‹ Le savant du foyerChapitre 3 sur 114 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

:0mme annexe au chapitre des tissus et des vélements, nous avons ajouté l’histoire du cuir et celle du caoutchouc, matières qui jouent un rôle essentiel dans la confection des chaussures et autres objets de vêtement ou de toilette.

Les substances minérales, les minéraux et les métaux, fournissent de précieuses ressources à l’économie domestique. Le chapitre dixième, intitulé les minéraux utiles et les métaux usuels, a pour objet de faire connaître les espèces minérales et métalliques qui rendent le plus de services à l’homme. Nous les avons divisées en trois groupes : les pierres, les corps combustibles et les métaux.

Le dernier chapitre a pour titre les bijoux, les monnaies et les pierres précieuses. Les notions scientifiques acquises par le lecteur dans le chapitre précédent, trouvent leur application dans l'étude des monnaies, dont la composition et la valeur doivent être connues de tout le monde, dans celle des bijoux et des pierres précieuses qui forment nos parures ou qui servent à la décoration de nos demeures.

Tel est l’ensemble des notions qu’embrasse le Savant du foyer. Plus de deux cents figures, exécutées avec le plus grand soin, complètent et animent nos descriptions. Nous serons heureux si cette œuvre modeste éveille dans quelques jeunes esprits le goût des sciences positives, et surtout si elle contribue à fournir à nos lecteurs des notions précises sur des sujets beaucoup trop négligés dans l'éducation.

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Dans ces études rapides que nous allons entreprendre avec nos jeunes lecteurs, et qui sont destinées à donner l’interprétation scientifique des faits les plus importants de la vie usuelle, le premier corps qu'il importe d’examiner, c’est l'air atmosphérique. De toutes les substances nécessaires à l’entretien de la vie, l’air est en effet la plus nécessaire. Suspendez quelque temps la respiration, c’est-à-dire le phénomène qui a pour effet d'introduire l’air atmosphérique dans les poumons, et vous compromettez sérieusement l’existence chez l’homme et chez les animaux ; supprimez-la totalement, et vous anéantissez la vie. On peut se passer pendant un certain temps de nourriture, on peut se priver de vêtements, mais on ne peut se priver sans danger de mort, de l’action vivifiante de l’air. De tous les besoins matériels, attachés à notre faible nature, le besoin d’air est le plus impérieux le plus pressant. Dans beaucoup de langues les mots vivre et respirer sont identiques, et le langage traduit fidèlement ici une relation naturelle entre ces deux phénomènes.

in LE SAYANT DU FOYER.

Indispensable à l’entretien de la vie chez les êtres organisés , dans les animaux comme dans les plantes, l’air est encore l'agent essentiel de la combustion, ce grand phénomène qui fournit à l'homme les moyens de se réchaufler, de se nourrir, et qui préside à la plupart des actions chimiques qui s’accomplissent sur la terre. L'air est l’aliment du feu : sans air le feu ne s'allume pas, ou s'éteint. C’est encore l’air qui altère les métaux, qui rouille le fer, couvre le cuivre d’une couche grisâtre, ternit le plomb, l’étain, le zinc, rancit les huiles et les graisses, change le vin en vinaigre, etc. C’est par la combustion, c’est-à-dire par l’action de l’air sur les matières combustibles, que s’accomplissent, dans nos usines, les opérations ayant pour but d'extraire les métaux de leurs minerais naturels, de façonner l'argile en vases élégants et commodes, de donner aux métaux usuels les formes et les dispositions que nos besoins exigent.

L'air atmosphérique est encore le véhicule du son; c’est par les vibrations de l’air transmises à l’organe auditif que sont perçues par l'homme et les animaux les sensations des sons et des bruits. Toute impression sonore, depuis les éclats retentissants du tonnerre jusqu’au plus faible murmure d’un ruisseau, résulte des vibrations de l'air. La voix et le chant, le cri des animaux, la parole humaine ne proviennent que d’une émission d'air. Supprimez l'air, et, à la surface de la terre, régnerait un silence affreux, image et tribut du néant.

L'étude d’un corps d’une importance aussi fondamentale dans les actions de la nature doit donc arriver en première ligne dans un ouvrage destiné à donner la raison scientifique des phénomènes principaux qui se passent dans la vie usuelle. En quoi consiste donc l’air atmosphérique, cet agent physique universel, indispensable à l'existence comme à l’activité humaines ?

Sur cette question capitale la science est restée muette pendant une longue série de siècles. Les anciens, les Grecs et les Romains, avaient quelques notions confuses de l'existence et des propriétés de l'air ; les mouvements tumultueux de l’atmosphère, les puissants effets mécaniques produits par les ouragans et les tempêtes, forçaient bien à admettre la réalité de

l'air ; mais d’un autre côté, sa légèreté apparente, son défaut de couleur, qui le rend invisible, troublaient et altéraient cette première notion. Les anciens se refusaient à voir dans l'air atmosphérique une réalité matérielle ; ils en faisaient une sorte d'esprit (spiritus), nom qui s’appliquait à la fois à l’air et à l'âme immatérielle de l’homme dégagée de son enveloppe terrestre. En voyant certains corps légers tels que les plumes d’oiseaux, le duvet des plantes, les minces feuilles de papyrus , s'élever dans l'air ou y demeurer suspendus, on était conduit à penser que l'air n'avait aucun poids, qu'il avait même une pesanteur négative.

Toutes ces fausses idées sur la nature et les propriétés de l'air ont régné sans contestation depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’au dix-septième siècle. Ce fut alors que l’illustre Galilée, l’un des plus beaux génies dont l’humanité s’honore, constata la pesanteur de l’air, et donna de ce fait des preuves irrécusables. Par diverses expériences, il détermina même le poids réel de cette substance dont les anciens avaient nié la matérialité : il trouva, pour nous servir des mesures modernes, qu'un litre d’air pèse un peu plus d’un gramme (1, gr. 3).

Tout ce qui est matériel est pesant. Le poids de l’air est faible sans doute, puisqu’un litre de ce corps ne pèse qu’un gramme et trois dixièmes; il est plus léger que l’eau, dont un litre pèse un kilogramme, que le fer, dont un litre pèse sept kilogrammes; mais tout léger qu’il soit, quand il s’'accumule en grandes masses, il finit par produire de très-puissants effets. Les vents, qui ne sont autre chose que de l’air mis en mouvement avec une vitesse considérable, poussent sur la mer de pesants navires, en agissant sur l'immense surface de leurs voiles, librement exposée à l’action du vent; les ouragans et les trombes, qui résultent de mouvements encore plus rapides de l'air, déracinent les arbres, renversent les plus solides édifices, et sèment la désolation sur de vastes étendues de pays.

Il n’est pas difficile d'évaluer exactement la pression que l'air exerce sur une surface donnée. On a reconnu que Fair atmosphérique forme à la surface du globe que nous habitons, une couche dont la hauteur verticale est d'environ quinze lieues. D’après cela, l’air doit agir sur la surface de la terre

comme une très-pesante masse. On a calculé que chaque centimètre carré de la surface du sol ou des eaux de la mer, reçoit, par le fait de la colonne d’air qui pèse au-dessus, une pression représentée par un kilogramme. On peut conclure de là, en connaissant la surface totale que présente le corps d’un homme de moyenne taille (qui est d’un mètre et trois quarts de mètre carrés) que notre corps supporte, par le fait de la pression de l’air, un poids de dix-sept mille kilogrammes. Le savant Haüy, en rapportant ce dernier calcul, ajoutait spirituellement : « Voilà pourtant de quel poids étaient chargés les anciens philosophes qui niaient la pesanteur de l'air. »

Mais nos jeunes lecteurs s'inquiètent peut-être de ce poids énorme que leurs épaules ont à supporter; ou bien encore, d’après l’aisance et la liberté de leurs mouvements, ils sont disposés à tenir en quelque suspicion ce résultat de la science : hâtons-nous de les rassurer. Si l'air presse au dehors de notre corps, il presse de même au dedans. Dans nos poumons, dans l'intérieur des vaisseaux sanguins qui parcourent l'intimité de nos organes, l’air extérieur pénètre librement, avec la pression qui lui est naturelle. Pressés au dedans aussi bien qu’au dehors, en d’autres termes, soumis à deux pressions égales qui se font équilibre, nos organes ne doivent nullement souffrir. Le poisson qui nage au sein des eaux profondes, supporte également à la partie supérieure de son corps, le poids d’une haute colonne d’eau; mais par la surface inférieure, il reçoit une pression presque égale, et ces deux pressions s’équilibrent, ou se détruisent l’une l’autre. Voilà pourquoi l’homme baigné dans l’air, comme le poisson immergé sous les eaux, n’ont rien à redouter de la pression des fluides dans lesquels ils s’agitent avec une entière liberté de mouvements, et sans avoir aucune conscience d’une action physique, qui, pour être mise en lumière, réclame le concours d’une science précise.

Comme preuve à l’appui de ce qui précède, ajoutons que quand on s’élève sur une haute montagne, ou qu’on s’élance dans un aérostat, vers des régions très-élevées de l'atmosphère, on perd le bénéfice de cet équilibre normal entre la pression

extérieure et intérieure qui s'exerce sur nos organes. À mesure, en effet, que l’on s'élève dans l’atmosphère, on pénètre dans des couches d’air de plus en plus légères, et qui exercent une pression beaucoup plus faible; mais l’air resté dans les poumons et dans les autres parties du corps, a conservé, au contraire, sa même pression, dès lors il presse à l’intérieur des organes plus fortement que l’atmosphère raréfiée où se trouve l'individu. De là résulte une gêne dans la respiration; le sang n'étant plus retenu suflisamment par le poids de l’air dans l’intérieur des vaisseaux, s’en échappe en partie; il s’écoule par le nez, la bouche, les oreilles et même les yeux. Au contraire, quand on descend dans les profondeurs de la terre, dans un puits de mine par exemple, c’est la presion extérieure qui augmente d'intensité, et l’on est exposé à des hémorragies internes, à des crachements ou à des vomissements de sang.

Nous venons de considérer l'air atmosphérique au point de vue physique ; mais c’est surtout au point de vue de la composition chimique qu'il faut se placer pour comprendre les effets de l'air, et se rendre un compte exact et précis de l'influence quil exerce sur les êtres vivants et sur les substances inanimées.

L'air est essentiellement formé par la réunion de quatre Corps, qui sont tous gazeux ou à l’état de vapeur : l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique et la vapeur d’eau. Comment peuton s'assurer que les quatre corps énumérés ci-dessus font réellement partie de l'air ?

Une foule de moyens s’offriraient à nous pour constater, au sein de l'atmosphère, la présence du gaz oxygène libre et gazeux. L'expérience à jamais célèbre de l’illustre chimiste Lavoisier , faite à la fin du dernier siècle, et qui servit à jeter les bases de toute une science nouvelle, la chimie, est bien propre à faire ressortir ce fait en saisissant vivement l'esprit. Dans un espace d'air mesuré et bien clos, c’est-à-dire dans l’appareil représenté dans la figure 1, Lavoisier fit bouillir du mercure pendant huit jours de suite. L’air contenu dans le ballon diminua de volume, et le mercure augmenta de poids, en perdant son aspect ordinaire et prenant une couleur rouge. L’expérience étant terminée, Lavoisier recueillit la poudre provenant

de l’altération du métal ; il la chauffa fortement, et parvint à recueillir un gaz doué de toutes les propriétés que nous rappor-

Fig. {. Appareil de Lavoisier pour l'analyse de l'air.

tons aujourd'hui à l'oxygène. Cette expérience ne peut laisser aucun doute dans l'esprit : le gaz oxygène a été retiré, en effet, d’un espace plein d’air et mis ensuite en liberté.

Pour constater, dans l’atmosphère, la présence d’une notable quantité de gaz azote, il n’y a qu’à répéter cette expérience, devenue pour ainsi dire vulgaire dans les leçons de chimie : la combustion du phosphore dans une cloche remplie d’air comme le représente la figure 2. Si l’on examine les propriétés de la portion d’air qui est restée comme résidu impropre à entretenir la combustion du phosphore, on le trouve doué de tous les caractères chimiques qui sont l'apanage du gaz azote.

Voulez-vous reconnaître la présence de l'acide carbonique dans l’atmosphère?

S Exposez à l’air de l’eau de chaux, vous la

ge RUES verrez bientôt se troubler, et laisser dé-

poser des flocons blancs insolubless Recueillez ces dépôts, et traitez-les par un acide, vous recueil lerez un gaz que vous n'aurez pas de peine à reconnaître pour de J’acide carbonique. Si l’on prend un morceau de mortier abandonné depuis quelques mois au contact de l'atmosphère, on peut, à l’aide d’un acide, en retirer encore ce même gaz

acide carbonique, qui est venu se fixer sur la chaux vive faisant partie du mortier.

Les gouttelettes d’eau condensée à la surface intérieure des carreaux de vitre, dans un appartement rempli de personnes, quand la température de l'air du dehors est fort abaïssée , peuvent servir à indiquer la présence de l’eau en vapeurs dans l'atmosphère. Si, d’ailleurs, les météores aqueux, la pluie, les brouillards , dont l'atmosphère est si fréquemment le théâtre, n’en fournissaient pas une démonstration satisfaisante, il suffirait d'apporter dans une salle un vase plein d’un mélange réfrigérant, pour prouver expérimentalement le fait en question. Cn verrait, en effet, les parois externes du vase se recouvrir d’une couche épaisse d’eau congelée, et l’on pourrait même, jusqu'à un certain point, déterminer ainsi la proportion d’eau en vapeurs tenue en suspension dans l’air.

Après avoir reconnu ainsi la nature des quatre substances qui entrent dans la composition de l'air, voyons comment on peut déterminer, par l’analyse chimique, le rapport de ces corps entre eux; en d’autres termes, faisons connaître la manière dont il convient de procéder pour effectuer l’analyse de l'air.

Il est beaucoup de circonstances dans lesquelles on a besoin de connaître la composition chimique de l'air. Dans une cave ne présentant pas de moyen facile de renouvellement de l'air, cet air s’altère quelquefois; dans l’intérieur des galeries des mines la présence de gaz étrangers et délétères vient fréquemment vicier l'air; dans une pièce communiquant avec une cave pleine de raisins en fermentation, ou une cuve de brasserie, l'air peut être rendu dangereux par la présence de l'acide carbonique. Dans tous ces cas, il est utile de s'assurer, par l’analyse chimique, du degré relatif de pureté de l’air, c’est-à-dire de fixer les proportions exactes d'oxygène et d’azote, et de reconnaître si ces proportions sont celles qui appartiennent à l'air normal et pur.

Pour analyser l’air d’un espace quelconque, la première chose à faire, c’est de se procurer un échantillon de cet air. Il existe pour cela un moyen fort simple : c’est de prendre un vase plein d’eau, de deux à trois litres de capacité, de l’intro-

duire dans l’espace contenant l’air suspect, et d’y vider l’eau qui remplissait le vase. L'eau, en tombant de ce vase, est remplacée par l’air de la pièce, et si l’on bouche tout aussitôt le vase, on à un échantillon d’air que l’on peut ensuite soumettre à l'analyse chimique.

Quelle méthode, quels procédés faut-il suivre pour faire l'analyse chimique de l’air, c’est-à-dire pour déterminer les rapports du gaz oxygène et du gaz azote dans l’air examiné ?

Les méthodes d'analyse pour fixer les proportions relatives de l'azote et de l'oxygène dans l’air, varient selon qu’on se propose de déterminer le rapport de ces gaz d’une manière approximative, ou que l’on désire apporter à cette détermination la plus grande rigueur scientifique. Dans le premier cas, on exécute cette analyse par la méthode des volumes ; cette méthode s’accompagne de quelques faibles inexactitudes que l’on accepte d'avance. Dans le second cas, on apprécie le rapport des deux gaz par la pesée, avec des précautions qui excluent toute chance possible d’erreur.

Quand on se propose d'analyser l’air par la méthode des volumes, on opère de la manière suivante.

Dans une cloche divisée en parties d’égale capacité , et reposant sur l’eau, on fait entrer un certain volume d'air, que l’on mesure en ayant la précaution de maintenir une pression égale au dehors et au dedans de l'éprouvette. On introduit ensuite dans cet espace un bâton de phosphore de la longueur de la cloche, comme le représente la figure 3, et l’on abandonne l’expérience à elle-même. Le phosphore s'empare de l'oxygène de l’air, pour former de l'acide phosphorique, ou phosphoreux; cet acide se dissout dans l’eau sur laquelle repose la cloche , et le gaz azote demeure libre. Lorsque l’on reconnaît, en apportant l'appareil dans un lieu

Fig. 3. Analyse de l’air par le phosphore à froid. obseur, que le phosphore n’est plus

lumineux, on agite, pour absorber les dernières vapeurs d’acide phosphoreux,et l’on mesure de nouveau le gaz avec les mêmes

L'AIR ATMOSPHÉRIQUE. Il

précautions. La différence de volume entre ce résidu gazeux, et le volume primitif de l’air employé, représente la proportion d'oxygène ; le volume restant est du gaz azote.

Cette méthode, extrêmement facile à mettre en pratique, est d’une exactitude suffisante ; elle fournit le rapport des éléments de l’air avec un demi-centième d’erreur tout au plus. On l’applique avec succès toutes les fois qu'il s’agit d’analyser l’air en acceptant une erreur légère, dans le cas par exemple où l’on veut apprécier le degré de pureté d’un air qui remplit un espace soupçonné être peu respirable pour l’homme.

On modifie ce procédé d’une manière qui le rend plus expéditif sans doute dans son exécution, mais qui a l'inconvénient d’être bien plus difficile à mettre en pratique par des mains peu exercées, et d'offrir une chance d’erreur plus forte. Ce moyen consiste à introduire dans une cloche courbe renfermant un volume d’air mesuré avec soin, et placé dans un tube divisé en parties de capacité égale, un morceau de phosphore; puis à chauffer ce phosphore d’une manière brusque avec une lampe à alcool, comme le représente la figure 4, de façon à obliger les vapeurs du phosphore de se répandre tout d’un coup dans l’espace d’air où l’on opère ; enfin à mesurer le résidu gazeux de cette combustion.

L'opération a réussi lorsque l’on voit une flamme verte — — traverser rapidement tout . 4. Analyse de l'air par le phosphore l'air de la cloche, depuis son PE ec sommet jusqu'à la surface de l’eau. Les chances d'erreur sont plus grandes dans ce procédé que dans celui qui précède (on ne peut pas répondre d’un centième d’erreur); de telle sorte qu'il faut toujours lui préférer le premier procédé.

La méthode d'analyse de l'air atmosphérique par la pesée des gaz a été exécutée par les chimistes de nos jours avec tous les soins et le scrupule que comporte le désir de résoudre d’une manière définitive cette question importante. Les dispositions essentielles de l'expérience sont représentées dans la figure 5. Un ballon A, que l’on à, d’avance. entièrement purgé

Le LE SAVANT DU FOYER.

d'air au moyen de la machine pneumatique, est mis en communication avec un tube plein de cuivre, B, et chauffé au rouge. Le robinet du ballon étant ensuite ouvert, l’air s’introduit dans le ballon par ie tube g qui termine l'appareil, et il se dé-

BST RS MOUSE) |"

Fig. 5. Analyse de l'air par la méthode des pesées.

pouille, en traversant la couche de cuivre chauffé, de tout son oxygène, qui est absorbé par le métal et forme de l’oxyde de cuivre. L’acide carbonique et la vapeur d’eau ont été préalablement absorbés et retenus, avant l'entrée du gaz dans le ballon, au moyen de quatre à cinq tubes, C DE F, remplis de potasse liquide ou solide, et de pierre ponce humectée d’acide sulfurique concentré. L'augmentation de poids du tube plein de cuivre, donne la quantité d'oxygène existant dans l'air; la différence entre le poids du ballon vide et le poids du ballon plein d'azote, fournit le poids de ce dernier gaz. On a de cette manière dosé l'oxygène et l’azote en les pesant tous les deux, ce qui exclut toute chance d'erreur. Mais comme on le voit, cette méthode exige des opérateurs très-habitués au maniement des appareils délicats de physique et de chimie.

A l’aide de ce dernier procédé, et en s’entourant de précautions diverses qu’il serait inutile de rapporter ici, on a reconnu que l'air renferme, pour 100 parties en poids, 23 d'oxygène et 77 de gaz azote. Si l’on traduit ces nombres en volumes pour les deux gaz, On trouve que sur 100 volumes ou 100 litres d'air , il existe 21 volumes de gaz oxygène et 79 de gaz azote.

Telle est donc la composition normale de l'air en ce qui concerne les gaz oxygène et azote. La proportion d’acide carbonique est beaucoup plus faible: le gaz acide carbonique ne figure que pour -5#55 environ dans l'air.

Quant à la vapeur d’eau, sa proportion varie beaucoup. Sa quantité moyenne est de 555 environ du volume de l'air.

Les éléments constituants de l'air dont nous venons ainsi d'établir la composition normale dans les circonstances ordinaires, se trouvent-ils unis entre eux par le lien d’une combinaison chimique, ou bien ne forment-ils qu'un pur et simple mélange ? La première opinion a été soutenue autrefois par quelques savants, mais elle est aujourd’hui abandonnée. Thomson, et avec lui quelques autres chimistes étrangers , tels que le docteur Prout et Dobereiner, pensaient que l’on doit regarder l’air comme une combinaison chimique, parce qu'ils admettaient que l’air renfermait pour 100 parties en poids 20 parties d'oxygène et 80 d’azote. Gette simplicité de rapport, caractère habituel d’une combinaison chimique, suffisait, à leurs yeux, pour démontrer la vérité de cette opinion. Mais elle ne peut résister aux résultats fournis par les analyses, tout à fait irréprochables, des expérimentateurs modernes, qui ont fixé la composition pondérale de l'air à 23 d'oxygène et 77 d’azote en poids.

Mais voici des preuves directes qui établissent que l'air est bien un simple mélange, et non une combinaison des deux gaz oxygène et azote.

je Le pouvoir réfringent d’un mélange gazeux, c'est-à-dire sa propriété d'agir sur les rayons lumineux pour les dévier de leur direction rectiligne, est toujours égal à la moyenne du pouvoir réfringent des deux gaz existant dans le mélange : cette circonstance ne se reproduit jamais pour les combinaisons. Or, on a trouvé que l'air jouit d'un pouvoir réfringent égal à la moyenne entre les pouvoirs réfringents de l'azote et de l’oxygène.

9° Quand on opère le mélange de l’oxygène et de l'azote dans les proportions convenables pour obtenir artificiellement de l'air, on n’observe pas le plus faible dégagement de chaleur ou d'électricité, signe constant d’une combinaison chimique qui s'effectue. | R

3° Quand on analyse l’air dissous dans l’eau, ou bien emprisonné dans la neige, on lui trouve une composition différente

de celle de l’air ordinaire. En effet, l'air retiré de l’eau par l’ébullition renferme 30 parties environ d'oxygène et 70 d'azote. Ce fait se comprend quand on regarde l’azote et l'oxygène comme unis dans l’air par un simple mélange, car l'oxygène est plus soluble dans l’eau que l’azote, et dès lors il est naturel que l’eau se charge de plus d'oxygène qu'elle ne dissout d'azote; mais il serait inexplicable si l’on voulait voir dans l'air atmosphérique une véritable combinaison. Quels sont en effet les composés chimiques qui n’entrent pas intégralement dans les dissolvants ? Le sulfate de soude, par exemple, dissous dans l’eau, diffère-t-il, par un peu plus ou un peu moins de base ou d’acide, de la composition de ce sel desséché? Puisque l'air ne se dissout pas intégralement dans l’eau il faut en conclure qu’il ne constitue par une combinäison, mais bien un simple mélange des deux gaz qui le composent.

4° Enfin, les phénomènes de combustion et d’oxydation, si communs à la surface du globe, la respiration des animaux et des plantes, toutes ces circonstances diverses où l’on voit l’oxygène de l’air intervenir avec une facilité surprenante, sont une dernière preuve à l’appui de l'opinion qui vient d’être exposée. Si l’air constituait une combinaison chimique, l’ur des éléments gazeux qu'il renferme ne pourrait avec une si grande facilité être enlevé à la combinaison qui le retiendrait enchaîné.

Concluons que l'air est un mélange, et non une combinaison, des deux gaz qui le forment. La nature a voulu, par cette disposition, rendre plus faciles les combinaisons de l’oxygène et de l’azote avec les diverses substances qui sont soumises à son influence , et réaliser ainsi plus aisément les nombreuses actions chimiques que l’oxygène est appelé à provoquer pour l’accomplissement des phénomènes matériels qui se passent sur notre globe.

Un fait bien digne de remarque a été mis hors de doute par les résultats des analyses de l'air entreprises dans toutes les régions du globe, à toutes les hauteurs de l’atmosphère : c’est l'uniformité, la constance de composition de l’air. Les chimistes ont recueilli de l'air provenant des points les plus opposés du globe, à l'équateur, aux pôles et à toutes les latitudes inter-

médiaires ; ils sont allés le puiser dans les plus hautes régions, en s’élevant , à l’aide de ballons aérostatiques, au plus haut de la sphère respirable; ils ont apporté de l'air du fond des mines les plus profondes; et toujours cet air s’est trouvé uniforme dans sa composition : il renfermait invariablement pour 100 volumes, 21 volumes de gaz oxygène et 79 de gaz azote. La constance et la régularité admirable des phénomènes naturels se manifeste avec éclat dans cette harmonie, dans cette uniformité de composition de l’air emprunté aux sources les plus diverses.

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