à l’alliage une certaine quantité d'argent ( d'argent pour + d’or), on le passe à la coupelle, et on traite ensuite le bouton par l’acide azotique. La première opération porte le nom d'inquartation, la seconde celui de départ. De cette manière on dissout et l'argent naturel de l’alliage et celui qu’on y a ajouté. L'or reste intact ; il suffit de le peser pour avoir le titre de l’alliage.
Dans le commerce de l’orfévrerie on se contente de détermi-
ner approximativement le titre des alliages d’or et de cuivre par l'épreuve à la pierre de touche. C’est une pierre d’un beau noir, inattaquable par les acides, de nature basaltique, assez dure pour rayer l'or et le cuivre et qu’on appelle en minéralogie quartz indien ou Lydienne, parce qu’elle provient surtout de la Lydie. Si donc on frotte l’alliage sur cette pierre, il y laisse une trace jaune, qu'on mouille avec une goutte d’un liquide composé de 25 parties d’eau distillée, 38 d’acide azotique et 2 d'acide chlorhydrique. Cette liqueur attaquant le cuivre, forme un azotate d’une teinte verte, dont l'intensité de coloration permet déjà à un œil expérimenté d'apprécier la quantité relative de cuivre. Après avoir enlevé l'acide avec un linge fin, l'orfévre reconnaît, à quelques millièmes près, le titre de l’alliage d’après l’épaisseur de la trace d’or pur qui est restée sur la pierre de touche. Cet essai exige néanmoins une certaine habitude; aussi les orfévres, "pour donner plus de certitude à leurs appréciations, font-ils des épreuves comparatives avec des aiguilles qu'on appelle touchaux, et qui sont formées d’alliages différents et d’un titre connu. L'or essayé est au même titre que le touchau, dont la trace se rapporte à celle que laisse le touchau essayé sur la même pierre. Les touchaux des orfévres sont des étoiles composées d’aiguilles à cinq titres différents. Pour les essais d'argent il y a huit aiguilles au touchau,
La pierre de touche sert également à reconnaître les pièces
Fig. 203. Le touchau des orfévres.
de monnaie fausses d’or ou d'argent. La pièce d’or fausse laisse sur la pierre un trait rouge qui disparaît rapidement sous l’in-
h12 LE SAVANT DU FOYER.
fluence de l’acide azotique. Une pièce d’argent fausse laisse un trait d’un blanc bleuâtre qu’un peu d’acide azotique efface complétement.
En dehors des alliages d’or et d'argent dont il a été jusqu'ici question, les bijoutiers mettent en œuvre certains alliages particuliers d’or et d'argent : ainsi, ils obtiennent l'or péle en alliant 708 d’or et 292 d’argent; l'or vert avec 700 d’or et 300 d’argent: l'or rouge pour la soudure des bijoux avec 500 d’or et 100 de cuivre; l'or blanc avec 800 d’or et 200 de platine; l’or gris est formé d’un alliage d’or et de fer dans lequel le fer entre pour + ou &. Pour donner à ces divers alliages l’aspect de l’or pur, on les met en couleur, c'est-à-dire qu’on les plonge dans de l’acide azotique faible, qui enlève de la surface de l’objet le cuivre ou l'argent qui s’y trouvent, de manière à mettre l’or à nu.
L'or n’est pas toujours employé en masse pour la bijouterie ou l’ornementation. On l’emploie très-souvent déposé en couches minces à la surface d’autres métaux. La dorure est un art important, dont les procédés méritent d’être décrits.
On dore, entre autres métaux, le laïton, le cuivre et l’argent. La dorure s'exécute de plusieurs manières. Tantôt c’est de l’or en feuilles qu’on applique sur le métal décapé et chaud, et qu’on fixe ensuite à l’aide du brunissoir; tantôt on opère l’amalgame d'or au moyen du procédé galvanique.
La dorure par l’amalgame, c’est-à-dire par le mercure, était connue des anciens; elle est très-dangereuse pour les ouvriers qui, pendant cette opération, sont exposés aux vapeurs mercurielles. La pièce étant décapée, on la frotte avec de l’azotate de . mercure, qui sert comme de mordant, puis avec de l’amalgame d’or. En chauffant la pièce, le mercure se volatilise et la surface du métal reste dorée. Le travail s’achève au brunissoir.
La dorure galvanique consiste à déposer de l’or sur un métal en décomposant par la pile voltaique un sel d’or dissous dans l'eau. Dans une cuve portant deux tringles de cuivre doré a et d et deux tringles de verre c et b, on place une liqueur composée de cyanure de potassium et de cyanure d’or. De petites traverses en fil de laiton doré, qui s'appuient sur les tiges a et 6, portent les objets à dorer. Le conducteur négatif d’une pile
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voltaique vient s'attacher à la tige a et le conducteur positif à la tige c. Les tiges b et d portent de larges feuilles d’or, qui plongent dans le bain. Sous l'influence du courant Pr le
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Fig. 204.
cyanure d'or sè décompose, son métal se dépose au pôle négatif et produit la dorure de l’objet immergé dans le bain; son cyanogène se porte au pôle positif, où il rencontre les feuilles d’or qu’il transforme en cyanure, lequel se dissout dans le bain. C’est ainsi que la liqueur se maintient à un point constant de saturation. Les pièces dorées retirées du bain n’ont plus qu’à être soumises à l’action du brunissoir. Depuis dix ans, la dorure galvanique à fait complétement abandonner la dorure au mercure, trop dangereuse pour la santé des ouvriers.