‹ Le savant du foyerChapitre 37 sur 114 · LE TABAC · texte numérisé non relu

LE TABAC

Le tabac nous es! fourni par une plante du genre nicotiana , qui fait partie de la famille des Solanées. Toutes les espèces du genre nicotiana peuvent être cultivées pour produire le tabac à fumer ou à priser ; on en connaît cinquante-huit espèces, dont la plupart donnent des feuilles propres à cet usage. Mais l’espèce qui est le plus communément cultivée , ‘et qui a donné naissance à plusieurs variétés fournissant autant de tabacs différents, c'est le nicoliana tabacum, connu sous les noms vulgaires de nicotiane à grandes feuilles, de grand tabac, tabac vrai. C’est une plante haute de 1 mètre 60 centimètres, glutineuse, rameuse et velue, à feuilles ovales entières. Ses fleurs sont roses , tubuleuses, disposées en belles panicules terminales ; elles donnent naissance à un fruit sec, capsulaire , qui renferme dans chacune de ses loges un grand nombre de très-petites graines brunes et ridées.

Le tabac est originaire du nouveau monde. Il fut connu des

Espagnols vers l’année 1520, (’est en 1560 qu'il fut introduit en France. Jean Nicot, bourgeois de Nimes, devenu secré-

Fig. 107. Le tabac.

taire du roi de France, avait été envoyé en ambassade à Lisbonne par le roi François II. Un marchand flamand, qui probablement avait eu connaissance du tabac par les Espagnols, donna à l'ambassadeur du roi de France des graines de cette plante, et même, dit-on, du tabac en poudre. Jean Nicot envoya le tout à la reine Catherine de Médicis ; la plante nouvelle reçut donc en France, les deux noms d’herbe de la reine ou de nicotiane.

Mais toute gloire à ses prétendants. André Thévet, moine cordelier , célèbre par ses voyages, et qui fut aumônier de Ja reine Catherine, en 1558, dispute à Jean Nicot l'honneur d’avoir doté la France du tabac. « Je puis me vanter, dit André Thévet (dans un gros in-folio publié en 1517, pour appuyer ses droits de priorité à la découverte du tabac), d’avoir été le premier en France qui ait apporté la graine de cette plante, et pa-

reillement semé et nommé ladite plante l'herbe Angoumoise. Depuis, un quidam qui ne fit jamais le voyage, quelque dix ans après que je fus de retour, lui donna son nom. » Ce quidam est néanmoins considéré encore par beaucoup de critiques comme le véritable introducteur du tabac en France.

Comment les hommes ont-ils été amenés à employer la plante américaine selon les trois modes usités, c’est-à-dire en fumée, en poudre, en masticatoire?

Quand les Espagnols ahordèrent au Mexique, ils trouvèrent le tabac en usage chez les indigènes, qui l’aspiraient en fumée, au moyen de morceaux de roseaux, plus ou moins longs, remplis de tabac. On allumait ces roseaux par un bout et on aspirait la fumée par l’autre. L'origine de la pipe est moins connue. Elle est, toutefois, plus ancienne qu’on ne le croit généralement, car on a trouvé dans les monuments funéraires d’une race d'hommes aujourd’hui éteinte, qui habitait l’Amérique six cents ans au moins avant sa découverte par les Européens, des pipes de diverses et curieuses formes, souvent décorées d’ornements et de sculptures. D’après ces vestiges, l'usage du tabac à fumer remonterait, en Amérique, à un millier d'années avant notre époque. Selon M. Ampère, la première description de la pipe fut donnée vers l’an 1498, par un prêtre que Colomb avait laissé à Haïti lors de son grand voyage, et qui, à son retour en Europe, en publia la description.

L'origine du cigare est sans doute tout aussi ancienne, car les Caraïbes des Antilles, auxquels il faut joindre les Cinga- Jais, ainsi que les habitants des îles de l'océan Oriental et des deux presqu'iles de l’Inde, ne fumaient le tabac que sous cette forme.

C’est probablement aux Espagnols et aux Portugais qu’on doit l'usage du tabac à priser. Catherine de Médicis fit, comme on l'a vu plus haut, la fortune de cette poudre en France. U'étaient autrefois l'Espagne et le Portugal qui nous envoyaient le tabac à priser; il était alors sous forme de carottes, qu’il fallait râper pour en faire de la poudre. Le roi Louis XVIIT, qui en usait beaucoup, préparait lui-même son tabac à priser avec des carottes de tabac de Lisbonne et une râpe d'ivoire.

L'habitude de mâcher le tabac est également très-ancienne.

Ce sont les Indiens qui ont dû donner aux Européens la première idée de cette dégoûtante habitude.

Il ne sera pas sans intérêt de faire remarquer ici que les peuplades américaines plaçaient une idée religieuse dans l'usage du tabac à fumer. « La fumée du tabac était, dit M. J. J. Ampère, chez les peuples de race américaine et chez les sauvages de l'Amérique septentrionale, une chose sacrée. Elle joua un rôle dans les cérémonies du sacre de Montézuma, et sur un bas-relief du Vatican on voit deux hommes offrant à une sorte de croix la fumée d’un cigare. Les Indiens de la Virginie croyaient que le manitou (l'esprit) résidait dans la fumée du tabac. Chez les Natchez, le prêtre, marchant à la tête du peuple, allait sur un tertre, attendre le lever du soleil, et alors il lançait une bouffée de tabac en l’honneur de l’astre que ces peuples adoraient.… La pipe ne figure pas seulement dans les conseils indiens et dans leurs assemblées pacifiques, il y a le calumet de la guerre aussi bien que le calumet de la paix. »

L'usage du tabac devenu de nos jours si général en Europe, a rencontré à l’origine une terrible opposition. Le roi d’Angleterre, Jacques [*, composa une violente diatribe contre le tabac, qu'il voulait absolument proscrire de ses États. Le sultan Amurat VI, qui ne savait pas écrire de dissertations, eut re- Cours à des moyens plus directement coercitifs : il faisait appliquer cinquante coups de bâton sur la plante des pieds de tout musulman convaincu d’avoir fumé; à la première récidive il faisait couper le nez au délinquant. Le grand Sopli, souverain des Perses, faisait couper la lèvre ou le nez à ceux de ses sujets coupables d’avoir fumé ou prisé. En Russie, les fumeurs furent d'abord rangés au nombre des suspects politiques, et c’est assez dire si on les surveilla de près. Plus tard, l’empereur Federowith appliqua avec zèle, dans son empire, le système des coups de bâton sur la plante des pieds et de l'amputation du nez. En Italie, le pape Urbain VIII lança une bulle d’excommunication contre ceux qui fumeraient dans les églises. Cette excommunication fut étendue par des évêques, à ceux qui se borneraient à priser dans 'es églises. Au dix-septième siècle, de célèbres médecins de la Faculté de Paris soutenaient de violentes thèses contre l'usage du tabac. Mais l’histoire ajoute que

ces docteurs, qui ne savaient pas prêcher d'exemple, aspiraient d'énormes prises de tabac, et fermaient à grand bruit leur tabatière, pendant qu’ils argumentaient avec feu contre la drogue incriminée.

Le tabac, qui a trouvé de bonne heure, comme on le voit, de féroces et de ridicules détracteurs, devait sortir triomphant de tant d'épreuves diverses. Il ne tarda pas, en effet, à s’emparer du monde presque tout entier. Cultivée aujourd'hui sous toutes les latitudes, cette plante plaît au nègre, au Hottentot, au Samoïede de la Nouvelle Hollande, comme aux peuples les plus civilisés de l’Europe et du nouveau monde.

On se demande ce qui a valu au tabac cette prodigieuse fortune. Comment une herbe fétide fumée par les sauvages de l'Amérique, a-t-elle soumis le monde presque entier à un empire qui ne fait que s’accroître chaque jour? Voici la réponse la plus rationnelle à faire à cette question, que l’on s'adresse si souvent : Le tabac est un excitant, c’est un excitant du cerveau; à ce titre il exerce sur les hommes la séduction, l'entrainement qu'inspire tout excitant agréable. Interrogez un fumeur intelligent, et demandez lui pourquoi il fume; il vous dira : « Mon goût et mon odorat sont très-agréablement flattés par la fumée de mon cigare. J'aime à suivre de l’œil les formes capricieuses que prend la fumée, qui se roule en anneaux ou se déroule en spiralés bleuâtres. Le tabac exerce sur mon esprit une influence heureuse; il me calme si je suis agité, me berce vaguement si je suis tranquille; d'autrefois il excite mon imagination ; toujours il endort mes ennuis, ou me distrait de mes préoccupations pénibles. » Voilà sans doute la véritable explicatiqn de l'attraction puissante exercée par le tabac sur l’homme Fe Pt Son action nuisible a été un peu exagérée. Pris à dose modérée, il est, chez l'adulte, peu malfaisant pour la santé, et comme tous les autres excitants, il ne devient dangereux que par l'abus, ou par des prédispositions individuelles. L'enfance et la jeunesse doivent s’en abstenir avec le plus grand soin, car à cette période de la vie il exerce sur les organes cérébraux une action positivement malfaisante.

Naturalisé dans toutes les parties du monde, le tabac est aujourd’hui cultivé en grand dans plusieurs pays : les lieux les plus

Pr

renommés pour sa culture sont Bornéo, le Brésil, la Virginie, la Havane, le Mexique, l’île de Ceylan. En Europe, on estime particulièrement les tabacs de l'Italie, de l'Espagne, de la Hollande, de l'Angleterre. Les Français recherchent, parmi les tabacs indigènes, ceux de la Guienne, du Béarn, de la Normandie, de l’Artois, de l'Alsace. Mais, on l’a dit, pour la culture du tabac :

Sous la voûte du ciel il n’est que la Havane ; Le soleil qui le dore en est enorgueilli ; Le reste ne vaut pas l'honneur d’être cueilli.

C'est le gouvernement français qui, sous Richelieu, eut le premier l’idée d'établir un impôt sur le tabac. Un tel exemple trouva vite des imitateurs dans les autres gouvernements de l’Europe, qui frappèrent à l’envi le tabac de taxes de plus en plus fortes. Ce monopole a pris de l’importance en France au fur et à mesure de l’accroissement de la consommation du tabac. Depuis 1811, époque à laquelle la fabrication du tabac fut exclusivement attribuée au gouvernement, et surtout depuis 1830, les produits de cet impôt sont devenus énormes. La totalité du revenu du monople du tabac depuis l'établissement de la régie en 1811 jusqu'à la fin de 1854, s'élève à plus de quatre milliards de francs. La consommation annuelle des tabacs de toutes sortes, rapporte aujourd'hui près de 200 millions au budget français.

Arrivons aux procédés employés dans les manufactures pour la préparation du tabac sous ses diverses formes.

La fabrication du tabac se fait, en France , dans dix manufactures : à Paris, Lille, le Havre, Morlaix, Bordeaux, Tonneins, Toulouse, Lyon, Strasbourg et Marseille. On y transforme les feuilles séchées de la nicotiane en cigares, en tabac à fumer, à priser et à chiquer. |

Achetées aux cultivateurs du pays, les feuilles de la plante sont d’abord isolées, triées, assorties, mouillées avec de l’eau salée, et écotées, opération qui a pour but d’enlever à chaque feuille la côte moyenne et les nervures adjacentes, qui excèdent une certaine grosseur. Les feuilles passent ensuite dans des ateliers spéciaux, où doivent s’exécuter les différentes opérations que nous allons passer en revue.

Parlons d’abord de la préparation du tabac à fumer. Elle se fait en quatre opérations. 1° On hache les feuilles au moyen de machines particulières armées d’un couteau, mues par la vapeur; 2°on torrélie légèrement le tabac haché en le plaçant sur des tables horizontales qui résultent de la juxtaposition d'un grand nombre de tuyaux de cuivre, dans l'intérieur desquels circule de la vapeur d’eau chauffée à 120°; cette torréfaction des feuilles a pour but de prévenir leur fermentation ultérieure; 3 on sèche rapidement les feuilles torréfiées, en les étalant sur des claies dans un séchoir à l’air libre.

Voilà comment se prépare le tabac à fumer dans nos manufactures. Ajoutons seulement que le tabac ordinaire, vulgairement nommé caporal, se compose d’un mélange de feuilles indigènes et de feuilles étrangères venant du Maryland et de la Hongrie. Pour le tabac de caniine on n’emploie que les feuilles indigènes de qualité inférieure, mêlées avec les déchets provenant de l’écotage des tabacs étrangers.

Le tabac étranger se prépare à la Havane, à Maryland, dans le Levant, etc., par le même moyen, qui se réduit, comme on le voit, à une simple dessiccation des feuilles après une légère torréfaction.

La fabrication des cigares nécessite deux opérations bien distinctes : l’une pour faire l’enveloppe ou la robe du cigare, l’autre pour le paquet de feuilles qui se trouve à l’intérieur.

Le choix des feuilles destinées à la robe exige un soin scrupuleux ; du choix et de la perfection de cette robe dépendra, en effet, la qualité du cigare. L’enveloppe extérieure se compose de grandes feuilles, convenablement taillées et sans déchirure. On les applique, avec un peu de colle de pâte, sur les feuilles internes, lus petites et préalablement enroulées. Les petites feuilles étant enveloppées dans les grandes, et le cigare étant ainsi terminé, on le porte dans une étuve, ou séchoir, dont la température est seulement de 20 à 24°.

La fabrication des cigarettes est d’une grande importance à la Havane, car les créoles de l’île de Cuba, et l'Espagne entière, en font une grande consommation. On fabrique les cigarettes avec les débris des feuilles de tabac ayant servi à la fabrication des cigares. À cet eftet, on commence par broyer grossièrement ce

tabac et par le passer au crible. L’ouvrier a sur ses genoux une boîte plate, contenant la poudre grossière de tabac : il place ce tabac dans un très-mince fragment de papier, et au moyen de ses doigts, dont le pouce est armé d’un dé en fer, il roule la cigarette avec une dextérité que peut seule donner une longue habitude. Un bon ouvrier fait plus de 4000 cigarettes par jour.

La fabrication des rôles de tabac à chiquer est assez compliquée. On procède d’abord au /ilage des feuilles, qui s’opère au moyen d’un rouet. Les feuilles de tabac sont apprêtées en écheveaux plus ou moins volumineux, et placés les uns au bout des autres, comme s’il s'agissait de filer une corde ou de fabriquer un cigare sans fin; on les roule ensuite sur une grande table en les couvrant d’une feuille plus large pour les contenir ; on obtient ainsi des espèces de cordes de feuilles de tabac, qu’on enroule à mesure autour d’un rouet. Quand le rouet est rempli, on dévide la corde, et on la coupe de manière à en faire des rôles d’un poids déterminé. Pressés, ficelés et desséchés, ces rôles sont livrés au commerce. Les marins font seuls usage du tabac comme masticatoire.

Les carottes de tabac ne doivent pas être confondues avec les rôles. Comme on vient de le voir, les rôles ne sont autre chose que le tabac à chiquer ; les carottes sont destinées à tenir lieu soit de tabac à fumer en les coupant, soit de tabac à priser en les râpant. On prépare ces carottes de la même manière que les rôles, si ce n'est qu'au lieu de mettre le tabac filé en rôles, on coupe en parties égales les bouts qu’on tire du rouet; on les rassemble au nombre de huit, et on les presse dans un moule qui leur donne à peu près la forme d’une carotte.

Passons à la fabrication du tabac à priser, qui présente les manipulations les plus longues. Il est ici indispensable de recourir à la fermentation des feuilles, ce qui ne se fait point pour le tabac à fumer. On fabrique dans nos dix manufactures, plusieurs sortes de tabacs à priser, mais la préparation vraiment ImMportante est celle de la poudre ordinaire, qui contient 75 pour 100 de tabac indigène, 25 pour 100 de tabacs étrangers, avec un peu de rebut provenant de déchets du tabac à fumer ou de cigares.

Pour préparer la poudre à priser ordinaire, après avoir mouillé les feuilles, on les hache avec une machine particulière qui se

compose d’une roue tournant rapidement sur son axe ef portant à sa circonférence plusieurs couteaux bien affilés. Une toile sans fin, amène d’une manière continue, les feuilles de tabac au-devant de ces couteaux. Ainsi hachées, les feuilles sont réunies en énormes tas de 20 à 40 000 kilogrammes. La fermentation s'établit rapidement dans cette masse végétale ; par suite de cette fermentation, sa température peut s'élever jusqu'à 80°. Les résultats de cette fermentation , dite en masse, sont la neutralisation des acides contenus dans le tabac, et la formation d’une certaine quantité de carbonate d’ammoniaque, qui donne le montant au tabac. On porte ensuite la poudre dans des moulins semblables à de grands moulins à café. Là, cette poudre est divisée par la meule, de manière à lui donner le degré de ténuité qu’on recherche. Il: faut que cette poudre soit soumise, en moyenne, à l’action successive de douze moulins, pour atteindre le degré voulu de ténuité. À sa sortie des moulins, la poudre passe au tamisage, qui se fait au moyen de tamis animés d’un double mouvement de va-et-vient. On obtient ainsi des grains de grosseur convenable et égale; ceux qui restent sur les tamis sont reportés au moulin.

Tout n’est pas fini là. La poudre provenant des divers traitements qui précèdent, n'aurait pas l'arome particulier et délicat que le priseur recherche. Pour acquérir cet arome, la poudre doit être soumise à une seconde fermentation. C’est ici l’opération la plus longue, car elle exige 7 à 8 mois pour être complète.

La poudre est placée dans des cases, ou chambres, en bois de chêne, de la capacité de 20 à 30 mètres cubes, qui peuvent contenir de 50 À 60 mille kilogrammes de tabac tamisé. Dans ces chambres la température s'élève très-lentement, par le progrès de la fermentation, et finit par atteindre 40°. Il faut pendant tout le temps que dure cette fermentation, que les ouvriers agitent et mélangent cette masse. La température élevée de la chambre et l’odeur piquante qui s’exhale du tabac en fermentation, rendent ce travail fort pénible. Au bout de 7 à 8 mois, le but de l'opération est atteint; il ne reste plus qu’à enfermer le tabac dans des tonneaux, ou à le mettre en paquets, selon qu'il doit être gardé en magasin ou livré aux entrepositaires.

Tels sont les procédés qui sont aujourd'hui exclusivement employés dans les manufactures impériales de France pour la

préparation du tabac à priser. On avait autrefois l'habitude de parfumer les feuilles de la nicotiane destinées à la préparation du tabac à priser, avec diverses mixtures, auxquelles on donnait le nom de sauces. La mélasse, l’eau de pruneaux, de violettes, ou de bois de rose , étaient les substances généralement employées à cet usage. Rien de semblable ne se fait aujourd hui ; seulement, quelques personnes ont l'habitude de parfumer leur tabac avec la graine d’une plante de la famille des légumineuses, dite fève de Tongo ou Congo. La nature de la plante , le climat, l’époque de la récolte, le mélange d’un tabac d’un pays avec celui d’un autre, sont les seules causes qui donnent aujourd’hui la couleur, la saveur ou l’odeur propres à chaque espèce de tabac à priser.

Nous donnerons une idée de l'importance de la préparation de la poudre à priser, en disant qu’il s’en consomme annuellement en France plus de 17 millions de kilogrammes.

Pour terminer cette rapide esquisse, énumérons les substances que l’analyse chimique a fait découvrir dans le tabac. Ces substances sont les suivantes :

Base organique : nicotine.

Bases minérales : potasse, chaux, magnésie, oxyde de fer et de manganèse, ammoniaque.

Acides organiques : acides malique, citrique, acétique, oxalique, pectique.

Acides minéraux : acides azotique, chlorhydrique, sulfurique, phosphorique.

Autres corps organiques : résine jaune, résine verte, cire ou graisse, mafière azotée et cellulose.

Autres corps minéraux : silice, sable.

De toutes les matières organiques qui entrent dans la composition du tabac, la plus importante c’est la nicotine, base organique, alcaloïde liquide et volatil. Le crime de Pocarmé a rendu fameux l’alcaloide extrait du tabac. Cest, en effet, le poison le plus redoutable qui existe après l’acide prussique. Une seule goutte déposée sur la langue d’un chien, fait tomber presque instantanément cet animal comme frappé de la foudre. La présence de la nicotine dans le tabac indique assez que cette

plante est vénéneuse. On ne saurait dire pourtant que le tabac consommé en fumée, soit à proprement parler un poison, car la nicotine s’y trouve en proportion si faible que ses effets toxiques finissent par être nuls. Il faut, en effet, traiter par des décoctions et des opérations chimiques très-compliquées au moins 10 kilogrammes de tabac, de qualité supérieure, pour retirer 200 grammes de nicotine. Ce n’est donc que chez les personnes qui font du tabac un usage immodéré, que les effets funestes de la nicotine pourraient devenir sensibles. Le nombre prodigieux de fumeurs que l’on compte dans le monde entier, prouve bien, d’ailleurs, que ce n’est pas sérieusement que l’on pourrait considérer le tabac comme un poison proprement dit.

Page 1